L.V IMUNCESSE LuUISE DE Co.NUÉ , MiiiialuivV
(salle à manger, salle des bulTels, etc."), sous la direction de Tarcliitccte Leroy. 11 est d'ailleurs intéressant de dépeindre l'état des lieux à la veille de la Révolution. De
' Cette description peut se faire, grâce aux mamiscrils ilc Cliaulilly cl au Vuijtujc ]tiUore>"jiie<le la l'rtiiice (hle-(le-Fraiice, Vuloix, Henlii). Paris, 178',), in-folio.
LOUIS-JOSEPlf, PRINCE DE CONDE
la cour du grand château, on accède par un escalier de six marches à un vestibule décoré de têtes antiques en marbre blanc. On traverse l'AnlicIiambre de la livrée pour entrer dans la Salle des buffels, éclaire'e par deux grandes croisées. En face des fenêtres, sous une arcade, une colonne de granit porte un vase d'albâtre orné d'attributs de chasse ; sur le socle de cette colonne est appuyé un cerf qui jette de l'eau dans un bassin de granit ; le cerf est accompagné de deux chiens en action de chasse. La Salle à manger, éclairée par quatre grandes croisées, offre une décoration en stuc dont les panneaux sont peints en marbre jaune de Sienne ; la corniche est en marbre blanc. La frise présente, sur un fond jaune, des guirlandes de fruits soutenues par des têtes antiques. Le plafond est de Bernard Restout. Les murs sont ornés de six camées, sujets antiques, par Le Sueur. Au fond de la salle, devant deux glaces cintrées d'une hauteur de quatre mètres, se dressent le Bacchus et VHébé de Deseine; leurs attributs sont sculptés au-dessus des glaces. Les dessus de porte représentent des faunes et des enfants qui jouent de divers instruments. Le pavage est en carreaux, de marbre blanc et blanc veiné, dans un encadrement de marbre vert. L'Antichambre des valets de chambre est ornée de deux des tableaux de chasse de Perdrix; la Salle de billard, de ceux de Loutherbourg, Le Paon et Dubois; sur des gaines de marbre, les bustes d'un prince et d'une princesse nègres, la tête en marbre noir, les turbans et panaches en marbre blanc. La salle de
billard communique avec le Salon par une grande arcade, ornée d'une riche sculpture enguirlandée de Heurs et de branches de chêne. Ce salon contient une collection de beaux vases en porcelaine du Japon; les panneaux des portes sont couverts de sujets sculptés; le plafond et les angles sont ornés de trophées de guerre, le tout peint en
Le grand Condé a Friuoirg
(Bronze de Dardcl.)
blanc. Près de là, dans une lour. le Cabinet de Iriclrac, où l'on voit : la sUUueUc en bronze du Grand Condé à Fribourg, par Dardel; deux anciennes vues de Chantilly à la gouache; les deux tableaux de De Cort représentant Chantilly; deux gouaches montrant l'éruption du Vésuve le jour et la nuit ; un tableau qui a pour sujet : Pompée en ambassade chez Gentius, roi des Esclavons. Après un cabinet oîi sont placées les deux vues de Chantilly par MaroUes, on entre dans la Salle de musique, de forme ovale, ornée de sculptures qui représentent des instruments de musique, et d'un pavage en mosaïque de marbres de diCTérentes couleurs.
Au rez-de-chaussée se trouve aussi le Petit appartement (celui de la princesse Louise). Après avoir traversé les antichambres, dont la seconde est décorée de deux vues du palais Bourbon par Renard, l'une à la gouache, l'autre à l'encre de Chine, on entre dans la chambre à coucher, remarquable par l'élégance de son ameublement et par la beauté du plafond, qui représente un ciel où planent des oiseaux.
Au premier étage, auquel on accédait par le grand escalier d'honneur, le prince de Condé n'ajouta que fort peu à la décoration des appartements du roi et de la reine, créés et ornés par le duc de Bourbon de 17j!0 à 17:25. Dans l'appartement du roi, la Salle des gardes contient un grand nombre de tableaux de chasse, parmi lesquels ceux de François Desportes et d'Oudry ; les deux cheminées supportent les porlraits du Crand Condé et de son fils. La Salle à manger ai décorée d'arabesques sur fond vert; sur la cheininée, un portrait équestre de Louis XV à l'âge de seize ans, par Nattier : les dessus de porte oiïrent des sujets tirés de la fable. Dans l'Antichambre, ornée de tapisseries, on trouve : un portrait de Louis XV en pied, à l'âge de huit ans; un tableau allégorique, où une princesse de Condé est représentée en Diane, recevant les ilèches de l'Amour: des figures des Saisons ; en dessus de porte, les portraits du duc et de la duchesse du Maine, et des sœurs de celle-ci. M"'' d'Enghien et M"'' de Condé. La Chambre à coitc/ier alla Cliambre du conseil sont suivies du Cabinet des glaces, tout doré, et dont le plafond, peint en arabesques, reproduit les différentes espèces de chasses. VOraloire est composé de deux pièces : dans la première, à lambris dorés, les panneaux sont couverts de peintures consacrées aux allégories des Arts : dans la seconde, aussi riche en dorures, un renfoncement contient un autel qui supporte un beau reliquaire. Le Salon ou Galerie du roi est orné de portraits, de bronzes, de porcelaines; sur des gaines, les bustes en marbre de Condé, de Turenne, du connétable de Montmorency, du chancelier de L'Hôpital ; sur la cheminée, un tableau dont le sujet est Vénus qui commande des armes à Vulcain. Cette galerie renferme aussi deux superbes armoires en cabinet, composée chacune d'un corps en enfoncement et de deux ailes avancées, le tout couronné par un dôme qui supporte une Renommée de bois doré ; deux colonnes de jaspe encadrent chaque partie d'armoire. Les panneaux, formés par une mosaïque de pierres de rapport, agate et autres, représentent des sujets tirés des songes drolatiques de Pantagruel. Le reste est en marqueterie, écaille et cuivre doré. Après le Cabinet de trictrac, placé dans une tour, vient V Appartement de la reine, en retour sur le jardin de la Volière. Dans l'antichambre, un portrait de Marie Leczinska par Nattier ; au-dessus des portes, des sujets pris dans les fables de La Fontaine. Dans la chambre à coucher, les bustes de Louis XIV, de Louis XV, de Stanislas Leczinski et de sa femme. Les dessus de porte
LOUIS- JOSE Pif. PRINCE DE COXDE 121
(la cabinet de loilelte représenlenl aussi des sujets lires des fables de La Fontaine. Terminons la description de Chantilly par le Grand appartement du petit château. Dans Y Antichambre, deux des grands tableaux de chasse de Perdrix, le plan général de Chantilly, et les chiens de Desportes. Dans la Chambre, le portrait du comte de Clermont par Drouais, et celui de M'"" de Clermont aux eaux minérales de Chantilly, placés de chaque côté du lit; les portraits en pied du duc et de la duchesse de Bourbon et de la princesse Louise, peints au pastel par Bernard Lenoir ; la statuette de Turenne, bronze de Dardel. Dans le Grand cabinet, quatre gouaches de Pérignon, deux vues de Constantinople gouachées par Leprince, une statuette de Louis XIV en argent, et le buste en cire d'Henri IV (une des pièces les plus curieuses du Musée Condé). Du Cabinet des singes, on entre dans la Petite chambre, ornée de gouaches de Pérignon, de Fragonard, de Van der Ulft. A côté, le Cabinet des bains, à compartiments de panneaux d'albâtre. Au-dessus, le Y'i'UlCabinet de cuj'iosités ; sujets sculptés en bois, en ivoire, en argent ciselé, en écaille travaillée au tour, en porcelaine, en stalactite; pierres et glaces gravées ; objets faits de co([uillages, de perles, de bois de rapport, de pierres précieuses, de plumes, de plantes marines, etc. Au bout de la Galerie des batailles, le grand Cabinet de physique, renfermant un globe céleste, un globe terrestre, desinstruments de physique, et surtout le beau meuble minéralogique fabriqué à Stockholm par George llaupt, et donné en 1774 au prince de Condé par le roi de Suède Gustave IIl ; la collection de médailles du prince était classée dans les tiroirs de ce meuble. Dans les pièces en retour sur la façade du petit château, avaient été rangés, dans un ordre admirable, les trente mille articles du Cabinet d'histoire naturelle, un des plus célèbres de l'Europe. Cette précieuse collection, formée par le duc de Bourbon et sans cesse augmentée, fat considérablement enrichie en 1786 par l'acquisition du cabinet du savant Valmont de Bomare, qui avait déjà la direction du cabinet du prince de Condé et qui la conserva jusqu'à la dispersion des collections de Chantilly. Car nous sommes en 1789, et la ruine est proche. Saluons avec émotion cet admirable assemblage de richesses de tout genre accumulées parles .Montmorency et les Condé: l'inepte vandalisme des révolutions n'aura besoin que de trois années pour détruire de fond en comble l'œuvre de trois siècles.