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II. — Impression des gravures en relief

L'impression des vignettes en relief, des bois gravés ou des clichés sur zinc est identique et nécessite les mêmes opérations. C'est à l'aide de la presse typographique que l'on opère. La presse à bras donne des tirages très moelleux que l'ouvrier peut conduire à son gré en augmentant ou diminuant la quantité de pression suivant les papiers employés et la nature des travaux à détailler. La presse mécanique donne d'excellentes épreuves d'une égalité parfaite, mais elle exige une mise en train très habile.

Mettre en train, c'est préparer la presse, de manière à ce qu'elle donne des épreuves faisant bien valoir les différents plans. Les bois étant bien dressés sur la presse, solidement réunis ou non dans des cadres de fer, avec la composition en caractères typographiques de leur légende, ou du texte qui doit les accompagner, on les rehausse par des morceaux de carte ou de papier afin d'être de hauteur convenable, on tire d'abord une épreuve (elle quelle. Supposons, par exemple,

que cette vignette représente un clocher s'enlevant en silhouette sur un ciel formé de hachures légères. Si à l'encrage la pression se produisait également partout, le ciel viendrait trop noir et le clocher serait trop gris. On tire un certain nombre d'épreuves ainsi, puis on découpe la silhouette du clocher que l'on veut rendre vigoureuse; ces découpures ou hausses étant collées sur le cylindre de la machine ou sur le châssis sur lequel on applique la feuille de papier à imprimer vont augmenter la pression à cet endroit et, par suite, la silhouette du clocher se détachera plus vigoureusement sur le ciel gris.

En partant de ce principe, au moyen de ces découpages placés dans le tympan ou châssis de la presse à bras, — par l'intermédiaire duquel se communique la pression, — découpages qui, par leur épaisseur, vont rendre cette pression plus ou moins forte à telle ou telle place voulue à l'endroit où la hausse est placée, la pression fait adhérer au papier une quantité d'encre proportionnellement plus considérable, selon le degré d'épaisseur de la hausse ; tandis que par des découpages en sens inverse la pression, devenue plus légère aux endroits où on veut obtenir des teintes plus claires, fait adhérer moins d'encre au papier.

Par ces dégradations de nuances on obtient des épreuves de gravure sur bois dont les délicatesses de modelé sont véritablement charmantes.

Mais en principe ces tirages doivent toujours être exécutés sur des papiers très satinés, — ou sur de beaux papiers du Japon, — et, en principe aussi, un tirage exécuté sur un bois dont les fibres ont toujours une certaine élasticité est toujours moins sec qu'un tirage exécuté sur un cliché ou sur la

reproduction par la galvanoplastie d'un bois gravé. Toutefois, il n'y a pas de règle sans exception, et dans un volume superbe, publié à Vienne en 1887, sous la direction de Garl von Lûtzow et édité par la Gesellsckaft fur Vervielfaltigende Kunst, on trouvera des épreuves merveilleuses obtenues à l'aide de clichés. 11 est vrai, d'ailleurs, que l'aimable directeur de la Revue des Arts graphiques, — M. Richard Graule, — a dû, lui aussi, donner ses soins à ce très beau volume consacré à l'histoire de la gravure sur bois dans tous les pays, divisé en plusieurs chapitres, illustré de planches-types fort habilement choisies et qui n'est lui-même que le premier fascicule, — et quel fascicule ! — d'une véritable encyclopédie des Arts de la gravure qui ne doit pas comprendre moins de quarante volumes.

Dans ce premier tome, l'étude sur la gravure en France y est présentée par Henri Bouchot avec la compétence qu'on lui connaît, et la gravure en Autriche, en Allemagne, aux États-Unis, en Angleterre est étudiée par divers critiques non moins autorisés.

Mais ce qui donne un attrait merveilleux à ce volume, ce sont les nombreuses reproductions que l'on trouve à chaque page et qui sont tirées, soit dans le texte, soit hors texte.

Pour le tirage des vignettes sur bois, il faut toujours employer des papiers satinés; mais quelquefois le blanc du papier a paru trop cru aux éditeurs de ce volume, aussi ontils tiré la plupart des grands bois sur des teintes de chine que fait valoir une assez grande marge blanche. Les planches ainsi tirées sont d'un effet superbe et quelques-unes peuvent passer pour de véritables chefs-d'œuvre.

A côté de ces tirages viennois véritablement exceptionnels

ne pourrait-on aussi placer des œuvres françaises? dira-t-on. Oui, évidemment, mais si nous avons tenu à citer tout particulièrement ce luxueux volume, c'est parce qu'il renferme une série de gravures sur bois de tous les pays qui en font un album des plus instructifs à consulter.

Quant aux vignettes tirées en France, nombre de volumes et de journaux illustrés seraient à citer comme exemple, et parmi les grandes planches : les bois de Lepère et de Léveillé, tirés à très petit nombre pour cette curieuse et ravissante collection appelée l'Estampe moderne, due à l'initiative de l'auteur des Graveurs du xix* siècle, sont des épreuves sur beau japon, dont l'encrage merveilleux a une saveur toute particulière.

Mais quant à s'obstiner à tirer des vignettes sur bois sur des papiers vergés à gros grain, il n'y faut pas songer ; il est aisé de comprendre que les tailles les plus fines seront brisées par les rugosités du papier et que, de plus, ces rugosités, prenant inégalement l'encrage, transformeront les noirs en gris sans valeur.

Les papiers destinés au tirage des vignettes gravées sur bois doivent donc être non seulement très satinés, mais un glaçage avant et après le tirage n'est pas parfois inutile. Didot prétendait qu'il fallait avant le tirage introduire chaque feuille de papier préalablement humidifié entre deux feuilles de zinc et sous la pression déterminée par deux forts cylindres. « Les moindres aspérités du papier disparaissent, dit-il, en sorte que Timpression reçoit un vif éclat sur cette surface glacée dont la parfaite égalité fait briller l'encre. »

On voit par ce simple détail que les procédés d'impression des bois ne ressemblent pas à ceux de la taille-douce. Au lieu du papier satiné indispensable aux bois, il faut pour la

taille-douce du papier dont le coup de brosse a relevé les peluches.

De plus, le mode d'encrage des planches en taille-douce est long et coûteux; le tirage des planches en relief, — ]a mise en train effectuée, — est au contraire très rapide.

Les imprimeurs des vieux bois du temps jadis encraient leurs planches à l'aide de balles à imprimer, sortes de gros tampons à l'aide desquels on frappait la vignette. De nos jours, des rouleaux ingénieusement combinés répartissent l'encrage suivant les nécessités de l'effet, et, la machine mise en marche, ce sont en quelques heures des centaines, des milliers d'épreuves qui s'accumulent les unes sur les autres, et c'est ainsi que les publications illustrées de tous pays peuvent répandre à des prix fort modiques ces épreuves de bois gravés d'un effet superbe et d'un aspect coloré qui séduisent au premier coup d'œil et forcent même l'attention des plus distraits.

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