POINTE SECHE
et qu'il se contente du petit encrage au noir gras, sinon, pour la satisfaction d'avoir immédiatement quelques épreuves, il peut altérer à tout jamais la fraîcheur de ton de certaines tailles.
Et puis aussi disons que, pour ceux que gênerait le travail sur un cuivre nu devant se traduire plus tard au tirage par un blanc un peu cru, malgré le voile d'encre que peut laisser l'imprimeur, on peut éviter cet aspect un peu sec en rayant irrégulièrement avant tout travail la surface du métal à l'aide d'une feuille de papier à émeri; on obtient ainsi un fond gris dont on peut varier par places l'intensité, et ce dépoli peut résister assez bien à un long tirage.
Enfin insistons surtout sur la valeur des noirs que peut donner la gravure à la pointe sèche, car c'est là un des grands avantages du procédé. Toutes les morsures les plus habiles ne peuvent donner le beau noir, le velouté des taches d'encre obtenues à l'aide de la pointe sèche. Ce procédé devait donc séduire, et il l'a fait, les artistes plus coloristes que dessinateurs dans le sens froid, précis et glacial du mot. Ceux qui rêvent de transporter sur le cuivre les effets vigoureux de la peinture ; ceux qui, à l'aide de savantes oppositions de blanc et de noir intenses, veulent rendre ces vibrants effets de coloris qui séduisent l'œil, ceux-là aiment et aimeront toujours le procédé de gravure à la pointe sèche. Graver à la pointe sèche, ce n'est pas faire œuvre de graveur méticuleux obligé malgré lui de songer aux difficultés du métier qui parfois refroidissent son inspiration, c'est dessiner pour ainsi dire sur la planche de cuivre.
Si le graveur à l'eau-forte, pour ses travaux minutieux et délicats, préfère la table d'atelier, le graveur à la pointe
sèche ne devrait-il pas, au contraire, travailler de préférence sur le chevalet? Malheureusement, les procédés de gravure ont toujours leurs exigences, et pour appuyer bien également sur le cuivre, pour bien faire pénétrer dans le métal la pointe coupante, pour obtenir ces précieuses barbes qui vont colorer si heureusement le dessin tracé à la surface du cuivre, un point d'appui est nécessaire. Mais aussi quand l'artiste encrant son travail au noir gras veut en jouir et en savourer l'effet, c'est bien sur le chevalet obliquement posé, ne laissant miroiter le métal que de raison et mettant bien en lumière les taches noires veloutées se détachant puissamment sur le ton rouge de la planche, c'est bien sur le chevalet que l'artiste peut se rendre compte de l'état de sa gravure, qui lui apparaîtra alors avec tous les reliefs d'un intense coloris.