III. — Gravure en manière de crayon
Graver en manière de crayon,, c'était, disait-on jadis, l'art d'imiter ou de contrefaire sur le cuivre les dessins faits au crayon sur le papier. Le but de cette manière de graver était de faire illusion.
Ce genre de gravure s'exécutait, au siècle dernier, non point avec des tailles de burin comme dans la gravure en taille-douce, mais par un mélange de points variés et sans ordre, comme plus propre à imiter cette espèce de grainé, occasionné par le crayon, sur un papier plus ou moins doux. Chaque coup de crayon surle papier devant être considéré, — suivant les vieux manuels, — comme une infinité de points réunis,
et ces points n'étant autre chose que les éminences du grain du papier sur lesquelles le crayon sedépose en passant.
Le cuivre ayant été bruni et verni comme pour la gravure à l'eau-forte, on fait un décalque sur le vernis, puis en se servant de pointes de différentes grosseurs, de pointes
Mattoir, pointe double et burin à deux servantàp0jnfc7/er leSCOntOUrS
Outils pour la gravure en manière de crayon
pointes
de pointes doubles, de pointes triples, avec lesquelles on peut faire trois points à la fois, de poinçons à remettre de gros grains dans les parties que l'on veut monter de ton, de mattoirs, sorte de poinçon formé d'une
Roulettes.
Roulette pour gravure en manière de crayon et roulette pour la gravure à Teau-forte.
partie bombée, garnie de petites dents inégales, émoussees et placées sans ordre, et dont on se sert en frappant avec le marteau, de façon à remettre un grain léger et à mater, ou à assourdir des parties trop faibles, et, enfin, de roulettes d'acier servant au même but que les mattoirs ; on pousse le modelé du dessin jusqu'à l'effet voulu à l'aide de points, de hachures et de fonds grai nés ou mat tés.
Lorsque le travail est habilement mené, iloffretout
l'aspect d'un dessin au crayon. Et, au moyen d'un encrage en sanguine, les graveurs du siècle dernier ont produit des planches fort réussies et simulant assez bien l'aspect de dessins originaux.
De plus, en exécutant plusieurs planches pour un même sujet, ils ont produit des fac-similés de dessins aux trois
crayons, avec rehauts de blancs, d'une facture très habile.
Un procédé, auquel on donne le nom de armure au
Gravure au burin. — Brunissoir a double poignée pour les grandes surfaces, avec indication de la ^intillô Act nnp snrtP rlp forme de l'outil, vu en coupe. pvinillie, eSL line bUl UL
gravure en manière decrayon simplifiée. On se sert exclusivement du burin, de la pointe sèche et d'un petit ciseiet que l'on frappe au marteau. A l'aide des points différemment espacés et plus ou moins gros, on obtient une grande variété de tons.
Le plus souvent on exécute tous ces travaux sur une planche vernie, comme une planche destinée à être gravée à l'eau-forte; mais souvent aussi on ne fait que préparer ainsi la planche, et les retouches, fort nombreuses, qui doivent donner l'effet voulu, se font directement sur le cuivre.
La gravure à la roulette est encore une variété de gravure au pointillé. De nos jours, des graveurs, — entre autres A. Bertrand, — se sont fait une véritable spécialité de cette sorte de gravure qu'ils exécutent avec une habileté surprenante. Dans la Gazette des Beaux-Arts, on a pu voir des planches ainsi gravées entièrement à la roulette et offrant au premier abord l'aspect de lavis ou d'héliogravure. Le pointillé excessivement fin que peuvent donner certaines roulettes permet, en effet, d'obtenir des modelés très délicats semblables à de légères teintes de lavis, et en employant diverses planches gravées par ce procédé, encrées de couleur différente et repérées avec soin, on peut obtenir des épreuves en couleur d'une extrême délicatesse de ton.