II. — Autographie
Tous les procédés de dessin sur pierre (plume, pinceau, crayon) exigent toujours le travail en sens inverse de l'original. L'autographie permet, au contraire, un travail non retourné, et de plus elle facilite singulièrement la tâche de l'exécutant; mais, comme il est vrai qu'il n'y a pas de bonheur parfait en ce monde, elle cause encore quelque déception. Cependant, avec quelques précautions, on peut obtenir en autographie de bons résultats.
La lithographie, c'est le dessin sur pierre ; l'autographie, c'est le dessin sur papier, dessin sur papier spécial, à l'aide d'une encre spéciale, qui, reporté sur pierre, offre les mêmes avantages que la lithographie directe et est d'une exécution plus facile.
Les préparations de l'encre et du papier autographique sont assez délicates cependant, et même il faut reconnaître que chaque lithographe aimait assez, autrefois, faire mystère de ses préparations ; tel qui jetait un regard sournoisement satisfait sur le travail alourdi de son collègue se gardait bien de lui indiquer son secret; et, aujourd'hui encore, ce n'est pas sans un sourire légèrement railleur que le possesseur de l'encre par excellence constate avec plaisir que tel autre artiste en est encore réduit aux encres trop gluantes ou trop épaisses., en tout cas filant mal dans la plume.
REPRODUCTIONS PAR INTERPRÉTATION. \\ï
Une encre ainsi composée :
Cire vierge 8 grammes.
Savon blanc 2 —
Schell laque 2 —
Noir de fumée .... 3 cuillères à bouche.
permettait, disaient les vieux auteurs, — entre autres l'excellent Tudot, qui eut aussi, en 1833, l'honneur d'éditer un pelit manuel de lithographie plein de renseignements très précieux, — d'obtenir des traits aussi fins qiïavec le burin. Admettons que l'habileté de l'artiste était bien pour quelque chose dans cette finesse de trait, car ce qui est vrai pour la lithographie l'est encore bien plus pour l'autographie. On a beau faire fin sur le papier, plus que fin si possible, au report sur pierre le trait se trouve toujours fatalement élargi.
Mais d'autres lithographes préféraient une encre cornposée de :
Cire blanche. . . .
12 parties.
Suif.
Noir léger
Gomme laque . . .
Mastic en larmes . .
et prétendaient aussi que cette encre était bien préférable à un tas d'autres.
Le papier autographique, d'après le même lithographe, devait aussi être préparé de la manière suivante. On devait l'enduire de trois couches de gélatine, d'une couche d'empois blanc et d'une couche de gomme-gutte. Ces couches appliquées à l'éponge rendaient le papier légèrement opaque. Dès lors, plus de calque possible. Or ceci était un inconvénient
pour exécuter des fac-similés de dessins. Calquer l'original, le reporter sur le papier spécial à l'aide de sanguine, faire le trait définitif à l'encre spéciale, autant d'opérations qui contribuent plus qu'on ne saurait le croire à refroidir l'interprétation.
On a donc inventé un papier à peu près semblable à celui ci-dessus, mais transparent. On glisse l'original, si faire" se peut, sous ce papier, et on travaille ainsi avec la plus grande liberté de main.
Toutefois, ces papiers lisses ne supportent que les travaux à la plume ou au pinceau, et, dans certains cas, il peut être utile d'ajouter aux travaux de hachure des plans indiqués par des frottis de crayon. Les touches de crayon sur papier lisse se traduisent à l'impression par de superbes taches noires, tandis que sur le papier à grain le crayon, s'accrochant aux aspérités, donne une série de points qui, laissant travailler le blanc du papier, allègent et donnent de l'air aux plans ainsi modelés. Dans ces conditions et pour créer un grain factice, il suffirait d'avoir à sa disposition un carton bien uni recouvert d'une toile chagrinée bien tendue; en tenant le crayon suivant une inclinaison convenable, on obtient ainsi des points espacés plus ou moins irrégulièrement, suivant le degré de la toile, qui se traduisent à l'impression par des points noirs donnant à distance l'effet voulu, mais sans produire de taches d'un ton sourd.
Néanmoins, ceci n'était qu'un expédient, et le procédé, d'ailleurs, ne donnait un bon résultat que si on l'appliquait pour de grands dessins. Or, depuis quelques années, on fabrique un papier autographique qui offre, entre autres avantages, celui de permettre, jusqu'à un certain point, de travailler comme sur la pierre lithographique.
Ce papier a l'aspect d'un carton bristol un peu mou, d'un beau blanc mat, légèrement granuleux. Le crayon prend fort bien sur ce papier qui, par contre, ne reçoit que très imparfaitement les touches d'encre ; il rend à merveille les demiteintes les plus fines aussi bien que les noirs les plus vigoureux. Il offre au tirage un grain un peu plus monotone, un peu plus régulier et aussi un peu plus gros que le grain de la pierre, mais il demande à être touché franchement et sans hésitation. De plus, il ne supporte ni les taches des doigts, ni les esquisses tracées trop durement d'un crayon qui peut altérer sa pâte ; mais, lorsqu'un ton est obtenu sur ce papier, il est prudent de ne pas charger à nouveau de crayon la partie que l'on veut obtenir vigoureuse : toutes les touches de crayon superposées n'ajouteraient rien à l'effet, rien que de la lourdeur. Car le dessin au crayon sur ce papier grenu est toujours beaucoup plus séduisant sur le papier que sur la pierre ; il est moins séduisant sur la pierre que sur le papier, et il est encore moins séduisant sur l'épreuve que sur la pierre. Il y a là une progression décroissante à laquelle il faut s'habituer.
De plus, si Tautographie sur papier est toujours facile, il faut songer aussi que le transport du dessin sur pierre, s'il est nécessaire, est toujours quelque peu dangereux. L'ouvrier imprimeur humecte, à un degré voulu, le papier ; il le place sur une pierre bien poncée et il décalque sous une certaine pression. Sous cette pression, le crayon — ou l'encre — se détachent du papier et adhèrent à la pierre; on enlève le papier humide en le détachant par un angle. Si l'opération a été bien réussie, toute la matière grasse est restée sur la pierre. Mais il ne faut pas exagérer la pression, car, dans ce cas, les traits s'élargissent et s'empâtent.
Aussi faut-il, surtout dans les dessins en autographie, — plume ou crayon, — ne pas perdre de vue ces deux points importants : ne jamais donner à transporter ces dessins sur pierre, au bout d'un trop long laps de temps (un ou deux jours pour les dessins à la plume, huit à quinze jours pour les dessins au crayon, à condition de conserver les uns et les autres à l'abri de l'air), et surtout bien combiner ses dessins au point de vue de l'effet; tenir plutôt sur le dessin ses demi-teintes au-dessous de l'effet voulu, parce qu'elles peuvent monter au transport; conserver aux vigueurs leur valeur réelle, sauf à les renforcer sur pierre, si besoin est, mais en évitant de boucher les blancs qui rendraient l'aspect des noirs moins vibrant.