‹ Les arts dans la maison de CondéChapitre 5 sur 21 · LE GRAND CONDÉ · texte numérisé non relu

LE GRAND CONDÉ

d'Emmanuel de Wille, né à Alkmar en 1G17, mort à Amsterdam en 1692. 11 est surtout connu pour ses intérieurs d'église; il y en a deux à Amsterdam, un au musée de La Haye ; un autre appartenait au conseiller Ewich, de Cologne, dont les collections furent vendues les 4 et 3 mars 1895. De Wilte était à Paris on 1683; voici deux lettres écrites au prince de Condé à son sujet. La première est de l'abbé de la Victoire, Bernard Lenet (Paris, 28 janvier 1683i : « Il est arrivé un grand malheur au pauvre de Wilte, qui vous a vendu son beau tableau. Son fils lui a pris et emporté tout l'argent qu'il avait reçu de V. A. S., dont il est tellement affligé qu'il ne ho'd ni ne mange depuis ce temps-là, et je crois qu'il en deviendra fou ». — L'abbé Quesnel intervient à son tour le 9 avril 1683 : « J'espère que 'V. A. S. aura la bonté de me pardonner la liberté que je prends de lui faire savoir le pitoyable élat où se trouve réduit le pauvre de Witte, peintre flamand, ancien serviteur de V. A. S. C'est lui qui eut l'honneur, il y a quehiue temps, de vous vendre le beau tableau d'Antoine More '. L'attestation de son médecin suffira pour faire concevoir à V. A. S. que sa maladie, jointe au malheur qui lui arriva de perdre le prix du tableau mentionné par le vol que lui fit son fils, l'ont jeté dans une grande nécessité. C'est cette misère même où il se trouve présentement qui l'a porté à me solliciter de la faire savoir à V. A. S. dans l'espérance d'en tirer les mêmes secours que tant d'autres de vos serviteurs ont éprouvés. Tosnier, que j'ai prié de vous rendre celte lettre, sait la demeure du pauvre patient; et en tous cas il pourrait s'adresser en cas de besoin à celui (jui ose prendre la hardiesse de se dire... — P. S. C'est l'ecclésiastique qui eut l'honneur, il y a quelques années, de faire voir à V. A. S. plusieurs manuscrits de livres et de dessins des grands peintres d'Italie dans la chambre d'été de M"'" la Duchesse, qui est connu de M. Passart, et qui passe à Paris d'ailleurs pour un grand connaisseur de bagatelles, ayant lui même un grand cabinet de tableaux, de médailles, etc.».

Revenons aux peintres français. Le 7 juillet 1683, le s'' Le Trosne reçoit la somme de 66 livres « pour une copie du portrait de Mgr le Prince avec sa bordure dorée, qu'il a faite et fournie pour M. de Genoud, conseiller de la grand'chambre, à qui Monseigneur en a fait présent ».

Il mars 1684, « au s'' Firens, peinlre, la somme de 77 livres pour une copie du portrait de Mgr le Prince, avec sa bordure dorée, qu'il a faite et fournie pour Mgr le duc de Bourbon ».

2o mars 1684, ordonnance du prince de Condé : « Le s'' de La Nogereffe paiera au s' de Mauperché, peintre, la somme de cinq cents livres que nous lui avons accordée pour avoir raccommodé les tableaux mentidunés au mémoire des autres parts ». Charles Mauperché en donne quittance le 28 avril; le mémoire mentionné dans l'ordonnance a été conservé ; le voici :

« Premièrement, du 29 janvier 1679, j'ai accomuKKlé un paysage du Poussin ([ui était écaillé en plusieurs endroits, qu'il a fallu fendre et toucher es dits endroits écaillés, 66 livres (réglé à 33 livres).

Plus, pour avoir raccommodé un Guide, d'une Psyché et Amour, qu'il a fallu

' Nous trouvons ce t.ible.iu dans l'inventaire de Cliautilly en ITO'J : Antonio Moro. le Clirisl avec saint l'ieri-e, saint l'aid et ileii.r a»t/es. sur toile.

n)ellre sur toile, remplir les choses écaillées et retoucher par tous les endroits qui étaient ruinés, que j"ai rendu le même jour que celui de dessus, 70 livres (réglé ù 33).

Plus, du 7 novembre, J'ai accommodé une Madeleine sur cuivre qui provenait de Son Altesse M""' de Longueville, qu'elle avait fait repeindre à plusieurs endroits pour couvrir la nudité, que j'ai levée et mise en ordre comme elle était auparavant, 30 livres (réglé à I \).

CHA.NT ILLV

LelelvaTion DV BASTIMDNT

Li; CllATEAl' I)K ClIANTlI.LY JISQi'kN 16S7 D'après l'oiigiiial ik'J.-A. l)i iiEncicAf

IMiis, du 2'i' septembre, j'ai livré le porirait de Mgr le coninHable de Montmorency, qui est à cheval, que j'ai eu de Clumlilly par la permission de Son Altesse, qne j'ai remis sur toile et fait faire le châssis brisé qui était ruiné entièrement et repeint ù, plusieurs fois, 200 livres (réglé il 120).

Plus, du même jour, j'ai livré un grand tableau représentant un cheval dans un paysage, que j'ai remis sur toile et ai fait faire un châssis brisé, qui était de même ruiné de tous côtés comme celui ci dessus, 200 livres (réglé à 120).

Plus, pour avoir accommodé un tableau représentant Sa Majesté à cheval. (]ui était enl(>vé à plusieurs endroils et tout gâté à cause des humidib's (pii étaient derrière, (|ni' j'ai repeint et mis en ordre, ai fait faire un châssis brisé et remis une tuile neuve audit tableau, (pie j'ai livi'é le 29 novembre par (U'dre de Sun Altesse, 200 livres (réglé à I20i.

LK G HA M) COXDK

Plus un autre tableau de Henri IV représenté à clieval, uù est un jiaysage au Las, que j'ai remis sur toile, ai fait faire le châssis brisé et ferré, (jue j"ai repeint [larlout et qui était tout écaillé, "200 livres (réglé à 120).

Plus un autre grand tableau représentant un cheval blanc, ayant aussi un paysage au bas, qui était tout écaillé et ruiné partout, que j'ai repeint, mis sur toile et fait faire un châssis brisé, garni de sa ferrure, 200 livres (réglé à 120).

Plus un autre tableau représentant un cheval bai, ayant aussi un paysage, qui était ruiné et écaillé partout, que j'ai repeint et mis sur toile neuve, ai fait faire un châssis brisé garni de ferrure, 200 livres (réglé à 120). »

11 est question de ces derniers tableaux dans La Réception véritable faicte par le

La corn du château de Chantilly jlsou'en 1G87 D'aïu-ès l'oi-igiinl de J.-A. Di c.eudkiu

Roy à Mgr le prince de Condé au chasteau de Chanlilhj le dimanche vingtiesme d'octobre mil six cens dix neuf (Bordeaux, Simon Millanges, 1619, in-8°) : « Et à la fin sont venus dans une petite salle, dans laquelle il y a quatre tableaux, oii sont dépeints quatre beaux chevaux barbes, sur le premier desquels, qui est souz poil bay, est dépeint Henry le Grand ; sur le second, feu Monsieur le Connestable, tenant son épée en sa main. Et les deux autres sans selles, l'un desquels est gris pommelé, et l'autre souz poil bay ».

U y avait alors huit ans que ces tableaux étaient à Chantilly, dont les archives nous ont conservé le nom du peintre, Guillaume Heaulmé. Le connétable Henri de Montmorency écrit de Chantilly, le 30 mai 161 1, à Girard du Thillay, intendant de ses affaires : « Heaume m'est venu trouver pour savoir mon intention sur le fait de la peinture que je lui veux faire faire ici; mais parce que je ne m'y connais point et ne

sais ce que pourra valoir la besogne que je veux qu'il fasse, je vous le renvoyé pour faire et conclure marché avec lui par lavis de mon cousin M. (rilcdouville, à la charge qu"il fournira loul ce qui sera nécessaire. Et après que vous aurez arrêté marché avec lui, mon intention est que vous lui avanciez deux cents écus aiin qu'il fasse ses préparatifs». Girard écrivit dès le lendemain au trésorier du connétable : « Je vous supplie, suivant le commandement (|u'il \)\;\\[ à Monseigneur me faire, de payer au s"" Ileaulmé la somme de six cents livres, sur et en moins des portraits que Monseigneur veut qu'il fa.sse d'aucuns de ses grands chevaux, et pour lui donner moyen d'acheter les peintures, toiles cl châssis de Ixjis ([ui pour ce lui seront néces-

Ciivsrii.LV ^.iiis LE (iiasD Conuk D'après l'cau-foilp illM'arl SiLvtsTiiK

saires». (iuillaunie lleauliné en donna (|uiltance le lendemain 1" juin. LeGaoï'il IGll, le connélalile donne l'ordre de payer u au s' lleauluK", notre peintre, la somme de 150 écus pour faire les huit châssis cl bordures et i)our l'achat des couleurs pour peindre ce que nous lui avons ordonné en noire maison de Chantilly ». Une autre quittance de 300 livres, donnée par IleaiiluK' à (ihanlilly le 31 oct(d»re 1(111, nous a aussi été conservée.

Avant de quitter le connétable Henri de Montmorency, nommons un autre peinti'e. Benjamin Foullon, qui, le 15 février IGOo, donna la quittance suivante : « Je sous signé confesse avoir reçu de M"' Antoine Desprez, argentier de Mgr le connétable, la somme de soixante livres tournois pour deux portraits que j'ai ci-devant faits à la semblance de mondit seigneur ». Signalons eiilin un autre artiste fré(juemment cnqjloyé par le connétable, Pierre Biard, architecte, ingénieur, sculpteur', et revenons au (Jrand Condé.

' Sur Pierre Biard, voir iikhi cluile intitulée JUsImiiiiic <les rdificcs du riille à i'li(iiili/h/ (Senlis. 1902, in-8-i.

LE GUAND CONDE

A la fin de 1684, Condé s'occupe de médailles, et nous le voyons en relations avec le père Claude du Molinet. chanoine régulier de l'ordre de Saint-Augusiin, bibliothécaire de l'abbaye de Sainte-Geneviève de Paris ; ces relations s'élablissenl par l'intermédiaire d'un avocat au parlement nommé Sorii, grand amateur de livres, correspondant littéraire du prince, et fournisseur de la bibiiolhèque de Chanlilly. Parmi les nombreuses lettres de Soru, je relève les suivantes.

Chantm.i.y au temps uv GiiAND CoMiK. Paktf.riik dk l'0rani;f.1!1E

D'apri's l'can-lnrlo i!r l'riiiiii:

5 septembre 1G84. « Je n'ai pas manfjué à voir le père du Molinet suivant le commandement de V. A. S. ; il partira samedi, 9 de ce mois, par le carrosse de Senlis ; je l'accompagnerai. Il portera toutes les médailles que V. A. souhaite de lui, et l'explication, et celle des rois... ».

i'* septembre 1684. « J'ai vu aujourd'hui le P. du Molinet ; il a donné charge à un homme qui répare et moule les médailles pour le roi de se trouver à Sainte-Geneviève demain matin, à neuf heures, pour faire le marché pour les trois médailles de feu S. A. S. Mgr le Prince (le père du Grand Condé), celle de feu S. A. Mgr le duc de Longueville, au revers de laquelle est feu S. A. M'"*" de Longueville... ».

S. d. (octobre 1684). « Hier j'allai avec le P. du Molinet pour les médailles de feu S.A. Mgr le Prince. Nous parlâmes à celui qui les répare et moule pour le roi, qui travaille fort bien. Il m'en fit voir plusieurs qu'il avait moulées et réparées, qui sont achevées. Le P. du Molinet et lui convinrent à 33 livres pour les deux de feu

18 LES AUTS DANS I,A MAISON DE flOXPE

S. A. S., sans comprendre le poids de l'ar^enl. Il voulait avoir 'tO livres, autant qu'il en a du roi, mais le P. du Molinetie fil relâcher.

J'envoie une planche à V. A. S. qui est assez curieuse. L'original est en la chambre des comptes do Paris. Elle n'est point à moi, V. A. S. aura la bonté de me la remire ; si elle en souhaite une, elle en fera demander au P. Ménestrier, jésuite.

Le graveur qui a gravé Chantilly étant persuadi' que, n'ayant pas été sur les lieux, il ne l'a pas fait comme il faut, et moi lui ayant dit qu'il a omis beaucoup de choses. il est prêt à y aller si V. A. S. le veut bien permettre, et, avec M. de Sanleul qui en fera la description, sûrement ce sera un travail achevé. Je lui ai déjà parlé. Sa réponse est qu'il se fera gloire d'obéir à Y. A. S. en toutes choses et qiu' jamais la poésie ne sera mieux employée que pour son service ; il partira sans doute un des jours de cette semaine.

Demain j'enverrai à V. A. S. l'explication des médailles de Leurs Altesses (]ue le P. du Molinet a faite ; je crois qu'elle en sera satisfaite... ».

21 janvier I680. « J'ai fait voir la lettre de V. A. S. au P. du Molinet. qui m'a dit que V. A. n'avait qu'à commanilcr et qu'il exécuterait ses ordres, et (|ue s il n'était obligé de veiller après la gravure et l'impression de son livre par ordre du roi, il partirait pour Chantilly... ».

iH janvier 168S. « Le père du Molinet est parti ce malin pour Versailles et ne sera de retour que demain au soir; je ne manquerai pas de lui dire ce que V. .\. m'a commandé. Hier lui et moi nous allâmes voir les médailles de fi'U M""' Ijescot, (jui est quelque chose de très beau. 11 souhaiterait en avoir quelques-unes qui mani|U('nt au cabinet du roi ; mais M. Godel'roy, gendre et héritier de la dame, souhaiterait les vendre toutes II peut y en avoir pour GOOO livres. Si V. A. S. voulait se mettre dans les médailles, elle ne pourrait avoir rien de i)lus achevé i)our les anticpies ei ])our les motlernes. Pour moi, je crois que je prendrai l(Uis les livres... ».

18 février l()8o. « Le P. du Molinet a reçu la lettre qu'il a plu à V. A. S. lui faire l'honneur de lui écrire; il se dispos(> à partir pour aller rendre ses très humbles respects à V. A. S. à la lin de ce mois... ».

Dans une des lettres précédentes, Soru parle du «graveur qui a gravé Chantilly»; il s'agit sans doute d Israël Silvestre. el des })lanches faites d'après les dessins de Pérelle. Voici ce qiu^j'ai trouvé sur ce dernier :

i"' février 1()8ij: «Au sieur Carollus, sculpteur, la somme de lOU livres pour quatre bordures dorées qu'il a faites el fournies pour quatre différentes vues de Chantilly que le sieur l'érelle a faites à la ])luuie ». — Lettre de Soru au prince de Condé, 18 février 1()83 : «J'envoie à V. A. S. une planche de l'entrée de Chantilly par M. Pérelle». — Autre lettre du 13 août IGSo : « Le marchand n'ira point demain mardi à Chantilly, parce que M. l'érelle est obligé d'aller mercredi à Versailles pour Mgr le duc de Bourbon, et il est nécessaire qu'il y aille pour qu'il réforme ce qu'il y a à changer; ce sera pour jeudi sans faute ». — 8 mars ll)8tj : « Au sieur IN'relle la somme de 500 livres pour avoir moiiln'' à dessiner à Mgr le duc de Houiboii pendant l'année dernière ».

9 juin 1(j80 : « A M. Vander Meiden. peintre du roi. la somme de 1 .'lOO livres

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