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C’est ce que fait notre livre. Mais, il faut le dire , ici cet intérêt redouble, car nous retraçons, non pas une seule époque, mais deux époques très -différent es lune de l’autre. Dans la première, au moyen âge, à la suite de l’invasion des peuples du Nord, la société se trouve composée en grande partie d’éléments nouveaux et barbares que le christianisme travaille à assouplir et à façonner; elle est bouleversée et n arrive que lentement à jouir de tous les bienfaits de la civilisation nouvelle. Dans la seconde époque, au contraire, la société est organisée et solidement assise; elle jouit de la paix et en recueille les fruits. Les arts suivent les mêmes vicissitudes. D'abord grossiers et informes, ils parviennent lentement et par degrés, comme la société, à sortir du chaos. Ensuite ils s’épanouissent en pleine liberté, et s’avancent avec toute l’ardeur dont l’esprit humain est capable. De là des progrès successifs dont l’histoire présente un merveilleux intérêt.
Pendant le Moyen Age l’art suit généralement les inspirations de l'esprit chrétien qui préside à la formation de ce monde nouveau. Il parvient à reproduire admirablement l’idéal religieux. Vers la fin seulement il cherche la beauté des formes et commence à la trouver, lorsque la Renaissance arrive : la renaissance , c'est-à-dire cette révolution intellectuelle qui, au quinzième et au seizième siècle , rendit le sceptre à la littérature et aux arts de l’antiquité , elle; les peuples modernes. Alors les arts changent de direction , surtout les arts principaux , ceux par lesquels le génie de V homme exprime plus fortement ses idées el ses sentiments. Ainsi, au moyen âge une nouvelle architecture est créée, qui arrive rapidement au plus haut degré de perfection , l’architecture ogivale, dont nous voyons encore les chef s-d' œuvre dans nos cathédrales; à la renaissance elle est remplacée par l’ architecture dérivée de l’art des Grecs et des Romains, qui produit aussi des œuvres achevées , mais presque toujours s’harmonise moins bien avec la majesté et les splendeurs du culte. Au moyen âge , la peinture s'attache surtout à représenter le beau idéal de l’âme religieuse se reflétant sur le visage; à la renaissance , c’est la beauté des formes plastiques , si parfaitement exprimée par les anciens. La sculpture, qui se rapproche tant de la peinture, suivait en même temps des phases toutes semblables , entraînant la gravure après elle. Ces vicissitudes si diverses, par lesquelles ont passé les arts aux deux époques retracées dans ce livre , ne présentent-elles pas à l'observateur intelligent
PRÉFACE
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une suite de faits du plus haut intérêt et une histoire des plus instructives ?
Notre ouvrage est le seul qui existe sur ce vaste et magnifique sujet, dont les éléments étaient dispersés dans une foule de livres. Aussi a-t-il fallu, pour réussir dans cette entreprise, la réunion des savants les plus distingués par leur érudit ion et par leurs talents. Qu’il nous soit permis de citer MM. Ernest Breton, Aimé Champollion, Champollion-Figeac , Pierre Dubois, Duchesne, Ferdinand Denis, Jacquemart , Ach. Jubinal, Jules Fabarte , Lassus , Louandre , Prosper Mérimée , Alfred Michiels , Gabriel Peignot, Riocreux, de Saulcy, Jean Duseigneur, le marquis de Varennes. Après de tels noms, nous ne placerons le nôtre que pour rappeler comment nous avons fondu et remanié tous ces travaux divers , dans un nouvel exposé qui leur donne plus d’unité, mais leur doit tout l’intérêt et tout le charme qu’il peut offrir.
Les nombreuses figures qui ornen t cet ouvrage séduiront les jeux en même temps que le texte parlera à l’esprit. Les dessins en couleur ont été exécutés par M. Kellerhoven, qui, dans ces dernières années, a fait de la chromolithographie un art de premier ordre, digne de lutter avec les œuvres des maîtres.
Personne n’ignore l’ importance qui est donnée dans notre siècle à l’archéologie. Cette science des choses d’ autrefois est nécessaire à toute personne instruite. Il faut l’étudier asse\ pour être capable d' apprécier ou au moins de reconnaître les monuments des temps passés qui se présentent à nos regards , en architecture , en peinture, etc. Aussi est-elle devenue pour le jeune homme , pour la jeune fille, le complément indispensable d’une éducat ion sérieuse. La lecture de cet ouvrage sera pour eux une attrayante initiation à ces connaissances , qui furent trop longtemps du domaine exclusif des érudits.