LXXXII. AU SURPLUS CE QU’OX EST CONVENU d’aPPELER
LES STYLES ANCIENS, ETANT l’eXPRESSION d’uN IDEAL QUI n’est plus le nôtre, la CONSÉQUENCE DE BESOINS, DE NÉCESSITÉS, OU SIMPLEMENT DE CONVENANCES QUI ONT CESSÉ d’être, NE PEUVENT PLUS NOUS SATISFAIRE
d’une façon absolue.
Ce que nous disons des couleurs dans la proposition [)récédente, peut également s’appliquer aux formes. Ainsi que le remarquaient fort bien deux artistes éminents, les architectes Percier et Fontaine, il est aisé de distinguer la direction suivie par l’esprit et le goût de chaque période, rien qu’en contemplant « les détails des ustensiles dômes-
tiques, des objets deluxe ou de nécessité, auxquels involontairement l’ouvrier donne l’empreinte des formes, des contours et des types en usage de son temps ^ ».
A plus forte raison cet esprit et ce goût se reflètent-ils dans l’ornernentalion de nos appartements, de nos habitations, de nos palais. On se demande, après cela, comment il peut venir à l’esprit d’un artiste doué de quelque réflexion de copier exactement, pour notre usage personnel, des formes dans lesquelles s’incarne en quelque sorte un passé si dilférentdu ternpsactuel. Estil raisonnable de vouloir a]>proprier une ornementation imaginée pour de vastes galeries, pour des chambres énormes, aux appartements rétrécis, étriqués, dont nous sommes obligés de nous contenter? Est-il intelligent d'irniter servilement des décorations conçues pour des salles d’une magistrale hauteur, quand nos plafonds sont forcément bas, et de nous modeler sur les exemples d’une société où tout était apparat, luxe brillant, étiquette et représentation, alors que chez nous l’apparat n’est plus de mise et qu’on a banni de nos mœurs l’étiquette et la représentation ?
Si de la décoration nous passons à l’ameublement, le désaccord est encore plus frappant. Nous trouverions ridicule d’endosser les vêtements de nos ancêtres. L’est-il moins de nous servir de leur mobilier? Par suite de nos oceupations sédentaires, nos corps ne sont plus taillés sur le
1. Recueil des décorations intérieures Paris, 1812; Introduction.
meme patron, et nos muscles n’ont plus la meme trempe qu’aux siècles passés. Quel peintre, quel dessinateur oserait faire asseoir une contemporaine de de Pompadour ou de Marie-Antoinette dans une stalle gothique (fig. Oo! ? Cependant nous nous y asse3mns nous-mêmes. Et soinine;-nous moins extravagants lorsque nous prélassons nos lugubres habits noirs ou nos vestons de cJieviolt dans des fauteuils couverts de brocart, ruisselants de dorures, rap- ])elant, comme forme et comme livrée le ])eau temps de M“® de la Vallière ou la faveur de M™° de ^lontespan ?