I.AK'L
son frère cadet, Jean-Baplisle (mort en lG9o) : 8 juillet 1691, « au s'' Corneille le jeune la somme de 300 livres pour un tableau représentant la l'rhe de Syracuse et la Mort d'Archimède, qu"il a fait pour Chantilly ». Mais ce sont surt(jut les peintres de portraits qui sont employés par Henry-Jules : Joseph Yvart reçoit 275 livres « pour plusieurs copies de portraits qu'il a faites pour Chantilly en 101)2 ». Le 10 février 1692, le « s'' Joubert a fourni le portrait en mignature de feu M^' le Prince (le Grand Condéj, qui a été posé dans la bibliothèque de Chantilly n (prix, 400 livres); le même Joubert reçoit en 1696 la somme de 360 livres « pour des portraits et mignatures qu'il a faits pour S. A. S. ». Les artistes dont les noms vont suivre sont presque tous des peintres de portraits.
21 mai 1694, « à Lamarre, peintre, la somme de 600 livres pour quatre tableaux des enfants de Mk' le Duc (Louis 111) et de M''"'' le prince de Conli représentant les quatre parties du monde ». 28 mai 1697, « au nommé Lamarre, peintre, la somme de 102 livres pour des tableaux faits pour le cabinet de Chantilly ». Le iVIusée Condé possède un grand tableau qui représente des enfants et qui est signé : «F. de La Mare-Richart, pict. acad., pinxit ad vivum anno 1697 ». Florent de La Mare-Richart, né en 1638, mourut en 1718. Le musée de Boulogne-sur-Mer conserve des peintures de cet artiste.
13 juillet 169i, « au s'' Octavien, peintre, la somme de 200 livres pour la copie de trois tableaux qu'il a fournie à Chantilly ». François Octavien, peintre de sujets galants, mourut à Paris en 1736. — 19 mai 1694, « au s"" Payen,
peintre, la somme de 160 livres pour avoir fait des copies des portraits de M'''"' le Prince et de M^'' le Duc pour donner à MM. d'Auxerre et Mansart ».
23 septembre 1700, « au s'' Nattier, peintre, la somme de 500 livres pour sept copies de tableaux qu'il a faites et pour ses frais de voitures de Paris à Chantilly ». 26 décembre 1700, « au s'" Nattier la somme de 218 livres tant pour deux portraits qu'il a faits que pour ses vacations et achat d'un tableau et de bustes à l'inventaire de M. Le Nôtre ». Même jour, « au s"" Nattier la somme de 80 livres pour deux copies de portraits qu'il a faites par ordre de S. A. S., l'un de M^"' le duc d'Anguien avec son chien, et l'autre de M"'' de Sens tenant une petite cage ». 21 janvier 1704, « au s"' Nattier, la somme de 24o livres pour reste et parfait paiement de tous les portraits, dépenses de voyage et autres choses généralement quelconques qu'il a faits par ordre de S. A. S. tant pour Paris, Chantilly et Ecouen depuis le 1" janvier 1700 jusqu'au 21 septembre 1703 ». Marc Nattier mourut en
M.VNiscniT c\i.i.i(;iivriiiÉ et I'EINT PAU S. Le CoiTEix
1705; nous verrons plus lard son fils, Jean-Marc, peindre aussi les princes et princesses de la maison de Condé.
1" juin 170G, « au s'' Gobert, peintre, la somme de 500 livres que M^'' le Duc lui a accordée pour les frais du voyage qu'il a fait à Fontevrault et à Reaumont pour les trois portraits en buste qu'il y a été peindre de M"''^ do Bourbon, de Clermont et de Verniandois » (filles de Louis III de Bour])on-Condé). Gobert figure aussi dans les comptes d'Henry-Jules : 30 janvier 170G, « au s'' Pesne, peintre, 150 livres; ans' Gobert, peintre, 460 livres ; au s'' Bezançon, doreur ù Paris, la somme de 216 livres pour buit bordures sculptées et dorées qu'il a faites et fournies pour liuit porirails que les s''' Pesne et Gobert ont faits ». IMerre Gobert continuera à travailler pour les princes de Condé ; on conserve de lui à Chantilly un grand portrait du duc de Bourbon exécuté vers 1720. Né en 1662, Gobert mourut en 1744.
3 octobre 1707, « au s'' Grou, peintre vénitien, la somme de L3a livres pour avoir peint le tableau d'une renne, posé dans la galerie des Cerfs à Chantilly, avoir fourni la toile et les couleui's, et élre resté vingt jours à Chantilly ». Le cadre coûta plus que la peinture et fut payé 183 livres au sculpteur Lange.
19 août 1708, « au s'' Aubriet, peintre en miniature, la somme de lUO livres pour une miniature qu'il a faite représentant David jouant de la liarpe, et un autre David pour le fronlispice d'un livre, enrichi d'ornements, et une vignette, le tout pour M""' la Princesse M. Le compte mentionne le même jour une dépense de 136 livres « pour des livres que M. l'abbé Lefèvre a fait faire, savoir 100 livres au nommé Le Coûteux pour un livre de toutes les messes des grandes fêtes de l'année, avec des ornements, à l'usage de Paris, et 36 livres à M. Douville pour un autre livre des vespres de l'Assomption, de la Pentecôte, du Saint-Sacrement et de la Toussaint, le [ont pour le service de S. A. S. M''''' le Pi-ince ». De ces deux calligraphes, S. Le Ccjuleux est le plus connu ; ses œuvres sont dignes de rivaliser avec celles du célèbre Jarry. A défaut du manuscrit exécuté pour la princesse de Condé, la bibliothèque de (]hantilly conserve une très belle onivre de Le Coûteux : Ileurespour M""' Chamillarl, ms. n° 1285. Quant au peintre en miniature cilé plus haut, je ne trouve d'autre arlisle de ce nom que Claude Aubriet, né vers 1655, peinlro du cabinet et du jardin du roi. oii il remplaça Jean Joubert en 1700.
La liste des sculpleurs qui, de 1687 à 1709, contribuèrent aux embellissements de Chantilly s'ouvre par le grand nom d'Antoine Coysevox. C'est ù lui que s'adresse Henry-Jules lorsqu'il veut placer l'eMIgie du Grand Condé au ceiilre des parterres dessinés par Le Nôtre. Un marché fut passé par devant notaires le 15 septembre 1687; Le Brun devait fournir le dessin de la statue et surveiller l'exécution du marbre. L'œuvre ne fut terminée et placée à Chantilly ([u'eii IV'vrier Ki'.K). L'artiste avait reçu 2000 livres en 1689; le prince de Condé lui lit remettre, le li juin 1690, « la somme de 1 800 livres, faisant 3 800 avec celle de 2 000 reçue l'année précédente, pour le prix
IIENllY-JULES, PIUXCE DE COiNDÉ bl
de la statue de marbre blanc de feu U«'' le Prince qu'il a faite pour Chantilly, et pour une table de marbre avec une inscription en lettres d'or par lui pareillement faite pour ladite statue ». Cette inscription avait été composée par Santeul; la voioi :
Quem modo pallebant fugitivis fluciibus amnes, Terribilem belle, nunc docla per olia Princeps, Pacis amans, lœlos dat in hortis ludcre foules.
En 1735, la statue fut placée dans le château, sur le palier de l'escalier d'honneur. Le 10 août 1792, elle fut mutilée par les gardes nationaux venus de Paris ; la tète, le bras droit et le bàlon de commandement furent brisés. Ainsi abîmée, la statue est encore à Chantilly en l'an VI, puis on perd sa trace jusqu'à la Restauration. Le 18 mai 1814, le chevalier de Contye, premier gentilhomme du prince de Condé, reçut la lettre suivante : « M. Rubichon, rue Cerutli, n° 10, a l'huniieur de présenter ses compliments à M. le chevalier de Contye et de le prévenir qu'il vient de mettre M^'' le prince de Condé en dépense. Ce matin, en traversant la rue du Mont-Blanc, il a vu des Anglais qui achetaient à tort et à travers des statues ; ils marchandaient une des plus belles possibles, sans tête ni bras droit. M. Rubichon, entendant dire que c'était celle du Grand Condé qui autrefois était placée à Chantilly, a arrêté le marché de ces Anglais et a conclu lui-même à 1 500 francs. 11 a appris que la tête était conservée religieusement à Chantilly par un ci -devant ; le marchand va s'informer où elle est et en rendra compte à M. Rubichon, qui a prétendu vouloir placer sur ce magnifique Ironc une autre tète
et n'avoir besoin de la tête originale que pour la mesure. Le fait est que ces gens-là demanderaient peut-être dix fois la valeur s'ils soupçonnaient les personnes pour
CoVSE VU.\
Le GllAMi CoNliÉ, mailjrc.
lesquelles M. lliibicluMi a conclu ce marché. Dans le cas cependant où Son Altesse ne se soucierait pas de ce monument, M. le chevalier est prié d'en informer M. Rubichon, qui trouverait d'autant plus à s'en défaire que ces Anglais l'auraient payé trois ou quatre mille francs ». Le prince de Condé s'empressa d'acheter la statue; mais la tète ne fut pas retrouvée, et. en 1817, le sculpteur Deseine reçut l'ordre de la refaire, ainsi que le bras droit et le bâton. L'œuvre ainsi restaurée a repris à Chantilly sa place primitive, au milieu des parterres, à la tète de la Manche du Grand
Nicolas CoisioL. — CllI.MÉitE icopic Je Wali'iiielle)
Canal, où, par les soins de M. le duc d'Aumale, le Grand Condé a retrouvé la compagnie de Bossuet, de La Bruyère, de Molière et de Le Nôtre.
Coyscvox introduisit à Chantilly son neveu et élève Nicolas Coustou, qui, né en 1658, avait épousé la fille du peintre Ilouasse, dont nous avons déjà i)arlé. Le nom de Coustou se trouve à diverses reprises dans les comptes. "11 août ITUO, « à Coustou, sculpteur, pour une ligure de pierre de Tonnerre représentant Bacchus, 600 livres ». 19 septembre 1700, « au s"" Coustou la somme de 250 livres pour une statue pédestre de pierre de Sainl-Leu de six pieds et demi de haut, représentant feu M''''" le Prince, que ledit Coustou a vendue à S. A. S. pour èlre mise à Chantilly ». Cette statut! du Grand Condé fut placée dans le parc, au (irand Jet, près du pavillon (le Manse ; Dulaure l'y vit encore en 1786; elle disi)arul pendant la tourmente révolutionnaire. Autres paiements faits h Coustou : il) août 1703, « 400 livres à compte sur deux lions el deux s])hin\ <|uil doit faire à raison de 300 livres chacun ; 600 livres pour deux groupes d'enfants (|u'il a fournis pour Chantilly; 600 livres pour une ligure de Diane en i)iei'r(> de Tomu'rre qu'il fait pdur Cliantilly »; août 1706, « I 200 livres pour travaux fails à Ciiianlilly en 1705 » ; 11 août 1707, « la somme de
HENRY-JULES, PRINCE UE CONDE
278 livres 6 sols pour reste et parfait paiement de celle de 1200 livres, prix du marché fait le 24 août 1703 pour la sculpture de deux lions et de deux sphinx de piei-re de Tonnerre qui ont été posés sur la terrasse du château de Cliantilly ». Le même jour, 11 août 1707, nouveau marché pour la sculpture de deux autres sphinx de pierre do Tonnerre pour Chantilly, moyennant 500 livres ; la pierre venait de la carrière d'Angy et était fournie par le prince de Condé.
Jean Thiehuy. — MoLOSSE (l'clouché par Xicolas Cousiou).
Les lions et les sphinx ou chimères de Coustou ont orné jusqu'à nos jours la terrasse du Connétable ; mais ils étaient tombés en si mauvais état qu'une restauration ne fut pas jugée possible ; les lions furent sacrifiés, et remplacés par les chiens d'Auguste Gain ; quant aux sphinx, M. le duc d'Aumale chargea le sculpteur Watrinelle d'en faire des copies exactes, qui ont pris la place des originaux en 1886. La Diane de Coustou, posée dans le carrefour de la roule des Aigles, fut aussi remjjlacée par un moulage en fonte.
Le 24 avril 1708, nous voyons encore le prince de Condé passer marché avec Coustou « pour la sculpture et raccommodage de deux chiens de pierre de Tonnerre posés à Chantilly ». Je pense qu'il s'agit des deux molosses qui se trouvent encore aujourd'hui au bas de la rampe qui accède à la terrasse du Connétable. En août 1707, le prince avait fait venir deux blocs de pierre de Tonnerre de la carrière d'Angy et les avait fait transporter dans l'atelier de Jean Thierry, sculpteur au Vieux-Louvre,
LES ARTS DANS LA MAISOxN DE CONDE
chargé d'en tirer deux chiens qui seraient placés sur les piédestaux des fontaines de Tavant-cour de Chantilly (là même où ils sont aujourd'hui, mais les fontaines n'existent plus). Le marché avait été passé le 28 juillet 1707, et le prix convenu était de 540 livres. I-e prince n'avait sans doute pas été satisfait du travail de Thierry; les
termes employés dans le marché de Goustou indiquent bien un travail à corriger, et la correction devait être importante, car la somme allouée était de 400 livres. Thierry jouissait cependant d'une grande réputation, qui ne fit que s'accroître. Sollicité par le roi d'Espagne Piiilippe V, il partit en 1721 et orna de ses œuvres le palais et les jardins de Saintlldephonse ; lui-même en a dressé la liste dans un catalogue manuscrit qui a été conservé sous ce titre : Descriplioii de sujets de sculpliire en figures de marbre, fontaines de plomb, et vases en marbre, inventés et sculptés par Jean Thierry, sculpteur des rois de France et d'Espagne, et pensionnaire de Leurs Majestés, dans les jardins et palais de S. lldeplionse en Espagne. Reçu à r.\cadémie en 1729,Tl)ierry mourut en 1739, âgé de soixantedix ans. Il y a des œuvres de cet artiste au Louvre et à Versailles.
l'armi les sculpteurs alors employés à (liuuitilly, nous retrouvons Jean Hardy. En !(jS7, il exécute un « sphinx de marbre blanc, un cartouche et un rocher », (jui lui sont payés 1 115 livres. Du 3 mai 1087 au 12 février 1088, il reçoit : 1" « 1 025 livres pour les ouvrages de sculpture par lui faits à (rois enfants de marbre et à six bustes qui ont été changés et restaurés par ordre de S. A. S. à Chantilly » ; 2" « 181 livres pour les frais par lui faits pour faire encaisser quatorze enfants de marbre, plusieurs bustes et autres marbres pris chez M. Alvarez par ordre de S. A. S. pour envoyer à Chantilly au mois de juillet 1087 ». Cet Alvarez était un uuirchaïul de marbres, et non pas un sculpteur ; il avait surtout la spécialité des copies de l'anli(|ue, (ju'il faisait faire à Rome et dont il trouvait facilement le phircint'ut à Paris, ces copies étant alors fort à la mode pour l'oruemenlalion des parcs et jardins. Son nom i)arait plusieurs fois dans nos comptes : Il mars 1088 et 15 octobre 1081), « au s'' Alvarez la somme de 3 052 livres i)our plusieurs statues, scabellons et labiés, le tout de marbre, i)ar lui fournis pour le
Ylî.N'lS narine ilc
(■ii|jic (II' ranUquc) lu lin tlu xvii'^ siècle.
HENRY-JULKS, IMUXCE DE CO.NDE
service de S. A. S. » ; 16 novembre IG89, « au s'' Alvarez la somme de o 4i2 livres acompte de ce qui lui est dû pour les avances par lui faites à Rome sur le pri^ des statues de marbre que S. A. S. y fait faire » ; autre acompte de 3 000 livres le 25 février 1691. Parmi ces marbres, nos comptes ne spécitient que « quatre bustes représentant les quatre saisons, que M''''' le Prince a fait venir de Rome par mer à Rouen, et qui ont été envoyés de Paris à Chantilly » ; mais il y avait aussi les bustes d'empereurs romains qui décorent aujourd'hui la façade du petit château dans le jardin de la Volière, et des statues dont deux au moins subsistent, un Bacchus et un Silène placés au bout des allées des Philosophes, au bord du Grand Canal. Nous pouvons donner la même origine h l'une des deux Vénus en marbre qui ornent le jardin anglais; l'autre fut acquise dans la seconde partie du xvni" siècle.
Le 7 décembre 1700, le sculpteur Antoine Poissant « reçut 5o0 livres pour le prix de deux groupes de pierre de Tonnerre, l'un représentant la Terre et l'autre l'Eau ». Ces deux statues sont conservées à Chantilly dans le parc de la Cabolière.
Nous avons vu qu'Etienne Le Hongre avait contribué à la décoration de Notre-Dame en 1687 pour le service funèbre du Grand Condé ; il continua de travailler pour son fils, mais je ne sais à quels travaux s'applique la mention suivante, relevée dans le compte de l'année 1707 (28 février) : « Au s'' de Vizé, tant pour Marguerite-Catlierine Le Hongre, son épouse, que comme fondé de procuration d'Etienne -Charles Le
Hongre, s"" de Changuenard, et de Jacques Le Hongre, s'' des Mazures, cl à Marie- Elizabeth Le Hongre, fille majeure, frères et sœurs, héritiers chacun pour un quart d'Etienne Le Hongre, leur père, et de Marguerite Guichard, leur mère, la somme de 1 500 livres pour l'entier et parfait paiement de tous les bustes de marbre, de bronze, modèles et autres choses généralement quelconques qui ont élé fournis à S. A. S. par ledit défunt s'' Le Hongre leur père ».
Sur la cheminée delà galerie des Batailles à Chantilly, devant le trophée du Grand
.VllIoillC l'ul-^<\M. — L E\l' (|jicl'l'
Condé, se dressent deux lieaux Inisles en marbre représentant Turenne et Condé; la date de leur entrée à Chantilly est donnée par la mention suivante : 29 août 1707, « à Derbais, marbrier, la somme de i 400 livres pour quatre bustes de marbre qu'il a vendus à S. A. S. M''"'' le l'rince, savoir un buste représentant feu M*»'"" le l'rince, un autre représentant feu M. de Turenne, sans escabellons, et deux autres bustes représentant deux Maures avec leurs escabellons ». Jérôme Derbais était le gendre du sculpteur Gilles Guérin, à qui l'on doit le tombeau d'Henri II de Condé à Vallery (Yonne) et la statue de Louis XIV terrassant la Fronde, placée dans la cour du petit clinteau de Chantilly. D'abord marbrier, fabricant de socles et de piédouches, Derbais avait exécuté des travaux considérables au château de Versailles sous la direction de Mansart. Rien qu'il soit encore (lualilié « marbrier » en 1707, il s'était peu à peu élevé dans son industrie et possédait alors un réel talent.
Voici d'autres artistes dont les noms nous sont donnés par les comptes. 3 octobre 1707, « au s"' Seloisse, sculpteur, la somme de 130 livres pour avoir fait une tète de renne de bois de chêne d'environ quatre pieds de long, comprise l'encolure, avoir fourni le bois et le collage, et pour être resté dix jours à Chantilly ». — 4 septembre 1707, marché passé avec le sculpteur Ilurlrelle, moyennant 1 500 livres, « pour la sculpture d'un chasseur d'environ sept pieds de haut, caressant de la main droite un chien debout, et de la gauche tenant une pique, et de deux têtes différentes pour mettre alternativement sur le corps du chasseur ». Simon Hurtrelle, né en 1648, mourut en 1724 ; il y a des œuvres de cet artiste à Versailles, au Louvre, ù l'Kcole des Beaux-Arts, dans les églises Saint-Gervais et Sainl-Roch.
Un marché fut passé le 4 août 1707 avec le s'' Legrand, sculpteur, pour deux lions de pierre de Vernon destinés à Chantilly. Ce sont ceux qui sont placés sur la lisière de la forêt, à l'entrée de la route du Connétable. Le même jour, un autre marché fut passé avec Legrand « pour deux grandes figures de pierre de Trossy, l'une représentant l'Air, au bas de laquelle est un aigle, et l'autre représentant le Feu, au bas de laquelle est une salamandre sur un bûcher allumé, ladite ligure ayant un flambeau allumé dans sa main gauche, et des tenailles dans sa main droite ». Le prix convenu, qui n'était que de 350 livres, indique bien qu'il ne s'agit que de reproductions. L\iir est la copie de la charmante statue de Marsy k Versailles (parterre d'eau), qui a été gravée par Edelinck ; le Feu, qui a été aussi gravé, est la copie du marbre de Dozier, qui se trouve également à Versailles. Ces deux figures sont encore à Chantilly et décorent le Vertugadin.
25 mars 1708, « au sieur Lorrain, sculpteur, la somme de 575 livres pour deux figures de bronze qu'il a faites et fournies pour le grand salon de l'appartement de S. A. S. à l'hôtel de Condé à Paris, l'une représentant Apollon, et l'autre le Faune anti(jue tenant Jupiter enfant ». Rol)ert Le Lorrain, né en 1660, élève de Mosnier et de Girardin, travailla pour Versailles et Marly, et mourut en 1743.
Henry-Jules eut aussi recours au talent d'un homme qui jouit d'une grande célébrité dans la seconde partie du règne de Louis XIV : Antoine Benoist, dit du Cercle, peintre de portraits, et surtout sculpteur en cire, né en 1G32, mort en 1717. Benoist était auteur du Cercle Royal en cire et s'enrichit à faire voir ses « cercles » dans les
IIENRY-.TULES, PRINCE DE CONDÉ 57
foires. Le musée de Versailles conserve de lui un médaillon de Louis XIV en cire. Ilenry-Jules avait une affection particulière pour son premier écuyer, M. de Vervillon, qui avait longtemps servi le Grand Condé son père; il voulut avoir les effigies
JérJiiH' UhiiiiAis, — Tluknne iriuubrf).
de cet ami fidèle, en cire et en stuc; la statue de stuc était placée au xvin'' siècle dans le parc de Sylvie. Les comptes de 1708 et 1709 mentionnent les d<''penses suivantes « pour des portraits de M. de Vervillon en cire, stuc, et pour riiabillement du portrait de cire : au s'' Benoist, 1 300 livres; aux s'' Visigny et Boursier, marchands. 87 ;
à Papon, tailleur, IHO; à Dosliayos, panacher, 5'i-; à Selionl, porriuiiiier, oO ; à Léves(]ii(', j(tailli(M-, 4(1; à M""" de Lussan, pour neuf aunes de canipanno qu'elle a achetées pour l'aire nue fraise au buste de cire, 35 livres 10 sols ».
11 aurait été éloiuianl de ne pas renconirer ici le nom du célèbre sculpteur Corneille Van Ciève, né en Ki'i.'), inori en 173^, et dont le musée de Versailles conserve de
n breuses (euvres ; il Iravailla en 1700 au grand cabinet de l'hôtel de Condé, à
Paris, et en 1710 il reçut l'iiH livres « pour plusieurs modèles et dessins par lui faits pour (Ihantilly ». Mais Louis IH de Pourbon, lils d'Ilenrv-JuIes, lui conlia un travail bien plus important et qui mérite de nous arrêter un instant.
Tout le monde connaît le superbe monument ('levé à la mémoire d'Henri II de Hiiui'bon, père du (irand Condé, par le pr('sident Perrault, son ancien secrétaire. Ce monument, érigé' en l()63 dans l'église de la nutison professe des Jésuites de la rue Saint-Antoine, a été placé par M. le duc d'Aumale dans la chapelle du château de Chantilly, où il entoure le cc'uotaplie qui renferme les cœurs des princes de Condé. Il se compose de (juatre statues assises représentant la Prudence, la Religion, la Justice, la Piél(', de deux g(''nies dont l'un tient l'écu des Condé et l'autre la plaque qui porte l'inscription commémorative, enlin d'une suite de bas-reliefs où, selon les idées de Pétrarque, l'artiste a représenté les triomphes de la Mort, de la Renommée, du Temps, et de l'Eternité. M. Germain Rapst a retrouvé dans les minutiers des notaires i)arisiens les contrats qui ont présidé à l'exécution de ce monument. Le 25 avril 1648, le sculpteur Jacques Sarazin s'engage à modeler en terre les difTérentes figures, les statues, les bas-reliefs, et les panneaux de la porte, moyennant la somme de 15 000 livres. La Religion doit être représentée par une femme assise tenant sur ses genoux un petit temple et dans sa main gauche un cœur, ayant à droite un enfant debout pleurant, et à ses pieds, à gauche, une cigogne. La Prudence doit avoir l'aspect d'une Minerve s'appuyant d'une main sur son écu, tenant de l'autre une lance, et entourée à droite d'un aigle, à gauche d'un enfant représentant l'amour divin. La Justice tiendra d'une main des balances et de l'autre une épée. La Piété, les bras croisés sur la poitrine, aura près d'elle un pélican et ses petits. Le :20 avril 4Gi8, Henri Perlan, le plus habile fondeur et ciseleur de l'époque, s'engage à couler les statues par le procédé de la fonte à cire perdue, à réparer et à patiner les bronzes, moyennant la somme de âG 000 livres. Les troubles de la Fronde retardèrent l'exécution du travail ; Perrault ne suivit pas le Grand Condé aux Pays-Bas, mais il fut exilé en province, avec défense de paraître dans la capitale. Perlan mourut en 165G ; il avait déjà fondu les statues, mais n'avait pas achevé la ciselure, et les bas-reliefs n'étaient pas commencés. Par un marché conclu le 18 avril 1059, Perrault conlia aux fondeurs Denis Prévost et François Picard le soin d'achever le monument, qui fut euiin ('rigé dans l'église des Jésuites en 16G3 et placé dans une chapelle dont le père du Grand Condé avait de son vivant fait les frais.
D'après une tradition qui ne peut être contrôlée, le cœur d'Henri de Bourbon était enfermé dans le petit temple que la Religion lient sur ses genoux. Est-ce là aussi que fut placé le cœur du Grand Condé? Henry- Jules ayant à son tour légué son cœ'ur aux Jésuites, son fils Louis 111, duc de Bourbon, qui avait la même intention et voulait établir cette tradition dans sa maison, reconnut la nécessité d'un monument
HENRY-JULES, PRINCE DE CONDE
destiné à recevoir les cœurs des princes de Condé '. C'était en 1709 ; le sculpteur le plus célèbre était alors Corneille Van Clève ; c'est à lui que s'adressa Louis lll de Bourbon. M'' Fontana, notaire à Paris, dont le minutier contient de nombreux documents relatifs à la maison de Condé, m'a gracieusement autorisé à prendre copie du « Devis des ouvrages de bronze doré et de marbre que S. A. S. M^'' le Duc veut faire construire dans l'église de Saint- Louis des Jésuites pour placer et mettre en dépôt les cœurs des sérénissimes princes de "Condé, suivant les dessins de M. de Cotte, intendant des bâtiments et premier architecte du Roi ». L'emplacement choisi fut l'arceau en forme de voûte par lequel on passait de la chapelle de Condé dans celle où se trouvait le monument de Louis Xill, ai'uvrc aussi de Jacques Sarazin.
11 serait fastidieux de mentionner les importants ouvrages de marbre que comporte le devis, et nous arrivons au morceau capital, « l'ouvrage de bronze doré à feu. — Sera fait une figure isolée de bronze doré d'or à feu, représentant la Victoire, d'environ cinq pieds et demi de proportion. Elle paraîtra se soutenir de ses ailes en l'air, et sera richement velue, ayant en sa main droite un cœur, et en sa gauche une palme, et sera couronnée de lauriers. Au-dessus et derrière sera fait un cartel dans lequel seront les armes de LL. AA. SS.. Sur ledit carlouche sera posée l'urne, ornée à ses côtés de palmes et de lauriers, le tout doré d'or à feu. Plus sera fait les deux consoles de bronze aussi doré d'or à feu, ornées de têtes de chérubins, bas-relief et ronde-bosse, et de festons de lauriers qui prendront de chaque côté du cartel et viendront s'attacher au rouleau des consoles. Plus sera fait à chaque côté de l'arcade entre les pilastres des bordures de bronze ovales de quatre pouces de prohl, ornées d'architecture et
Lkghami. — L AlU H)ic
' Les corps des princes et princesses de la maison de Condé étaient inhumés à Vallery en Bourgogne. On admire encore dans l'église de Yallery le beau monument élevé à la mémoire d'Henri II de Bourbon-Condé par les soins de sa veuve, Charlotte-Marguerite de Montmorency, et dont l'auteur est Gilles Guériu.
ornemens, lesquelles seront dcjiM-es d'or moulu. Les champs desdits ovales seront remplis de marbre noir pour recevoir les inscriptions en lettres d'or, et sera fait des douilles inscriptions au dit ovale. Au-dessous desdits ovales seront faits des ornemens de bas- relief de bronze doré. Au-dessus des ovales seront à chacun une tète de mort avec ailes, et des festons de cyprès mêlés de lauriers. Plus sera fait dans le losange du cintre de l'arcade en rond des roses de bronze, et aux deux côtés aussi des roses de bronze dorées d'or à feu. — Tous lesquels ouvrages de marbre et bronze et maçonnerie seront bien et dûment faits et parfaits suivant les dessins, dont
Lkgii.\.\l). — Lion (pierre).
le s' Van Clève, sculpteur du Iloi, sera chargé de l'exécution de cet ouvrage, et fournira tous les marbres, bronze, dorures, fera tous les modèles nécessaires tant en terre, cire et plâtre, comme aussi toutes les façons desdits ouvrages, les creux, noyaux, potées, fera fondre et réparer tous les dits bronzes très proprement, sera chargé de l'or à feu et moulu, fournira toutes les armatures de fer et tout ce qui conviendra pour rendre les dits ouvrages faits et parfaits, sera chargé aussi des échafaudages et voitures, fera faire les renfoncements dans les murs pour mettre les cœurs des sérénissimes princes, fournira les fers nécessaires pour soutenir la tigurc en 1 air, et généralement tout ce qui conviendra pour rendre les dits ouvrages dans leur entière perfection, moyennant le prix et somme de 86.000 livres ».
Le marché fut signé le 10 septembre 1701); de Cotte était chargé de surveiller \v travail, lequel devait être achevé à la lin de 1710. 11 n'y eut qu'un léger retard, cl le dernier paiement fut effectué le 27 mai 1711 : il y avait déjà plus d'un an que Louis III de Bourbon était mort. Ajoutons que si l'œuvre de Saraziu jiut être sauvée en 1798 par Lenoir, qui la conserva dans le musée des relits-Augustins, il n'en fut pas de
HENRY-JULES, PRINCE DE CONDE
même de celle de Van Clève, qui fut sans duute fcnidue sous le Directoire et servit à, faire du matériel de guerre.
Les comptes postérieurs à 1700 nous donnent les noms de plusieurs architectes. Le 24 septembre 1703, le prince de (^ondé accorde une gralilication de 132o livres à Pierre BuUet. Buliet mourut en J71(j, membre de l'Académie; on lui doit la porte Saint-Martin, le maiire-autel de l'église de la Sorbonne, et i)lusieurs hôtels de Paris. De 1705 ù 1707, nous voyons l'architecte Lassuraiice vériher de nombreux mémoires de travaux exécutés dans les hôtels de Condé de Paris et de Versailles. L"n troisième architecte, Jean Dorbay, dirifi;e aussi des travaux à l'hôtel de Condé, à Paris, en 1707
Le Triomphe du Temi's, iia-^-rrik-f de s.ui.uin (In-ou/c)
(chapelle du cluileau de Cluiiilill;).
et 1708; il était qualifié « architecte et entrepreneur des bâtiments du Roi » ; son frère François, aussi architecte, élève de Louis Levau et mort en 1697, est plus connu que lui. Jean Dorbay fut employé à Chantilly, comme le prouve la mention suivante extraite du compte de 1711 : « Au s'' Dorbay, architecte, la somme de 1000 livres pour le temps par lui employé aux ouvrages qu'il a fait faire par ordre de feu S. A. S. M^' le Prince tant à Chantilly qu'ailleurs, les dessins et plans par lui faits et levés et qu'il a donnés à feu sa dite Altesse, et pour toutes ses prétentions généralement quelconques ».
Enfin il n'est pas sans intérêt de citer les principaux ébénistes qui travaillèrent pour Henry-Jules de Bourbon-Condé. 21 février 1G90, « à François Guillemart, ébéniste, la somme de 267 livres pour trois pieds de table de sculpture, deux tables de marqueterie de figuier d'Inde et d'ébène verte, qu'il a fournis pour Chantilly » ; cette seule citation suffit ; mais le nom de Guillemart reparaît souvent dans les comptes. — 7 août 1088, « au s"' Boulle, ébéniste, la somme de 1260 livres pour deux coffres de toilette de marqueterie qu'il a faits pour le service de S. A. S. M"" de Bourbon à l'occasion de son mariage avec M^''' le prince de Conti ». 23 septembre 1707, « au s"" Boulle, ébéniste, la somme de 1400 livres pour une boîte de marqueterie qu'il a faite pour la pendule de la chambre jaune de S. A. S. à l'hôtel de Condé à Paris ». 5 aoùL 1708, « ans"' liaby, horloger, la somme de 6O0 livres, prix fait avec lui pour la pendule à secondes sonnant les quarts et à répétition, qu'il a faite pour la boîte à
Jacques SAnAziN. — L\ Ui;i,l(iloN (liron/.o) (chapelle du cliâleau de Chanlilly).
pendule de marqueleric (lui est dans la chaaibrc jaiiiic do rapparlemenl de S. A. S. il riiûtel de Condé ».
llcnry-Julcs mourul le i'^'' avril ITU'J ; s<jn oraison funèbre fui prononcée ù Noire-
HENRY-JULES, PRINCE DE CONDÉ
Dame le 7 août suivant parle I^. Gaillard, jésuilc. La dépense faite pour « le mausolée, service et pompe funèbre » s'éleva à la somme de 42.374 livres. Dans l'état de répartition, je relève les noms suivants : Pavillon et Nocq, menuisiers, 7072 livres ; Herlier, menuisier. 2263 ; Du Tour, peintre, 252 ; Pavillon, peintre, 7351 ; Sébastien Slodtz, sculpteur, 2072 ; Mazelle, doreur, 759; Deniesport, imprimeur en taille-douce, 17; Simart, imprimeur, 327 ; Berain, dessinaleur, 333. Il fut en outre alloué à Berain une somme de 2000 livres « pour ses dessins, peines, soins et déboursés à l'occasion du service fait à Notre-Dame ». Le Mercure galant de septembre 1709 donna une minutieuse description de la cérémonie ; nous en détacherons le passage relatif
Fragment du Triomphe ue la Renommée (bas-relief de la chapelle de Clianlill;).
aux travaux d'art, puisque les noms des artistes nous ont été conservés : « Le service n'a point été fait dans le chœur, suivant l'usage ordinaire, à cause qu'il est occupé depuis longtemps par les ouvriers pour le maître-autel que le roi y fait faire. Ainsi on avait été obligé de se servir de la nef... Cet espace contenait presque depuis la porte du chœur jusqu'au grand portail do léglise, ce qui donna un vaste champ à M. Berain, dessinateur ordinaire du cabinet du roi, d'exercer son génie aussi heureusemeni qu'il a toujours fait en pareilles occasions... L'architecture dont ce nouveau cluinir était décoré était d'ordre ionique, et il représentait un lieu destiné pour servir de monument à tous ceux (jui sont descendus, depuis saint Louis, de la maison de Condé. Ils étaient représentés au naturel dans des médailles autour desquelles on lisait leurs noms. Ces médailles, au nombre de quatorze, étaient élevées au-dessus des archiboles ou arcades, et portées par des renommées, le tout peint et rehaussé d'or. Les arcades étaient ornées de balustres de marbre et de bronze, qui formaient ([uatorze tribunes... Les trumeaux qui séparaient les tribunes étaient ornés de grands pilastres de marbre accouplés. Les bases et chapiteaux étaient de bronze, ornés de tètes de morts... L'autel était aussi d'ordre ionique ; il était magnifique, et paraissait tout de marbre et de bronze... Le mausolée était d'une architecture ionique, pareille à celle du tour, et composé de colonnes ornées de chapiteaux et de bases de bronze ; il était posé sur une estrade de cinq pieds de haut, ornée de piédestaux d'un très beau plan... On voyait sur chacun des angles de l'estrade une statue de marbre blanc. Ces figures étaient assises et représentaient la Religion, la Fidélilé,\a Vigilance el\a.
04 LES Ain'S DANS LA MAISON" DR f.ONDH
Valeur... Il y avait au milieu de ecHe esLi-ade un tombeau de marbre noir avec des consoles de bronze, portées par huit têtes de morts de bronze doré, posées sur un socle de marbre... Les milieux de chaque porticjue étaient ornés de grands cartouches de bronze où étaient les armes du prince défunt, entourées de palmes. Tous les piédestaux de l'estrade étaient ornés de bas-reliefs d'or, sur un fond de marbre noir... », Le prince qui avait tenu à rendre un si bel hommage à la mémoire de son père lui survécut moins d'une année; Louis III de Bourbon mourut le 4 mars 1710. Son lils aine, Louis-Henri, qui avait port('' jusqu'alors le titre de duc d'Anguien, prit le nom de duc de Bourbon ; c'est le fiiiiir ministre de Louis XV.
TROISIÈME PAliTIE
LE DUC DE BOURBON
Pierre Goulrt. — Le DUC DE BoillliO.N
Louis -Henri -Auguste de Bourbon , septième prince de Condé, prit le titre de duc de Bourbon après la mort de son père et fut désigné, selon la tradition, sous le nom de M. le Duc. Il épousa, en 1713, sa cousine Marie-Anne de Bourbon-Conli. Veuf en 1720, il tomba la même année sous le joug de M'"" de Prie, qui devint le véritable clief de l'État le jour où son amant prit la succession du Régent.
Vaincu dans sa lutte contre le cardinal de Fleury, le duc de Bourbon fut exilé à Cliantilly, pendant que M"'" de Prie était reléguée en Normandie , où elle mourut l'année suivante. M. le Duc rentra en grâce en décembre 1727 ; en juin 1728, il épousa la princesse Caroline de Hesse-Rhinfeld, et partagea dès lors sa vie entre Chan-
tilly ot la Cour, n'ayanl aucune pari au pouvoir, aucune influence auprès de Louis XV. Il mourut en janvier 1740. Nous n'avons pas à juger son rôle politique, ni même à apprécier son caractère; il fut, à bien des égards, un assez pauvre homme ; mais il aima passionnément les sciences et les arts, et, à ce litre, il nous intéresse. Immensément riche, follement prodigue pour satisfaire ses fantaisies, épris de Chanlilly plus qu'aucun de sa race, il paraîl avoir fait de l'embellissement de cette maison le l)ut de son existence ; Saint-Simon déclare que les « sommes prodigieuses » qu'y avait dépensées Henry Jules de Bourbon de 1G87 à 1709 « ont été des bagatelles en comparaison des trésors que son petit-lils y a enterrés et des merveilles qu'il y a faites ».
Les comptes de cette époque ont disparu, et la perle est infiniment rogretlable; nous avons cependant assez de renseignements pour suivre les principaux travaux exécutés à Chantilly de 1718 à ll'iO ; le manuscrit anonyme que nous avons déjà cité les retrace à grands traits : « Les changements que S. A. S. a faits au grand et au petit château sont immenses. S. A. S. a fait abattre et rebâtir Irois faces de la cour du château, savoir : celle par où on entre, celle du grand escalier, et celle qui regarde le petit château. Elle a aussi fait refaire un pont par lequel on entre dans le château, à la place de l'ancien qui était très vilain. Elle a fait accommoder les dedans de tous les api)artements qui n'ont pas été rebâtis à neuf. C'est Elle qui a fait bâtir la chapelle et qui l'a rendue telle quelle est. Les appartements du petit château, qui auparavant étaient à l'ancienne mode, sont aussi ses ouvrages. Elle a rendu cette maison aussi magnifique ([ue commode ».
Dans le grand château, la réfection de la façade intérieure de l'entrée fit disparaître ce qui restait de l'œuvre de Pierre Chambiges. La façade du grand escalier occupait le côté gauche de l'entrée; le grand escalier prenait naissance au degré qui accède aujourd'hui à la terrasse de la chapelle: on y entrait par trois arcades décorées de colonnes corinthiennes et d'un fronton brisé; au-dessus était un cadran soutenu par deux génies et accouq)agné des figures d'Iris et du Tenqis. Les deux rampes de l'escalier aboutissaient, à la hauteur du premier étage, à un vaste palier où fut placée, en 1735, la statue du Grand Gondépar Coysevox. L'ancienne chapelle occupait la cage de l'escalier d'honneur créé de nos jours par M. Dauinel; c'est là qu'elle avait été érigée au milieu du xiv'' siècle et reconstruite au commencement du \Yl^ Lorsijue le duc de Bourbon la lit démolir eu décembre 1718 pour en élever une nouvelle sur le même emplacement, on découvrit, à quatre pieds de profondeur devant l'autel, un cercueil en plomb qui renfermait un corps adiiiirablement conservé, revêtu d'une chemise de toih' blanche assez fine, les bras liés aux poigiiels par nn coi-dou de soie, dans une envelopi)e de toile grise cirée, ficelée d'une petite corde. On reconnut (jue ce corps était celui de (Juillaume III le Bouleiller. mort avant 1340, le dernier de sa maison qui ait terminé ses jours à Chantilly. Le cercueil lui transporté dans l'église du village et inhumé'.
L'arciiitecle de Chantilly était alors ,Iean Aubei-l, (juc le duc de Houriion connaissait depuis dix ans, car il avait dirigi', en 1 7(l'.)-l 7 10, trinipnrlanls travaux dans une autre maison des Coudé, le château de Sainl-Maur, oii il avait eu sous st's ordres les maçons Jean et Maurice Sedaine, grand-père et grand oncle de l'auteur du l'hilosuphc
LE DUC DE BOURBON
sans le savoir. Aul)ert avait succédé à Lassurance comme arcliilccto de riiôlel de Bourbon, puis comme contrôleur dos hàtimonts du roi à Saint-Germain-en-Laye; il avait construit l'hôtel du Maine et achevé celui de Beauvais. Ses travaux à Chantilly consacrèrent sa réputation, qui n'est pas usurpée, carie monument des Ecuries reste comme un splendide témoignage de son talent. Reçu à TAcadémie d'architecture le 22 janvier 1720, Jean Aubert mourut le 13 octobre 17il. Le duc de Bourbuu lui avait légué une pension de mille livres dont sa veuve, Geneviève Brunoau, reçut le dernier terme le 8 juillet 1742.
Par les rares pièces échappées au naufrage des comptes, nous pouvons juger de l'importance des travaux exécutés dans le grand château ; ils étaient surveillt'S par l'intendant des bâtiments de Senne , au service des Condé depuis 1699, et par l'inspecteur des bâtiments Leroy, dont le fils devint l'architecte de Chantilly. Du 16 novembre 17 18 au 27 mars 1720, l'entrepreneur de maçonnerie Simon reçut 67.200 livres ; Tonny et Cailleux, charpentiers, 28.200 ; nous trouvons encore une quittance de 4.000 livres donnée
par ceux-ci le z
mai
F.\C.VDE DU r.RAND CH.VTE.4U .\l>Rt;S 1720
Il n'est resté que deux quittances du serrurier , Jean Aubry, qui reçut 4.000 livres le 17 octobre 1719. et o.OOO livres le 22 mai 1721, une
seule du menuisier Guesnon, une aussi du couvreur Bordier. Piganiol de La Force, qui vint à Chantilly quelques années plus tard, ne dit que quelques mots de la décoration extérieure ; il mentionne « la porte, rebâtie à la moderne et ornée de sculptures» : des trophées, avec les armes du roi accompagnées de deux anges ; d'autres trophées sur les quatre panneaux et sur les acrotères. Il ajoute : « Les appartements sont grands, commodes et richement meublés, et les salons très ornés. La salle d'armes contient toute sorte d'armures, curieusement ramassées et en quantité. La chapelle est fort belle. La cour est presque triangulaire, et de tous côtés s'élèvent des bàtimenls embellis de sculptures et d'orne-
ments ». Ces sculptures étaient l'œuvre de Remy-François Bridault. que nous retrouverons plus loin on parlant des Keuries. Toute la décoration en dorure des appartements avait été faite par Aulin et Dezauziers.
Les travaux étaient terminés depuis peu de temps lorsque le jeune Louis XV, ([ui venait d'être sacré à Reims, s'arrêta à Cliantilly le 4 novembre Mii. « Sa Majesté fut reçue, dit le Mercure, au bas du grand escalier noiwellcmenl fait... ; le duc d'Orléans occupa, dans le petit château, l'appartement nouvellement restauré, un des plus beaux de Chantilly ». Cet appartement est celui que le Grand Condé avait créé de
.u^-j „'«ast
CiUNTll.l.v KN 1738, Japivs iiii (k'-ssiii de Drnoi ii.,.
1G84 à KJHC): M. le Duc venait d'y placer les splendides boiseries à fond blanc et reliefs dorés qu'on y admire encore auj(nird'luii. Nous ne pouvons guère juger des embellissements apportés aux appartements du grand château, puisqu'il n'en reste rien; nous savons seulement que le rez-de-chaussée comprenait, dès 1720, les salles et galeries du Tasse et des Géorgiques, ainsi nommées à cause des tableaux dont elles étaient ornées et qui représentaient des scènes tirées de la Jérusalem délivrée et du poème de 'Virgile. La .salle des Fables tenait son nom dune cause analogue (le Renard et le Corbeau, par J.-B. Oudry, etc.). Le premier étage était consacré aux appartements du roi et de la reine. Les narrateurs du \\u\'' siècle rapportent que ces appartements et galeries (Haienl ornc'S de « tapisseries précieuses et de labh^aux des plus grands maîtres » ; la collection des tajjisseries était certainement plus riche encore que celle des tableaux ; elle avait été commencée au xyi"" siècle par le conné-
LE DUC DE ROURBOxN
table do Monlmorency; les plus belles pièces de la collection des Condé venaient de lui, et plusieurs étaient à ses armes; citons-en trois : « dix pièces de tapisserie de haute lisse de Bruxelles, histoire de la descente d'Enée aux enfers, comprenant quarante aunes de cours sur trois aunes de haut, armoriées dans les bordures aux armes de Montmorency; treize pièces de tapisserie de haule lisse de Bruges, représentant les Banquets, contenant trenle-six aunes de cours sur trois aunes et demie de haut, aux armes de
" llli
Monlmorency; — neuf pièces de tapisserie de velours cramoisi plein, à bordure d'étoffe or et argent, avec des cordonnets d'or ; aux coins de chaque pièce sont les armes de Montmorency, et au milieu une épée de connétable avec des guidons aux deux côtés, accompagnés de lleurs de lys; le tout à broderie or et argent
fin
contenant vingt- neuf
Le (iRANU CABINET 1)1' PETIT ClIATKAC
aunes de cours sur trois aunes un quart de haut. Un dais avec sa queue de pareil velours, aussi garni d'épées de connétable , les armes de Montmorency sur la queue ; les pentes du dais garnies de grandes franges or, argent et soie ».
La collection comprenait des tapisseries des Gobelins (Histoire de Constantin, Métamorphoses d'Ovide), d'Amiens
(le Dieu d'amour, les Triomphes de Pétrarque, le roi Clovis), de Tours (la Création du monde, l'histoire de David et Goliatli), de la Marche (un débarquement de Turcs et Maures), de Rouen, de Bergame, de Venise, des chasses d'Auvergne ; mais les tapisseries de Flandre (Bruxelles, Anvers, Bruges, Audenarde) étaient de beaucoup les plus nombreuses ; une liste en serait trop longue ; bornonsnous à citer celles qui représentaient : les douze Mois de l'année, les sept Merveilles, les Vertus, la Création du monde, les Métamorphoses d'Ovide, les histoires de Vénus, d'Abraham, d'Énée et Didon, d'Achille, de César, de Coriolan, de Constantin, de Gombaut et Macé ; l'histoire des saints Jacques et Christophe, patrons de la chapelle de Chantilly; des verdures, des jeux d'enfants, des singes, des scènes champêtres, etc. Chacune de ces tentures se développait sur vingt à trente aunes, quelquefois plus, et se composait de six à douze pièces ; aussi la plupart
rcstaicnt-cllcs le plus soiivciiL roiili'i's on magasin, ce (jiii o\])li(nii' (■i)iiil)i('n p(>u se sont conservées; mais, grâce à celte circonstance, nous en avons des inventaires détaillés, tandis que pour les tableaux, outre que le manque de précision est déplorable et le nom de l'auteur souvent oublié, ceux qui étaient enchâssés dans les boiseries (et beaucoup étaient ainsi placés à Chantilly) se trouvaient considérés comme immeui)les par destination, « posés pour perpétuelle demeure ». et ne sont pas mentionnés dans les inventaires de succession dressés après le décès des princes. Nous savons cependant que la salle des gardes de l'appartement du roi était ornée de : quatre chasses de Wouvermans, une chasse de Van der Meulen, un hallali du cerf de F. Desportes, et une toile d'Oudry représentant un chien eu arrêt devant un canard. Dans la nouvelle chapelle, le duc de Bourbon avait placé un Baptême du Christ, par l'Albane, une Circoncision de Jules Bomain, une Sainte Famille de Baphaël, Jésus-Christ chez Simon le lépreux, par Paul Véronèse ; la Fuite en Egypte, de Poussin ; la Descente du Saint-Esprit, par Jouvcnet, et une Ri'surrection qu'il avait commandée à Coypel. Ces tableaux ne sont plus à Chantilly, mais on y conserve d'autres peintures exécutées p<uir M. le Duc par Oudry, Desportes, Christophe Iluet. Gobert, etc.
Pierre Gobert est le premier en date ; nous l'avons déjà rencontré ; c'est le peintre de la famille. Quand M'"" de Prie se mit en tète de faire épouser à son amant la fille de Stanislas Leczinski, elle envoya Gobert à Wissembourg pour faire le portrait de Marie (mars ITâoj. C'est ce même portrait qui, un mois plus tard, fut placé sous les yeux du jeune Louis XV, M""' de Prie ayant reconnu que Marie était la seule princesse dont l'accession au trône fût compatible avec le maintien de son propre pouvoir. Elle-même et le duc de Bourbon se firent peindre par Gobert : le portrait de M""" de Prie appartient aujourd'hui à M le baron de Baye, celui de M. le Duc est à Chantilly ; ce dernier a été gravé par Drevet. Gobert lit aussi, entre 1715 et 1720, le portrait de M"*^ de Charolais, sœur de M. le Duc, et celui de M">'' la Duchesse, pour lequel une somme de 1400 livres lui fut payée en 1720. Enfin la plus connue des sœurs du duc de Bourbon, Marie-Anne de Bourbon, M'"' de Clermont, posa aussi devant Pierre Gobert ; les comptes de cette princesse nous ont été conservés : nous voyons qu'elle paya à Gobert une somme de 310 livres en I7HK et une autre de 700 livres en 1722.
Le nom de M"*" de Clermont est inséparable de Chantilly; elle y vécut souvent avec son frère, et c'est là que se déroula le roman d'amour que M""' de Genlis a raconté en l'enjolivant sans doute un peu. Quoi qu il en soit, le roman lut de courte durée; au cours d'une chasse donnée ii Louis XV dans le parc de Chantilly, l'iieureux mortel dislingu('' par la princesse, un gentilhomme de haute naissance. M. de Melun, fut blessé d'un coup d'andouiller par le cerf aux abois, et mourut le lendenmin (31 juillet I72'(). M. le duc d'Aumale a voulu perpétuer à Chantilly le souvenir de ce roman par une composition dont M. Luc Olivier Merson est l'auteur et ([u'il a placée dans la maison de Sylvie; mais nous avons à Chantilly d'autres souvenirs de M"" de Clermont, des portraits contenq)orains où elle nous apparaît dans toute sa grâce, son charme et sa beauté. C'est d'abord un splendide pastel de Bosalba Carriera. On sait que Bosalba vint à Paris au mois de mars 1720 et y resta jusqu'au mois
LE DUC DE BOURBON 71
d'avril 17:21. Ses pastels firent fureur, et toute la Cour voulut poser devant elle. Son Journal nous donne la date du portrait de M"" de Clerniont, qui fut exécuté du 20 février au 7 mars \~i\. Nous avons les comptes de M"^ de Clermont de 1719 à
Kosalba CAnniinA. — M"' HE Cl-ELi.MO.M iiaslcl).
4730 ; nous n'y trouvons pas le nom de Rosalba, et le Journal de l'artiste nous apprend que le portrait fut payé par la duchesse douairière de Hourbon. Par contre, nous y relevons le nom d'un autre pastelliste : « A Lundberg, peintre, pour le prix d'un portrait en pastel de S. A. S. (M"" de Clermont), le cadre et la glace, 150 livres » (octobre 17-6). Gustave Lundberg était un élève de Rosalba, et sa spécialité était le
LES AinS DA.NS LA MAISO.N DE CONDÉ
poi-lrail au pastel; il y acquit une grande célébrité. Né à Stockholm en 1G94, il étudia à Venise, puis vint à Paris, où il reçut les leçons de l'académicien Cazes. Admis, comme étranger, à l'Académie en 1741, il donna pour morceaux de réception les portraits au pastel de Natoire et de Boucher, aujourd'hui conservés au Louvre. Il passa la dernière partie de sa vie à Stockholm, où il mourut en 1786.
M"'' de Clermont afl'eclionnait à Chantilly un coin du parc où la découverte d'une source ferrugineuse avait occasionné la création d'un pavillon et d'un jardin; source
!•'. Ukï^poutks. — BuiADOn. CHIEN DE LA .MELTE DE ClIANÏILLV
et jardin existent encore au bout des écluses du grand canal, près de la route de Greil. C'est aux eaux minérales de Chantilly (jue la princesse voulut poser devant Jean-Marc Nattier. La peinture est moins vivante, moins chaude que le pastel de Rosalba, mais un grand charme s'en dégage ; si l'ensemble est un peu froid, l'attitude de la princesse est à la fois pleine de noblesse et d'abandon ; Nattier a déployé ici ses qualités d'exactitude, de correction et de régularité. Ce remarquable portrait, exécuté dans l'été de 1729 et payé I 800 livres, a toujours occupé une place d'honneur à Chantilly ; au xviu'' siècle, il ornait la « chambre de M. le Prince » dans le bel appartement du petit château ; on l'admire aujourd'hui dans la grande galerie de peinture.
M"'' de Clermont fut satisfaite de Nattier, et elle lui commanda d'autres travaux pour lesquels il reçut 7:20 livres en janvier 1730 et loi livres en janvier 1731. Citons encore deux artistes don! les comptes de celle princesse nous donnent les noms : « A Penel, peintre, pour un porirait de S. A. S. en miniature, lijO livres » {"20 août 17:28) ; — « au sieur Le Brun, peintr(\ pour deux portraits en miniature, i'iO livres » (29 juillet et 17 octobre 1729). Quant au duc de Bourbon, nous connaissons ses peintres ordinaires de 173") à 1740 : Tremblin reçoit îii'i livres le 31 octobre 1738 « pour quatre copies du portrait de M«' le Duc » ; « la demoiselle Loir » paraît en
LE DUC DE BOURBON
^voir fait davantage : « pour différents portraits de M^'' le Duc », elle reçoit olO livres le l*"" avril 1737, 242 le 10 décembre suivant, et 752 le 19 décembre 1738. Enfin « le sieur Loir, orfèvre sur le pont au Change », fils et petit-fils d'orfèvres célèbres, est payé, le 20 mars 1738, d'une somme de 72 livres « pour un portrait en miniature de S. A. S. ». La demoiselle Loir est sans doute Marianne Loir, dont le musée de Bordeaux conserve un portrait de M""^ du Châtelet ; la ^^ famille Loir produisit de nombreux artistes au c>3!:$ xvu" et au xviu'' siècle. André Tremblin, professeur de l'Académie de Saint-Luc, mourut -le 24 juin 1742. Son fils aine, Pierre-Robert, continuera de faire les portraits des princes et princesses de la maison de Condé ; le second, Charles-André, peintre décorateur, succéda en 1752 à son beau-père, Pierre de Neufmaison, comme directeur des ouvrages de la Chine aux Gobelins, où il dirige aussi, quelques années plus tard, les travaux pour les peintures et dorures des équipages. Ce Neufmaison, peintre aux Gobelins, figure lui-même dans les comptes de la maison de Condé; en 1742, il reçut 2 000 livres « pour la peinture et vernis d'une berline » de la duchesse de Bourbon.
Revenons à la décoration de Chantilly. En 1725, M. le Duc commanda à J.-B. Oudry trois tableaux représentant les chasses du loup, du renard et du chevreuil ; les deux premiers sont encore à Chantilly, le troisième est au musée de Rouen. Outre un tableau représentant la chasse du sanglier, M. le Duc fit peindre par François Desportes trois chiens de sa meute, Fanfaraut, Briador, Baltazar; ces toiles ont été conservées; M. le duc d'Aumale a fait placer Briador et Baltazar auprès des chasses d'Oudry dans l'antichambre du grand appartement, Fanfaraut dans la maison de Sylvie. Mais de tous les peintres du duc de
Bourbon dont les œuvres subsistent à Chantilly, c'est Christophe lluet qui tient la palme.
Tout le monde connaît les Singeries du petit château. Ce sont deux cabinets délicieusement ornés, l'un à l'étage, près de la galerie des Batailles, l'autre, charmant petit boudoir, au rez-de-chaussée. Dans le premier, il y a des Chinois et des singes; dans le second, on ne voit que des singes et des singesses, représentés en diverses scènes : le bain, la toilette, la cueillette des cerises, le jeu, le déjeuner de chasse, la
Panneau de la Petite Singerie a Chantilly
promenade en traîneau ; le plafond, le lambris inférieur et les volets sont semés de
I'annevu HE LA Grande Singeiiie a Chantilly
fleurs et d'arabesques ; sur un volet, un carton cril)lé de trous de Hèche, et audessous celle inscription : prix rampurlè, 1785 ; voici donc la date approximative
LE DUC DE BOURBON
de rcxéciiLion de ce cabinet. Dans la Grande Singerie, qu'on pourrait aussi bien appeler Chinoiserie^ les panneaux sont couverts de peintures qui représentent les sciences et les arts, la guerre, la chasse, la danse, la peinture, la sculpture, rarcliiteclure, la chimie et d'autres sujets où des Chinois sont accompaj^nés de singes; ces panneaux sont enveloppés d'encadrements, d'arabesques, de fleurs et d'ornements de tout genre, et entremêlés de médaillons en camaïeu. On a voulu voir dans ces peintures des caricatures de personnages du temps et de la cour de Louis XV ; je me refuse absolument à y démêler aucune intention satirique. Au plafond, des sujets de chasse, chiens, oiseaux, daims, sangliers, etc., singes armés de fusils et de dagues. Chinois aux quatre angles ; le fout avec une variété d'ornements, guirlandes, fleurs et fruits, et une profusion de couleurs qui produisent un véritable feu d'artifice dont l'œil est à la fois ébloui et charmé.
Christophe Huet exécuta aussi pour le duc de Bourbon dix grandes toiles décoratives dont la hauteur varie de 2", 70 à 3"'/10 et la largeur de 1 mètre à 1"',60. Ces peintures représentent des paysages d'Extrême-Orient, surtout de la Chine et du Japon, animés par des bêtes dont le caractère exotique n'implique pas la ressemblance, chiens, lapins, moutons, perroquets, singes, oiseaux, cygnes, etc. Ces peintures, aujourd'hui conservées à Chantilly, sont signées C. Huet, 1735. Enfin, dans l'état des dettes de M"'' de Clermont, payées après sa mort, je relève : « A Huet, peintre
d'histoire, pour deux mémoires de travaux exécutés au Petit-Luxembourg en 17il, 608 livres ».
Jusqu'à ces dernières années, on ne connaissait Christophe Huet que par Dargenville et Piganiol de La Force ; le premier lui attribue positivement les panneaux célèbres de l'hôtel de Rohan (Imprimerie nationale) et du château de Champs ; le second signale, au château de Bagnolet, qui appartenait au duc d'Orléans, une salle à manger ovale, toute couverte par Christophe Huet, de « très excellentes peintures oîi l'on voit des jeux de Chinois, avec des paysages très légers, enfermés dans des ornements de guirlandes de fleurs ». Edmond de Concourt a ignoré Christophe Huet, et, devant les Singeries de Chantilly, il n'a vu que Watteau: « Partout rayonne dou-
Pannem' de lv chambre de M. le Duc A Chantilly
cernent la signaliirc do WaLlcau ». Or, WalLeau élait mort en 1721, el la Petite Singerie, nous l'avons vu, n'est pas antérieure ù 173o. (jillot, dont on a aussi prononcé le nom, mourut en M'ii, Claude Audran en 173i. M. de Cliampeaux, le premier, dans sou excellente Histoire de la peinture décorative, a essayé de rendre à Christophe Iluet ce qui lui est dû. Les remarquables études de M. Dimier ont achevé de le metire en lumière', el l'c-minont critique d'art M. A. Gruyer, de l'Institut, est venu apporter à l'édifice une pierre de belle grandeur en attribuant à C. Iluel, avec toute vraisemblance, — je n'ose pas dire avec certitude, le document écrit faisant défaut, — les deux Singeries de Chantilly-. Il n'est pas jusqu'à l'écran placé devant la cheminée de la Grande Singerie qui ne soit lui-même de G. Iluet, car il se trouve dans \ii?, Singeries on différentes actions de la vie liumaine représentées par des singes, recueil de douze pièces gravées par J. Guélard sur les dessins de ce peintre.
Les dix tableaux décoratifs de Chantilly achèvent de compléter l'œuvre aujourd'hui connue de Christophe Iluet et dont l'ensemble est devenu singulièrement important. On savait, d'après les livrets, que les salons de l'Académie de Saint-Luc avaient exposé, de 1751 à 1750, de nombreux tableaux d'animaux et d'oiseaux peints par C. Iluet ; mais tous ont disparu, à l'exception du tableau du musée de Nantes qui représente un Chien en arrêt sur des cailles, signé C. Iluet, 1740. Les peintures de Chantilly sont donc intéressantes, non seulement par l'adjonction qu'elles apportent à l'œuvre de Christophe Iluet, mais surtout par ce qu'elles nous apprennent de la manière de l'artiste et par la variété qu'elles montrent dans son talent ; elles révèlent un art si difTérent de (iq\\x\(1q?, Singeries qu'il n'était encore venu à l'idée de personne d'attribuer les deux œuvres au même maître.
En dehors de la Petite Singerie, il n'est guère possible de se rendre compte de l'ancienne décoration du rez-de chaussée du petit château, dont la distribution a été profondément modifiée, sous la Restauration d'abord, puis à l'époque du mariage de M. le duc d'Aumale. Nous savons seulement que, sur la face qui regarde la pelouse, il était divisé en deux appartements, dont l'un était désigné sous le nom d'appartement bleu; dans celui-ci, une chambre a conservé de belles boiseries du xviii" siècle, dont cinq panneaux sont ornés de sujets sculptés en haut-relief, représentant des instruments de musique, de chasse, de jardinage, de culture. Les deux appartements étaient séparés par une salle ornée de tableaux et de dessins représentant les plus belles maisons des environs de Paris-, là étaient alors placées deux vues de Chantilly faites pour le duc de Bourbon et conservées aujourd'iiui au Musée Condé, deux grands dessins exécutés à l'encre de Chine et au bistre, dont l'un comprend le portrait du prince ; ils sont signés d'un nom bien inconnu, S. T. II. et S. S. MaroUes, sans doute deux frères ; je n'ai trouvé ce nom que dans le livret du Salon de 1739, (]ui mentionne deux dessins h la plume, dont une vue de la place Royale de Bordeaux, par MaroUes, « dessinateur, ingénieur du roi ». Le Musée Condé conserve aussi un très beau plan, dessin et couleurs, exécuté en 1738 el montrant, en élévation, tous les
' Gazelle (les lieaii.r-Arls, novcmbre-dêoombre 189o.
* La l'eiulnre au clulleau de CluinliUij. École française. Paris, Plou, IS'.tS. p. 271-:2TO.
LE DUC DE BOURBON
bâtiments édifiés par le duc de Bourbon à Chantilly, y compris les maisons de la ville naissante.il fut payé 1 oOO livres au peintre Dubourg ; le sculpteur Bernard reçut 400 livres pour l'encadrement.
Nous n'avons que peu de renseignements sur les travaux exécutés par M. le Duc dans le parc du château ; le manuscrit anonyme de Chantilly mentionne cependant « les embellissements considérables faits par S. A. S. dans les jardins », surtout aux
Les KCURIES de Chantilly (fragment Ju plan de Dubourg, 1738).
deux extrémités : au sud-est, la création des salles du Mail et de tous les bosquets du petit parc (parcs de la Cabotière et de Sylvie) ; au nord-ouest, l'arrangement de la fontaine minérale, avec le pavillon et le parterre où Nattier fit le portrait de M"'' de Clermont en 17'29. Dans les quelques pièces qui restent des comptes de cette époque, je trouve les noms de deux sculpteurs qui ont contribué à l'embellissement du parc : le 4 juin 1737, Rousseau reçut 180 livres pour une statue de pierre de Saint-Leu ; en 1737 et 1738, Gilles Martin fournit « quatre figures en pierre pour les jardins de Chantilly » ; elles lui furent payées 1 790 livres. Mais c'est surtout hors du parc qu'il faut admirer les créations du duc de Bourbon, car les plus importantes subsistent dans leur intégrité, l'Hospice Condé, toutes les maisons édifiées sur un plan uniforme au bord de la pelouse, et surtout les Ecuries, monument grandiose qui aujourd'hui encore force l'admiration, et qui reste comme le splendide témoignage du talent de Jean Aubert.
78 LES ARTS DANS LA MAISON DR f'.ONni':
Les fouilles oommcnoèreiiL en 1719, el l'on ouvrit en même temps sous la pelouse les carrières destinées à fournir la pierre; l'entrepreneur de la maçonnerie, Simon, reçut 50 000 livres le 6 décembre 1719. La première pierre fut posée par le duc de Bourbon le 16 mai 17!2I, et, cinq Jours après, Simon reçut un acompte de G 000 livres, qui se renouvela, plus ou moins considérable, deux fois par mois jusqu'en 1734 environ. Toute la décoration sculpturale fut exécutée en 1734-1730 par Ilemy-François Hridaull et sous sa direction. De 1739 à 1740, je relève une somme totale de i7 13^ livres à lui payée « pour sept mémoires d'ouvrages tant aux appartements des grand et petit châteaux qu'au bâtiment des nouvelles écuries depuis le commencement de l'année 1734 jusques et compris 173G » ; le 20 septembre 1740, il reçoit encore 1 o80 livres, « montant d'un mémoire d'ouvrages de sculpture en pierre sur la façade derrière le pavillon du milieu des nouA'elles écuries dans le courant des six derniers mois de 1735 » ; le 27 novembre 1741, autre paiement de 1 841 livres pour travaux exécutés en 1733 el 173G. Le duc de Bourbon resta fidèle à son sculpteur et l'employa ensuite dans sa maison de Paris : le 17 avril 1740, M. de Senne, intendant des bâtiments, arrêta à 7 1G0 livres le mémoire des ouvrages de sculpture exécutés par Bridault dans le grand appartement de l'hôtel de Coudé ; le travail, interrompu par la mort de M. le Duc, fut repris en 1741. 11 n'en fut pas de même à Chantilly; le pavillon qui devait compléter le monument des Ecuries, au-dessus de la route, et dont la façade seule était édiliée (porte Saint-Denis actuelle) ne fut pas continué; on peut juger de ce qu'il devait être, car Dubourg en a figuré le projet dans son élévation de Chantilly, et Piganiol de La Force en a donné à l'avance la description. A l'intérieur, les frontons des grandes arcades qui séparent les cours ne furent pas sculptés.
La Bibliothèque Nationale conserve le recueil gravé des « Elévations, coupes el profils des écuries du château de Chantilly appartenant ii S. A. S. M^'' le duc de Bourbon, commencées à bâtir sur les dessins de M. Aubert, architecte du Roi, en l'année 1719, et terminées en 1735 » ; le recueil est suivi de quatre dessins originaux d'Aubert ; il y en a d'autres à Chantilly. 11 est donc facile de suivre la pensée de l'artiste, les modifications et les perfectionnements inévitables au cours d'un si important travail ; l'exposé en serait trop long, mais il convient de décrire sommairement le monument, qui se présente encore aujourd'hui, au moins à l'extérieur, dans toute son intégrité, à l'exception de la Renommée équestre en plomb qui surmontait le dôme et qui a été abattue sous la Révolution : cette Renommée avait été copiée sur l'un des groupes de Coysevox qui décorent l'entrée du jardin des Tuileries du côté des Cliamps-Llysées.
L'écurie proprement dite, qui fait face ii la forêt, présente, dans ses dimensions extérieures, une longueur de 18G mètres sur une largeur de 18 mètres; elle se termine par deux pavillons carrés, et se trouve coupée au milieu par un gros pavillon à pans. La hauteur est de 13'", 80 jusqu'à l'entablement, qui est couronné d'une rampe de pierre à baluslres tournés, protégeant un chemin recouvert de lames de plomb qui court tout autour du bâtiment. Les portes des pavillons carrés sont surmontées d'amortissements qui soutiennent trois chevaux vus de face, la tète et les jambes saillantes ; les fenêtres du comble sont couronnées d'ornements sculptés, trophées de chasse el autres. Le pavillon du milieu présente une saillie de 5 mètres ; le grand pan
LE DUC DE BOURBON
offre une arcade comprise enlre des pilastres à bases et chapiteaux d"ordre ionique; au fond, la grande porte, recouverte d'ornements délicatement ciselés ; au-dessus de la porte, une riche agrafe accompagnée de consoles d^ni pendent des festons de fleurs ; dans le cintre, trois chevaux en pied, sculptés en demi-bosse ; la corniche est ornée de modillons en forme de consoles, et de roses entre deux, soutenant le fronton, au milieu duquel un grand cartel, tenu par deux anges, présente les armes des Condé ; de chaque côté, des festons de feuillage tombent sur l'appui de la balustrade ; la corniche se termine par deux groupes de lions qui surmontent les pilastres de la façade. Les pans du comble, sous la terrasse qui portait la Renommée, montrent aussi des trophées d'armes et de chasse.
Le dôme intérieur constitue une grande voûte à huit pans, percés d'arcades dont les lunettes sont ornées de têtes de cerfs, de sangliers et de trophées. Vis-à-vis de la grande porte, un renfoncement formant arcade contient une fontaine dont l'eau se répand en cascade dans deux amples coquilles superposées, et retombe dans une vaste cuvette qui servait d'abreuvoir ; les dauphins en plomb qui soutenaient autrefois la plus grande des coquilles ont été enlevés sous la Révolution, ainsi que les deux chevaux de plomb placés dans
la cuvette; ces chevaux étaient de grandeur naturelle; l'un était accompagné d'un jeune piqueur qui sonnait du cor, l'autre semblait boire dans une conque marine que lui présentait un enfant. Aux côtés de la porte et de la fontaine, les murs sont ornés de quatre cerfs en pied, peints au naturel, la tète et une jambe isolées, le reste en demi-bosse. Les petits pans sont percés d'une grande croisée, surmontée de têtes de loups et de trophées de chasse. Aux extrémités des travées, au-dessus des portes, sont sculptées les chasses du loup et du sanglier, peintes au naturel.
Derrière l'écurie se trouvent le manège découvert, les cours des remises et des chenils, entourées de bâtiments. La façade circulaire du manège, comprise entre quatre colonnes d'ordre ionique accouplées deux à deux, est percée de trois grandes
Façade oentuale des ÉCViues
arcades séparées par une colonne isolée, avec son pilastre sur mur. Ces colonnes portent l'entablement, orné de roses, de modillons, et surmonté d'une balustrade pleine en guillochis; celle-ci supporte un grand trophée de 12 mètres de face, au centre duquel est l'écusson des Condé, accompagné d'armes, de festons, de guirlandes de tlc'urs ; cette décoration se termine aux deux extrémités par deux chevaux qui, la crinière au vent elles jambes battant l'air, semblent s'élancer par-dessus l'appui de la balustrade. Les clefs des arcades, sous la plate-bande qui se développe en frise sculptée au-dessus des colonnes, sont ornées de trophées et d'animaux.
Du côté de la ville, la façade des chenils, terminée par les pavillons du nord et de l'ouest, a son entrée par une grande arcade, accompagnée d'un chambranle avec deux pilastres, et de tables garnies de trophées de chasse. Dans le fronton est sculptée une chasse au sanglier ; sur les pilastres et la rampe du fronton sont représentés une Diane à la biche et le berger Cyparis qui orne son cerf de guirlandes de fleurs. Toute cette décoration des Écuries est une œuvre considérable et du plus haut intérêt ; elle complète trop heureusement la noble architecture de ce majestueux bâtiment pour n'avoir pas été inspirée, peut-être dessinée par Jean Aubert; mais si nous ne pouvons déterminer la part d'invention qui revient au sculpteur, il importe cependant de reconnaître les qualités d'exécution, et de louer hautement le talent de Remy- François Bridault et de ses collaborateurs, les sculpteurs Bernard, Goutelct, Brault, Lefèvre, etc. '.
La création la plus originale du duc de Bourbon à Chantilly est certainement celle de la manufacture de porcelaines dont les produits sont si recherchés et estimés de nos jours. «S. A. S., dit notre manuscrit anonyme, a établi une manufacture oii l'on fait des porcelaines qui imitent parfaitement celles du Japon, tellement qu'il y a des morceaux qu'on ne peut distinguer de la véritable. Klle travaille pour le public ». M. le Duc en fut naturellement le principal client, et nous relevons après sa mort un dernier paiement de 12 772 livres fait au « s'Cirou, marchand de porcelaines à Chantilly, pour ses fournitures en 1737, 1738 et 1739». Mais la réputation delà manufacture s'étendait au loin, et le roi lui-même garnissait sa toilette de produits de Chantilly : le 16 décembre 1741, il entrait au garde-meuble « un grand pot à eau garni d'argent et sa jatte de porcelaine de Chantilly ; un grand gobelet à lait à deux anses et sa soucoupe, et (jualre pois à pâte avec leur couvercle, de même porcelaine ». D'autres pièces de la numufacture de M. le Duc décoraient aussi les salons du Grand Trianon, surtout des écuelles et des pots pourris, sortes de brùle-parfums alors très en usage. Le duc d'Orléans y commandait les services destinés à sa maison de Yillers-Collerets, imités du service spécial qu'il avait vu à la MiMiagerie de Chanlilly. Le Musé'e Condé conserve environ 150 pièces de tout genre, sorties de cette manufaclure au cours du xviu'' siècle, vases grands et petits, cachei)ols, brùle-parfums, aiguières avec bassins, vases de pharmacie, jardinières, compotiers, théières, plats, assiettes, lasses, moutardiers, sucriers, etc. ; (jnelques-unes sont fort rares. L'ensemble est intéressant el permet de se rendre compte des transformalions successives que subit la fabrication de 1725 à TSl).
' Un autre sciilpleur, Charles Hiiret, de la paroisse Saint-Nicolas-des-Chainps k Paris, hmiba du haut du dùiiie eu dedaus des Écuries et fut tue sur le coup, le -'i août 1733.
LE DUC DE BOURBON
C'est en 1725 que le duc de Bourbon établit la manufacture, au lieu dit le Petit- Chantilly, près dos Fontaines et de la place de l'Hospice. Un dénombrement de Chantilly, conservé dans les arcliives de la maison de Condé, donne les noms des artistes et ouvriers de la manufacture de 1734 à 1756, la période la plus florissante et où la fabrication revêtit le caractère le plus artistique. Jusqu'en 1751, la direction appartint à Sicaire Cirou, S'' de Rieux ; veuf de Marj^uerite Batilleau, il épousa en 1739 une habitante de Chantilly, Marie-Jeanne-Ursule Polliaye, et ce mariage lui donna la propriété d'une des maisons récemment édifiées au bord de la pelouse. « Il s'adonna, dit M. Germain Bapst', à l'exécution de la porcelaine dite coréenne, faisant principalement des pièces de contours réguliers toujours bien étudiés, soit des vases de forme hexagonale ou octogonale, soit des cachepots ronds : quelquefois aussi, il prenait ses modèles sur la nature en exécutant, par exemple, des théières en forme de fruits côtelés. Sa pâle était certainement inférieure aux pâtes tendres produites depuis à la manufacture royale de Sèvres, car la terre de Chantilly conservait après la cuisson une couleur rousse ; mais on put cacher ce défaut par l'emploi d'une couverte à base d'étain opaque comme celle de la faïence. Là fut le grand mérite de la fabrication de Chantilly, car partout alors on usait de couverte à émail transparent et à base plombifère, tandis que l'émail stannifèrc et opaque avait le double avantage de faire disparaître la teinte désagréable de la porcelaine et de donner en même temps un fond agréable à la décoration polychrome qu'on y peignait. Les porcelaines de Chantilly, à l'imitation des pièces dites coréennes, reproduisent des figures japonaises grimaçantes, mais surtout la haie de bambou avec dos rinceaux de pampre au milieu desquels se jouent des singes et des écureuils. On rencontre aussi des frises et des postes de papillon bleu et vert voltigeant sur la couverte opaque, ou encore des semis de fleurs copiés sur des dessins japonais. Les couleurs qu'on y employait sont le rouge, le bleu tendre, le vert clair, le jaune et le noir ».
Le dénombrement de 1734 nous donne les noms de : « Gilles Dubois, premier garçon, âgé de vingt-deux ans, natif de Bézancourt près Pontoise, travaillant à la manufacture depuis trois ans ; Robert Dubois, frère du précédent, âgé de vingt-cinq
Vase e.n f.^ïence de Cu.vmilly
l'ciiil par r'i:Tir, en 173(5.
' Je me fais un plaisir de citer et de faire connaitre ici l'intéressante étude consacrée par M. Germain Dapst à la porcelaine de Chantilly, étude rédigée i la demande de M. le duc d'Auniale et destinée au catalogue raisonné des collections du Musée Condé, auquel les travaux de M. Bapst fourniront une importante contribution.
ans, tourneur, travaillant depuis l'éLablissement de la manufacture; Antoine Grémy, peintre, âgé de vingineuf ans. nalif de Dolfl en Hollande ; Jacques Poisson, mouleur, âgé de vingt ans. nalif d'Emoray près Condé en Normandie, travaillant à la manufacture depuis dix ans ; Antoine Fauohet, mouleur, âgé de vingt-trois ans, natif de Saint- Maur; Pierre Launoy, âgé de trente et un ans, natif de Vantelet près Reims; Marguerite Douillet, âgée de vingt-cinq ans, native de Nogent-les-Vicrges ». En 1737, Grémy et Fauchet ne sont plus à Chantilly; Gilles Dubois est désigné comme peintre, et le personnel de la manufacture comprend, outre le tourneur Robert Dubois et le mouleur Jacques Poisson, les artistes et ouvriers suivants, dont la spécialité n'est pas mentionnée : Louis Goujon', quarante-huit ans, nalif de Rouen; Jacques Donnet. natif de Rennes ; Jean Roy, vingt-huit ans, nalif de Nevers ; J.-B. Bray, vingt ans, nalif de Paris, et Marie Ihietsa femme ; Louis Mesnil, quarante-huit ans, et Claude Beaufranc, trente ans. de Saint-Germain-en-Laye; Jean Grenier, vingt-huit ans, natif de Yilleroy ; Martin Pinçon, Jacques Launay, Henri Bulidon, Charles Ménétrier, garçons de Chantilly; Marguerite Picard, dix-neuf ans, native de Ham; Jeanne David, de Vaujours, dix-huit ans. En 1745, apparaît un nouveau peintre, Jean Robin, parent sans doute dEmond Robin, dit Némon, aussi peintre, qui figure dans les dénombrements de 1748 à 1730. En 174o aussi, les tilles Dudos sont «peintres de la manufacture ». En 17;J0 et 1752. le tourneur est Michel Gabin. A cette dernière date. Sicaire Cirou a disparu ; il y a deux « maîtres de la manufacture ». M.M. de Roussière et de Montvallicr, et un directeur. Ciiarles-Joseph Le Bouteiller du Bordage.
I-e patronage moral et pécunier du châtelain de Chantilly avait cessé à la mort du duc de Bourbon. L'oncle et le tuteur du nouveau prince de Condé. le comte de Cliarolais, supprimant les dépenses fastueuses, se bornait aux travaux d'entretien du château et du parc, qu'il voulait remettre en parfait état à son neveu à l'époque de sa majorité. La manufacture de porcelaines paraît s'être ressentie de la disparition de son fondateur et protecteur; c'est pendant celte période de transition que les frères Dubois quittèrent Chantilly avec d'autres ouvriers - ; sous la direction d'un épicier de Chantilly nommé Gravant, qui avait d'abord été faïencier à Yauréal près Pontoise. ils fondèrent à Vincenncs l'établissement qui, bientôt transféré â Sèvres et déclaré propriété royale, devint ce que l'on sait, La manufacture de Chantilly se releva lorsque la situation fat établie sur de nouvelles bases à la majorité du prince de Condé; mais c'est surtout en 1754 (ju'elle parut prendre un nouvel essor. M. de Montvallicr' était alors « seul maître de la manufaclure » ; il choisit pour directeur Pierrc-Jac(iues Briet, «soi disant associé delà Compagnie des Indes, natif de Paris », et lui adjoignit un inspecteur, Nicolas-Claude Guenel. 11 s'occupa de réunir un personnel d'élite, dont nous trouvons les noms dans le dénombrement fait au printemps de 175G : «Jean l'ouquet, compositeur, natif de I5réleau en Poitou, résidant à Chantilly depuis trois ans; Jacques Toussoc, peintre, nalif de Paris, travaillant à la
' Son nom se Irouve dans les registres paroissiaux de Chaiiliily; le .i juillet IT.ÎO. fut l)a|)lisé l,i)iiis-.la('(|ues, fils de « Louis Goujon, uiaîti-e sculiiteurà Rouen, à preseut sculpteur chez M. Cirou, et d'Anne Le l'icart ».
' D'autre part, un des peintres, Charles Ménétrier, mourut :'i Chantilly le lo janvier ITaii.
•' Jean-I3apliste-Suzanne Bu(pict de Montvallier.
LE DUC DE nOURBON
manufacture depuis deux ans, et Etienne Gubin, aussi peintre, y travaillant depuis six mois; (lliarles Butteux, peintre, résidant à (ilianlilly depuis quatre ans; Jean Ocrus, peintre, natif de Strasbourg, habitant (lliantilly depuis trois mois; André- Michel Dumesnil, polisseur ; Louis Fournier, sculpteur, natif de Paris, travaillant à la manufacture depuis trois ans et demi » ; quatre mouleurs, Lefer, Adrien Gérard, Claude Noél , Pierre Dububry ; « Jacques Laporte, tourneur, natif de Paris, demeurant à Chantilly depuis cinq mois ; Laurent Mozé. enfournour, natif de Paris, demeurant à Chantilly depuis un an ; les demoiselles Thérèse de la Rucelle et Marguerite Viridal, natives de Paris, résidant à Ch an lilly depuis un mois ». Ajoutons-y le tourneur Miciiel Gabin ' et le peintre Émond Robin, que nous avons déjà cités.
Deux de ces artistes sont plus particulièrement connus, Charles Butteux et Etienne Gobin; ils quittèrent Chantilly la même année pour aller travailler à Sèvres. Charles Butteux était né à
Grandvilliers, en Picardie, en ITrîl ; il entra à Sèvres le 4 octobre 1756, et ses notes nous le montrent « adonné à peindre la figure, qu'il entend très peu ; mais c'est un garçon sage et rempli du désir de se perfectionner » ; il y resta jusqu'au mois de juin 1786. Etienne Gobin, dit Dubuisson, peintre de fleurs, était né à Lunéville en 1731 : avant de venir à Chantilly, il avait travaillé aux fabriques de Lunéville et de Strasbourg ; il entra à la manufacture de Sèvres le 26 août 1756. Ils furent remplacés à Chantilly par une famille de peintres du nom de Petit. Le Musée Condé conserve une belle pièce, léguée par M. Albert Gérard, qui l'avait acquise à la vente de la vicomtesse de Renneville sous cette désignation : « Petit vase sur piédouche en
Cll.VNTILLY.
Enthi:e des chenils
■ A Michel Gabin succéda le tourneur François-Louis Goffard, qui mourut à Chantilly en 1760.
ancienne faïence de (Hianlilly à décor polyclirome, au cliifTre de Louis XV. Dans une réserve encadrée de rocailles el de fleurs, est représentée une allégorie de la Justice sous les traits d'une femme drapée à l'antique et tenant une balance ; auprès d'elle, un Amour supportant l'écu de France ». Sous le piédouche on lit : Fait à Cltanlillij par moi L. lia..., ce 't novembre \~rô%. Petit pinxil. Cette inscription seule permet de ranger parmi les productions do notre manufacture cette pièce curieuse, qui s'en distingue essentiellement et qui, particularité remarquable, ne porte pas le cor de chasse, marque de toutes les porcelaines de Chantilly.
La manufacture de Chantilly essaya alors d'un nouveau genre de productions; elle n'imita plus le coréen, mais se mit à faire quelques copies fort rares de céramique chinoise de Kieng-Long, et surtout ù reproduire des pièces de Sèvres et de Saxe avec de nouveaux tons, tels que le bleu-paon, le vert foncé et le vert-lapis. Mais, dans le domaine arlistique, cette manufacture privée ne pouvait soutenir la concurrence avec la manufacture royale ; sous l'administration de Peyrard, la fabrication prit rapidement un caractère commercial, qui ne fit que s'accentuer avec les Gravant (1770-1781) et surtout avec Antheaume (1781-1792). La Hévolution porta le dernier coup à la célèbre manufacture ; sous le Directoire, un riche Anglais nommé Potier essaya en vain de la relever. En 1803, le maire de Chantilly, M. Pigory, établit pour son compte une nouvelle manufacture de céramique qui se continua sous d'autres entrepreneurs, Toussaint Bougon et Isidore Chalot (181o-l8i'i), puis Aaron : elle disparut définilivement en 1870.
Le duc de Bourbon, dit le manuscrit anonyme de Chantilly, « s'amuse à faire faire, dans son chûteau, des toiles peintes qui imitent si parfaitement celles des Indes qu'elles vont ensemble dans des meubles sans qu'on puisse en connaître la difTérence; et même, celles qui ne sont pas faites pour copier les véritables ont l'avantage que les dessins en sont plus agréables et plus corrects. On fait aussi dans le château des vernis qui imitent si bien les ouvrages de la Chine que souvent les plus grands connaisseurs s'y trompent. Mais les toiles peintes et les vernis ne se font que pour l'amusement et l'usage de Monseigneur, ou des personnes à qui il en veut faire présont ». Le laboratoire et les ateliers étaient installés dans le soubassement du grand château, occupant les salles voûtées qui s'étendent aujourd'hui du salon du Roi au cabinet des Registres. Dans les comptes des années 1733 à 1740, je trouve sur différents étals les noms dos peintres Fraisse, Bouché, Foin, des peintres-dessinateurs Tcissier, Claude Magoulet (gendre de Fraisse), « qui travaillent aux toiles peintes », des graveurs Leroux et Roguet, du ciseleur Chappe, de Cousinet, sculpteur el graveur, « qui travaillent au laboratoire ». Jean-Antoine Fraisse a laissé un recueil gravé do ses compositions : Livre de desseins chinois, lires d'après des originaux de Perse, des Indes, de la Chine et du Japon, dessinés et graves en taille-douce par le .V Fraisse, peintre de S. A. S. Monseigneur le Duc (Paris, Lotlin, 173^), in-f"). Le Musée Condé en possède un bel exemplaire, où toutes les gravures sont coloriées. L'épître dédicatoire placée par Fraisse en lèle de son recueil osl inléressanle et UK'rilo, quoi(iuo longue, d'être citée toul entière :
« \. A. S. vient de mettre le comble à ses bontés en me pormellaul do lui i)résenlor un ouvrage que j'ai entrepris depuis que j'ai ou l'honneur d'être à son service.
LE DUC DE BULHBON
POUCELVINE DE Ch WTII.I.V
Occupé par ses ordres à rassembler de toutes parts des dessins pour exécuter les travaux qu'Elle m'ordonnoit, je n'ai pas cru pouvoir mieux faire que de puiser dans les ouvrages des Chinois ce goût qui fait l'objet de nos recherclies et que nous nous efTorçons d'imiter. Mais quel lieu dans le monde pouvoit me fournir une plus belle collection de ce qui est sorti de plus précieux de la Chine et des Indes, que le château de Chantilly? V. A. S. a rassemblé dans le plus bel endroit de la nature tout ce que l'art a pu former de plus parfait en tous genres. Je pourrois parler aussi de tout ce qu'on y voit d'admirable, tel qu'une ménagerie superbe, remplie des animaux les plus rares ; un cabinet d'histoire naturelle où se trouve rassemblé tout ce qu'on admire en particulier dans les plus riches cabinets. Mais pour me renfermer dans les seules choses dont je puis avoir quelque connaissance, dans quel étonnement ne seroit point un Chinois de voir au milieu de la France une fabrique de porcelaine qui égale ce qui a été fait de plus ])eau chez lui dans les temps les plus reculés et qui surpasse tout ce qui s'y fait aujourd'hui? Que diroit un Indien en voyant des toiles peintes si semblables à celles des Indes qu'il y seroit trompé lui-même? Mais en même temps que ^'. A. S. fait voir à l'Europe qu'il n'y a rien dans les autres parties du monde qu'Elle ne puisse imiter et même surpasser, Elle a voulu qu'on fût à portée d'en faire la plus exacte comparaison ; car la Perse, la Chine, le Japon, les Indes n'ont rien produit en particulier qui ne se trouve réuni à Chantilly : étoffes des Indes les plus magnifiques, toiles peintes et Perses du goût le plus exquis, porcelaines de la Cliine et du Japon de la première ancienneté, ouvrages de laque et de vernis de tous les pays où cet art a été porté à sa plus grande perfection ; toutes ces merveilles se trouvent répandues avec profusion dans ce magnifique château ».
C'était vrai, et l'inventaire dressé après la mort du duc de Bourbon fourmille d'objets de ce genre, mêlés aux slatuettes de bronze, aux pendules des meilleurs artistes parisiens, aux cassettes, commodes de bois précieux, tables de marbre, lustres et objets en cristal de roche; la galerie des Batailles et les cabinets voisins étaient encombrés de porcelaines de Saxe, de Chantilly, de la Chine, du Japon, de laques et de vernis, coffres, cabarets, animaux, vases, etc. ; je cite au hasard quelques articles : « Une écritoire de laque rouge du Japon garnie d'ornements de bronze doré et de trois grands cornets de porcelaine ancienne du Japon servant pour la poudre, l'éponge et l'encre. — Un cabaret de laque rouge du Japon, forme
ronde, garni de soucoupes et tasses de laque noire, une théière de porcelaine blanche ancien Japon, à reliefs et garnie d'or. — Deux grandes commodes en forme d'armoire, de vernis ancien Coromandel, contournées, garnies de bronze doré. — Un bureau de vernis ancien Japon, à pieds de biche, orné de bronze doré, à dessus de velours
POIICELVINE DE Cil VNTIl.LY
LES ARTS DANS l,A MAISON DK CO.NDÉ
vert, avec serre-papier aussi de vernis du Japon, et dessus une pendule par Julien Leroy de Paris, dans une boîte à pagodes de vernis, le tout orné de bronze doré. — Un bureau de marqueterie d'écaillé et cuivre, garni de bronze doré. — Un cabaret de vernis du Japon avec des cerfs dorés en relief; des lasses en forme de canards, des soucoupes en forme de feuilles, une théière en forme de fruit, porcelaine de la Chine. — Un vase en forme de coquille, de porcelaine ancienne du Japon, monture en bronze doré. — Un surtout de table sur son plateau de laque rouge, surmonté
d'une grosse pagode, porte-huiliers, salières et sucriers, le tout de porcelaine ancienne du Japon, garni de ses girandoles et cercles de bronze doré. — Une boîte de bois des Indes avec des pagodes dessus, travaillées en nacre de perle, ivoire, corail, pierre, etc. — Deux seaux à bouteilles de porcelaine de la (Jiine, fond gros bleu, garnis de bronze doré. — Une grosse urne et deux grosses bouteilles de vernis rouge avec ornements de plomb doré, fabrique de Chantilly. — Un grand coffre de laque, ancien Japon, avec des coqs et des poules en relief, dorés ». Ce cofTre était placé dans la galerie des Batailles ; il est aujourd'hui conservé dans la maison de Sylvie ; c'est tout ce que les Condé, en 1815. ont pu recouvrer de cette admirable collection.
Après la mort du duc de Bourbon, le laboratoire de chimie fut al)andonné ; on cessa de fabriquer dans le château le vernis du Japon : le malériel de l'atelier des toiles peintes fut vendu plus lard à des industriels venus de Nevers, qui continuèrent la fabrication dans un coin du donuiine, lechàleau de Coye. Mais il restait à (Ihantilly le riche cabinet d'histoire naturelle créé par M. le Duc, toutes les merveilles qu'il avait rassemblées, les collections d'armures, de tapisseries, de tableaux, formées depuis deux siècles. Il semblait que les créations du duc de Bourbon eussent porté à son apogée la beauté de (]hanlilly et que rien ne put y être ajouté. Le nouveau prince de Condé, fidèle aux traditions de sa race, allait cependant émerveiller ses contemporains en complétant l'ieuvre de ses aïeux, en augmentant le patrimoine artistique qu'il venait de recueillir et dont il devait être le dernier détenteur.
Porcelaine de Cii.vniim.v