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vemhre 1684 : « Le sieur Hardy est j^arti d'ici ce matin après avoir aciievé ce (juil y avait à faire aux pieds des quatre ligures de l'escalier; les rocailleurs ont lini ».
Dans cette même année lG8i, le Grand Condé lit étudier la transformalion intérieure du petit château, tant du rez-de-chaussée que de l'étage, dont il voulait faire son appartement. Il en chargea Mansart, qui lui écrivit, de Versailles, le :2G novembre 1G84 : « V. A. S. m'a toujours marqué tant de bontés que j'aurais tort de douter qu'elle ne voulût bien prendre part à la grâce que le roi vient de me faire en me donnant oO.ODO livres pour aider à payer une charge d'intendant général de ses bâtiments que S. M. m'ordonne d'acheter; mais. Monseigneur, ma joie est d'autant plus grande que le roi m'a assuré par mille marques oldigeantes qiu^ mes services lui ont tou-
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jours été agréables, et je souhaite du meilleur de mon cu'ur ([ue V. A le puisse être aussi parfaitement de moi et n'oublierai jamais rien par mes services pour tâcher de le mériter. J'enverrai au premier jour à V. A. S. le devis et les dessins pour le bâtiment à faire au petit château de Chantilly pour votre appartement... ». Condé était fort impatient de voir commencer le travail, et demandait instamment à Mansart de venir à Chantilly; Gourville pressait l'architecle. tout en expliquant ses retards : « M. Mansart vient de me dire qu'il n'est pas bien assuré de pouvoir aller jeudi à Chantilly, parce que M. le prévôt des marchands doit venir demain ici pour régler une place nouvelle que l'on veut faire pour la statue de M. de La Feuillade, qui doit se trouver en partie dans la maison de M""' llotman, et ce n'est plus dans l'hôtel de La Ferlé. C'est M. Mansart qui en fait le dessin et qui le fera mieux comprendre à V. A. S. que je ne saurais faire... » ("Versaillos, 23 janvier 1685). — Autre lettre le 13 février : « M. Mansart m'a dit qu'il n'était pas encore assuré de pouvoir aller à Chantilly avant dimanche prochain, parce qu'il ('tait arrivé depuis deux jours des choses pour lesquelles on lui demande des dessins; j'en ai parlé à M. le mar([uis de Louvois, qui m'a confirmé la mémo chose et qui m'a même pai'h' plus clain-ment en
me disant que M. Mansarl travaillait à des dessins des bàliments qu'on doit faire à Maintenon, que le roi avait fort à cœur et au sujet desquels il lui demandait une grande diligence ». Aussitôt que les dessins de Maintenon seraient terminés, Mansarl demanderait au roi la permission d'aller à Chantilly.
Nous connaissons les principaux entrepreneurs employés par Mansarl dans la transformation du petit château : Jean Hardy, sculpteur; François Roger, menuisier; J3uchesnoy, marbrier; Pierre Leblanc, peintre en bâtiments. On trouverait difficilement aujourd'hui la trace de leurs travaux, car, si l'appartement du Grand Condé a conservé la même distribution (l'antichambre, la chambre, le grand et le petit cabinet, la galerie des Batailles), la décoration a fait place vers 1720 au pur style Louis XV qu'on y admire encore de nos jours. Il n'est donc pas sans intérêt de reproduire quelques-uns des documents relatifs aux travaux exécutés en 1685 et en •I{)8G. — Lettre de Richard à Caillet, Chantilly, 16 décembre 1G85 : « Roger est venu il y a quelques jours à Chantilly pour prendre quelques mesures que M. Mansart voulait avoir pour régler les cintres du liaul de l'appartement de S. A. S. et pour faire les profils des corniches... Il serait bon de savoir du sieur Duchesnoy, marbrier, si M. Mansarl lui a donné les profils des chambranles de marbre qu'il faut qu'il fasse pour l'appartement de S. A. S... ». — Gourville au Grand Condé, 2 juillet 1686 : « Le marbrier enverra vendredi le chambranle de la cheminée de la galerie, et lundi l'autre chambranle... Le menuisier a promis qu'il enverra vendredi la sculpture pour la cheminée de la galerie, une croisée et du parquet, et qu'il travaille à la cheminée du bout de la galerie ». — Richard, Il août 1686 : « Roger, menuisier, est arrivé hier avec une voiture de menuiserie composée de tout ce qu'il faut de lambris pour achever la galerie de 'V. A. S.... Il m'a dit que M. Mansart trouve à propos de faire de stuc ce qui est au-dessus de la cheminée de la galerie entre la corniche et le cintre du haut.., Roger dit qu'il lui faut encore dix ou douze jours de travail pour faire les cadres des dessus de porte du petit cabinet de V. A. S. » (aujourd'hui la grande Singerie). — 14 août : « Le menuisier a posé tout le lambris à hauteur d'appui de la galerie du côté de la petite cour; il commence à poser les pilastres. Maître Hubert (Hubert Simon, maître maçon et contrôleur des travaux) dit (ju'il faut rompre toute la corniche de cette face de la galerie; elle n'avait i)as été faite pour y mettre des pilastres, et il faut ([u'elle fasse une saillie au-dessus de chaque pilastre pour en faire le couronnement, de même qu'elle est du côté du fossé ». — 16 août : « Je reçois la lettre de V. A. S. du 15. J'ai fait voir à maître Hubert ce que V. A. m'a mandé au sujet de la corniche de la galerie du côté de la cour; il m'a dit qu'il ne la fera pas rompre, mais qu'on ne peut pas s'empêcher de la repiquer pour la recharger de plâtre et lui donner plus de saillie qu'elle n'en a, et autant ([u'il en sera nécessaire pour le couronnement des pilastres... Les charpentiers travaillent au cabinet des armes au-dessus de l'Orangerie... ». — 21 août: « Hardy travaille à faire les ornements de stuc au-dessus de la cheminée de la galerie... L'entrepreneur de la Ménagerie (de Vineuil) est ici depuis deux jours; il m'a dit qu'il y demeurera quelque temps pour presser son ouvrage, ([uil trouve qui va bien lentement... ». — 25 août: « Les deux chambranles de marbre que le marbrier devait envoyer pour les appartements bas (du pelit chàteauj sont arrivés ce matin, avec des pavés de marbre noir
LE GUAND CONDÈ
poiii- les vestibules de l'Orangerie...». — Le duc d'Enghien au prince de Condé, 8 septembre 168G : « Je vous envoie un menuisier, nommé Craquelard, pour entreprendre l'appartement d'en bas; il est fort cxpédilif et fort habile. Je vous envoie un peintre pour prendre les mesures du vestibule d'en bas pour y peindre des tableaux». Parmi les mémoires de travaux qui ont été conservés, il peut être intéressant de citer celui des ouvrages de sculpture exécutés par Jean Hardy dans l'appartement de M. le Prince; on se rendra ain.si compte de la décoration qui, de 1686 à 172:2, a précédé
PlioJET l'Olll LV TltANSFDUMATIoN 1)L" PETIT CHVTEAU (aiiiiolé pai' lloiirj-Jiilos clo lioiiilioii, fils du (Iraiicl ComU'j . Kt'Z-ile-chaii^si'e.
celle qu'on admire encore aujourd'hui : « Dans l'antichambre (actuellement la salle des Gardes), avoir fait à une cheminée, en un rond, les chitTres de S. A. S. fleuronnés, contenant deux pieds de haut, el au-dessus du cadre une ileur do lys dans le milieu, d'où il sort des branches de fleurs toutes difTérentes, contenant six pieds et demi de pourtour;
« Dans la chambre, à la cheminée, avoir fait une frise contenant huit pieds et demi avec les deux retours, le tout enrichi de fleurs de lys, et des lys avec des lyres d'Apollon, rinceaux de feuilhiges, rouleaux et feuilles d'acanthe dans le milieu et sur les onglets. A la même chambre, av(jir fait un cadre carré contenant :21 pieds de pourtour, orné de deux ornements, savoir sur la grosse moulure avoir fait des fleurs de lys, et au pourtour des bandes carrées, et entre deux des fleurons, et sur l'autre
nioulure des raies de cœui' refendues. A la corniclie, avoir fait 16 pieds d'ornemenls ornés de feuilles refendues et fleurons entre deux. Aux chambranles de l'alcôve, avoir fait 40 pieds ou environ ornés de fleurs de lys, et entredeux de lys, et des branches do fleurs, ot des rouleaux, rinceaux de feuillage sur la grosse moulure, et sur les deux autres avoir fait un cordon de laurier, et sur l'autre nioulure, manière de coquille, des rouleaux et des fleurons entre deux à raison de 8 livres le pied, d'autant que le profil du susdit chambranle a 12 pouces de large;
l'UOJKT rOUn I-A TIlANSFOlUIVilON DU PETIT ClUTEAi: laiinod- par Ilenry-Julcs de Bourbon, fils du Grand Condoi. Klagc.
« Dans le grand cabinet, à la cliomiiiée, avoir fait un cadre ovale orné de feuilles de laurier et de graines, contenant 18 pieds de i)ourlour; une frise de chêne et une couronne d'olive ; aux quatre coins, des fleurs de lys cl llcurons. Au-dessus des deux niches du grand cabinet, avoir fait 'A pieds et demi de gaudrun et des fleurons entre deux; au-dessous, avoir fait deux cadres contenant chacun 8 pieds de pourtour ;
« A la cheminée du petit cabinet, une frise ornée de trophées d'armes, de boucliers, de cas(|ues el carcjuois et autres ornements; à la même cheminée avoir fait un cadre rond orné de rouleaux, fleurons el graines, conlemuit 10 pieds et tlemi de pourtour: aux quatre coins dudit cadre, avoir fait des branches d'olive;
« A la cheminée de la galerie, avoir fait un cadre rond de pareille grandeur que
celui du petit cabinet, curiclii de feuilles d'acanllie, de coquilles et de fleurons; une frise ornée d'une tête de Diane, ornée de trophées el festons de chêne ; quatre branches de lys aux quatre coins;
« A la ciieminée du cabinet du bon! di^ la f;;alerie, avenir fait un cadre carré, contenant 16 pieds de pourtour, orni' de plusieurs ornements; une frise de feuilles d'acanthe et autres orneinenls, ornée de feuilles d'acanthe et de fleurons, rinceaux et feuillages, d'où naissent des branches de fleurs toutes difVérentes; à la corniche, avoir fait deux ornements, savoir des raies de cu'ur refendues et des petites feuilles d'olive entre deux, et au-dessous des auves et fleurons, contenant les deux ornements ensemble 16 pieds ;
« Plus avoir fait des tropliées d'armes de pierre au-dessus de la porte de l'appartement de S. A. S. du côté du pont, les(|uels trophées ont 8 pieds de long sur 4 jjieds de haut, et fort riches. » — Le 8 août 16S(), Glande Uichard certifie « que le sieur Hardy, sculpteur, a fait ou fait faire les ouvrages de sculi)lure en bois el en pierre mentionnés aux cinq pages qui composent le présent miMiioire », réglé à 8!)6 livres; les ouvrages de sculpture faits j)ar Hardy dans le même appartement eu aoùl, sepicmbre et octobre, lui furent payés 340 livres le 8 avril 1687.
Le Grand Coudé mourut le 11 décembre 1686, après avoir fait de Chantilly une véritable merveille, dont seules les planches d(! Pérelle pcuvenl aujourd'hui donner une idée. Moins de deux ans api'ès sa nu)rt, le rédacteur du Mercure (/niant décrivait les beautés de Chantilly en relatant les fêtes données au Grand Dauphin par le fils du Grand Condé. Quelques passages de sa description donneront une image plus nette dos travaux dont nous venons d'esquisser l'historique. En sortant du château par le jardin et le pont de la Volière, l'illustre compagnie entra dans le parterre de l'Orangerie. « On y voit cinq pièces d'eau avec leurs jets. Celle du milieu a pour pied un hydre, dont chaque tète vomit une quantité prodigieuse d'eau... De ce parterre, on entre (à droite) dans une île par un grand porticiue do treillage; à côté de cette île, il y en a une autre plus petite. Elles sont partagées par trois canaux. La grande est ornée de plusieurs allées, de grandes palissades, de deux grosses fontaines enfermées dans des portiques... L'extrémité de l'île est revêtue de pierre de taille. On y voit douze jets d'eau qui sortent d'autant de bassins, au-dessous desquels est une cascade de toute la largeur de la pointe de l'île et des deux canaux. Dans la petite île, il y a une fontaine au milieu; deux dragons de bronze semblent y combattre... A la pointe de l'île un appartement de treillage, composé de quatre pièces, d'un travail très délicat ». Ces îles étaient comprises dans le petit bois, situé près du pavillon des Etuves, extrémité droite de la galerie des Cerfs, qui, de l'autre côté, était reliée à l'Orangerie par le pavillon d'Oronthée, devenu la salle de spectacle. En sortant du parterre de l'Orangerie par la grande arcade centrale de la galerie des Cerfs, le Grand Dauphin « eut le plaisir de voir à la gauche, sur une hauteur ornée d'un bois vert, une cascade et une grande pièce d'eau avec trois gros jets, dix levées et autant de bassins à chandeliers. Il y a dans la face de la cascade cinq grands masques de bronze, qui vomissent une fort grande quantité d'eau, laquelle, tombant sur autant de coquilles a trois rangs, forme autant de nappes d'eau. On voit, au bas de la cascade, un grand bassin qui reçoit toutes ces eaux et d'où sortent plusieurs