IMPRESSION DIRECTE SUR PIERRE
d'un dessin au crayon gras sur papier autographique
Les dessins exécutés au crayon gras sur papier autographique et reportés sur pierre se comportent exactement comme les dessins exécutés directement sur pierre. Ils offrent le même aspect et sont soumis aux mêmes nécessités d'exécution, mais doivent être exécutés non à l'envers, mais dans le sens des épreuves voulues. Si l'on emploie exclusivement le crayon gras, il ne faut pas exagérer les finesses du tracé, qui sont toujours périlleuses, à moins d'employer des crayons spécialement fabriqués, et dont la résistance est calculée à cet effet.
En général, les masses doivent toujours être attaquées très franchement, et en touchant ainsi, les gris, même les plus fins, résistent mieux au tirage. Posées trop superficiellement, les demi-teintes ont une tendance à se dépouiller rapidement. Quant aux touches de vigueur, elles ne peuvent dépasser une certaine intensité de noir. Lorsque le grain — du papier ou de la pierre — est complètement rempli, tout ce qu'on peut lui superposer est inutile, sinon dangereux.
La lithographie ne permet pas, comme l'eau-forte, de disposer de ces noirs pour ainsi dire indéfinis, obtenus en creusant le cuivre de plus en plus ; le dessin sur pierre n'a qu'une seule note vigoureuse, donnée par un crayon noir assez mou ; il faut donc ménager le plus possible ses effets en demi-teinte et ne se servir des touches de vigueur que pour faire vibrer l'ensemble.
LITHOGRAPHIE
louer l'une aux dépens de l'autre, mais il est cerlain que, la pointe à la main, l'artiste est moins à l'aise qu'avec le crayon gras. En dehors du dessin, une double question le gêne : celle des tailles et celle très délicate de la morsure qui le désespère. Généralement il en est réduit à faire mordre par quelque graveur de ses amis et redoute les sujets de grande envergure... Delacroix, la pointe à la main, ne risque que quelques croquis et quelques études; prend-il le crayon, alors c'est Faust et c'est Hamlet; Daumier, c'est aussi la pierre qu'il lui faut pour être sans contrainte le prodigieux saisisseur de gestes et de mouvements, l'admirable coloriste du noir et blanc, et Gavarni où va-t-il dans ces quelques essais de pointe? Guère loin, il n'y est point à l'aise, il le déclare lui-même : la Chimie de r eau-forte lui répugne; et avec le crayon que fait-il? la Comédie humaine, « rien que cela, trois mille pièces » !
Non, la lithographie est encore vivante. Elle seule permet ces beaux dessins aux noirs superbes, veloutés et profonds, aux lumières vibrantes, aux profondeurs harmonieuses. Le public a pu l'oublier, les peintres ont pu l'abandonner : un procédé aussi merveilleux de souplesse, de richesse et de facilité ne meurt pas. Si les lithographes de profession, créant pour l'obligation d'un travail classique le grain et le grené fondu,, qui est à la lithographie ce que le losange est à la gravure, ont produit des œuvres habiles sans nul doute, mais parfois un peu froides, les dessinateurs originaux aimeront toujours ce procédé, qui leur permettra eux-mêmes de rendre leur pensée, ne leur imposant d'autre souci que celui de retourner leur composition en vue de l'impression, difficulté qui leur est épargnée maintenant par ce nouveau papier autographique dont nous parlons plus loin et qui, en leur
facilitant le travail, leur donne encore ces délicates relations de noir et de blanc qui rendent, avec juste raison, l'artiste particulièrement heureux.