‹ Les arts de l'ameublement; la décorationChapitre 7 sur 118 · IV. ALOR'S QUE, DANS LES ŒUVRES DE PEINTURE ET DE · texte numérisé non relu

IV. ALOR'S QUE, DANS LES ŒUVRES DE PEINTURE ET DE

SCULPTURE INDÉPENDANTES, l’aRTISTE PEUT, PAR l’ex- PRESSION INTENSE DES PASSIONS, PAR LA TRADUCTION DE SENTIMENTS VIOLENTS, PAR LA REPRESENTATION DE SCÈNES PARTICULIÈREMENT MOUVEMENTEES, CHERCHER A ÉMOUVOIR LE SPECTATEUR ET PROVOQUER CHEZ LUI UNE ILLUSION MOMENTANÉE; DANS LES ARTS DÉCORATIFS, AU CONTRAIRE , l’eXPRESSION TROP VIVE DE SENTIMENTS PASSIONNÉS DOIT ETRE BANNIE, CAR LA DÉCORATION NE DOIT, DANS AUCUN CAS, FAIRE OUBLIER LE ROLE ET LA DESTINATION DE LA CHOSE DÉCORÉE.

Le but que se proposent le peintre et le sculpteur exécutant une œuvre isolée — et par conséquent indépendante, — est presque toujours de créer chez le spectateur une

illusion momentanée, de le transporter par la pensée dans un autre milieu ou dans un autre temps, et d’émouvoir ses sens ou son cœur par la représentation d’un spectacle évoquant en son esprit des idées douces ou cruelles, tristes ou joyeuses. Pour obtenir ce résultat, tous les moyens lui sont bons. Il lui est permis de faire appel aux actions les plus dramatiques , aussi bien qu’aux événements les plus compliqués. La douleur , la crainte, le dégoût, l’horreur même, produits par la contemplation de son œuvre peuvent être employés par l’artiste pour atteindre le but qu’il poursuit; et les procédés dont il se sert, comme l’impression qu’il fait naître, n’ont rien que de légitime. Le cadre dont son tableau est enveloppé, le socle ou le piédestal sur lequel reposent son groupe ou sa statue, isolent ceux-ci et montrent suffisamment que rien ne les rattache à ce qui les entoure. Ils forment, en effet, comme les chapitres détachés d’un récit aimable ou douloureux, mais toujours émouvant, que l’artiste raconte à ceux qui fixent son ouvrage.

Dans les Arts décoratifs, c’est le contraire qu’il faut observer. Le devoir du décorateur, qu’il soit sculpteur ou peintre, n’est pas de provoquer des sentiments de crainte ou d’enthousiasme, mais simplement d’orner et d’embellir. Il doit intéresser le spectateur, et ne jamais l’émouvoir. Il lui faut surtout se garder de créer une illusion qui fasse oublier le rôle et la nature de l’objet dont on lui a confié la parure. Supposons qu’un décorateur s’avise de figurer sur la paroi d’un salon une scène d’histoire, une bataille, une marine ; qui ne sent l’inconvénient majeur que ^^résenterait un pareil sujet, s’il évoquait le sentiment de la réalité ? Outre qu’il serait malséant de voir des vaisseaux naviguer ou des soldats combattre et mourir dans une pièce destinée à d’agréables réunions, à d’intimes causeries, l’illusion dont nous parlons ne pourrait se i^roduire qu’à une condition, c’est que le spectateur oubliât qu’il a une muraille devant les yeux, et de suite son esprit s’inquiéterait, car il

ne comprendrait plus sur quoi portent le plafond et la corniche. En admettant que l’illusion soit nulle, le mal serait pire. Une représentation dramatique laissant le spectateur froid est, par son effet même, sans but et sans raison, et l’expression de sentiments passionnés , lorsqu’ils ne doivent point émouvoir, est au moins inutile. Aussi le décorateur prudent évite-t-il avec soin de traiter les sujets violents dont la représentation irait d’autant plus à l’encontre de son but, que leur exécution serait plus parfaite.

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