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LES BRODERIES FRANÇAISES DU MOYEN AGE

l'Europe, devaient avoir sur les arts industriels une influence considérable. Les croisés revenaient de Terre Sainte émerveillés de ce qu'ils y avaient vu. et chargés de butin dont les ouvriers d'Occident devaient être impressionnés. Les fêtes qui suivirent la prise de Constantinople furent un véritable éblouissement. Un des compagnons de Yillehardouin. Robert de Clary, rapporte qu'à son couronnement, Baudouin Ie1 apparut vêtu d'un riche manteau brodé couvert de pierres précieuses. Les aigles brodés au dehors resplendissaient tant au soleil, qu'il semblait que le manteau fût allumé.

De toutes ces dépouilles que les croisés rapportaient, beaucoup de splendides étoffes furent offertes en présents aux églises, telles celles que saint Louis offrit à Saint-Denis, pour être mises aux jours de fêtes solennelles sur les châsses des saints martyrs. Les églises étaient alors toutes garnies d'étoffes et de broderies, les autels en étaient entourés.

C'est alors aussi qu'un vit apparaître les armoiries, dont les écussons chamarrés de couleurs éclatantes, étaient l'œuvre d'habiles brodeuses, car ils exigeaient une très grande adresse. Chaque seigneur avait, ses couleurs particulières, pour les tournois ou pour la guerre. On y employait beaucoup la façon du « cousu en appliques rapportées » ; la pièce, brodée à part, était emboutie sur le tissu, le plus souvent cousue, parfois simplement collée cette dernière indication se trouve dans l'inventaire de Philippe le Bon).

Très souvent aussi les personnages étaient brodés sur le tissu de fond, et les têtes exécutées à part sur un autre tissu, le satin par exemple. Ce procédé avait ses défauts : outre l'exagération des reliefs, l'étoffe perdait ainsi sa souplesse, et devenait rigide connue un carton.

Le livre des métiers d'Etienne Boileau, prévôt des marchands de Paris (1258-1268), énumère les diverses corporations de la ville, et démontre bien par la liste des « broudeurs et brbuderesses de la ville de Paris », l'importance de celle industrie. Il y avait aussi les ci chasubliers, et les faiseuses d'aumônières sarrasinoises ».

Il u'esl pas inutile de s'arrêter lui moment à cette série d'objets, sur lesquels l'art de la brodeuse trouva à s'exercer d'une si charmante façon : ces aumônières ou escarcelles étaient îles sacs ou bourses qu'on portait extérieurement pendues à une cordelière ; l'argent, les papiers, le livre d'heures, les gants y trouvaient place. Elles étaient presque toujours richement brodées, et marquées d'armoiries. La plus ancienne serait, si la tradition est exacte, celle qu'a publiée Arnaud dans son album de

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la Champagne et qui était attribuée à Henri le Libéral (1152-1181 . La plus belle que l'on connaisse est celle du trésor de la cathédrale de Troyes. On dit qu'elle a appartenu au comte de Champagne Thibaut IV, dit le Chansonnier (1201-1223] ; on y voit le portrait, brodé d'une exquise façon, d'un jeune Sarrasin vêtu d'un manteau blanc qui

Auiiiùiiiùrc en broderie française, xiv siècle (Trésor de la cathédrale de Troyes).

lui enveloppait la tête et les épaules, d'un justaucorps serré, et d'une jupe large et flottante. Dans la partie inférieure il immole un lion, aux |iieds de la reine Eléonore d'Aquitaine. Les personnages, arabesques el feuillages, ont été brodés en soie sur toile, et découpés, puis appliqués sur un fond de velours cramoisi.

Lue autre aumônière très remarquable fui trouvée à l'ouverture du tombeau de Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, 1212-1250, dans l'abbaye

158 l'encadrement architectonique des BRODERIES DU XIII0 SIÈCLE

de Saint-Yved de Braisne. Le champ, en tissu d'or, est orné de losanges, avec 2'.t blasons, celui de Bretagne au centre.

Deux très remarquables aumônières de dames du xiu' siècle, jadis à |'al>lia\ e de Saint-Mihiel, sont passées de la collection Delaherche au musée de Cluny. L'une est ornée, à la partie supérieure, d'un ange assis, les liras el les ailes étendus : dans le lias, des monstres à corps de quadrupèdes et à bustes humains, personnifiaient les vices de l'orgueil el de la luxure. comme un les rencontré assez souvent dans les enluminures de manuscrits du xiiic siècle, brodés en soie el m- de Chypre; l'autre côté est en damas lucquois, ramage de vert el semé d'oiseaux (Farcy XXVI).

La mode des aumônières se conserva longtemps ; la collection Bonnaffé en possédait une du ,xi\" siècle, brodée de personnages empruntés au Roman de la Buse. Elle rappelait une phrase de l'inventaire de Charles Vil. où il est question de « bandes brodées à dames el à arbres ». 11 semble bien que la ville de Caen ail eu la spécialité des bourses brodées. Ch. de Bourqueville, sieur de Bras, qui publia en 1588 un livre de recherches et antiquités sur la ville de Caen. en parle en termes élôgieux; el nous savons qu'une mitre donnée en 14-81 par Ch. de Neufchatel à la cathédrale de Besançon, était une œuvre réputée de broderie caennaise.

Le caractère des broderies françaises du xme siècle, surtout dans les orfrois d'ornements d'églises, avait été de présenter les sujets encadrés dans des compartiments quadrilobés, comme dans les vitraux. Un type très remarquable en est la chape de Saint-Louis d'Anjou, conservée à l'église de Saint-Maximin Var TarcyXL). Saint Louis, filsduroi de Naples, et évèque de Toulouse, avait légué sa garde-robe aux frères mineurs d'Aix et de .Marseille, conjointement avec les frères prêcheurs de Saint-Maximin el de Sainte-Claire d'Assise, à condition qu'ils feraient construire une chapelle en l'honneur de saint Laurenf martyr. Le pluvial que l'église de Saint-Maximin compte parmi ses plus précieux trésors, avait primitivement la forme d'un demi-cercle, mais fui 1res dégradé par le temps. Trente médaillons brodés au passé (opus plumarium) en or, en argent, et en soies sur fond de toile, racontent la vie de la Vierge et la Passion du Chris!. Ils miiiI disposés sur quatre lignes parallèles, de manière à se présenter toujours dans le sens vertical, quand on porte le vêtement. Des thuriféraires el des séraphins bleus ou roses occupent les intervalles des arcs de cercles. C'esl une œuvre aussi belle que les plus belles verrières de nos cathédrales. — <*n devail retrouver les mêmes dispositions dans le pourpoint de Charles de Blois, tué à la bataille d'Auray en 1364, el qui

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