LVI. LA PRÉDOMINANCE ACCORDEE DANS LA DECORA
TION A CERTAINES LIGNES DONNE NAISSANCE A UNE IL- LUSION TRÈS CARACTÉRISTIQUE, ET PEUT MODIFIER LES PROPORTIONS APPARENTES d’uN OBJET OU d’uNE SURFACE. AINSI LA PRÉDOMINANCE DES LIGNES VERTICALES A POUR EFFET DE FAIRE PARAÎTRE UN OBJET OU UNE SURFACE PLUS ÉLEVÉS, ALORS QUE LA PRÉDOMINANCE DES LIGNES HORIZONTALES FAIT PARAÎTRE, AU CONTRAIRE, CETTE SUR- FACE PLUS ÉCRASÉE OU CET OBJET PLUS TRAPU.
Le mode de divisions dont nous venons de constater les heureux effets, n’a pas seulement pour résultat d’atténuer la fatigante monotonie des surfaces dont les différentes dimensions sont trop égales. Il peut aussi, étant habilement emplové, permettre de remédier à des incorrections de forme plus ou moins accentuées. Supposons, par exein-
pie, que nous ayons à décorer une pièce jugée trop haute, et qu’on nous demande d’atténuer dans la mesure du possible l’impression produite par cet excès d’élévation. Il nous suffira pour que ce résultat soit atteint dans une large mesure, de multiplier sur les parois de cette pièce les divi-
sions horizontales et de leur donner une prédominance marquée sur les divisions verticales. En traçant de très larges panneaux, en développant les moulures de la corniche, en donnant une grande importance aux jirofils qui limitent horizontalement le champ des lambris, en accusant la saillie de la cymaise, nous arriverons à diminuer très sensiblement la hauteur a|)parente de notre' mui'aille.
DO
La pièce que nous avons à décorer est-elle, au contraire, trop basse ; ])our remédier à ce défaut, ce sont les lignes verticales qu’il nous faut prodiguer. Nous multiplierons les
Fig. 75.
panneaux en les étirant, en les faisant aussi maigres, aussi allongés que possible. Nous supprimerons au besoin les lambris d’appui et les cymaises; nous réduirons la corniche à sa plus simple expression, et de cette façon nous nous procurerons l’élévation apparente que nous souhaitions d’avoir.
Nos deux figures 75 et 76 couvrent exactement la même surface; et sans que la note décorative soit forcée dans un sens ou dans l’autre ; sans que dans notre figure 76 nous
ayons supprimé la cymaise et divisé la paroi en plus de troix panneaux, elles présentent cependant un aspect assez différent pour que nous n’ayons pas besoin d’entrer dans
Fig. 7().
de longs développements sur les résultats que l’on peut ol)tenir en recourant à ces curieux artifices.
Ajoutons que ce qui est vrai pour la paroi d’un mur l’est aussi pour un meuble, pour un vase, etc. On parvient, en effet, suivant le degré d’importance qu’on donne, dans leur ornementation, soit aux lignes verticales, soit aux lignes horizontales, à modifier sensildement l’aspect de ces divers of)jets.