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PARIS AU QUINZIÈME SIÈCLE. TAPISSERIE DE REAUVAIS

( Communiqué par M. Ach JUBINAL!.

TAPISSERIES

tapisseries qui, jusqu’à une époque très-rapprochée de nous, ont décoré l’église de Saint-Merry. Henri IV, entendant beaucoup parler de ce travail, voulut le voir, et en fut si satisfait qu’il résolut, dit Sauvai, de restaurer à Paris les manufactures, « que le désordre des règnes précédents avait abolies. » Il établit donc Laurent, célèbre tapissier, dans la maison professe des Jésuites, qui était restée fermée depuis le procès de Jean Chastel, en allouant un écu par jour et cent francs de gages par an à cet habile artiste,

Fig. 3i. — Le tisserand, dessiné et gravé par J. Amman. Seizième siècle.

ses apprentis touchant dix sous de pension quotidienne, et ses compagnons, vingt-cinq, trente et même quarante sous, selon leur savoir-faire. Plus tard, Dubourg et Laurent, qui s’étaient associés, furent logés tous deux dans les galeries du Louvre. Henri IV, à l’exemple de François Ier, fit venir d’Italie d’excellents ouvriers en or et en soie , qu’il logea rue de la Tisseranderie, dans l’hôtel de la Maque, et qui y fabriquèrent surtout des tentures d'or et d’argent frisé.

Postérieurement au seizième siècle, les tapisseries exécutées à la Savonnerie, aux Gobelins, à Beauvais, etc., bien que plus parfaites sous le rap-

port du tissage, et par cela même qu'elles sont plus régulières comme dessin , comme entente des couleurs et de la perspective, perdent malheureusement leur naïveté du bon vieux temps. En touchant à l’époque de Louis XIV, elles affectent, sous l’influence de l’école de Le Brun, une imitation de la forme grecque et romaine, qui semble dépaysée en France. On fait de belles physionomies, mais d’insignifiantes figures : la vérité naïvement énoncée cède la place à la froideur apprêtée', l’idéal détrône le naturel-, la convention, la spontanéité; ce sont là d’ingénieux, de jolis et même de beaux travaux , mais auxquels il manque ce qui fait la vie propre des oeuvres d’art , le caractère.

Fig. 32. — Bannière des tapissiers de Lyon.

CÉRAMIQUE

Ateliers de poteries à l’époque gallo-romaine. — La céramique disparaît pendant plusieurs siècles dans les Gaules. — Elle ne se remontre qu’au dixième ou au onzième siècle. — Influence probable de l’art des Arabes d’Espagne. — Origine de la majolique. — Luca délia Robbia et ses successeurs. — Les carrelages émaillés en France, à partir du douzième siècle. — Les fabriques italiennes de Faenza, Rimini, Pesaro, etc. — Les poteries de Beauvais. — Invention et travaux de Bernard Palissy. — Histoire de sa vie. — Ses chefs-d'œuvre. — La faïence de Thouars, dite de Henri II.

i peut dire, avec M. Jacquemart, que « l’histoire cé- « ramique du moyen âge est environnée d’un voile « qui probablement doit rester impénétrable. En « effet, malgré les investigations incessantes des « comités locaux ; malgré la mise en lumière de « chartes nombreuses , rien n’est venu résoudre les « doutes de 1,’archéologie touchant les lieux où la fabrication des poteries « a pris naissance parmi nous. »

Il est cependant certain qu’à l’époque gallo-romaine, c’est-à-dire lorsque les Romains, devenus maîtres de notre pays , y eurent implanté leurs moeurs et leur industrie, la Gaule posséda de nombreux et considérables ateliers de poterie, qui multipliaient les ustensiles, les vases de toutes sortes, et qui, jusque vers le sixième siècle, continuèrent à fournir, en perpétuant les formes et les procédés anciens, des amphores, des terrines, des coupes à pied, des plats, des assiettes, des bouteilles. Obtenues à l’aide du tour, en terre grise, jaune, brune, et quelques-unes, les plus fines, couvertes d’un vernis brillant , de la couleur et de l’aspect de la cire à cacheter rouge , ces pièces étaient souvent ornementées avec beaucoup de soin et de délicatesse. On trouve des vases entourés de guirlandes de feuillages , des coupes ornées de figures

d’hommes et d’animaux , qui sont autant de témoignages d’une fabrication à laquelle l’influence de l’art n’était nullement étrangère.

Mais il est évident aussi que cette industrie, d’un ordre assez élevé, s’éteignit à peu près vers l’époque des invasions et des guerres dans le tumulte desquelles naquit la monarchie française, pour ne laisser subsister que le métier proprement dit , destiné à produire pour les besoins les plus vulgaires un ensemble d’objets grossiers et sans caractère.

Il faut croire, toutefois, que l’art de la céramique, qui avait brillé durant

Fig. 33. — Vases d'ancienne forme, représentés dans les sculptures décoratives de l’église Saint-Benoît,

à Paris. Douzième siècle.

plusieurs siècles dans l’Occident, ne fit qu’émigrer au lieu de s’éteindre, et trouva, comme tant d’autres , une nouvelle patrie dans cette Byzance qui devait être l’asile des splendeurs antiques.

Quoi qu’il en soit, la céramique disparaît de notre sol pendant une longue période, et l’on se demande encore aujourd’hui quelle fut la véritable origine de sa renaissance. Reprit-elle vie d’elle-même, ou sous l’influence de l’exemple? Dut-elle son réveil à quelque immigration d’artisans, ou à quelque importation de procédés? Questions qui jusqu’à ce jour demeurent sans réponse.

CÉRAMIQUE

La céramique que nous appellerons, peut-être improprement, moderne, est pour nous caractérisée par l’emploi de l’émail, ou couverture des pièces à l’aide d’un enduit à base métallique que le feu du four vitrifie , procédé qui fut complètement ignoré des anciens.

Or, en fouillant des tombeaux qui dépendaient de la vieille abbaye de Jumiéges (Normandie) , et qui remontaient à l’année 1 1 20, on y a trouvé des fragments de poterie, d’une pâte dure, mais poreuse, couverte d’une glaçure analogue à celle qui est usitée aujourd’hui.

.On lit en outre dans une chronique de l’ancienne province d’Alsace, que l’an 1 283 « mourut un potier de Schelestadt, qui le premier revêtit de verre « les vases de terre. »

Mais on sait aussi qu’à l’époque même où se produisaient chez nous ces tentatives isolées, depuis longtemps déjà les Perses, les Arméniens avaient trouvé, pour en revêtir l’extérieur de leurs monuments, l’art de confectionner de magnifiques poteries émaillées, et que les Arabes établis en Espagne enfantaient des merveilles de céramique peinte, émaillée, dont ils décoraient et meublaient ces palais dont les ruines grandioses sont encore pour nous comme de féeriques visions du rêve ou de l’enchantement. Les vases de l’Alhambra, types d’un art aussi original que singulièrement ingénieux, font et feront toujours sans doute l’admiration des observateurs qui savent apprécier le beau, sous quelque forme qu’il se produise.

Et maintenant supposerons-nous que les relations de peuple à peuple et les transactions du commerce ont dû nécessairement faire connaître à l’Eu-

rope occidentale les plaques émaillées de l'Asie ou les chefs-d’œuvre de la race africaine d’Espagne ? Dirons-nous, au contraire, que ce fut par un effort spontané d’invention que nos pères s’ouvrirent la voie dans un nouveau domaine de l’art?

D’une part se présente l’opinion , pleine d’autorité, de Scaliger, qui affirme ce fait en apparence fort significatif : à savoir, que des manufactures de poteries d’origine arabe existèrent, pendant le moyen âge, aux îles Baléares*, notre savant auteur ajoute même que, d’après l’étymologie la plus vraisemblable, le nom de majolique, qui fut donné d’abord aux produits italiens, les premiers venus dans la renaissance européenne de la céramique, dériverait de Majorque, qui, on le sait, est la plus importante des ^es Baléares, et qui était le siège de la principale fabrique de ces poteries.

Mais, d’autre part, l’examen comparatif des productions arabes et des productions italiennes exclut toute idée, non pas seulement de filiation, mais même d’imitation ou de réminiscence entre les unes et les autres.

Il serait donc aussi difficile qu’aventureux de se prononcer en présence de cette coïncidence contradictoire, si nous pouvons parler ainsi* mieux vaut, en négligeant les indices problématiques, aborder franchement un ordre de faits aujourd’hui fixé par les preuves historiques.

« Au commencement du quinzième siècle, » — nous ne pouvons mieux faire que d’emprunter à M. Jacquemart un passage qu’il a extrait lui-même de l’ouvrage italien de Passeri sur la Majolique ( Pesaro , 1 838 , in-8° ) , — a Lucca délia Robbia, fils de Simone di Marro, entra comme apprenti chez « un orfèvre florentin , Leonardo, fils de Giovanni*, mais bientôt, se sen- « tant trop à l’étroit dans une officine, il se fit élève du statuaire Lorenzo « Ghiberti , auteur des portes du Baptistère de Florence. Ses rapides pro- « grès sous un maître aussi habile le mirent à même d’accepter, lorsqu’il tou- « chait tout au plus à sa quinzième année, la mission d’orner une cha- « pelle à Rimini, pour Sigismond Malatesta. Deux ans plus tard, Pierre de « Médicis, faisant construire un orgue à Santa-Maria dei Fiori, à Florence, « chargea Lucca d’y exécuter des sculptures en marbre. La renommée qu’il « acquit par ces travaux attira l’attention sur le jeune statuaire. Les com- « mandes lui vinrent en si grand nombre, qu’il comprit l’impossibilité de les « exécuter en marbre ou en bronze ; il supportait d’ailleurs avec impatience le

CÉRAMIQUE

ce joug de ces matières rigides, dont le maniement laborieux entravait les élans « de son imagination. La terre molle et obéissante convenait bien mieux à « la promptitude de son aspiration-, mais Lucca rêvait d’avenir et songeait « à la gloire, et, dans le but de créer des œuvres moins périssables en même

Fig. 35. — Terre cuite émaillée, de Lucca délia Robbia. Quinzième siècle.

« temps qu’elles seraient d’une rapide exécution , il consacratous ses elïorts « à chercher un enduit qui pût donner à l’argile l’éclat et la dureté du mar- « bre. Après bien des essais, le vernis d’étain, blanc, opaque, résistant, « s’offrit à lui comme le but auquel il aspirait. La faïence était trouvée, qui « reçut d’abord le nom de terre vitrifiée [terra invetriata).

« L’émail de Lucca était d’un blanc parfait-, il l’employa d’abord seul sur

k des figures en demi-relief qu’il détachait par un fond bleu. Plus tard , il « entreprit de colorer ses figures , et Pierre de Médicis fut un des premiers « qui en firent emploi pour la décoration des palais. La réputation du nouvel « art se répandit avec rapidité; toutes les églises voulurent posséder quelque « ouvrage du maître; en sorte que Lucca fut bientôt obligé de s’adjoindre « ses deux frères, Ottaviano et Agostino, pour répondre à l’empressement « public. Il essaya cependant d’étendre l’application de sa découverte en « peignant sur une surface plane des fleurs et des compositions de figures ; « mais, en iq3o, la mort vint trancher cette belle existence et suspendre « dans les mains de l’inventeur les progrès de la poterie émaillée (fig. 35).

« La famille de Lucca propagea toutefois le secret de sa découverte : ses « deux neveux, Lucca et Andrea, firent des sculptures et des tableaux en « terre cuite , d’un mérite remarquable. Lucca orna les planchers des Loges « de Raphaël; Girolamo, autre descendant de Lucca, vint en France, où il « décora le château de Madrid, aux environs de Paris; deux femmes, Lisa- « betta et Speranza , complétèrent l’illustration de la famille délia Robbia. »

Tel est , résumé par un homme versé dans ces matières , l’historique de la rénovation ou plutôt de la création de l’art céramique en Italie.

A vrai dire, un auteur ancien, et d’ailleurs compétent , signale quelques monuments d’une date plus reculée , entre autres un tombeau qui existait à Bologne , où se voyaient des briques recouvertes d’un vernis vert et jaune, et de grandes écuelles du même genre , incrustées dans les façades ou portiques des églises de Pesaro et de l’abbaye de Pomposa. Mais on peut fort bien remarquer, à l’honneur de Lucca délia Robbia , que ces échantillons d’une industrie antérieure diffèrent essentiellement des produits sortant deses mains, en cela que l’enduit qui les recouvre, et qui est à base de plomb, laisse par transparence voir la terre et les couleurs sur lesquelles il est appliqué; tandis que l’émail à base d’étain , trouvé par Lucca, a pour caractère essentiel, au contraire, une opacité que nous qualifierons d’intense. Ajoutons que, pour décorer de peinture ses faïences, Lucca posait sur l’enduit primitif et général des couleurs qui se fixaient par une cuisson ultérieure.

C’est même en acceptant la distinction que nous venons d’établir entre ces deux sortes de procédés , qu’on classe ordinairement les produits de la céramique italienne: la demi-majolique , ke nduit transparent et participant

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