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IV. — Impression de la phototypie et de la photoglyptie

Les planches phototypiques sont tirées à l'encre grasse, c'est-à-dire qu'elles sont inaltérables, mais elles ne peuvent être obtenues qu'à l'aide de presses spéciales.

Les presses phototypiques ressemblent beaucoup aux presses lithographiques ; elles consistent en une sorte de chariot, au-dessus duquel on rabat un châssis léger ou frisquette, et on soumet le tout à la pression non pas d'un râteau comme dans la lithographie tirée sur les presses à bras, mais d'un cylindre. Bien entendu, nous ne parlons ici que des petites presses. Les grandes presses mécaniques savamment combinées sont cependant basées sur le même principe: un chariot alternant dans son fonctionnement de l'avant à l'arrière de la machine, un cylindre de pression dont le mouvement rotatif

est intermittent et des rouleaux d'encrage en constituent les principaux éléments.

Pour éviter la brisure de la glace, il est bon d'introduire une feuille de papier entre le marbre, c'est-à-dire la surface de la tablette bien unie qui forme chariot et la glace.

La glace étant bien fixée sur ce marbre au moyen de griffes et à l'emplacement convenable pour que les marges soient bien régulièrement placées, on prépare, comme pour le tirage des vignettes sur bois et des vignettes sur zinc, des hausses, c'est-à-dire des découpures de papier destinées à augmenter la pression sur les parties noires. Ces découpures, collées en plus ou moins grand nombre sur le cylindre à des endroits précis, permettent de faire venir les vigueurs de la planche avec toute l'énergie possible, — le contact de la feuille de papier avec la glace encrée étant très énergique, tandis que, par contre, les parties claires, — moins appuyées, — viendront toujours plus grises.

On protège également les marges de la planche, à l'aide d'un cadre découpé qui empêche de salir les marges de l'épreuve, et auquel on donne le nom de cache.

Puis, la pression du cylindre bien régularisée, on encre la glace àl'aided'un rouleau chargé d'encre et on procède au tirage.

Souvent le tirage des planches phototypiques n'est pas exécuté en noir; le ton de l'encrage doit même, dans certains cas, être très longuement cherché. M. Monet prétend que, si l'on employait des dessous tirés en couleur, on obtiendrait de jolis effets ; mais ce serait là encore une augmentation du prix de revient des épreuves. Or, on le sait, le tirage des épreuves phototypiques est assez lent, car, de temps à autre, il faut interrompre le tirage pour humecter les

planches d'un mélange d'eau et de glycérine, qui a pour but d'en accentuer les reliefs.

Quoi qu'il en soit, les impressions phototypiques, auxquelles on donne aussi le nom d'impressions photographiques planes sur gélatine, sont en général d'un aspect de ton très moelleux, — peut-être trop même, — au gré de bien des artistes. Les gris sont toujours très fins; mais les noirs manquent de profondeur; ils donnent à l'œil la sensation de parties embues et auxquelles un léger vernis seul peut donner de la transparence. Dans certains tirages phototypiques, on a cherché, soit à l'aide d'encres brillantes, soit à l'aide de satinages réitérés, à remédier à cet aspect maussade des tons énergiques; mais malgré cela il ne faut pas s'attendre à trouver dans les épreuves phototypiques les beaux tons des épreuves sur papier albuminé, ces beaux tons roux et chauds que certains photographes affectionnent, et qui sont, d'ailleurs, du plus charmant effet. Mais il faut se consoler en songeant que ces belles épreuves sont fugaces d'abord et ensuite d'un tirage difficile, et enfin impossibles à introduire dans un volume, à moins d'être collées, montées sur des bristols gondolant comme on sait, et donnant toujours aux volumes illustrés de cette façon un aspect des plus désagréables. Or, en faisant la part de cet aspect un peu froid, les épreuves phototypiques qui peuvent être tirées sur un papier à estampes se marient bien avec les volumes.

Au point de vue du pittoresque, ces planches ne sont pas sans saveur, et certaines planches encrées de tons verdâtres, bleuâtres ou d'un noir bistré sont parfois d'un très heureux effet et ressortent admirablement au milieu des noirs francs de l'impression typographique.

Impression des photo glypties.

Le bloc de plomb ayant reçu sous une énorme pression l'empreinte d'une couche de gélatine qui a déterminé à sa surface des creux et des reliefs correspondant aux noirs et aux blancs du sujet, on graisse légèrement la surface de ce bloc.

Puis on prend de l'encre transparente formée de gélatine colorée, et on étend cette encre sur le bloc. On applique une feuille de papier sur la surface encrée et, à l'aide d'une presse spéciale, on soumet le tout à une pression qui chasse l'excédent de l'encre gélatineuse et fait adhérer au papier l'encre qui reste dans les creux de l'empreinte. Le papier, une fois enlevé du bloc en plomb, se trouve recouvert d'une impression formée par une couche très fine de gélatine colorée, la 'transparence de l'encre permet d'apercevoir la blancheur du papier dans les parties lumineuses, et les couches plus ou moins épaisses d'encre gélatineuse assombrissent : plus ou moins le papier, de façon à établir les demi-teintes et à former les ombres les plus prononcées du dessin.

Parmi les manipulations plus simples les unes que les autres inhérentes à la phologlyptie, le mode d'encrage, — M. A.-L. Monetabien raison, — est l'opération qui frappe le plus les personnes au courant des différents genres d'impression, dont les procédés sont tous si compliqués et si difficiles, ïci, en effet, ni rouleau, ni tampon, encore moins de mise en train. L'opérateur place l'empreinte sur sa presse, saisit la bouteille dans laquelle est placée l'encre gélatineuse chaude, «et, purement et simplement, il verse le liquide sur l'empreinte,

comme on verserait de l'eau dans une cuvette, sans répandre; telle est sa seule préoccupation.

Alors, saisissant une feuille de papier, il la pose sur l'empreinte ainsi couverte d'encre; il opère la pression, attend quelques instants que l'encre se refroidisse et se fige, puis il enlève la feuille de papier, et à sa surface apparaît une épreuve aussi délicate, aussi moelleuse et à la fois aussi vigoureuse que les plus belles épreuves photographiques aux sels d'argent.

Gomme il faut laisser refroidir et figer l'encre avant de détacher l'épreuve, et que naturellement il faut attendre quelques instants, on a imaginé un appareil qui se compose d'un plateau en bois de deux mètres de diamètre, monté sur un axe vertical et supportant plusieurs presses de même format ou de format différent. Chaque presse, fort simple, se compose d'un marbre immobile sur lequel on fixe la plaque de plomb à l'aide de cire ou de caoutchouc chauffés, et d'une platine, — avec glace pour régulariser la pression, — montée sur glissière et pourvue d'un levier pour donner la pression. On charge une des presses, et on laisse l'épreuve sous pression ; puis on fait tourner le plateau et on charge la presse suivante, et on continue de même; pendant ce temps, la gélatine se refroidit, et quand la presse chargée la première revient en face de l'opérateur, la gélatine étant suffisamment refroidie, on peut détacher l'épreuve du bloc sans inconvénient.

Quant au papier destiné au tirage des épreuves photoglyptiques, il doit être assez mince, très satiné et enduit d'une couche de gomme laque du côté destiné à l'impression; et, quant à l'encre, elle est simplement composée de gélatine fondue additionnée d'une matière colorante d'une teinte

noire, bleuâtre, rougeâtre, neutre. Ce mélange est filtré au travers d'une flanelle, il est additionné de quelques gouttes d'ammoniaque et s'emploie toujours à chaud.

Mais on ne saurait trop insister sur la nécessité de laisser refroidir et figer l'encre avant de détacher l'épreuve, et, d'un autre côté, il faut que ce refroidissement ne soit pas trop lent, car alors la couche d'encre, à la surface du papier, pourrai prendre un aspect fendillé et rayé des plus désagréables. Dans certains cas, et pour activer ce refroidissement, certains opérateurs introduisent sous le marbre des presses, des petits tiroirs remplis de glace continuellement renouvelée.

L'un des grands inconvénients des épreuves photoglyptiques est de donner des épreuves sans marge. Lorsqu'on retire la feuille de papier, — qui doit toujours être de dimension supérieure à celle du sujet, — les marges sont couvertes de bavures et d'éclaboussures. Sous la pression, l'excès d'encre a rejailli de toutes parts; il faut pour parer cette épreuve enlever les marges au ciseau ou à la pointe, et comme le papier employé est un papier de l'épaisseur d'une feuille de papier à lettre, pour rendre l'épreuve maniable, pour lui donner de l'aspect, il faut la coller en plein sur un bristol, — comme une véritable photographie. Une fois sèche, on peut la glacer, la rendre plus brillante, en la faisant passer sous une très légère pression entre les cylindres d'un laminoir, et l'épreuve photoglyptique offre alors tant de points de ressemblance avec les épreuves aux sels d'argent qu'il est parfois permis d'hésiter à première vue.

Cependant il y a un moyen fort simple de distinguer ces épreuves l'une de l'autre. En regardant obliquement l'épreuve photographique ordinaire aux sels d'argent, on ne voit qu'une

surface miroitante et brillante parfaitement unie. En regardant obliquement une épreuve photoglyptique, on verra que les noirs sont légèrement plus saillants que les blancs, — ce qui est tout naturel, puisque le principe de l'impression est basé sur la profondeur des creux correspondant aux noirs du sujet, — et on constatera même que la couche de gélatine est d'autant plus épaisse que ces noirs sont plus vigoureux.

Les procédés d'impression photoglyptique, si simples qu'ils soient, pourraient pourtant servir de transition très facile entre les planches monochromes et les planches polychromes. Se basant, en effet, sur la transparence de la couche de gélatine, MM. Ducos du Hauron, il y a longtemps déjà, — a dit M. Motteroz dans le chapitre qu'il a consacré à l'hélioglyptie, — ont essayé indirectement d'obtenir des épreuves en couleur. Se basant sur le principe des trois couleurs primitives qui composent toutes les autres, ces chercheurs sont parvenus à faire d'après nature, — ou d'après un tableau, — trois espèces de clichés photographiques ne contenant chacun qu'une seule couleur primitive et ses dérivés. Cette division de l'image était obtenue en plaçant entre la lentille et l'objet à reproduire un verre coloré ne laissant passer que certains rayons du spectre, le vert tamisant les rouges, l'orangé tamisant les bleus et le violet tamisant les jaunes. Avec ces trois clichés, on obtenait trois moules hélioglyptiques que l'on imprimait avec de la gélatine teintée suivant la couleur qui convenait à chacun d'eux : rouge, jaune ou bleu. Un artifice de fabrication permettait de détacher les couches d'encre gélatineuse des papiers sur lesquels elles étaient imprimées, puis ces trois pellicules de gélatine étaient

superposées avec précision, de façon à reconstituer l'image dans toutes ses nuances et dans toutes ses parties.

Le rouge, le jaune et le bleu ayant des tons plus ou moins vifs, suivant les épaisseurs d'encre, et tous trois se fondant l'un dans l'autre par la transparence de la gélatine, il se produisait une grande variété de nuances, et on obtenait ainsi une héliochromie qui pouvait faire croire à la possibilité de la reproduction photographique des couleurs.

Malheureusement, les auteurs de cet ingénieux procédé semblent toujours être restés dans la période d'essai, et les épreuves photographiques en couleur ne sont pas, hélas 1 encore trouvées.

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