‹ Les arts dans la maison de CondéChapitre 6 sur 21 · LE GRAND G ONDE · texte numérisé non relu

LE GRAND G ONDE

pour deux tableaux de sa façon qu'il a vendus à Mgr le Prince ». Nous trouvons ces deux tableaux dans l'inventaire de Cliantilly en 1709 : Prise de MaesU'ichl, Prise de Dôle.

]"' octobre 1686: « Au sieur Berain la somme de 287 livres 10 sols pour ses dessins et ce qu'il peut avoir fait et dépensé à l'occasion du carrousel ».

9 décembre 1685 : « Au sieur lîoulle la somme de 140 livres pour un coffre de bois de noyer de Grenoble pour le carrosse de S. A. S. ». — 7 mars 1686, au même la somme de '(89 livres pour fournitures de coffres et caisses.

!22 avril 1686 : « Au sieur Lemoyne, peintre, la somme de 5 960 livres pour les peintures par lui faites aux carrosses et chaises de M""" la Duchesse ».

1''' février 1086 : « Au sieur Caffiéri, sculpteur, la somme de 1 500 livres pour sculptures par lui faites aux carrosses et chaises de M""" la Duchesse ».

Dans les documents qui précèdent', il n'est pas fait mention des architectes employés par le Grand Coudé de 166'J à 1686. Les transformations et embellissements apportés à ses deux |)riucipales résidences, l'hôtel de Condé à Paris, et le château de Chantilly, sont attestés par des documents assez nombreux pour former un dossier à part. Comme l'hôtel de Coudé (emplacement actuel de l'ÛLléon) n'existe plus depuis lonfi;temps, il est sans intérêt de parler longuement des travaux que le Grand Coudé y lit exécuter, et je me borne à ([uehiues mentions tirées des comptes, alin de faire connaître les architectes et les maîtres maçons.

20 février 1664, marché passé par le prince de Condé avec le sieur Gabriel, maître maçon à Paris, pour la construction du bâtiment neuf à joindre à l'appartement du duc d'Lnghicn en l'hôtel de Condé, moyennant le prix de 75.000 livres. Le travail fut exécuté, en grande partie, dans cette même année 1664, car, de mai à octoljre, Gabriel donna huit quittances de 8.000 livres chacune. Le 25 juin 1675, un mémoire de travaux exécutés par Jacques Gabriel est arrêté à la somme de 3.682 livres; un autre, le 30 orlubre 1676, à 9.728 livres par les architectes Gilardet Perrault. — Le compte de 1676 mentionne un marché passé antérieurement avec Gabriel pour les ouvrages du gros pavillon de l'hôtel de Condé, moyennant la somme de 17.000 livres, sur laquelle il est encore dû 1.000 livres après le 4 septembre 1676. — En 1680, le Grand Condé se reconnaît redevable envers Gabriel d'une somme de 8.000 livres, pour laquelle il lui constitue une rente de 400 livres. Enfin, je relève dans le compte de 1683 : « A M. Uillard, secrétaire du roi, ayant droit par transport de Jacques Gabriel, architecte et maître maçon, la somme de li.OOO livres pour reste et parfait paiement de tous les ouvrages faits par ledit sieur Gabriel ». Jacques Gabriel mourut en 1686. C'est le premier des Gabriel, le grand-père de celui qui fut célèbre sous Louis XV et Louis XVI. Il avait été chargé de la construction du château de Choisy-le-Roi et du pont Royal de Paris, lequel ne fut terminé que par son fils. — Deux autres maîtres maçons, Nicolas de Rracjue et xMathurin JoUivet, construisirent.

LES Vins n.ws la >l\ison de condé

avant I67o, \c pavillon de riiûLcl de Condé afTecté au logement de M. de Gourville; leurs mémoires furent vérifiés, en 1675, par larchitecte Perrault.

29 avril 1G76, marché passé entre M. de Gourville et François Fontelle, « sculpteur des plaisirs du roi, pour les ouvrages de la grotte de rocaille, stuc et sculpture, à faire en l'appartement de M«' le Prince à l'hôtel de Condé», moyennant 1.100 livres. — 30 avril, marché passé avec François Pasquier, « sculpteur ordinaire des hàliinenls du roi. pour les ouvrages de pavé de marqueterie pour ladite grotte»,

L'Hôriii, UE Co.NUK A Pauls ai xvmf siècle

moyennant 1.300 livres. — Marché passé avec Philippe Ouesnel, sculpteur eh rocaille, « pour les ouvrages de rocaille en ladite grotte », nioyonnant 1.800 livres, complété le 8 juillet 1(177 par un autre nuirché « pour des augmentations d'ouvrage de rocaille» (1.100 livres). — François l'asquier reçut, en outre, près de 0.000 livres en 167G- 1678 « pour les ouvrages de marbre par lui faits en l'hôtel de Condé ». — Desaugiers, peintre, reçut, en 1677, la somme de 1.084 livres, « à laquelle a été arrêté le mémoire des ouvrages de peinture et dorures, blanchissages, copies de portraits et autres, par lui faits dans les ai)i)artemenls d'en bas de l'hôte! de Condé ».

Aiiii-eineiil inipoi'lanis sont les travaux oi'ilonn('s à Cliaiililly par le (iraiid Condé; ces travaux, dcnit l'exécution dura itlus de vingt aiiM(''es, sont dus à la collaboration de plusieurs artistes, travaillant souvent en commun sous la direction du prince, à tel point (|u'il est diflicile de (h-terminer la pari exacte qui revient à chacun d'eux. Le plus célèbre est Le Nôtre ; il est à Chantilly dès 1603, avec sou neveu, Claude Desgots, aussi architecte paysagiste, créateur des jardins de Bagnolet, de Saint-.Maur, du Palais-Royal, successeur de son oncle dans la charge de contrôleur général des bâti-

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22 I.i;S AliïS DANS I, A MAISll.N l)i; CO.XDK

inculs cl Jardins (lu roi. l^a (Juinliuie 1(!S assiste. Les Iravaux liydrauli(|ucs iircossilés |)ar la (■rcalion dos parlerres amènont l'inlervention des ingénieurs cl des arcliilecles, qui entrent en scène avant 1070. L'ingénieur de Manse a laissé son nom au pavillon de la machine hydraulique de Chantilly. Dans sa description de Paris. Piganiol de La Force signale, sur le pont Notre-Dame, « deux pompes qui élèvent l'eau do la rivière pour la distribuer à plusieurs fontaines de la ville; l'une est de l'invention de Joly, et donne oO pouces d'eau; l'autre a été inventée par de Manse, et en donne KO ». L'architecte de Sainl-Sulpice et de l'hôtel de Condé, Daniel Gitard, travaille sans interruption à Chantilly de KJTO à 168G; son rôle paraît conliner souvent à celui de l'ingénieur. Il mourut au mois de décembre I()8(). Son fils aine, Pierre, aussi architecte et ingénieur, lui succéda à Chantilly, où il épousa, en 1687, la Mlle du « concierge », Claude Richard. Mansarl parait pour la première fois dans les comptes en 1078, avec une gratilication de 2.000 livres. A partir de cette date, on le trouve sans cesse à Chaulilly. Le (1 novembre ']08i, il reçoit 4.400 livres « en considération des soins qu'il a pris et prend encore des bàtimenis de Chantilly ». Le Ni'itre recevait, cluuiue année, une gratilication de !2.!200 livres; Gitard, une de ouO. Desgots touchait un traitement fixe de :200 livres par mois, les frais de voyage à sa charge. Quant à M. de Manse, il jouissait sans doute d'une considération particulière, due à sa naissance ou à sa situation de; fortune; le Grand Condé tient son Mis sur les fonts à Saint- Uoch avec M""' Talon, et, le 2:2 février 1080, le tn'sorier pai(^ « au sieur lionnevie, orfèvre, la somme de 2.'iOO livres ])()ur le prix d'un diamant qu'il a vendu, et dont M''"'' le Prince a fait présent à U. de iManse ». Quelques extraits, tirés de la volumineuse correspiindauce du Gi'aud Condi', nous permetlronl (racconq)agner ces artistes à Chantilly et de suivre leurs travaux.

Le Nôtre transforma d'abord la partie du parc située entre le château et la ville actuelle : parterre de l'Orangerie, (h'Iimiti' par la maison de Bucan. la galerie d(>s Cerfs et le fossé; derrière, le jardin et les fontaines de Beauvais; au-dessous, h' pclil bois, avec ses canaux et ses portiques. Desgots trace la terrasse du parterre en juillet 1663; cin(| bassins sont dessinés. Les travaux de sculpture sont conliés aux frères Blanchard, Jac(iues et ]:]tienne, cités dans plusieurs lettres de dom Loppiii, prieur de Mouchy, (jui surveillait les travaux: 4 avril 10()4, « M. Le Nôtre a fait faire une machine pour poser au pied du grand jet d'eau, el le sieur Blanchard, scidpleur, est arrivé ce soir pour cet ell'et ». 2'j- avril, « c'est au sieur Blanchard, scul[)leur, de tailler ses muflles el grandes coquilles pour les deux jets d'eau ». 13 novembre 1607, (( il ne reste de plomberie que l'ajustement des deux cerceaux et ligures que les Blanchard doivent fournir ». — La Quintinie parait en lOlia; Bourdelot écrit le 2 juin au prince de Condé : « Le sieur de La Quintinie, habile à la culture des arbres, alla pour saluer Y. .V. le jour (|u"elle partit et lui olfrir ses services sur ce que le curi' de Ilenouville est mort. Le roi lui a donné la petite charge t[u"avait ce curé ». Ce curé, nommé Le (îendre, a laissé une Manière de cultiver les arbres fruiliers (Paris, Ant. Vitré, 1052).

En 1000, Le Nôtre dessina le grand jardin français qui existe encore entre le château et le grand canal ; la gerbe fut terminée à la lin de cette année : « Dites à M, Le Nôtre (jue je le prie de venir ici. .\ous avons essayé la gerbe; nuiis cela ne fait i)as

tout refTol que j'avais espéré; il faut son avis pour la raccommoder » (le Grand Condé à son secrétaire Caillel, décembre 10G6;. — La maison de Sylvie fut reconstruite vers 1070; elle est mentionnée dans la relation des fêles données à Louis XIV en IGTl : le 24 avril, « Leurs Majestés visitèrent un palais que le duc d'Anguien a fait bâtir dans le petit parc, à la droite du château, sous le nom de maison de Sylvie, et dont l'invention et l'ajustement sont de la dernière galanterie ». — En 1G71, on acheva de creuser le grand canal sur toute sa longueur; en 1G72, Gitard, de Manse et Desgots dirigent les travaux du grand rond et de la chute d'eau. — L'année 1G73 vil commencer un travail important et qui modifia profondément l'aspect de Chantilly: la création de la vaste esplanade nommée avant-cour (entrée actuelle du parc), et le percement de la terrasse du Connétable. 11 y eut quelque dif'licuUé avec le « concierge » de Chantilly , lorsque «M. Desgots voulut tracer l'avantcour ensuite du dessin qu'il en avait de M. Le Nôtre » (2 juillet] ; le Grand Condé, consulté, maintint le premier plan adopté « hjrsqu'il lit lui-même planter les piquets dans l'étang de Sylvie en présence de M. Le Nôtre » (21 juillet). — Le 28 juillet, il informe son intendant qu(; « M. Le Nôtre et M. Gitard doivent aller à Chantilly pour tracer les cabinets du petit bois )>; le prince et son fils, alors en Hollande, faisaient remarquer que « les Hollandais sont les plus habiles gens du monde pour ces sortes de cabinets » ; ils en ramenèrent des ouvriers.

Avant de partir pour la Flandre en IG74, et de commencer la campagne qui devait être illustrée par la victoire de Seneffe, Condé multiplie les conférences au sujet de ses travaux : « Il faut que Gitard, Colineau, La Quinlinie et Desgots viennent ici jeudi, et M. Le Nôtre samedi, s'il se peut, sinon dimanche; je partirai d'ici le troisième du mois qui vient » (à Gourville, Chantilly, 28 avril). Le 2S, il insiste : « Je vous prie de faire que Le Nôtre, Gitard, LaQuintinie, Colineau et le sieur Lobel ne manquent pas de venir ici samedi avec vous; je retiendrai Desgots jusques en ce temps-là ». L'orthographe de ce Lobel paraît fort incertaine ; le nom est écrit Lobel, de Lobeil, Dobeil, de La Besle, dans les lettres suivantes, adressées au Grand Condé pour le tenir au courant des travaux : M. de La Rue, 18 mai : « M. de La Besie est ici de mardi au soir. Il a posé tous les pilastres du grand portique et a instruit nos serruriers comme il faut poser ceux des autres; il s'en retourne aujourd'hui. Il y a le nommé de Marne qui reste ici pour ajuster les échalas avec les Hollandais ». L'abbé Lenet, 28 mai : « Il fait si beau ici (Chantilly) qu'il n'y a rien de pareil au monde. M. Le Nôtre, M. Gitard, M. Mansart et M. Desgots y sont. M. de Gourville a ré.solu, avec M. Gitard et M. Mansart, son beau bâtiment à la tête du canal... ». Gourville, 12 juin : « Je ferai demain partir Dobeil et Colineau pour Chantilly ». Chauveau, 7 août: « Les sieurs Lobel et Colineau partirent d'ici (Paris) avant-hier pour Chantilly, où M. Richard me manda qu'ils étaient nécessaires pour les portiques et les berceaux ». Gourville, 21 septembre 1G74 : « Après le voyage que M. Le Nôtre et M. Colineau ont fait à Chantilly, le sieur Richard a fait marché avec ceux qui travailleront aux deux portiques à 400 livres pour les achever, et les deux Hollandais travailleront au troisième. M. Le Nôtre a changé à son voyage quelque chose à l'entrée de l'avanl-cour en l'élargissant un peu; il n'y avait encore que les fondements des petits pavillons de faits; ainsi cela n'est pas de grande considération ».

2G LKS AirrS DANS LA MAISON DE CONDh:

« Kn lt)7() el l()77, dil un niamiscrit anonyme de la l)iblinlli('(jiie de (llianlilly, M. le Prince comnienea le revèlissenienl du grand canal, qui ne l'ut achevé qu'en 1081, et lit bâtir le pavillon des fonlaines, appelé autrement le pavillon de Manse. (!e l'ut dans le même temps ipie les treillages du lourde la fontaine du pavillon du petit bois, qu'on appelle le pavillon des Ktuves, furent faits, ainsi ipie la cascade de la pc'lite lie du petit bois, et la cascade du bois Duludc, f[u'on nomme les petites cascades. I<]n '1(178, M. le Prince ne lit faire que le grand r(''servoir (sur la pelouse), parce qu'il lit continuer les ouvrages entrepris l'année; précédente. En 1671). 1GS0 el KlSl, la cascade el les jets d'eau qui viennent du réservoir furent faits. La Ménagerie fut commencée dans ce temps-là... ». C'est h ces travaux, — parmi lesquels le narrateur anonyme oublie de mentionner le labyrinthe du parc de Sylvie, tracé par Desgots en 167i), — que se rapportent les courts extraits qui suivent. Lettre de Richard, 26 avril 1679 : « Le fourgon de V. A. amena hier une partie des tuyaux et des pompes de la machine du pavillon (de Manse); les charpentiers promettent que la roue sera posée à la fin de celte semaine. M. de Manse peut prendre ses mesures sur cela ». La machine hydraulique fonctionna à la fin de 1679, à la parfaite satisfaction du Grand Condé : « On ne saurait trop se réjouir avec "V. A., Monseigneur, de la satisfaction qu'elle a de la machine de M. de Manse. Il a raison d'être bien glorieux et bien content, et l'on peut se fier à sa parole ». Aujourd'hui comme au temps du Grand Condé, la machine installée dans le pavillon de Manse envoie l'eau des sources de la vallée dans le réservoir de la pelouse, d'où elle vient alimenter les jets d'eau el cascades du parc. — Richard, 19 avril 1679 : « M. Gitard a envoyé un sculpteur à qui j'ai fait voir ce qu'il y a de sculpture cà faire à la cascade; il dit qu'il fera mieux que ce qui est fait, et je ne crois pas qu'il soit si cher qu'llouzeau ». Richard ne nomme pas ce nouveau sculpteur; quant à Ilouzeau, il est connu par ses travaux de Versailles. — S juillet 1679 : « Le sculpteur a achevé les bassins du haut de la cascade; il travaille aux consoles des coquilles ». — Chauveau, 17 avril 1680 : a Je fais partir le sieur Railly suivant l'ordre de V. A. S.; il arrivera ce soir à Chantilly avec un compagnon et les choses nécessaires pour bronzer les animaux que V. A. S. veut laii'e bronzer » (dragons d(^ la fontaine du Dragon). — (iourville écrit de Saint- Maur le 2() mai 16S0 : « M. Le NAlre, qui est ici avec M. Mansarl, M. de Manse et M. Gitard, m'assure qu'il partira demain au matin pour Chantilly avec MM. de Manse, Gitard et Desgots; il veut y mener M. Jabach ». — Chauveau, 3 juillet 1681 : « Je viens d'écrire à M. Le Nôtre pour avoir le dessin de la fontaine de Beauvais, et au sieur Bertier (sculpteur en rocaille) pour le presser d'aller à Chantilly le plus tôt qu'il se pourra ». — Richard, i avril 1682 : « La maçonnerie du corps de logis de la Ménagerie est élevée jusques au dernier plancher... Le sieur Bailly, bronzeur, est arrivé, qui a amené les gens pour bronzer les masques de la cascade de Beauvais ». Cette cascade existe encore. La partie du parc où si; trouvaient les grandes cascades el le bois Duludc est maintenant comprise dans la ville de Chantilly.

LE GRxVND CONUE

En 1682, 31. de Manse voit son rôle terminé ;i (Ihanlilly; cepentlanl il y revient souvent, et surtout reste on relations épistolaires avec le Grand Condé. Le 10 juillet, il lui rend compte d'un voyaj^e en Languedoc : « J'ai satisfait entièrement ma curiosité dans ce voyage; j'ai vu tout le canal, qui est assurément un ouvrage admirable; avant le mois de septembre, la navigation sera ouverte. » Autre lettre le 14 décembre

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La GAScvhE DE Beauvais a Gii\.\tillv

1082, et sur un autre sujet : « J'ay exécuté, Monseigneur, les choses que V. A. S. m'ordonna en partant de Chantilly. Voici la description de la pendule, et assurément c'est une des plus agréables inventions que j'aie encore vues. Thuret en demande 60 louis d'or, 10 louis pour la console. Il ne peut la livrer à V. A. S. que dans la tin du mois prochain, et m'a dit qu'il n'y avait rien à rabattre du pri.'c, que M. le marquis de Louvois et M. l'archevêque de Reims lui en avaient payé autant. Je l'ai fait sonner plusieurs fois et sur diverses heures, et je n'y ai rien trouvé qui ne fût de même qu'on l'avait dit à V. A. S. Thuret offre de la faire porter à Chantilly et d'aller luimême la mettre en place ». — Nous trouvons à la même époque une lettre dithyrambique de Le Nôtre : « Jamais l'honneur que je reçus d'embrasser notre saint père le pape et de baiser sa mule ne m'a fait tant de bien ni donné tant de joie que celle que je ressentis par la bonté que vous avez eue de me donner le bénéfice que V. A . a refusé à tant de têtes couronnées pour me gralilier de ce présent, dont je vous serai toute ma vie, Monseigneur, très respectueusement obligé; et le petit prieur priera Dieu con-

liinicllcinenl pour votre prospérilé el santé, et moi je continuerai à élever mes pensées pour l'embellissement de vos parterres, fontaines, cascades, de voire grand jardin de Chantilly ». Il s'agit du prieuré de Notre-Dame de Nouzières, au diocèse de Limoges; ce bénéfice, dont la nomination appartenait au Grand Condé, fut parlai donné, le 7 août 168^, à Eustaclio-George Le Prince, parent de Le Nôtre, âgé seulement de neuf h dix ans, el déjà clerc tonsuré du diocèse de Paris.

Dans les années '168!2 à 1686, on construisit l'Orangerie, qui donna son nom au premier parterre dessiné par Le Nôtre à l'ouest du château, entre la galerie des Cerfs cl le fossé; il fallut pour cela bousculer quelque peu les bâtiments de la ferme de Bucan, située au bord de la roule pavée. Un pavillon relia à angle droit l'Orangerie il la galerie des Cerfs ; il prit le nom de palais d'Oronlhée lorsque l'opéra de ce nom y fut représenté devant le Grand Dauphin en 1688. Condé lit construire le grand escalier de la terrasse du Connétable sur les plans de Daniel Gilard; il fit enfin remanier entièrement la distribution du petit château. Les documents qui suivent se rapportent ii ces travaux.

Lettre de Gourville, 30 décembre 168:2 : « M»' le Duc vient de me dire que pendant ces fêtes il achèvera de résoudre l'Orangerie, et qu'il a prié M. Le Nôtre et M. Mansart de s'informer des jardiniers de Versailles s'ils pourront faire des ouvertures du côté du nord en cas qu'il ne fit pas de galerie. Il dit qu'il verra après M. Gilard séparément et qu'il ira plutôt voir M. de La Quintinie pour lui en demander son avis».

Lettres de Mansarl, 6 février 1683 : « Suivant l'ordre que V. A. S. m'a fait l'honneur de me donner, j'ai fait voir le dessin de l'Orangerie à M'=''' le Duc... Je n'ai su voir le sieur de La Quintinie, qui est malade à Paris; mais je me suis informé à plusieurs jardiniers de la manière la meilleure qu'il fallait faire les croisées d'une Orangerie; el, après avoir bien examiné, nous avons trouvé que celles qu'on a faites à Meudon sont les meilleures, suivant lesquelles j'ai fait faire le dessin, profil et devis, que j'ai porté à M. de Gourville avec le dessin de la façade du côté de la basse-cour... Si par hasard il se rencontre ({uehiue difficulté sur les dessins que j'ai donnés, les entrepreneurs n'auront qu'à me le faire savoir; je la leur leveray dès aussitôt et irai à Chantilly s'il en est besoin, faisant tout mon bonheur que mes services puissent être agréables à V. A. S. ». — 14 février 1683 : « Suivant l'ordre que j'ai reçu de V. A. S., j'ai envoyé à M. de Gourville un prolil du comble de l'Orangerie el des avant-corps en forme de pavillon, suivant rintention ([ue j'ai eue étant à Chantilly, toujours suivant les grosseurs des b(us que j'ai martjuées à celui que j'ai fait sur le lieu. A l'égard des dessins des élévations, je ne saurais les donner qu'auparavant l'on mail renvoyé celle que j'ai laissée à M. de Gourville; sitôt que je l'aurai, je ne manquerai pas d'en faire les deux élévations au net, que! diuix jours après je renverrai à Chantilly ». — 25 février 1683 : «J'ai envoyé ii M. de Gourville les deux façades du bàtimenl de l'Orangerie de Chantilly, ainsi qu(! nu; l'ordonne V. A. S. Je les aurais renvoyées plus tôt, n'était que j'ai été obligé d'aller à Dampierre chez M. le duc de Chevreuse, M. Colbert l'ayant souhaité dans le temps que j'ai reçu la lettre ([ue 'V. A. S. m'a fait l'honneur de m'écrinî. J'ai mar([U(' les mesures donl je nie suis souvenu sur les d^'iix l';iça<les (|ue j'ai faites. Toutes les mesures principales sont uuir(|uées sur le prolil (|ue j'ai laissé à Chantilly ». Ces trois lettres sont écrites de Versailles.

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Vauhan lui-même fui mis à C()iilrii)ulinn parle Grand Condé, comme en lémoigne la lettre suivante de l'ingénieur Voihuid, écrite de Lille le 22 janvier 'JG83 : « M. de Vauban nous a chargés, à son départ, de travailler incessamment à faire faire un demi-cercle avec toutes les ferrailles nécessaires à un pont à bascule que V. A. a demandé à M. Le Pellclier (intendant de Flandre)... On ne discontinue point d'y travailler, et V. A. aurait l'té servie passé longtemps si M. Le Pelletier n'avait point aimé mieux attendre après M. de Vauban (jue d'en clKirger mon père, que je peux dire n'avoir pas peu conlribué à la consiructiou du pont, attendu qu'il était seul auprès de M. de Vaal)an lors(|ii'il lui dil que M. Le Pelletier lui avait donné des

(lu VNTII.I.V, l'i'.li' (h-dil ,|ii ^laii.l Dc-iv MAi'cutr \ai- Iraïc H mm>i . d\i|jii'S les ilc--iii- de I.k ^rMll^'l.

mesures pour faire un poiil à hasi'ule piiur V. A., et chargea eu même temps mon I)ère de le faire faire et de suivre les mêmes proportions que celles des ponts (juil avait faits à la citadelle de Lille et à Menin, dont il était fort content ». Le Pelletier (■cril le (i mai suivant : « J'ai fail partir les principales pièces de la machine que j'ai lait faire en ce pays pour un ponl-levis du parc de Chantilly. Je joins à ce paquet le mémoire de ces pièces et les dessins que M. de Vauhan a fails de toute la machine, sur lesquels les ouvriers se sont réglés... ».

Lorsque Gilard eu! c(Uislruit le grand degré de la lerrasse du (lonnétable, Condé consulta Le Nôtre au sujet de l'ornementation; le '2\ septembre 1683, Le Nôtre envoya son projet avec la lettre suivante : « Voilii tout ce que je puis faire ])our l'ornement du bas de voire grand escali(.'r; je souhaite ([u'il i)uissc vous plaire autant (|u"il me fait. Le (leuve se fera de stuc, le reste de même. Bertier posera la voùle toute de roche. L'urne jettera autant d'eau que vous en voudrez dtmner; les pieiîs des ligures (le même. Cet ouvrage se jx'ut faire en j)eu de lemps et de (h'peuse; le sculpteur a i)ien envie de le faire.. .». Ce sculpteur est Jean Hardy; son travail ne fut terminé qu'un an plus lard ; Claude Richard écrit, en efTel, de Chantilly, le 18 no-

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