‹ Les arts dans la maison de CondéChapitre 12 sur 21 · V.\Ni.EÊ.iSTi. — Lk duc de Boi'RBON · texte numérisé non relu

V.\Ni.EÊ.iSTi. — Lk duc de Boi'RBON

' Louis-René Wialy, « peintre du roi », membre de l'Acndémie de Saint-I, uc, mourut en 1770.

^ M. Gruyer, de l'Acaiiémie des lieaux-Arts, a récomment publié le catalojjue de celle intéressante collection en un volume in-4», orné de quarante héliogravures. Paris, IMon. 1002.

'Né à Paris en 17-'l), membre de l'Académie de Saint-Luc, professeur de dessin ;i l'école de Besançon. Bernard Lenoir tut agréé, le 27 mars 177'.), par l'Académie rovale de peinture, mais ne ctiercha pas à être reçu. 11 mourut en I7S9.

LHS AirrS I>.\NS LA MAISON IIK Cd.NDK

devait la conserver l()iiji,lemi).s. De 1703 à 1777, Lenuir lit un ^raïul nombre de \)nv- Iraits du prince de Condé et de ses enfants; il ne faisait suuvent que se répéter, il faut bien le dire, car le prince demandait sans cesse des copies de son portrait pour

les offrir à ses amis.

Lenoir exposa au Salon de 1774 les por- Irails du duc et de la ducliesse de Bourbon, au pastel ; ils ont été f;ravés jjar Lebeau, et celui du prince de Condé par Callielin.

C'est à un peintre allemand nommé Quadal, que le j)rince conlia le soin de le représenter à cheval.

Uuadal reçut I..SOU livres en 177U pour « deux tableaux représentant Son Allesse Sérénissime à clieval, et un autre représentant un cheval ». Le prince lui avait déjà commandé, en 1707, un tableau « représentant à cheval le Capitaine conduit par un palefrenier ». Un autre artiste étranger, Vincenzo Nangelisli, dessina et grava, vers la même époque, le portrait du ])rince do.

Coudé et celui de son iils.

].ors(|ue le due de Hourbon {'pousa (1770) Louise-MarieTliérèse-nathilde d'Orléans, le miniaturiste iMelly fut cliai'gé de faire les portraits des jeunes princes ; chacun lui fut payé 57(j livres. Alors aussi furent exécutés deux beaux médaillons de bronze doré (|ui donnent les efdgies du duc et de la duchesse; ces nK'daillons, dont l'auteur est inconnu, font partie des collections du Musée Condé, ainsi (ju'un portrait en miniature du prince de Condé, par Bouchard, et ([uatre miniatures anonymes ([ui

Li. 1.1..N.'

— La Dl'CllESSIC DE I30L-R1)0N

représentent le prince el la princesse de Gondé, le duc el la duchesse de Bourbon; il faut sans doute en chercher l'auteur ou les auteurs parmi les artistes dont nous citons les noms.

En 1783, Frédéric Dubois reçut 2.280 livres pour deux tableaux et des portraits du prince de Condé'. En 178i el 1785, nous rencontrons souvent le nom du célèbre miniaturiste Augustin-; en ,.__.__^^^^

1787, celui de Perrin, aussi - ■

peintre en miniature. Enfin, le dernier peintre du prince de Gondé avant la Révolution paraît avoir été Jean- Jacques Roileau ', auquel le ■ prince commanda aussi des » .^ ^ tableaux de chasse. Nous ne pouvons quitter les portraitistes sans sif:;naler un très beau portrait du duc d'Enghien, placé par M. le duc d'Aumale dans l'antichambre du grand appartement de Chantilly. Ce portrait, qui n'est pas signé, a été peint vers 1788, et représente le jeune prince portant l'habit de chasse de Chantilly. Une charmante gravure contemporaine, rehaussée de couleurs, ne donne ni le nom du peintre, ni môme celui du graveur.

Grand bâtisseur comme ses ancêtres, le prince de Gondé hérita de leurs goûts éclairés et surtout de leur

passion pour Chantilly. Il semblait que ce beau lieu eût épuisé les ressources de l'art; cependant le nouveau seigneur réussira à l'embellir encore; sous son impulsion. Chantilly atteindra l'apogée de la splendeur. Concurremment aux travaux de Cliantiliy, la construction du palais Bourbon, à Paris, ouvre un vaste champ aux

Le dlc d'En(;iiien ex 1788

' Frédéric Duhois, di)nt nous reirouverons plus hiiii le nom. avait exposé en 178U. au Salon de la Correspondance, le portrait du jeune prince de Craon. Il continua d'exposer de 17'JO à 1804.

- Jean-Baptiste-Jacques Augustin, né à Saint-Dié en 1759. mourut du ciiolcra à Paris le 13 avril 1832.

•'' Né à Paris en 17"J7. second prix de peinture en 1780. Jeau-Jaci(ues était sans doute le (ils du peintre François-Jacques Boileau, né en 1720, mort en 178Ô.

arlisles de fout genre; pendant vingt cinq ans, celle immense entreprise engloutira des sommes énormes et risquera de faire somlîrer la fortune des Condé.

Le premier peintre employé par le prince à Chantilly fui l'iiilippe- Jacques de Loutlierbourg, peintre de paysages et de batailles, agréé par l'Académie royale le :23 juin 17G3 et reçu le 42 août 17137. En 1763, il exécuta pour Chantilly un grand tableau représentant le Bendez-vous de chasse du cerf à la Table. La Table est un vaste rond-point de la forêt de Chantilly, auquel aboutissent plusieurs routes, et dont le centre est occupé par une énorme table de pierre; là se faisait toujours (alors comme aujourd'hui) l'assemblée de la chasse le jour de la Sainl-lliibert: un déjeuner était servi aux princes el à leur compagnie sur la table de pierre, recouverte d'un pavillon. Loutlierbourg recul 4.800 livres pour son travail ; le cadre, en bois de chêne sculpté et doré, fut payé 900 livres au sculpteur Maria. L'arrivée du tableau à Chantilly est signalée à la date du 3 juillet 1765 dans le Journal de Jacques Toudouze, lieutenant des chasses du prince de Condé. « Le premier tableau des chasses peint par Loutlierbourg est arrivé à Chantilly el posé dans la salle à manger. Ce tableau représente l'assemblée de la chasse du cerf à la Table ». Les premiers mots de celte mention semblent indiquer que l'artiste devait peindre d'autres tableaux de chasse pour Chantilly. Il n'avait alors que vingt-cinq ans. Ses débuts avaient été brillants, et son talent lui acquit une rapide renommée en France et à l'étranger. Dès 1773, on le voit établi en Angleterre, où il mourut quarante ans plus tard, en

Des artistes du talent de Loutlierbourg ne travaillaient pour le prince de Condé qu'à titre occasionnel. Le véritable peintre de chasses de Chantilly fut alors un artiste d'ordre secondaire sans doute, mais dont nous ne pouvons apprécier le talent, les tableaux qu'il exécuta pour Chantilly ayant disparu. Jean-François Perdrix était entré au service du prince de Condé le l""'' septembre 1764, en qualité de peintre des chasses; il figurait sur l'état de la vénerie pour une somme annuelle de 90O livres, qui lui donnait droit à une pension; ses travaux lui étaient payés à part. Nons ne mentionnerons que les quatre principaux tableaux de Perdrix, conservés à Chantilly jusqu'à la Révolution :

1" Rendez-vous de chasse du prince héréditaire de Brunswick à la Table. Le prince de Brunswick, celui-là même qui, en 1792, se verra arrêté à Valmy par les soldats de la République, avait été notre plus redoutable adversaire pendant la guerre de Sept Ans. La paix conclue, il vint à Paris, et rencontra partout le plus llaltour accueil. Ceux qu'il avait battus ne songèrent qu'à honorer son courage el ses talents militaires. Le jjrince de Condé voulut l'avoir à Chantilly, el l'y retint du 7 au \i mai 17()6. La journée du 9 fut consacrée à la chasse du cerf. Le rendez-vous était à la Table. «Les dames ont déjeuné sur la grande table; il y avait huit petites tables pour les seigneurs. Après le déjeuner, on a monté à cheval et en cabriolet pour aller alla-

LOL'IS-JÛSEIMI, I'KIXCL: DE CUXUÉ

quer un cerf, quatrième lêle, au Mira; il a été pris à l'élang neuf des étangs de Comelle. 11 y avait un monde considérable de toute espèce : toutes les routes de la forêt ainsi que la Table en étaient remplies... Vers les huit heures du soir, on a fait la curée aux llambeaux dans la cour du château ' ».

"1" Chasse en traîneaux d'un cerf attaqué dans te grand pare de Chantilly et pris dans le haha du Vertugadin, le iJl janvier 17G7. Ce jour-lh, écrit Toudouze, « Son Altesse Sérénissime arriva de Paris au château vers midi avec Mgr le comte de La Marche et compagnie pour diner. On partit ensuite en traîneaux pour cluisser le cerf

VlK du CIIATEAl' DE ChaNTILLY AU XVIII» SIECLE, iraprès Jacques Rli.Al D.

dans le grand parc d'Apremont. 11 y avait deux piqueurs, chacun dans son traîneau, le reste des piqueurs et valets de chiens étant à pied. On a attaqué, dans la Basse-Pommeraye, un cerf à nez blanc quatrième tête, qui a été pris au haha du Vertugadin après une heure et demie de chasse ».

3'^ Chasse dun cerf pris sous la grande cascade de Chantilly. Cette chasse eut lieu le 20 octobre 1771. Le cerf avait été attaqué dans la forêt du Lys; il fut pris dans le canal Saint -Jean, au bas des grandes cascades, en présence de la duchesse de Bourbon.

4° Curée du cerf aux étangs de Comelle, le 3 novembre \11\.. C'était le jour de la Saint-Hubert, et voici comment fut remplie cette journée : « Rendez-vous à la Table, oîi Leurs Altesses Sérénissimes et compagnie ont déjeuné sous un cabinet de verdure. Son Altesse Sérénissimé a fait attaquer au crochet de Coye un cerf dix cors, qui a été pris à la Troublerie. Son Altesse Sérénissimé a fait attaquer au rù de Suze un second cerf dix cors, qui a été pris à l'étang de la Loge de Viarmes. Son Altesse Sérénissimé a fait faire curée du second cerf, où il y avait un monde considérable. Après leur souper. Leurs Altesses Sérénissimes et compagnie ont été au bal, tous

Journal de Toudouze.

94 I.KS A UT S DANS l,A MA ISO. \ 1) K CuNDK

niastiiiûs, clicz M""' llénin à Saiiil-Finnin, cl y ont dansé depuis onze heures jusqu'à niinuil et demi ' ». La eoinpagnie était nombreuse; outre les dames, on remarquait : MM. d'Amezaga, de La Yaupalière, d'Osmond, dcClianiborand, de la IMiiiays, de Franclieu, d'Auteuil, etc.

Le Musée Condé conserve un grand dessin au bistre, qui représente \' Hallali d'un daim dans les carrières de Comelle, le 4 avril 1774. Je ne vois que Perdrix à qui on puisse l'attribuer. En 1787, le prince de Condé confia à son peintre de chasses la direction de l'école gratuite de dessin qu'il avait fondée à Chantilly. Perdrix figura sur les étals du personnel de la vénerie jusqu'en février 1791; il ne paraît pas sur l'état du mois de mai suivant, le dernier qui ait élé dressé avant la liquidation qu'imposaient les circonstances. Il avait embrassé avec ardeur les principes de la Révolution; son zèle le fit désigner par le district de Senlis pour l'estimation des collections artistiques de Chantilly et d'autres châteaux. lin brumaire an II, Moreau et Pulhod, membres de la commission des Monuments, furent envoyés de Paris à Chantilly pour examiner les collections qui s'y trouvaient encore. Puthod y prolongea son séjour; un de ses rappijrts, aujourd'hui conservé dans les archives du Musée Condé, criti(iue violemment les opérations de Perdrix et montre assez de mépris pour sa personne : « Qu'est-ce qui a fait tout cela? conclut Puthod. Moreau, qui se laisse abuser par Perdrix, « lin merle », comme on l'appelle ici ; Perdrix, qui fait enfermer ici ses bienfaiteurs en qualité de président du comité de surveillance ; Perdrix, que j'ai cessé de voir depuis que je l'ai connu cl apprécié ». Lorsque le château fut converti en prison et reçut les suspects du département de l'Oise, Perdrix en fut un moment le gardien en chef et se distingua dans ses nouvelles fonctions par sa brutalité -.

Un artiste plus connu que Perdrix et doué d'un grand talent, Jean-Baptiste Le Paon, peintre de batailles, reçut du prince de Condé d'importantes commandes. Les principales conrcrnaienl la décoration du |)alais Bourbon (j'en parlerai jilus loini, mais Le Paon travailla aussi pour Chantilly, et son nom paraît souvent dans les comptes. Le catalogue de son onivre comprend « un grand dessin au bisire et à l'encre de Chine, r('|»r(''si'nlaut la chasse du roi de Danemark dans la forêt de Chantilly, le '2\} novembre I7ÙS ». Le roi, arrivé à Chantilly le "IS au soir, avait élé reçu par le prince de Condi-, les ducs d'Orléans et de Chartres et une nombreuse compagnie. On lui donna l'opi'ra et la conu'die, et la journée du lendemain lut consacrée à la chasse du c^rf. Un daguel, attaqué au llé(juet, fui pris aux étangs. L'assistance était brillante, et Toudouze écrit qu'il y eut alors au château, outre un nombreux service, cent soixanle-huil maîtres, tant seigneurs que dames.

Le 14 août 1771), Le Paon reçut 1.0:20 livres « pour un tableau et un dessin faits pour le service de Son Altesse Sérénissime à Chantilly en 177!) ». Le registre des comptes ne donne pas daulres détails : il s'agit probablement d'un tableau de chasse. Trois ans plus tard, nous retrouvons Le Paon à Chantilly ; il y assiste aux fêtes données par le prince de Condé au comte du Nord, le futur czar Paul I*"'". Le \i juin 1782, « chasse du cerf dans le grand parc; rendez-vous au poteau du Rond, où se sont rendus Leurs Altesses Sérénissimes, M. le comte et M""' la comtesse du

' Jtiiiiiial lie Toiultuizc. — - l'erilri.x uioiuul [i.iisihlciucnt à Cluuitilly en ISO'J.

LOUIS-JOSEPII. PRINCE DE COXDE

Xord, et une nombreuse compagnie de seigneurs et dames. Son Altesse Sérénissime a fait attaquer au Boquet de Vincuil une troisième tête, qui a été prise dans le grand canal, vis-à-vis la Ménagerie, après s'être fait chasser dans tout le parc, ayant passé par la grille du grand haha du Vertugadin' ». Le comte du Nord prit tant de plaisir à cette chasse que le prince de Condé voulut qu'il en gardât le souvenir, et Le Paon fut chargé de fixer sur la toile le dernier épisode de la chasse, au moment où le cerf bat l'eau, les chiens le suivant h la nage, les piqueurs dans des barques, au grand plaisir

Lt I'aon. — L.V CHASSE DU GRANU-HLC l'.VLL Clianllllj, IJjuUl ITji;!).

des princes, seigneurs et dames qui sont à cheval ou en carrosse, et du nombreux populaire qui couvre les rives du canal. Le Paon reçut 6.480 livres en trois fois, du 13 août 1783 au 17 janvier 178o. Le tableau fut aussitôt envoyé en Russie, et le grandduc Paul remercia le prince de Condé par une lettre datée du 20 septembre 1785 et conservée dans les archives du Musée Condé. Ce tableau est toujours à Saint-Pétersbourg. Kn 188 i, le grand-duc Wladimir, qui à un siècle d'intervalle trouvait à Chantilly le même accueil que le grand-duc Paul, (it exécuter une copie du tableau de Le Paon et l'ofl'rit à M. le duc d'Aumale. Le Paon mourut le 17 mai 1785. Un an après, 23 mai 178G, sa veuve, Marguerite Cécile Doisy, reçut du prince de Condé 2.400 livres «pour un tableau de chasse commencé par feu son mari à Chantilly, et des dessins vendus à Son Altesse Sérénissime en 1786 » .

Nous ne pouvons que citer, sans connaître leurs travaux, les peintres suivants : la dame Godefroy, qui reçoit en 1770 un acompte de 300 livres « sur ses ouvrages en tableaux » ; le sieur Beauforl, « 608 livres pour dessus de i»orte dans la chambre à

' Journal de Toudouze.

90 LKS ARTS DANS LA MAISON PK COXDK

coucher de M^'' le duc de Bourbon, en 1770' » ; Joan-Bapliste Ihiet, qui fournit, en 178a. un tableau de chasse payé 792 livres. Mais le Musée Condé conserve trois tableaux intéressanls, exécutés pour Chantilly : deux grandes vues de Ciiantilly, prises l'une de la Pelouse et Tautre du Vertugadin, peintes sur bois, en 1781, par le peintre ilaniand Henri De Cort, et payées lO.OUO livres, et un grand tableau de chasse qui est loin d'être une œuvre d'art remarquable, mais qui est intéressant pour l'iiistoire de Chantilly.

Avant la Hévolulion, dans la salle de billard du « grand appartement » (rez-dechaussée du grand château), se trouvait, faisant face au tableau de Loulherbourg dont nous avons parlé, « un grand tableau de Dubois, représentant une chasse extraordinaire d'un cerf qui fut pris dans la cour du chenil à Chantilly; on y voit une grande variété de figures et de costumes, et des fenêtres remplies de monde- ». Nous avons déjà rencontré le nom de Frédéric Dubois. Je relève dans le compte de l'année 1781 : « Au sieur Dubois, peintre, 480 livres pour un des grands tableaux du billard à Chantilly en 1780 ». Nous avons donc l'état-civil de cette peinture, aujourd'hui placée à Chantilly dans le vestibule du petit château, en face de la copie du tableau de Le Paon. L'épisode que retrace la peinture de Dubois est relaté à la dale du 13 septembre 1776 dans le Journal de Toudouze : « Monseigneur le Duc avait fait le bois le matin et avait détourné un cerf dix cors, qui a été attaqué près du carrefour de Sylvie, a traversé la pelouse, a sauté dans un petit jardin des maisons de la pelouse, dont il est ressorti, et est venu se faire prendre dans le bassin des Chenils )>. Le prince de Condé voulut que le souvenir de cette chasse fût conservé par la sculpture aussi bien que par la peinture ; c'est encore Toudouze qui nous l'apprend : le 23 février 1778, un cerf fut pris à la fosse à Rohan, « où M. Stouf, sculpteur, l'ayant bien vu. est très satisfait pour faire son modèle pour le cerf qui a élé pris dans le bassin de la cour des Chenils le 13 septembre 1776 » ; — le 29 mai 1778, « Son Altesse Sérénissime a été voir le cerf en plomb posé dans le bassin des Chenils, qui représente le cerf que Son Altesse Sérénissime y a pris le 13 septembre 1776 ». Jean- Baptiste Stouf était élève de Coustou le jeune; né en 1742, second prix de sculpture en 1769, il fut agréé par l'Académie le 27 mars 178i et reçu le 28 mai 1785. La Révolution lit disparaître le cerf de Stouf et même le bassin où il était placé.

Si les travaux de décoration du palais Bourbon et de Chantilly tirent la part belle aux sculpteurs dans les commandes du prince de Condé, il ne parait pas s'être beaucoup soucié de leur confier le soin de transmettre ses traits à la postérité. Je ne trouve qu'une seule effigie, le buste en marbre expo.^é par Jean-Jacques Calberi au Salon de 1763^. Mais le prince n'oublia pas l'illustre aïeul dont il avait le culte et sur les traces duquel il s'eirorçait de marcher. Ln 1780, Dardel " exi'cute a le buste du Grand Condé. en bronze », et reçoit 1.200 livres. Kn 1782, il expose au Salon de la

' L'apparteiiK-nt du dur de Iliiurl)iMi fiait nu i-ez-de-clianssée du petit <'liàteau ; la cliambre à coucher est celle qudci ii])a M. le duc dWuuiale dans les dernières années de sa vie et dont nous avons signalé plus liant les belles boiseries sculptées. Les dessus de porte de Heanfort n'existent plus et ont été remplacés, vers 18l;:i, par des peintures de Lauii. Baron et Roqneplan.

- Voyage pilforesfj ne de la France [Isle-de-France . Valois. Svnlis). Paris. I7S9. in^dio.

^ Mercure (le France, novenilire 17(13, p. 2IIÎ.

* Hobcrt-iiuillauuip Dardcl. sculiiteiu' et gr.'ivcur. naijuit à Paris en lT49el y mourut en t821.

Correspondance « le GrandCondé jolanl son bàlon de commandement dans les relranchemenls do l'ennemi et courant, l'épée à la main, pour le reprendre ». Cette composition fut gravée par L. Boutelou. Le Musée Condé en conserve deux réductions signées de Dardel, l'une en terre cuite, l'autre en bronze. On voit aussi à Chantilly trois autres statuettes de bronze, exécutées par Dardel de 1782 à 1788, et destinées

Dubois. — La CiIASSE DU 13 SEPTEMBRE 1T7G A ChaNTILLY

à accompagner celle du Grand Condé, dont elles ontles dimensions; elles représentent Duguesclin, Bavard et Turenne '. En 1785, c'est le tour de Roland ; il exposa au Salon du Louvre une statue du Grand Condé dans le même geste, c'est-à-dire jetant son bâton dans les lignes de Fribourg - ; une réduction de cette statue, en biscuit de Sèvres, fait pendant à la terre cuite de Dardel sur la cheminée de la galerie des Batailles à Chantilly. Enfin, le ciseleur Dessuelles reçut, en février 1788, une somme de 1.3i9 livres « pour ses ouvrages au buste du Grand Condé en 1787 ».

' Les bronzes qui représentent ConJc et Turenne portent la signature de Dardel \1780 et n82) et celle de Thomire : « Fondu et ciselé par Thoinire, 1785 ».

- Ptiilippe-Laurent Roland, né à Lille en 1747, fut agréé par l'Académie roj-ale le 2 mars 1782 et reçu le 29 avril 1780. La « Seconde lettre sur les peintures, sculptures et gravures exposées au Salon du Louvre le 25 août 1785 », insérée dans les .Mémoires sccrrls, parle longuement de la statue du Grand Condé à Fribourg. Une reproduction en marbre, commandée à Roland par te comte d Angivillier, directeur des Bâtiments du Roi, est conservée ù Versailles.

eu A Ml LL Y

Lorsque le prince Louis-Joseph prit possession de Clianliiiy (17r)3), le service des bàtimenls y était dirigé par l'architecte Brice Le Ciiauve, et par linspecteiir Jean- François Leroy. Du premier, je ne sais rien, sinon qu'il mourut en 17G8. Le père de Leroy, Jean-Jacques, fils d'un entrepreneur de bâtiments, avait été inspecteur des travaux du duc de Bourbon, et avait épousé à Chautilly, le i2l octobre il^lS, Marie- Anne Duru, fille d'Antoine Duru, concierge du château. 11 en eut un fils le :2i- septembre 17:29 : Jean-François succéda à son père dans l'emploi d'inspecleur des bâtiments de Chantilly; le l" avril 1761, il épousa Françoise-Thérèse Toudouze, fille du lieutenant des chasses du prince de Condé. L'architecte de Cluintilly, Brice Le Chauve, l'ut suppléé dans les dernières années de sa vie par l'architecte du palais Bourbon, Claude Billard de Bellisard. A la mort de Brice (1768), Jean-François Leroy fut nommé architecte de Chantilly ; et quand Bellisard disparut (1780), Leroy lui succéda aussi comme architecte du palais Bourbon. Bien qu'il n'ait pas eu d'importantes constructions à édifier, Leroy figure avec honneur dans cette longue série des architectes de Chantilly qui comprend tant d'artistes célèbres, Pierre Cluimbiges, Jean BuUant', Mansart, Le Nôtre, Jean Aubert, égalés de nos Jours par le dernier de leurs successeurs, Honoré Daumet, restaurateur de l'œuvre de ses illustres devanciers.

Le prince de Condé, rompu dès sa jeunesse à tous les exercices du corps, s'aperçut d'abord qu'il n'y avait pas de jeu de paume à Chantilly; or il raiîolail de ce sport. 11 fit aussitôt construire la salle (précédée d'un logis) qui existe encore et (jui sert aujourd'hui d'annexé au Musée Condé. La tranchée des fondations fut ouverte le 26 août 1756, et la première pierre posée le 13 septembre. La décoration fut confiée au sculpteur Henri-Nicolas Cousinet, qui, depuis i)lus de vingt ans, était « sculpteur des menus plaisirs » des princes à Chantilly, au marbrier Adam, aux « peintres d'histoire » (jirardin et Clermonl. La terrasse, le mur de soutien et l'escalier furent édi-

' Sur IMori-n Cliaiiil)ii,'o^ cl .Ican lîuliaiil. voii- mon otuilc iiililuU'o I.cs Archilecles de C/ianlilli/ au XVl' xiède {Scn\h, V.W\. in-S-).

fiés en février el mars 1758 ^ A celte époque, la guerre de Sept Ans ouvrit au prince une carrière où il se lança avec ardeur ; la campagne de 1762 révéla en lui les qualités guerrières de son illustre aïeul. Quand la paix le rendit à ses foyers, il n'y trouva que le deuil ; la jeune el charmante princesse était morte.

Doué d'une activité prodigieuse, Louis-Joseph de Bourbon ne crut pas que les séjours à la cour, la chasse et les distractions de la campagne suHiraient à remplir sa vie, et il se créa des occupations. C'est alors qu'il entreprit les constructions du palais Bourbon, menées de front avec les embellissements de Chantilly ; joignons-y le dépouillement de ses papiers de famille, d'oi^i devait sortir ['/-Jssai sitr la vie du Grand

Fai;AI)F. du CHATEAU DE CllANTIl.LV Al' W IIF SIÈCLE

Condé, l'étude de l'histoire et des lettres avec Desormeaux, Laujon et Chamforl, des sciences avec Valmont de Homare et l'abbé de Alongez, l'administration de ses nombreux domaines, le gouvernement de la Bourgogne, les devoirs militaires en temps do paix : tout cela, bien combiné, promettait une existence largement remplie. A Chantilly, c'est ù l'embellissement des parcs et jardins que le prince apporta d'abord ses soins.

Depuis le jour oîi le narrateur de la fête de 1688 avait décrit Chantilly, le parc avait été grandement embelli, mais l'o'uvre de Le Nôtre se retrouvait dans son intégrité. Entre 1700 et 1709, le prince Henry-Jules avait fait paver la terrasse du Connétable, construire le pont du Roi, et percer la grande avenue (l'allée du pont du Iloii qui s'éloigne à perte de vue dans la forêt, entre deux hautes murailles de verdure. On doit aussi à Henry-Jules le grand Regard, oîi aboutit l'aqueduc de Saint-Léonard, et qui envoyait l'eau aux fontaines des piédestaux de la Rampe (surmontés des Molosses de Thierry), dans les voûtes du château et aux jets du grand Degré. La galerie des Cerfs fut alors restaurée et pavée de marbre et de liais; le pavillon des Etuves (qui la terminait adroite) fut reconstruit; à l'extrémité de gauche, derrière le palais d'Oron- Uiée), fut édifié le pavillon des Bains. Henry-Jules lit aussi mettre en pierre dure les cascades de Beauvais et les grandes cascades.

' La terrasse fut ornée do « deux statues en uiarbre de six pieds de proportion : un Silène qui était placé près de Tescalier en pierre de la terrasse, un I5acrlius placé sur la uièuie terrasse côté du chemin » (Noie de rôclauialion des objets d'art enlevés de Cliaalilly, rédigée en 1816 par le sculpteur Deseine, et publiée dans les Xoucclles Archives de l'.lr/ français, t. L\. p. 333).

Après 17:20, le duc de Boiii-boii créa lu l'unlaine minérale, avec le pavillon, le petit bosquet, le parterre (près des écluses du grand canal), mais il s'attacha surtout à la décoration de la partie boisée située en face du château, dite « petit parc » ou parc de la Cabolière, et dont tous les embellissements furent son œuvre. A droite de l'allée du pont du Roi , il lit percer l'allée du Quinconce , ainsi nommée du quinconce planté derrière la Cabolière. A gauche, la roule Vaillant ou d'Avilly, qui existait depuis longtemps, fut rectihée.La naissance de ces trois avenues formait ainsi unew patte d'oie» (le nom a été conservé); entre ces routes, deux angles aigus allaient s'élargissant et furent remplis dans leur longueur de salles et d'allées en zigzag. Les deux avenues de gauche et du milieu se perdaient dans le lointain, mais celle de droite ne dépassait guère le quinconce et se heurtait bientôt à un carré boisé où était construit le

Chantilly .\l- .\\iii« siècle, le p.mic i>e la Cvuoiiéue

Jeu d'Oie, avec tous ses détails, le pont, le puits, la prison, etc. (le pont existe encore) ; c'était un jeu vivant, dont s'amusaient fort les familiers de Chantilly. Dans 1(! carré suivant, la grande et les petites salles du Sphinx, ainsi nommées d'une figure de marbre exécutée d'après un des Sphinx de Coustou placés sur la terrasse du Connétable '. Dcirrière la maison de Sylvie se trouvaient la Conciergerie et l'Orangerie, Ituis la salle du Sycomore, et, en travers, l'ancien jeu de longue paume, devenu le jeu de Battoir, long et large tapis de gazon, aujourd'hui orné de la Terre d'Antoine Poissant. Dans le carré suivant, terminé ;i droite par le pavillon du Mail, était curieusement tracé le « petit Labyrinthe »; il n'en reste plus trace, et un stand pour le tir y a été établi au .m.^" siècle. Au bout de ce carré, un mur terminait le « petit parc »; ce mur se développait dans l'allée transversale qui rejoint actuellement la route Vaillant, et descendait à mi-côte pour aller enclore le grand Rond et gagner la route de Sainl-Firmin. Le canal, ou « nouvelle rivière », qui amenait l'eau de la

' Lus trois salli'.s du Sjiliinx sont aujmn-illuii urnùe-s de (|iialre Ijusles d'aprcs ranliquc. du Sccrel d'en haut d'Ilippolyle .Moulin, et de VEaii dAnloine Poissant,

Nonette dans le grand Rond, faisait partie du « petit parc d'Avilly », séparé du parc de Sylvie par un long jeu de Mail qui datait du Grand Condé; ce jeu occupait tout le côté droit du triangle compris entre la route du pont du Roi et le parc de Sylvie, triangle ayant pour base le mur qui fermait le parc de la Cabotière.

Le parc de Sylvie était coupé en deux dans toute sa longueur par une large avenue, et divisé en carrés par des allées transversales. La partie voisine du jeu de Mail en avait reçu le nom : « bosquet et salles du Mail » ; en revenant vers Chantilly, on rencontrait !a route de Méléagre, l'Arquebuse, carré où était établi le tir (c'est le Labyrinthe actuel), l'allée à Breteuil, le bosquet d'Ariane, la route du château de Sylvie, le bosquet de Thésée, puis le Souillard, ancien étang devenu la vallée qui existe toujours

CllANTILLV AU XMU" SIÈCLE. l'ARTIE DU PAIIC lIE SvLVIE

et qui, alors comme aujourd'hui, se terminait par le « tliéàlre » ; c'est là que les marionnettes donnaient leurs représentations. Derrière le théâtre, passait la roule de Vervillon, qui longeait ensuite le carré de ce nom ; puis venaient les Jeux d'enfants (derrière le bosquet d'.\riane), le Labyrinthe, celui de Desgots (derrière l'Arquebuse"), le Manège, les Salles neuves, dites aussi « la Croix de Jérusalem » (derrière le bosquet du Mail). A droite, le fond latéral du parc était occupé par le bosquet de Méléagre. Les noms donnés à ces carrés indiquent assez la variété des salles, des allées et figures qui y avaient été dessinées. Outre la statue de M. de Vervillon, dont j'ai déjà parlé, on voyait dans le parc de Sylvie les statues en marbre de Méléagre, d'Ariane et de Thésée, et d'autres en pierre. L'œuvre de Le Nôtre et de Desgots subsistait ici tout entière; le duc de Bourbon ne fit qu'y ajouter les salles du Mail, les Salles neuves et le bosquet de .Méléagre. L'honneur d'avoir complété le parc de Sylvie et exécuté les créations du parc de la Cabotière revient à Nicolas Rreteuil, « jardinier de MB'- le Duc à Svlvie ».

102 LES ARTS DANS LA >[AISOX DE r.OXDK

Le duc de Bourlion n'avait guère louclié aux parterres de Le Nôtre. Derrière le petit cliâleau, se trouvaient toujours le jardin de la A'olière et, au delà du fossé, le magnidquc parterre de l'Orangerie, fermé à gauche par l'Oi'angerie, au fond par la galerie des Cerfs, à droite par un canal qui se continuait jusqu'au canal Saint-Jean et qui va devenir le canal de l'ile d'Amour. Au hout du pont de la Volière, s'étendait l'étroit parterre des Grenouilles, en forme de triangle, séparé du parterre de l'Orangerie par un petit canal transversal ; l'eau des jets de l'escalier qui descendail au parterre de l'Orangerie tombait dans ce petit canal par la gueule d'un loup marin ou dragon (d'où le nom de canal du Dragon) et se déversait dans le canal de l'ile d'.Xmour. Entre l'Orangerie et la route publique, la maison de Bucan et son joli parterre, (jui aboutissait à la terrasse du Jeu de Paume.

Du centre de la galerie des Cerfs parlait une large avenue, « l'allée des Soupirs ». A gauche de cette avenue, un tapis de gazon montait en pente douce vers les cascades et le bassin de Beauvais; les rampes des cascades, ornées de figures de marbre, se terminaient au bas par deux groupes d'amours en marbre montés sur des piédestaux. Adroite de l'allée des Soupirs, un joli jardin tout en longueur, «le parterre des petites Cascades », coupé au milieu par un bassin reclangulaire, aux coins duquel se dressaient les figures en marbre des quatre Saisons. Ce bassin comprenait une gerbe et huit jets d'eau, dont quatre partaient des angles. Adroite des parterres de l'Orangerie et des petites Cascades, trois ponts donnaient accès aux îles du Petit-Bois, dites îles du Bois-Vert, séparées par un canal et formant ensemble comme un triangle allongé, dont la base s'appuyait au canal du Tourniquet, du côté du grand Parterre. Le duc de Bourbon avait donné à l'une le nom d'île d'Amour, mais il n'avait pas eu le temps d'exécuter ce qui devait justifier cette dénomination, et on ne savait ensuite laquelle des deux îles deviendrait l'île d'Amour. Sur un plan dessiné en ili't par le jardinier Breteuil, on lit « bosquets de l'Orangerie » ; sur un plan dressé en IToS par le géographe Delavigne, la première et la plus grande des îles garde son nom d'île du Bois-N'ort, la seconde est l'île d'Amour. Lorsque les travaux projetés auront été exécutés, la première sera l'île d'Amour, la seconde l'île du Bois-Vert. Par les soins du duc de Bourbon, l'aspect de ces îles avait cependant été transformé; dans la première, une grande salle de verdure, entourée de huit termes en marbre, occupait le centre; deux autres salles présentaient un jet d'eau. La seconde, écrit un auteur contemporain, « contient une espèce de vaux-hall découvert; on y trouve plusieurs salles en treillage couvert de verdure, dont une, qui est ovale, est une salle de danse ; les autres renferment un jeu de bague, une escarpolette, une bascule à ressort, un jeu de galet; cette dernière est décorée de quatre statues d'enfants en marbre, (pii licnnenl lous un cartel ; l'un a à la bouclie une banderole sur hupielie est écrit : Xi le bruii ni l'éclat; un autre se repose sur un bàlon; le troisième semble livré à une médilalion profonde; le quatrième pleure. Dans le jardin sont deux autres enfants, qui tiennent l'un une banderole, l'aulre un bâton'. Dans les bordures de treillage et de verdure, des cabinets contiennent quatorze petits jeux dilTérents. A l'cxlréniilé de l'ile, un superbe portique en treillage décore un bassin cintré, oi^i sont placées deux ligures de dra-

' Ces cufanlii lurent Iransporlcs avant 178'J dans le bos(|uol ilu I.abyriiillic, au parc de Sylvie,

LOriS-.IOSFJMl. PRINCE DE CO.NDÉ

gons qui se combaltent en se lançant de gros jels d'eau qui se lieurlent avec fracas ». Au bout de lile d'Amour, et faisant comme le prolongement de cette île, s'étendait un long et étroit terrain rectangulaire, tout enveloppé de canaux". A l'extrémité, le prince de Coudé fit édifier, en 17Gj, un pavillon qui reçut le nom de « Temple de l'Amour «ou « Pavillon de Vénus ». « Le sieur Babel, sculpteur du roi », fut chargé de l'entreprise; le marquis de Chamborand, premier écuyer du prince de Condé, fit à Babel l'avance dune somme de G. 000 livres pour commencer les travaux. Le compte

8rarl>-,« d«c:v,™.„ll„ 9 CluI J.. Drjj..., . 10 IN U'Amo..r 1| . /le J.i Ko.! W, t 12. L.X:. Je Venu! . lîIitVrtc H ^1/,, JhiV'" — « PfhTiT! (.WiJ.! , 16 £o!!;„JeBcjuva,s 17 Jm Je fauM.f -./SEm.- « HSl.l.Je Beau..T.s 20. U Cjp.timer.e ?| Fjrl.c Je! /ih^-r. « tj Tcu./le ?3 K,..! ii..„ Jci„

des dépenses s'élève à plus de 40.000 livres ; Babel y figure pour 20.000 livres environ, le peintre Cardin pour 9.000 ; puis viennent le trcillageur Delaune, le marchand de meubles Toussaint, le serrurier Deumier, etc. Le prince do Condé, le duc de Chartres et leur compagnie soupèrent pour la première fois au pavillon de >énus le :21 août 1765 ; il y eut musique pendant le dessert, et jeu après le souper. Ce n'est qu'au printemps de 1TG6 que la décoration fut terminée.

Le pavillon de Vénus affectait la forme d'un rectangle. Il était décoré extérieurement de colonnes ioniques en treillage, et couronné d'une balustrade ornée de vases et de corbeilles de fleurs. Sur la façade, quatre colonnes soutenaient un portique avec fronton; sur le fronton, des colombes, un flambeau, des flèches, attributs de l'Amour et de Vénus. L'intérieur comprenait un beau et vaste salon, décoré de huit grands tableaux, représentant des jeux champèties et des sujets galants; les auteurs du

' Il existe encore : c'est ce qu'on appelle aujourd'hui l'ile d'.Xmour. M. le duc d'.Vuniale a tenu à restaurer ce fra^nnent de l'œuvre des Condé. Sur l'emplacement même du pavillon de Vénus, se dresse un pavillon de treillage qui recouvre une statue en marbre de r.\mour (copie de l'I^ros antique conservé au nuisce du Louvre).

10 i LES A UT. s DANS LA MA ISO. \ DE CO.NDE

xvtii'" siècle atti'ibuent ces peintures à Bouclier el en font l'éloge ; celle assertion ayant clé donnée moins de vingt ans après la construction du pavillon, il doit y avoir là une part de vérité ; mais si l'on veut admettre que ces peintures ont été exécutées d'après des œuvres de Boucher, il est impossible d'aller au delà, car les comptes de Chantilly donnent le nom du peintre qui a décoré le temple de Vénus et dont le travail fut payé près de dix mille livres : « Jacques-Claude Cardin, peintre à Paris » ; il est probable que le prince de Condé lui commanda la copie des tableaux que Boucher avait exécutés en 1745 pour le château de Choisy et dont trois sont connus, V Amour caressant sa mère, Vénus désarmant son fils, Vénus regardant dormir V Amour. Au-dessus de ces grands tableaux, on Aboyait des amours peints en camaïeu, et, dans les trumeaux supérieurs, Vénus endormie, Léda, Diane, l'Amour et sa mère. « Pour peu qu'on ait de zèle, écrit le bon Dulaure, on ne sort point de ce temple mystérieux sans éprouver, pour celle qu'on y révère, quelques mouvements de dévotion ». La décoration se complétait par des jets d'eau qui jaillissaient en champignon dans des cuvettes de marbre ornées de sculptures. Dans chaque croisée, un vase d'albâtre d'où s'élevait un jet en chandelier ; sur les bords des vases, des petits amours se jouant. En 1770, le prince de Condé fit placer aux deux extrémités de la grande ile les statues de Vénus pudique et de Vénus callipyge, en marbre, que l'on voit encore à Chantilly dans cette partie du parc. Avant 1770, ces deux statues décoraient les Petits-Apparlements du palais Bourbon; l'une, la Vénus pudique, copie de la Vénus Médicis, avait été achetée à Farchitecie Charles de Wailly en 1776, et payée (j 000 livres. En 1770 aussi, au milieu de la salle entourée de termes de marbre, fut placée « une statue d'un enfant de la grandeur de trois pieds, nu, sans bandeau, sans carquois, sans llèches et sans ailes, tenant dans sa muin un cunir enllamnié ' » ; el cet endroit devint la « salle de l'Amour ».

Le goût du théâtre était héréditaire chez les Condé. Sous le Grand Condé, Molière avait joué son répertoire à Chantilly-. Le pavillon d'Oronthée, qui reliait la galerie des Cerfs à l'Orangerie, avait reçu ce nom lorsque l'opéra d'O/'OH/Z/t'e y fui représenté devant le Grand Dauphin en 1688. Le petit Louis XV, au retour du sacre, en 17^:2, y avait vu danser le Ballet des vingt-quatre heures. Au milieu du xviii" siècle, le goût du théâtre s'était prodigieusement développé ; les scènes de société pullulaient, à la ville comme à la campagne ; partout on jouait la comédie ; le prince de Condé y apportait une véritable passion. Trouvant la salle d'Oronthée insufhsanle, il bouleversa le pavillon de fond en comble, demanda des dessins à l'architecte Bellisard, alors contrôleur des travaux du palais Bourbon, et en confia l'exécution à Leroy. Les ordres furent donnés au commencement de l'année 1767; le prince voulait inaugurer la nouvelle salle pendant le séjour d'été à Chantilly, en août et septembre; il 1 inaugura en effet le 20 août 1767, avec le Coq de village de Favart. Dans celte seule année 1767, les dépenses dépassèrent 130.000 livres, et la décoration était loin d'être terminée.

' Mémoires secrets. 2 août )7T9. Sur le piédestal de celte statue, on lisait six vers de la composition de Grouvelle, secrétaire du prince de Condé. Une vue du temple de Vénus a été dessinée et gravée par Mérigot.

* Voir mon étude intitulée : Le Grand Condé et le théâtre. 1G7G-IG86. publiée dans le Ihilletin du BlIAiopInle, année 18'.)'.).

LOLIS-JOSEPII. PRINCE DE CONDE

La moitié de celle somme élail absorbée par la maçonnerie (Goupy) cl la menuiserie (Pinchon). Ce n'csl qu'à parlir de 1768 que le prince el sa cour se mirent à jouer la comédie'. Pour l'été de 1767, on appela de Paris des acteurs de profession ; la troupe était logée cliez le maître de poste Brébant, qui présenta une note de 4.000 livres ; le tailleur Renaudin fut chargé de la confection des costumes, qui coûtèrent 24.000 livres.

Les salles des îles d'Amoir et du Bois-Vf.iit (D'après le jeu de cavaguolc de Chantill}).

En 1768, Renaudin reçut de nouveau 20.200 livres « pour fournitures et ouvrages par lui faits pour l'habillement des acteurs qui ont joué à Chantilly à l'occasion des fêtes données au roi de Danemark » (28-30 novembre). Ces fêles furent brillantes, <^ mais \a comédie du Doxrgeoif; gehlilhoimne, a\cc [ouîi ses agréments et divertissements,

' Il y avait cependant eu, en 1765, un premier essai : « Le 0 juillet 1765, Son Altesse Sérénissime et compagnie ont joué la comédie des l'récieiises i-ulicules aux Bains, pour la première représentation» iJuiirnal de Toudouzei. Le pavillon d'Oronthée se terminait alors par le pavillon des Bains.

est ce qui a fait lo plus de plaisir au roi de Danemark, d(jnl on ne saurail mieux apprécier le fi;oùl el la philosophie qu'en vantant le cas extrême ([u'il fait de Molière. Tout le reste, d'ailleurs, a répondu aux vues du prin(!e de Coudé, et la partie dramatique est ce qui a été le mieux exécuté. Aussi ce prince a-l-il récompensé tous les acteurs principaux de l'Opéu-a et des deux Comédies (française et italienne; qui ont concouru aux diverlissemenls (ju'il a voulu donner à cette Majesté». Quelques jours après, Bachaunioul écrit encore : « Le prince de Coudé a couronné sa munilicence envers les comédiens français par une pension de oOO livres qu'il a faite au sieur Préville, comme le directeur de ses fêtes. Cette faveur rend l'acteur commensal de la maison de Son Altesse Sér(''nissime. Du reste, on évalue à plus de ÎJO.OOO livres les présents faits à la seule troupe des Français. Tous ont été partagés de diil'érentes manières, et d'une façon analogue à leur personne et à leurs talents. M"'' Dolignya eu l'honneur spécial et unique de recevoir le portrait du prince dans une tabatière, distinction flatteuse et marque de son estime particulière pour la conduite et pour les mu'urs de cette artiste' ». La musique du prince était dirigée par le compositeur Martini.

La salle du spectacle fut décorée, en 17G7 et 1708, par Canot, (juillet et de Leuze, peintres-décorateurs; Guibert el Martin, peintres en ileurs ; Lemaire, peintre en imitation de marbres; Baudon, peintre en paysages; Sarrazin-, peintre en perspective et architecture ; par le sculpteur Suard, et par Jean-Baptiste Boiston, sculpteur ornemaniste. En 1771 et 177:2, nouveaux ouvrages de décoration parles peintres Jean- Jlarie Dussaux, Subro'', Baudon et le sculpteur Boiston. Autres travaux importants de 177o à 1777 par Subro, de Leuze, Dussaux, Lacquereau,« peintre maroulleur », et surtout par Restout, « peintre d'histoire ». Jean-Bernard Restout avait été, le 28 septembre '17Go, agréé par l'Académie, dont son père était membre; il fut reçu le 25 novembre 17G9, sur la présentation de Philémon et Daucis recevant les dieux. En octobre 1776, l'entrepreneur Goupy expédie à Chantilly une importante série de décors, et s'y rend lui-même «pour éprouver et faire jouer les machines du théâtre ». Le 18 avril 1782, une somme de l.loO livres fut payée au peintre Boguet « pour ouvrages à la salle de spectacle en 1781 ». Nicolas-Didier Boguet, fils de Jean-Baptiste et de Marie-Anne Mongault, était né à Chantilly le 18 février 17oo. Il passa une grande partie de sa vie à Rome, où il mourut le l*"" avril 1839. On lui doit un grand nombre de paysages et quelques tableaux de batailles, entre autres le Passage du Pu par l'armée franraise sous Plaisance, le 7 tnai Mdù, qui fait partie des collections du Musée Condé. La décoration du théâtre de Chantilly fut enfin terminée en 1785 et 1786 par Sauvage, que ses miniatures en camaïeu ont rendu célèbre. Piat-Joseph Sauvage, né à Tournai en 1744, avait été présenté ù l'Académie par Duplessis el agréé, le 28 juillet 1781, comme «peintre dans le genre des natures mortes». Il reçut 15.000 livres pour ses travaux à Chantilly.

' Mémoires secrel.i, 5 et 14 dcceiiibrc 17(i8.

* Jean-Baptiste Sarra/.ui, professeur à l'Acaiiémie de SaiiU-Liic. peinlre-dccorafeur des menus plaisirs du roi, exposa phisieurs fois au Salon depuis 176:2 jusqu'en 1793.

■■' Subro. peiiilrr en [lersitectivc, cLait. depuis I74'l, professetu' de gêouiétrie à IWcadëniic de Saint-Luc.

La galerie des Cerfs ayant été rasée en 1785, TOrangeric et le théâtre figurèrent alors une sorte de T dont le théâtre formait la partie supérieure. On y pénétrait à droite par un pavillon carré, dit d'Apollon, à la porte duquel se dressaient les statues de Cérès et de Bacchus. A l'intérieur, les nuirs étaient ornés de huit portraits d'auteurs dramatatiques ; une scène de leurs œuvres était représentée en médaillon sous chacun d'eux. A droite, Molière et le Misanthrope, Racine et Allialie, Regnard et le Joueur, CrébiUon avec Alrée et Thyesle ; à gauche, Corneille et Cinna, Piron et la Métromanie, Voltaire et J/eroj)e, Destouches et le Glorieux ; le tout s'enlevant en camaïeu sur un fond d'arabesques semé de cascades, de sirènes et d'amours. Der-

Le pavillon de Vénus (D'ain-ès la gravure tic MùiuGOTj.

rière ce pavillon, s'étendait un large et long promenoir, fermé au fond par une porle à coulisses sur laquelle était représenté l'Apollon du Belvédère. Cette porle donnait accès dans le vestibule de la salle de spectacle: le plafond du vestibule représentait le triomphe d'Amphion. Toutes ces pointures étaient de Sauvage. Deux rampes d'escalier conduisaient à la salle, dont la décoration, sur fond bleu rehaussé d'argent, était fort riche. Au-dessus des loges, des palmiers formant arcade supportaient une draperie galamment retroussée. Le plafond montrait des amours se Jouant autour d'une guirlande de lleurs. « Ce théâtre, écrit Dulaure. offre un effet que l'on chercherait en vain dans les autres théâtres de France » ; l'architecte avait, en effet, imaginé un mécanisme caché qui permettait d'ouvrir à volonté le fond de la scène ; on apercevait alors, occupant une niche prise dans le mur qui soutient la terrasse, du côté de la route pavée, une statue de Thétis « dont la base présente une cascade

108 Li:S AinS DANS l-A MAISON l)K CONDK

rorméc de plusieurs jvls d'eau qui louihenl dans uu bassiu '. Celte riche perspective est accompaguée de liuil nappes d'eau qui, par le moyen dun tuyau que l'un dispose à volonté, s'élèvent el jouent sur le théâtre comme dans un Jardin ». La perspective était si habilement ménagée que toute cette chute d'eau semblait être sur la scène. Ce beau théâtre fut détruit, ainsi f[ue l'Orangerie, Biican et l'ile d'Amour, pendant la période révolutionnaire ; de l'intérieur, il ne reste aucun dessin, mais la vue du pavillon d'Apollon a été gravée par Mérigol : l'entrée qui existait derrière la scène se voit, ainsi ([ue la Thétis, sur les cartons d'un jeu de cavagnole peint entre 1780 et 1785, eldont plusieurs fragments sont conservés au iMusée Coudé. Ce jeu de cavagnole représente différents points du parc et du domaine ; il nous a été précieux pour l'identification de certaines de nos descriptions, cl nous en reproduisons un des plus intéressants cartons-.

En s'éloignant du château par l'allée des Soupirs, on arrivait à la fontaine de la Tenaille ; d'une coupe posée sur un fort piédestal, sortait une belle gerbe qui retombait dans le bassin par quatre mascarons. Du pourtour de la rampe de gazon qui environnait celte fontaine, l'eau s'élançait par plusieurs endroils à jet interrompu. La fontaine de la Tenaille était comprise dans un petit bois, fragment de l'ancien bois de Dulude. Au delà s'élageaienl en trois terrasses les potagers, ligueric, fruitier, melonnière, vignes ; le centre de chaque terrasse était orné d'un bassin, dont un s'appelait le bassin de la Lunette; sur la terrasse du milieu, les bustes en marbre des quatre Saisons. En haut, sur l'emplacement de l'ancienne faisanderie, furent tracés de nouveaux potagers en 177'<-, et le vieux pavillon, reconstruit et décoré, prit le nom de pavillon Romain. H fut inauguré le 19 juillet 1774 : « M'"'' la duchesse de Bourbon et sa compagnie ont été à la promenade à pied au nouveau potager, et ont fait collation au nouveau pavillon de l'ancienne faisanderie ))(./0M;"?ia^ de Toudouze). « Le pavillon Romain, écrit Dulaure en 178G, est composé de trois pièces; les deux des extrémités sont elliptiques et ornées chacune d'une niche, dans Uuiuelle est pratiqué un champignon formant trois nappes ; la coquille est portée sur un piédouche soutenu de deux dauphins. Dans la pièce du milieu, le plafond offre un ciel où l'on voit voler des oiseaux ; les murs sont décorés de treillages dorés, peints avec des Heurs et des espaliers dont les fruits imitent parfaitement la nature '. On doit placer au centre une baignoire élevée de cinq à six pouces de terre, qui complétera l'allégorie de la grotte de Diane aux bains ».

Nous avons souvent parlé de la galerie des Cerfs, construite en lo30 par Anne de Montmorency, ornée de fresques attribuées à Nicolo dell' Abbate, et décrite en 1688

' Cfittc niche se voit encore dans le mur de terrasse, ainsi ([uc le frros tuyau de plomb qui amenait l'eau. Quant au liassin, c'est celui où .M"» Avrilion faillit se noyer dans sou enfance ; on entendit ses cris du tlieàtre, où le prince de Gondé el sa couipafrnie répétaient leurs rôles. (Voiries Mémoires de M^^' Avrilion. t. I, p. 17.)

* Ce jeu de cavagnole se composait de 'M cartons, rcpréscnlanl chacun cinq vues, tous les sujets étant numérotés de 1 à 160. Ue ces 32 cartons. 24 sont conservés à Ciiantilly ; les 8 autres ont disparu. — Le Musée Gondé conserve aussi une suite de di.v-hnit grands boutons d'habit, peints en miniature entre 178;j et 1789, et représentant des vues de Chanliliy.

'■' Ce salon a conservé sa foruje ovale et d'importanls fragments de sa dccuration. Les Potagers, le i)avillon Unuiain el le bassin de la 'rru.iiih'. sont aujourd'hui cnmpris dau^ luic priipriété particulière.

LOUIS-JOSEPir, PRINCE DE CONDE

par le narrateur delà fêle donnée au Grand Dauphin. Le duc de Bourbon l'avait fait restaurer ; son Dis la fit abattre. « S. A. S. ayant condamné la galerie des Cerfs à être démolie, on a commencé à la jeter à bas le :20 décembre 1784 » {Journal de Toudouze). Elle fut remplacée par une galerie à découvert, bordée de balcons à pilastres. Chacun des c[uarante-liuit pilastres était muni d'un mascaron qui jetait de Teau, et supportait un vase de marbre blanc dont les anses, de plomb bronzé, figuraient des tètes de bélier. Ces vases furent commandés au sculpteur Alézières, qui les fit exécuter en Italie. Je trouve, à la date du 28 mars 1785, un acompte de 1.500 livres donné « au sieur Mézières, sculpteur, sur le prix des vases de marbre qu'il fait venir d'Italie pour S. A. S. à Chantilly ». Ces vases, enlevés pendant la tourmente révolutionnaire

Le pahterre de l'Oh.wgeiue. l\ gvleiue des V.vses, le p.vmllon d'.Vpollo.n

LE JeL' UE PAL.ME

et placés dans les jardins du Luxembourg, furent reslitui's au prince de Condé sous la Restauration; ils décorent aujourd'hui la terrasse du grand parterre de Chantilly.

La galerie des "Vases, au long de laquelle coulait le ruisseau fourni par la fontaine des Cerfs, fut terminée au mois de mai 1785. En même temps fut construit le pavillon d'Apollon. A gauche, le théâtre se trouvait ainsi dégagé. A droite, sur l'emplacement du pavillon des Étuves, on descendait àl'ile d'Amour par un escalier orné des figures couchées de Bacchus et d'une Bacchante, en marbre. Au moment où le prince de Condé faisait disparaître la galerie des Cerfs, « les ifs en palissades et en boules du parterre des petites Cascades furent aussi condamnés à être jetés à bas » [Journal de Toudouze, 2ijanvier 1783). Ce parterre, parallèle à l'île d'Amour, fut transformé en un beau tapis de gazon. Le 2 mai 1785, le prince « fit placer dans le bassin du parterre de l'Orangerie la colonne depor[)liyre à plusieurs cadrans qui était à la Ménagerie ».

110 LKS ARTS DANS LA MAISON DE CONDl':

Celte colonne supportai l un octaèdre en marbre blanc, sur les pans duquel des cadrans indi([uaienl llieure de diflerentes villes du monde ; M. de Mongez, garde du cabinet de Sainte-Geneviève, était Fauteur de ce curieux travail. Le transfert de la colonne dans le parterre de l'Orangerie eut lieu sous la direction de M. Viallon, cbanoinc régulier et bibliothécaire de Sainte Geneviève, qui fit en même temps réparer les cadrans. Dans l'Orangerie même, aux salles de l'étage, le cabinet des Armes reçut de notables accroissements; on y conservait une foule d'objets précieux à divers titres; citons, parmi les principaux : une armure de Jeanne d'Arc, celle du connétable de Montmorency, l'épée d'Henri IV, l'épée et les pistolets du Grand Condé, les trophées de la bataille de Rocroy, les drapeaux espagnols, la cliaise sur laquelle fut tué le comte de Fontaine, etc.

Nous avons suffisamment décrit les embellissements apportés par le prince de Condé dans la partie du parc située entre le château et la ville ; nous allons voir qu'il ne prit pas un moindre soin de la partie opposée. A la veille de marier son fils, il reconnut que sa famille, sa cour et son nombreux personnel se trouvaient déjà à l'étroit dans les vastes bâtiments de Chantilly ; il fallait pourvoir au logement de la nouvelle duchesse de Bourbon, des enfants qu'on attendait de ce mariage, et du sup[)lénu'nt de personnel qui s'imposait. C'est alors que fut décidée la construction du long bâtiment qu'on appelle aujourd'hui le château d'Enghien. On éleva d'abord la terrasse et le mur qui la soutient. Le 2i octobre 17G9, « on posa sans aucune cérémonie la première pierre du bâtiment neuf que S. A. S. fait construire en face du fossé sec', près le grand arche» (Journal de Toudouze). Ce château, construit à l'italienne, est l'œuvre de Jean-François Leroy ; d'une architecture très simple, il est composé d'un rez-de-chaussée et d'un étage, couronné d'une corniche et d'une balustrade, avec comjjle basa greniers perdus. Les frontons des portes sont ornés de motifs dus au sculpteur Bernard, qui reçut 14.000 livres en ITGOet 1770. Les peintres Cardin et Parpette décorèrent l'intérieur. Le nouveau bâtiment comportait seize appartements, destinés au logement seul, et composés chacun d'une grande et d'une petite chambre précédées d'un vestibule. Les appartements du rez-de-chaussée furent garnis de mousseline brodée en soie et Heurs. Le premier occupant fut le duc d'Enghien : aussitôt après sa naissance (2 août 1772], il y fut installé avec ses femmes, ses trois nourrices et leurs familles. Le nouveau château fut dès lors nommé indistinctement, et i)en(lant plus d'un siècle, « bâtiment neuf » et «château d'Enghien »; le dernier nom a prévalu.

En 1770, le prince de Condé fit raser le labyrinthe de Desgols dans le parc de Sylvie, et en fit dessiner un nouveau dans le carré de l'Arquebuse (il y est encore). Les

' Ce fossé, fini, d.iiis la transfonuation de Chantilly par Le Nùlrt\ reliait l'elani; de Sylvie à la rjièce du Serrurier, avait été asséctié par le (ils du Grand Condé, le prince Ilenrv-Jules.

LOL'IS-.IOSEI'II, l'IUXCE DE COXDE 111

avenues furent ornées de colonnes, surmontées d'enfants de marbre qui portaient des inscriptions énigmatiques. Aux angles, les bosquets et salies d'Hercule, de Thélis, de la Guenon, de Zéphire et Flore, ainsi nommés des statues qui y furent placées. Au centre du Labyrinthe, fut construit le Kiosque ou Pavillon chinois, « de forme circulaire et flanqué de quatre petites tours qui font en dehors une saillie semi-circulaire. 11 est couronné d'une lanterne dans laquelle on place les musiciens, qu'on entend du dedans sans les apercevoir. L'extérieur de ce pavillon est décoré d'ornements chinois, caractères d'écriture, sonnettes, et de quatre ligures d'hommes et femmes jouant des instruments, placées sur les quatre tours. L'intérieur est meublé et décoré très galamment; on y voit des femmes chinoises peintes sur bois, qui portent des torchères. Quatre niches pratiquées dans les tours sont occupées par des canapés ; entre ces niches sont des tables de marbre, et, au-dessus, des lableaux et des bas-reliefs représentant les amusements des Chinois. Le plafond représente un ciel oi^i voltigent des oiseaux chinois. Au milieu est un aigle, qui semble tenir en son bec le cordon du lustre, fait de fleurs émaillées. Le meuble est d'une perse fort jolie' ». Le sculpteur Bernard reçut 2.410 livres pour « travaux au pavillon du nouveau Labyrinthe » ; le sieur Jeanteau, peintre décorateur, 2.800 « pour ses ouvrages audit pavillon pendant les six premiers mois de 1771 » ; Toussaint, 3.615 pour l'ameublement ; la veuve Stouf, 1.083 (' pour les ouvrages de menuiserie faits aux ciiàssis de décoration » ; Delaunois» menuisier en meubles, 1.000. Le pavillon fut inauguré le 11 août 1771 : » 11 y eut collation au Kiosque, oîi les musiciens ont joué dans la lanterne sans être vus, ce qui a surpris la compagnie. L'imagination est de Son Altesse Sérénissime » {Journal de Toudouze). Le parc de Sylvie a conservé sa disposition générale ; mais le Kiosque, les statues et les portiques ont disparu, et les bosquets sont devenus futaie. Seul le Labyrinthe a été de nos jours l'objet de soins spéciaux ; M. le duc d'.\umale le fit raser et replanter il y a une quinzaine d'années.

En 1771 aussi, fut créé « le délicieux champêtre » de la tête du grand Canal, qui fut inauguré le 21) août. Dans le parc de la Cabotière, le Jeu d'Oie fut supprimé, et l'allée du Quinconce prolongée jusqu'aux salles du Sphinx. Mais la création la plus originale fut celle du .Jardin anglais et du Hameau.

C'est à l'automne de 1772, un jour que le prince de Condé se promenait avec son architecte Leroy dans la vaste prairie, dite prairie de Candie, qui s'étendait entre le canal des Morfondus- elle grand Canal, que l'idée lui vint de transformer une partie de cette prairie pour apporter un pendant aux iles d'Amour «t du Bois-Vert et donner un aspect similaire aux deux côtés du grand Parterre. La création du Jardin anglais fut aussitôt résolue. Les travaux, activement poussés pendant l'hiver, étaient terminés au printemps de 1773. 1-e 19 mai, après midi, le prince dirigea la promenade de ce côté ; sa famille et sa cour n'étaient pas dans le secret ou feignirent de n'y pas être ; aussi on juge de la surprise de tous : « De Sylvie et du kiosque, on a été à la promenade

I Dalaure. Xotivelle description des environs de Paris. 1786. — Promenades ou iline'raire des jardins de ChanliUij. Paris, 1791.

* Le canal des Morfondus ou des Brochets f.iit pendant, sur la face sud du Hameau, au canal et à la cascade des Truites; il se coude à, angle droit sur le canal des Crochetons, qui rejoint le grand Canal par le pont des Vaches.

LKS AliTS DANS LA MAISON llK COM)!']

(lu Rocher ; Leurs Altesses Sérénissinies et Madame la Ducliesso, ainsi que la compagnie, ont éli' dans les pirogues et ont fait le tour des canaux » (Toudouzc). Ce fut le plaisir de l'été. Le 12 juin illo, « M^' le duc de Cliartres a été à la nouvelle promenade et a été dans les pirogues, ensuite s'est mis dans l'eau depuis l'Antre jusqu'au Rocher, où il avait de l'eau jusqu'à la ceinture ». Le lendemain, « la compagnie a été à la nouvelle promenade et dans les pirogues et s'est aussi promenée dans l'eau... Leurs Altesses Sérénissinies et compagnie se sont mis dans l'eau et y ont dansé » (Toudouze). J'^coutons un auteur contemporain : « La variété préside ici, et fart, qui a tout fait, se cache si bien sous les traits de la nature qu'on le prendrait pour elle-même. Des

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ruisseaux serpentent parmi les bosquets, parmi des gazons. Un torrent tombe en najtpe ; près de là s'élève une grotte feinte (l'Antre), couverte de verdure, dont les piliers naissent du milieu de l'eau et dont la rustique majesté imprime un sentiment d'admiration et d'effroi. Ailleurs, les eaux forment une anse couverte de pirogues (le ]*orl des pirogues), sorte de gondoles où trois personnes peuvent tenir. Leurs différentes couleurs, leurs mâts, leurs banderoles flottantes, font un spectacle aussi varié qu'agréable. Plus loin, de petits berceaux de chèvrefeuille forment ce qu'on nomme la (iuinguetle, où se trouvent des tables et des sièges ; un grand berceau percé darcades s'élève entre deux canaux, bordé d'un gazon fleuri. On y a planté la statue de Bacchus tenant une coupe à la main, et celle de V Amour brisant son arc. Sur un monticule ombragé, paraît un Rocher d'où l'eau suinte de toutes parts. On y arrive par un joli canal. Des percées habilement ménagées découvrent la grande Cascade à la tète du grand Canal». Des orangers ornèrent l'île parallèle à la pi-îiirie ; un verger montrait plus loin les arbres fruitiers les plus variés.

En 177i, on construisit le Hameau ; il fui inauguré pendant le court séjour que le

prince de Condé fit àChantilly, à l'occasion des fêtes de Pâques, au mois d'avril 1773 : « Le 16, jour de Pâques, Son Altesse Sérénissime a conduit M^'' le duc (de Bourbon» et la compagnie au Hameau, pour leur en faire voir les appartements, bien décorés, sous des couvertures de chaume » (Toudouze). On y revint le 19 et le 20, et on y déjeuna leil. La duchesse de Bourbon, qui n'était pas du voyage, vit le Hameau pour la première fois pendant le séjour d'été, le 16 juillet 1775; et ce fut dès lors un lieu de prédilection. Après les longues et chaudes journées d'été, on soupail au Hameau; les bosquets s'éclairaient de mille feux qui se rellélaient dans les eaux ; on se promenait

Grand

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