‹ Les arts de l'ameublement; la décorationChapitre 6 sur 118 · III. PAR SUITE DU ROLE QUI LEUR EST ASSIGNÉ, LES · texte numérisé non relu

III. PAR SUITE DU ROLE QUI LEUR EST ASSIGNÉ, LES

ARTS DONT LA DECORATION EST LE RUT PRINCIPAL SONT SOUMIS A UNE DÉPENDANCE, A UNE SUBORDINATION AUX- QUELLES ÉCHAPPENT LES AUTRES MANIFESTATIONS ARTIS- TIQUES, ET, COMME CONSÉQUENCE, ILS OBÉISSENT A DES RÈGLES PARTICULIÈRES.

Si les artistes qui pratiquent les Beaux-Arts proprement dits jouissent, dans la conception et l’exécution de leurs œuvres, d’une indépendance à peu près complète, n’étant soumis qu’aux règles générales du Goût et de la Mode, il n’en est pas de même de ceux qui se vouent au culte des Arts décoratifs. Ces derniers, en effet, ont à compter avec des exigences étroites et nombreuses.

Alors que le peintre en parturition d’un tableau, le sculpteur en gestation d’une statue, peuvent être comparés à ces tirailleurs qui, dans \ ordre dispersé, gardent la liberté de leurs mouvements; les décorateurs, au contraire, qu’ils soient sculpteurs ou peintres, opèrent en ordre concentré, et non seulement sont tenus d’obéir au commandement général, mais encore doivent conformer leurs mouvements aux moindres évolutions de la troupe qui les encadre.

Les premiers, pareils à des solistes, peuvent se livrer à leur fantaisie créatrice, s’abandonner aux inspirations de leur virtuosité, ralentir ou accélérer la mesure et rajeunir un thème connu, par des variations inattendues ou des fioritures expressives. Les seconds, au contraire, ressemblent davantage à ces habiles musiciens de l’orchestre chargés d’accompagner l’interprète principal, de boucher les trous de son exécution, de suppléer aux lacunes de sa voix et surtout de concourir, chacun dans la sphère de son talent et dans la proportion de ses forces, à la parfaite exécution de la pensée du compositeur.

Le rôle des premiers est plus personnel et, par suite.

plus brillant. Leurs défaillances, moins sensibles, passent souvent inaperçues. Parfois même leurs défauts ajoutent à leurs créations une sorte de saveur qui n’est pas sans charme. Celui des seconds est plus modeste, plus effacé, presque anonyme , mais aussi plus délicat. Il réclame plus de souplesse, et avec une abnégation complète une érudition et un goût supérieurs. En outre, il convient de remarquer que les premiers, faisant appel au sentiment, sont par là même assez facilement compris de la foule ; alors que les seconds, sacrifiant davantage à la science, ne peuvent être justement appréciés que par une élite de connaisseurs. Un très grand esprit de l’Antiquité, Quintilien, a dit avec infiniment d’à-propos : « Les savants saisissent la raison de l’Art, les ignorants ne comprennent de lui que le ])laisir qu’il cause. » ^lais en tout temps les ignorants ont été de beaucoup les plus nombreux. De là vient cette fausse biérarcbie établie dans les arts, et le peu d’admiration que le public accorde à des artistes qui, au lieu de s’abandonner à leur propre inspiration, s’astreignent à la tâche ingrate de résoudre des problèmes qu’un autre a posés.

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