LE GRAND G 0 .\ D K
lances. L'architecture de cette cascade est ft)rt correcte et consiste en plusieurs piédestaux. On y monte par deux allées en rampe qui forment des glacis de gazon tout à fait agréables». C'est la cascade de Beauvais ; elle a été conservée.
Continuant dans la direction du village, le Grand Dauphin vil les « Bovdingrins », le bassin et la fontaine de la Tenaille, la Faisanderie, les jardins fruitiers et potagers,
Collation noNXiiE au grvx» Daiphix dans le I'aiu: de Ciiaxtilly, en 1688 dapivs la gravure de I.i pAnriF.
s'endjarqua sur le canal Saint-Jean, et s'arrêta au bois Dulude : « Il y a plus de vingt allées ditlerentes, dont la plupart ont des bassins et de grands jets d'eau au point OLi elles se coupent. Les principales mènent à la grande cascade... La tète est composée d'un demi-octogone d'architecture avec des termes, des piédestaux, des bassins, des animaux de bronze, des coquilles et des rocailles. Il y a, sur trois gradins de gazon, neuf bassins qui reçoivent l'eau de neuf grands vases. Au-dessous des gradins sont encore d'autres bassins, les uns sur les autres, au premier desquels est une grosse gerbe d'eau, faite avec tant d'art qu'on n'en a point encore vu de pareille. . . La cascade est toute remplie de gradins, de lances, de nappes, de bouillons d'eau et de marches sur lesquelles, et des deux côtés, l'eau se brise avec un murmure agréable.
Après avoir formé une grande nappe de plus de oO pieds de tour, elle se va précipiter dans un gouffre où elle disparaît pour entrer par dessous terre dans le canal qui lui est opposé. Au delà de ce gouffre sont quatre bassins avec un gros jet d'eau, qui, avec un glacis de gazon en tenaille, forment le pied de celte belle cascade ». Un peu plus loin, on vit « un carré dans le milieu duquel s'élève un grand rocher; quatre grands jets d'eau en arcades partent des quatre coins, et vingt-quatre jets d'eau de ^ pouces de diamètre forment le pied d'un autre grand jet d'eau qui a au moins 60 pieds de hauteur». Arrivées au pavillon de Manse, les embarcations s'engagèrent dans un canal transversal, par lequel elles gagnèrent les écluses et le grand canal. Un autre jour, le Grand Dauphin se dirigea du côté de Sylvie. « C'est une espèce de petit château qui n'est composé que d'un appartement bas de quatre pièces seulement, percé en enfilade... On voit au delà un fort beau jeu de mail et un de longue paume; en deçà, un grand manège, et à côté sont les jeux de l'arquebuse et de l'arbalète, avec de grands portiques d'architecture au milieu de grandes allées... Le labyrinthe est si rempli de détours qu'il est presque impossible de ne pas s'y égarer; il est aussi ingénieusement imaginé que tout le reste de Chantilly... ». Tout cela n'a guère changé, non plus que le grand degré de la terrasse du Connétable, près du château, ainsi décrit en 1688 : « Cet escalier est estimé de tous les gens de bon goût, tant pour sa beauté que pour sa grandeur. Ce sont deux façades que les paliers et les marches séparent en deux parties égales, ornées de six colonnes qui sont accouplées deux à deux. Du côté des marches sont deux grands rampans, qui, dans leur enfoncement, forment chacun une grotte. Ces colonnes soutiennent une corniche d'ordre dorique, et dans chacune des niches il y a une figure pédestre. L'une représente Acis et Galatée. Acis est dans l'altitude d'un amant qui regarde sa maîtresse; il joue de la flûte. Galatée est représentée d'une manière qui fait paraître combien elle a de plaisir à entendre les sons que rend la flùle d'Acis. L'autre figure représente Alphée et Aréthuse. Alphée est un jeune fleuve qui devint amoureux de cette nymphe en la voyant se baigner dans ses eaux: il est dans l'attitude d'un homme passionné, que l'amour oblige à la poursuivre. Aréthuse est présentée comme une personne saisie d'elTroi, qui, ayant été surprise par le fleuve, prend ses habits et s'enfuit en demandant secours à Diane. Dans chaque grotte, ornée de rocaiiles, de joncs marins et de roseaux, est une grande figure représentant un fleuve accoudé sur un grand vase renversé. Au pied de celle figure est un dauphin qui porte un petit enfant. De dessous les pieds de ces quatre figures sortent trois nappes d'eau. Ces deux vases et ces dauphins en versent une grande quantité, laquelle, étant reçue dans une auge, forme autant de grandes nappes qui tombent toutes dans deux grands bassins, d'où sortent trois lances d'eau, et toutes ces eaux, jointes ensemble, se déchargent dans le grand fossé ». Le narrateur de 1088 dit ensuite quelques mots du « grand bassin qui est en face, où est la gerbe, des parterres qui sont aux côtés du canal, où les bassins sont au nombre de dix, de la montagne qui s'élève en glacis au delà du canal et que l'on nomme le Vertugadin... ». C'est la seule partie de l'œuvre de Le Nôtre qui ail été conservée dans toute son intégrité.