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LAVIS

La reproduction d'un dessin par la phototypie permet d'obtenir des épreuves à l'encre grasse dont l'aspect ressemble beaucoup aux épreuves aux sels d'argent et peut-être plus encore aux épreuves au charbon. Dans les épreuves photographiques ordinaires, les tons sont plus chauds et plus transparents; grâce au bain de virage, on peut obtenir des colorations très vibrantes. Mais ces épreuves, quelque soin que l'on prenne, se tachent et se décolorent parfois très rapidement. Les épreuves phototypiques imprimées à l'encre grasse, si elles sont moins séduisantes, sont d'une solidité à toute épreuve. Au point de vue de la reproduction, elles ont les qualités et les défauts des épreuves photographiques ordinaires ; elles exigent d'excellents opérateurs, mais elles ne donnent malheureusement au tirage que des épreuves de valeur inégale. De plus, elles exigeraient souvent des planches formant dessous, pour bien rendre certaines tonalités. Ainsi, dans le dessin reproduit ci-contre, — exécuté au lavis, à l'encre de Chine, sur un bristol d'un ton blanc très légèrement jaunâtre, — les lumières du second plan avaient été réservées, tandis qu'au premier plan, sur le lustre, les bronzes, les feuillages, les lumières avaient été posées à la gouache et étaient d'un blanc légèrement bleuâtre; il en résultait sur l'original, à cause de ces deux blancs de valeur différente, un effet beaucoup plus vibrant que l'épreuve monochrome n'a pu rendre. Quant aux touches de lavis, posées sur un bristol très lisse, elles se traduisaient à l'œil, — sur le dessin, — par une teinte plate; sur l'épreuve phototypique et vues à la loupe, ces teintes sont interprétées par une sorte de grené très fin qui, suivant la prédominance des points blancs, sur les noirs, — ou réciproquement, — permet d'obtenir toute la gamme des tons.

Aron frères.

MIOTOTVPIE.

Cette étuve est une simple caisse de bois fermée sur trois faces seulement et munie, sur la quatrième, de deux portes. Elle est chauffée, soit à l'aide d'une lampe a alcool, soit à l'aide d'un bec de gaz.

A l'aide de vis calantes, elle est placée bien horizontalement et elle est munie de traverses sur lesquelles on peut glisser les glaces a faire sécher.

Un fond en tôle de fer est placé au-dessus de l'appareil

Croquis théorique de l'étuve destinée à la préparation des planches en phototypie.

de chauffage, et un cadre de bois avec toile métallique, engagé dans une rainure, contenant du sable servant à former joint, permet l'évaporation de la gélatine humide et empêche le refroidissement. Enfin, par mesure de précaution, on peut entourer cette éluve d'un morceau de lustrine ou d'autre étoffe de couleur jaune ou rouge. Inutile de dire qu'un thermomètre placé à l'intérieur et posé près d'un petit panneau vitré sert à surveiller le degré de chauffage de l'étuve, sans en ouvrir les portes.

Au mélange précédemment indiqué, pour produire l'adhérence de la gélatine sur la glace, quelques opérateurs préfèrent employer simplement une solution de 50 grammes de silicate de soude dans 500 grammes de bière ordinaire.

Quant à la seconde couche, — pour une série de six glaces de 30 sur liO centimètres, — elle doit se composer de :

Eau distillée 1.250 grammes.

Gélatine (Henrich) .... 135 —

Alcool à 36° 50 —

Bichromate de potasse ... 10 — — d'ammoniaque. . 10 —

On dissout la gélatine au bain-marie. Lorsque sa température a atteint «35°, on y ajoute : le bichromate de potasse préalablement dissous dans 100 grammes d'eau, l'alcool et le bichromate d'ammoniaque. On mélange, on filtre et on conserve le liquide gélatineux à la température de 35°. Ces manipulations doivent se faire dans un laboratoire obscur, et le mélange ainsi obtenu, versé avec précaution sur la glace, on place à nouveau cette glace dans l'étuve, qui est conservée elle-même dans l'obscurité.

On laisse la glace trois heures dans l'étuve, puis on l'introduit dans le châssis à insoler.

Le châssis à insoler est à peu près semblable aux châssis bien connus servant à tirer des épreuves photographiques ordinaires, seulement il est ordinairement muni, sur chaque traverse, de vis de pression servant à obtenir une adhérence complète.

On charge ainsi ce châssis, placé sur une table : on pose sur la glace, formant le fond du châssis, le cliché photogra-

phique, la surface collodionnée en dessus, — le côté non collodionné en contact avec la glace du châssis, — à l'aide de bandes de papier d'étain ou de papier épais, on protège les marges du cliché qui doivent rester blanches, puis, sur le cliché photographique ainsi préparé, on applique, avec les précautions les plus minutieuses, la glace sensibilisée, à l'aide de la gélatine. On place la couche sensibilisée en contact avec la surface collodionnée du cliché, mais en évitant d'érailler, de froisser ou de déchirer la couche de gélatine. On replace le volet, on serre les vis et on expose le châssis ainsi chargé à la lumière.

A la lumière diffuse, l'insolation doit durer environ une demi-heure; à la lumière électrique, l'insolation doit durer plus du triple.

On peut se rendre compte de l'intensité de la lumière et du degré d'insolation à l'aide du photomètre.

Le photomètre consiste simplement en une petite boîte garnie d'un verre et fermée par un couvercle plein glissant entre deux rainures. Après avoir placé sous la lame de verre, dans le laboratoire obscur, une feuille de papier à photographie ordinaire, sensibilisé, on expose le photomètre en même temps que le châssis à l'impression de la lumière, mais on a préalablement découvert la lame de verre en faisant glisser le couvercle dans ses rainures. Sous l'influence du rayon lumineux, le papier se colore en brun, et lorsqu'on juge l'intensité de ton suffisante on fait cesser l'insolation.

On rentre alors dans le laboratoire obscur, on retire du châssis la glace sensibilisée à la gélatine, on lave à l'eau pure sous un filet constant, pendant trois heures au moins, afin

de faire disparaître l'excès de bichromate de potasse, puis on laisse sécher.

La glace est prête alors pour l'impression ; mais, pour obtenir de bonnes épreuves, il faut, avant de la caler sur le marbre de la presse, faire remonter la composition,, c'est-àdire rendre les parties de l'image impressionnées en état de recevoir l'encrage. On place alors, de nouveau, la glace phototypique sur un* pied à vis calantes, de manière qu'elle soit parfaitement horizontale, et on verse à sa surface un bain composé d'un tiers de glycérine et deux tiers d'eau, bain auquel on a ajouté préalablement quelques gouttes d'ammoniaque, on laisse la gélatine s'humecter pendant une heure environ, et, ce délai passé, on peut imprimer des épreuves.

Les épreuves phototypiques, — nous verrons plus loin quel est leur mode de tirage, — ont absolument l'aspect des photographies : il n'y a plus là de retouches et de tours de main possibles après l'obtention de la glace destinée à l'impression. Toutes les retouches permises se bornent donc aux travaux spéciaux que les photographes peuvent faire subir aux clichés ordinaires et que l'on a pu appliquer au cliché destiné à l'obtention d'une glace phototypique, c'est-à-dire légers modelés de figures à la mine de plomb, teintes carminées employées pour modifier certaines intensités de teintes, ciels tachés rechampis de tons opaques, en respectant les silhouettes des objets, etc.

Si l'on a reproduit, par ce procédé, un tableau, une esquisse peinte, une aquarelle ou un lavis, on aura donc la photographie exacte de son œuvre, et avec ce procédé, — ce n'est pas d'ailleurs un de ses moindres avantages, — on obtient, mais ceci sort un peu de notre cadre, —des épreuves photogra-

phiques, d'après nature, d'une solidité à toute épreuve, puisqu'elles sont tirées à l'encre grasse.

A côté de cette phototypie, il faut aussi placer la photoglyptie, qui lui ressemble sous certains côtés, mais qui ne peut fournir que des épreuves destinées à être montées, c'est-à-dire collées comme les épreuves photographiques ordinaires, et l'on sait quels sont les effets du collage, c'est-à-dire des marges toujours plissées, à moins de prendre comme supports de l'épreuve des cartons d'une extrême solidité, c'est-à-dire peu faits pour trouver place dans un volume, même comme planches hors texte.

La photoglyptie a pour but d'obtenir, à l'aide d'un cliché photographique, — reproduisant une œuvre d'art exécutée par un procédé quelconque, ou même une vue d'après nature, — une empreinte de plomb que l'on peut encrer et tirer d'une façon spéciale.

Ce procédé consiste à étendre sur une plaque de métal une couche très mince de gélatine bichromatée. Après avoir exposé à la lumière une plaque ainsi préparée, on lave à l'eau chaude, et les parties préservées, c'est-à-dire celles qui n'ont pas été atteintes par les rayons lumineux, sont dissoutes. Quant aux parties non dissoutes, elles sont durcies au protosulfate de fer ou métallisées.

Jusque-là, ce n'est que l'emploi du procédé Poitevin; mais Woodbury, en partant de ce principe, a été conduit à continuer les opérations de la manière suivante :

La pellicule de gélatine ainsi obtenue offre des creux et des reliefs; on applique cette pellicule, — épaisse à peu près comme une pelure d'oignon, — sur un petit bloc de plomb et on soumet le tout à l'action de la presse hydraulique.

Sous une pression de quatre à cinq cents kilogrammes, le plomb reçoit l'empreinte de la gélatine dans les détails les plus microscopiques et, malgré la pression considérable qu'elle subit, la pellicule ne se déforme pas. Cette empreinte, sur le bloc, du relief gélatineux, fournit une sorte de planche en creux qui, encrée d'une manière spéciale, peut donner un nombre considérable d'épreuves dont l'aspect, si l'encrage a été combiné à ce point de vue, imite les photographies ordinaires à s'y méprendre, mais offre sur ces dernières l'avantage de ne pas se décomposer à la lumière, de se tacher et de jaunir comme les épreuves aux sels d'argent.

Procédés divers. — Procédés Wintanslay, Didot, Petite Sutherland, Sartirana, Leimtypie.

A côté des procédés employés presque journellement, il existe d'autres procédés particuliers, plus ou moins ingénieux, que M. Monet a mentionnés dans l'intéressant volume qu'il a publié surtout au point de vue de l'impression, et que nous devons citer aussi, d'après lui, dans notre volume, consacré plus particulièrement aux arts de reproduction considérés au point de vue de l'Art.

Le procédé Wintanslay, le plus ingénieux de tous, repose toujours sur l'emploi de la gélatine bichromatée; mais lorsque la gélatine a été impressionnée, on recouvre les reliefs produits par le gonflement de la gélatine d'une infinité de fils métalliques effilés longuement en pointes d'aiguilles, la pointe de chaque fil effleurant la surface de la gélatine, mais n'y pénétrant pas. Ceci fait, on soude tous les fils les uns aux autres ou sur une plaque de métal, et on enlève cette sorte de

brosse métallique que l'on retourne et que l'on pose devant soi ; on aperçoit alors des surfaces onduleuses formées par les pointes d'aiguilles, lespointeslesplusélevéescorrespondant aux creux de la gélatine et les pointes les plus basses correspondant aux reliefs les plus accentués. S'armant alors d'une lime, puis d'une pierre à repasser, on égalise toutes ces pointes et, en cherchant à les ramener au même niveau, on obtient des points de grosseur différente; les points les plus fins, que n'a pas touchés la lime, correspondent aux clairs du sujet; les^ points les plus gros, élargis par la lime, forment les noirs. On a ainsi une sorte de gravure au pointillé; mais toute la difficulté consiste à bien disposer les fils métalliques, en prenant soin, — sans excès, — d'espacer les pointes dans les parties claires et de serrer les pointes dans les vigueurs ; on peut, dans une certaine mesure, augmenter l'effet de l'original, mais cela demande un certain sentiment de l'œuvre à interpréter qui n'est pas donné au premier venu. Quoi qu'il en soit, ce procédé Wintanslay est fort curieux, M.Monet a raison, et mérite bien, à ce titre, d'être mentionné dans cet ouvrage.

A côté de lui, il faut placer le procédé Didot, qui est une sorte de photoglyptie avec emploi de stéarine et de gélatine. La couche de gélatine, préparée pour la photoglyptie, fournit d'abord une empreinte à froid sur un bloc de stéarine, les parties claires étant représentées par les grandes profondeurs et les noirs, presque par des à-plats.

On plombagine alors cette plaque de stéarine, puis on la place sous une machine à raboter dont le burin effleure seulement les parties les plus profondes ; en traçant ces traits de burin les plus rapprochés qu'il est possible, le dessin apparaît

bientôt en hachures blanches sur le fond plombagine. On photographie alors l'image obtenue, et par les procédés zincographiques on obtient un cliché en relief offrant, à peu près, l'aspect des simili-gravures avec leurs réseaux blancs. Mais si ce procédé est ingénieux encore et paraît très simple au premier abord, il exige, — surtout pour le maniement de la raboteuse, — une délicatesse et une habileté de tour de main peu communes.

Le procédé Petit, auquel son inventeur a donné aussi le nom de simili-gravure, consiste à fixer directement l'image sur une plaque d'argent grainée ou striée et à transformer cette image en cliché typographique. Ce procédé est très rapide et très facile; il permet de transformer des clichés typographiques, des dessins, des esquisses peintes, des tableaux et des photographies prises d'après nature : tout le secret de l'opérateur consiste à bien choisir le grain ou les stries s' harmonisant le mieux avec la nature du sujet à reproduire.

Les procédés Sutherlandet Sartirana sontmoins pratiques. Le premier consiste à transformer les clichés photographiques en clichés typographiques en surélevant les noirs. Les planches ainsi obtenues n'ont, paraît-il, besoin d'aucune mise en train spéciale. Le second a pour but de graver mécaniquement au burin et à l'aide d'une machine spéciale des photographies dont les teintes plates sont interprétées par des hachures parallèles.

Enfin la Leimtypie de M. Husnich, de Prague, est une sorte de gélatinotypie. On imprime directement sur une couche de gélatine fixée sur un support, et, dans le cas d'un long tirage, on a recours au cuivrage. Puis les feuilles chro-

motogélatinées sont insolées sous des négatifs à réseaux, et ensuite ces feuilles sont fixées sur des plaques de zinc qui se transforment en clichés après avoir été enduites des sels doubles chromiques, et -la gélatine, par sa dissolution, ayant produit les creux et les reliefs nécessaires à l'impression.

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