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XVIII. PAR CONTRE, LORSQUE LA DECORATION PROCÈDE

DE LA SUPERPOSITION d’oRNEMENTS INDEPENDANTS, ELLE PEUT OFFRIR UN ASPECT PLUS VARIE, OBEIR A UNE IN- TERPRETATION PLUS LIBRE, MARQUER PLUS DE FINESSE OU DE SOMPTUOSITÉ; MAIS, QUELQUE ORIGINALE QU’eLLE PUISSE ETRE, ELLE NE PRESENTE NI LA MEME SAVEUR, NI SURTOUT UNE AMPLEUR AUSSI GRANDE.

Si un exemple était nécessaire pour attester la vérité de cette proposition, nous invoquerions le témoignage de la Renaissance. Les artistes de cette époque brillante et féconde ne visèrent point à produire tout d’une pièce un art absolument nouveau. Ils commencèrent par accepter bravement les formes que l’usage avait consacrées, et quand ils éprouvèrent le besoin de renouveler ces formes, c’est en remontant vers un passé très lointain, en demandant à ce passé leur propre inspiration, en lui empruntant ses grandes lignes, ses proportions, ses formules, qu’ils arrivèrent à créer ces gracieux compromis qui, à force de recherche et de grâce, s’imposent encore à notre admiration. Puis ils rajeunirent

Fig. 15. — Porto d'cntrrc <lo la cliapcllc Saiiit-iNIicliol, au Puy. Arcliitooluro l’oniaue.

Exemple do décoralioii suraj(jutée.

ces réminiscences par la juxtaposition d’ornements dessinés avec une sûreté singulière de goût, avec un rare bonheur d’invention, avec un raffinement particulier d’élégance, qu’on n’a pas dépassés depuis. Mais il est facile de s’apercevoir que cette charmante décoration ne fait point corps

avec les formes principales, et que, tout en respectant cellesci, on pourrait modifier, enlever, remplacer la plupart de ces motifs excpiis, sans que, sinon la beauté, du moins le caractère général de l’œuvre se trouvât transformé d’une façon essentielle.

Ce que nous venons de dire de la Renaissance peut s’appliquer à d’autres styles éclos à des époques bien distantes. La période romane affecte avec moins d’éclat et de grâce, mais avec encore plus de puissance, cette indépendance de la décoration; et l’ornementation surchargée, parfois même prolixe, qui s’incruste dans les lignes si fermement écrites de ceux de

Fig. 16. — ^Modèle de vase en argent,

tiré de ralbnin de R., do Cotte (Bibl. l^OS VieilX lllOllumentS reuiOll-

tant à ce temps lointain, ne tient à leur structure par aucun lien précis. Le constructeur a bien indiqué la hauteur du chapiteau, la largeur des frises, la courbe des archivoltes; mais le décorateur, s’emparant de ces surfaces, en a fait son champ d’activité propre. Il a pris du coup toute la responsabilité de son travail, et les imbrications, les jeux de fond, les reliefs plus ou moins accentués qu’il développe sur ces surfaces, constituent une

œuvre dont il peut revendiquer l’entière propriété (voir fig. 15). Il en va de meme pour cette période charmante de notre ameublement, qu’on appelle le style Louis XVI. La délicate parure de ces meul)les exquis se rattache à leur charpente par des nœuds tellement lâches que, presque toujours, l’auteur a pris soin, dans son croquis initial, d’indiquer lui -même divers motifs qui peuvent indifleremment s’inscrire dans les parties réservées à l’ornementation (voir lig. IG).

Cette décoration surajoutée est susceplible d’une grande somptuosité. C’est à elle qu’appartiennent les merveilleux bronzes de Boulle, dont le superbe éclat fait si magistralement chanter les placages d’ébène, d’étain et d’écaille. C’est à elle que nous devons ces frises ciselées avec un art si parfait, ces mascarons, ces guirlandes et ces chutes pour lesquelles Chancelier, Prieur, Delarche, Ilervieu, l’illustre Gouthière et les frères Thomire épuisèrent les ressources de leur incomparal)le ciselet. Mais si riclie, si délicate qu’elle puisse être, elle ne comporte jamais cette ampleur magistrale, cette saveur généreuse, cette mâle ])eauté, et surtout cette logique qu’offre à nos yeux une ornementation découlant de la forme même.

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