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II. — Gravure à la pointe sèche

Le procédé de gravure à la pointe sèche peut se résumer en quelques mots : on dessine à l'aide d'une pointe d'acier sur le cuivre nu, en appuyant plus ou moins fort, en rapprochant ou en éloignant les tailles suivant l'intensité de ton que l'on veut obtenir. Ce qui donne les colorations, ce sont les barbes qui retiennent l'encre d'impression.

Ce mode de gravure admet donc une grande liberté d'exécution. On dessine sur le cuivre comme on dessinerait à l'aide d'un crayon ou d'une plume sur une feuille de papier. Si on improvise, rien n'est donc plus aisé que de laisser courir sa pointe sur le métal. Si on reproduit, il faut prendre quelques précautions pour se guider dans son travail.

Dans ce dernier cas, certains graveurs préparent ainsi leurs planches : ils vernissent le cuivre comme pour le graver à l'eau-forte, font leur calque sur papier glace et le reportent sur le vernis, soit par le frottement à l'aide du brunissoir, soit simplement en le posant sous la presse d'imprimeur ; le râteau en passant sur toute la surface de la planche décalque les traits remplis de sanguine ; mais le procédé, s'il est rapide, est un peu dangereux, car une pression trop forte peut endommager le vernis. Certains artistes audacieux l'emploient pour la gravure à l'eau-forte, — ce qui est encore plus dangereux, nous l'avons fait remarquer, — les moindres parcelles de vernis détachées permettant à l'acide d'attaquer le

cuivre. Ici la planche ne devant pas être mordue du tout, les inconvénients ne sont plus les mêmes; mais si le papier glacé est un peu rugueux ou sali, on risque fort par ce décalque un peu brutal d'avoir des indications manquant de netteté. Enfin le décalque obtenu par le procédé préféré, le graveur prend alors une pointe assez fine, mais fort peu coupante; il repasse d'un trait assez vif et avec sentiment toutes les indications du calque, et ses points de repère, bien tracés et spirituellement indiqués, on dévernit la planche à l'aide d'un linge doux imbibé d'essence de térébenthine.

Puis alors on grave sur le cuivre qui est placé sous le transparent, et chaque trait tracé à la pointe apparaît en gris sur le métal brillant.

Malgré cela, on ne se rend pas bien compte de son travail; à mesure que les travaux se superposent, l'indécision augmente. Or, un des grands avantages de ce mode de gravure doit être précisément pour l'artiste de bien pouvoir se rendre compte de l'effet obtenu. Quant on grave à l'eau-forte, on se livre à un véritable travail négatif; on trace en clair sur le fond noir tout ce qui sur l'épreuve sera noir sur le ton blanc du papier. Plus une partie du cuivre est couverte de hachures brillantes, plus cette partie sera vigoureuse et noire sur l'épreuve. Quand on a l'habitude de graver, on se rend facilement compte de l'état d'avancement de ce travail négatif. Malgré cela, on n'est pas parfois sans une secrète inquiétude il faut bien en convenir, tant qu'on n'a pas sous les yeux une épreuve de sa planche. Or tout l'effet de la gravure à la pointe sèche repose sur des barbes saillantes existant sur les bords de chaque trait et qui, soigneusement ébarbées au grattoir dans les retouches d'une eau-forte, sont au contraire conservées

précieusement dans ce procédé, bien qu'atténuées cependant pour les lointains et pour les tons gris. Mais, pour se rendre un compte exact de la valeur de ces taches noires, on fait dans un godet un mélange de suif et de noir de fumée; on délaye ce mélange à l'aide d'une spatule, si on hésite à s'y plonger le doigt, et on en imprègne un petit tampon. On passe ce tampon imprégné de ce mélange auquel on donne le nom de noir gras à la surface du cuivre ; non seulement le noir pénètre dans les tailles,Jmais, accroché parles barbes rugueuses, il se répand aux endroits bien creusés,, semblables à ces belles traînées de poudre de crayon que l'estompe habilement maniée sait rendre à la fois si moelleuses et si énergiques.

Si certains plans sont trop accentués, on les ébarbe très légèrement; dès lors ils ne s'encreront plus qu'en gris; si; au contraire, certaines parties manquent de vigueur, on ajoute de nouvelles tailles plus profondes et plus serrées, donnant de nouvelles barbes se traduisant à l'impression par des taches noires plus vigoureuses encore.

Seulement si, dans la gravure à l'eau-forte, il est toujours utile de porter de temps à autre son cuivre chez l'imprimeur pour bien se rendre compte de l'état de sa planche, dans la gravure à la pointe sèche ce procédé d'encrage au noir gras, dans l'atelier même sur la table de l'artiste, est fait précisément pour éviter ces courses chez l'imprimeur.

Il ne faut pas abuser des épreuves d'essai des gravures à la pointe sèche, par cette raison bien simple que chaque fois que l'imprimeur essuie son cuivre il use les barbes qui donnent reflet.

Pour le moment, insistons sur ce point : que le graveur à la pointe sèche fasse tirer le moins possible d'épreuves d'état

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