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LE PAREMENT DE NARBONNE AU LOUVRE

Catherine et saint Jean l'Evangéliste encadrent le Christ soutenu parla Vierge et saint Jean ; ici se marquent dans les architectures et les fonds des saillies, comme dans un bas-relief.

On ne saurai! oublier enfin le splendide devant d'autel de l'église Saint- Martin de Liège, représentant, dans une suite, de scènes séparées par des arbres et des motifs d'architecture, divers épisodes de l'histoire du saint évêque de Tours; on pourrait même peut-être donner une origine tou-

Triptyquc en broderie française, xiv" siècle (Musée de Chartres).

rangelle à ce monument, l'art de la broderie ayant été cultivé à Tours au xive siècle (Farcy XLII).

Bien qu'il ne rentre pas, à proprement parler, dans le cadre d'une histoire de la broderie, nous ne pouvons nous dispenser de parler ici du célèbre parement de soie peinte de Narbonne, conservé au musée du Louvre. Ce n'est en effet qu'une soie peinte au lavis, peut-être le carton d une œuvre de broderie qui n'a pas été exécutée, mais qu'on peul se représenter ainsi, et qui aurait été alors la plus merveilleuse des tables d autel qu'on connaisse. Elle est dite avoir été offerte à la cathédrale de Narbonne par Charles V. De fait, on retrouve dans l'inventaire de Charles V, publié par Labarle, mention d'un monument à sujet analogue, qui y est dit l'ait par mais ire Girard d'Orléans, peintre el sculpteur au service du Roi, de 1351 à 1355. Au centre esl figurée la crucifixion, el de chaque

162 LES BRODERIES EN FRANCE AU XVe SIÈCLE

côté sont agenouillés les donateurs, Charles V et Jeanne de Bourbon. Sur

les côtés la trahison de Judas, la flagellation, le portement de croix ; puis,

la mise au tombeau, la descente aux enfers, l'apparition à la Madeleine.

Le style des personnages est de la plus grande noblesse, et bien digne d'un

des plus grands artistes du xive siècle '.

On peut rapprocher de ce monument fameux, une mitre en soie blanche

peinte en noir, dite mitre de l'ancien Temple, conservée aux Archives

nationales, ainsi que la mitre de l'abbaye d'Oignies.

La broderie avait pris (1rs lors un si grand développement, qu'elle

s'appliquait à toutes les parties du vêtement, jusqu'aux chaussures et aux

gants, si bien, nous dit Ouicherat, que toute bonne maison en était venue

au xve siècle à avoir son brodeur à l'année.

La préoccupation de teindre les lils et les étoiles était devenue le

grand souci des artistes, et un Parisien, Jean le Bègue, allait en 1410, en Italie, jusqu'à Bologne, étudier la composition des couleurs. C'est au xvE siècle que le teinturier Jean Gobelin fondait sur les bords de la Bii'vre un atelier que ses descendants devaient illustrer.

En 1462, René d'Anjou, devenu roi deNaples et desDeux-Siciles, donnait à la cathédrale d'Angers des ornements magnifiques qui lui coûtèrent 40.000 écus. Ils avaient été exécutés par un célèbre brodeur d'Avignon, nommé Pierre du Vaillant, auquel il permit de porter le nom de « peintre du roi de Sicile ». Ces ornements, dédiés à messire saint Maurice, patron de la Cathédrale, comprenaient une chasuble, une tunique, une dalmatique, une chape el un parement d'autel. L'inventaire du chapitre les désigne du terme de ci grande broderie ». L'histoire de saint .Maurice y était représentée.

De la même époque est une chasuble remarquable, possédée par l'église de Naintré, près de C hâte Hérault; sur l'orfroi de devant est figuré saint Thomas, et au-dessous un archevêque, vêtu d'une chasuble, tient une croix processionnelle. Sur la croix du dos la sainte Vierge assise, tenant l'enfant, domine saint Jacques le Majeur et sainte Barbe.

Partout où s'établissait une cour princière ou royale, s'organisaient

immédiatement des ateliers de brodeurs. Charles VII s'installa à Bourges,

aussitôt Colin Juive, brodeur, exécute une splendide chape pour le roi.

Louis XI, fixé à Tours, y faisait travailler un brodeur du nom de

Jehan de Moucy ; puis il s'a\ ise de lui adjoindre des tisseurs de soie, et en

' Le parement de Narbonnc est reproduil dans l'Histoire do la Peinture, par M. Hourticq, page i-'T Laurens, éd.).

DIFFUSION DU DECOR DES BRODERIES PAR LES .MODÈLES i.lt.U ES

1470. il l'ait venir tout une bande dirigée par François le Calabrais; les métiers prospérèrent si bien qu'en 145b\ un ambassadeur vénitien raconte avoir vu en Touraine 8.U00 métiers travaillant aux soieries.

Les papes, à Avignon, avaient attiré plusieurs ateliers de cliasubliers brodeurs, el c'est à l'un d'eux que s'était adressé le roi René. Comme nous venons de le voir. Charles VIII, en revenant d'Italie, ramène avec lui des

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Mitre peinte en noir sur soie blanche, xiv" siècle

(Musée des Areliives Nationales

ouvriers italiens, etM. de Montaiglpn en cite même un, Pantaléon Conte, aux gages de vingt livres tournois par an. C'était à qui demanderait à Milan, à Venise, ou à Florence, des brodeurs. Les sujets les plus en laveur étaient les Bucoliques de Virgile, les Métamorphoses d'Ovide, les Travaux d'Hercule, en un mot les scènes mythologiques, el les hauts faits des grands hommes de Home el d'Athènes

Rien n'avait plus contribué à vulgariser les motifs de décoration, que ces livres de modèles et de patrons édités à Lyon, à Paris, à Venise ou à Milan, et qui furent bientôt, grâce aux progrès de l'imprimerie el de la

I6i LES BRODERIES DL XVIe SIÈCLE ET CELLES DE L'oItDRE DU SAINT-ESPRIT

gravure sur bois, dans toutes les mains. Il en était de même de tous les cahiers de vases, de cartouches, de termes et d'emblèmes allégoriques, dessinés par du Cerceau et ses (''mules.

La llore est toujours une des grandes sources d'inspiration ; les fruits des vergers se mêlent aux Heurs, pour former des bouquets, des corbeilles, des guirlandes du ]>lus bel effet. On ne cherche plus autant à faire vrai, qu'à bien composer et arranger les choses. Les histoires se compliquent et deviennent des tableaux : un coloris sommaire ne suflit plus dans les figures. Des statuts dressés à Paris en 1581, obligent les brodeurs à . emplir les visaiges etnuds de trois ou quatre soies pour le moins, teintes en carnation, et non de soies blanches ni de laineures, parce que les dites soies taincles tiennent mieux les couleurs, et durent plus que les dites laineures ». De perfectionnements en perfectionnements, on parvintà faire des portraits, des tableaux admirables, et des orfrois d'or nué, d'un prix si considérable qu'il fallut bientôt y renoncer. Ce procédé consistait à lancer sur une courbure d'or des lils de soie polychromes, de manière à laisser par intervalles, réapparaître l'or. Ainsi sont traités : une superbe chape de drap d'or rougi' de l'église de Béhuard (Maine-et-Loire), une chasuble et une dalmatique de l'église d'Embrun, une chape de l'église de Courrières Pas-de-Calais^ et une belle chasuble de la cathédrale de Beauvais, qui nous montre la mort de la Vierge : célèbre encore est le parement d'or nué du musée de la porte de liai, à Bruxelles.

Paris faisait fort bien \ivre ses ateliers de brodeurs; les vêtements, au \w" siècle, n'étaient plus que broderies. Le velours noir, si à la mode sous Henri II, était orné de véritables nielles d'or, les robes de daines en étaient couvertes. Catherine de Médicis, à la mort de son royal époux, se fit faire un lit de deuil qui était une merveille de broderie et que Bonnaffé a décrit, en publiant l'inventaire des biens de la reine, à son décès, en

Quand Henri III fonda le 31 décembre lo~8 l'ordre du Saint-Esprit, il établit des règles pour fixer les moindres détails du cérémonial. Tous les chevaliers portaient des manteaux et des vêtements de velours brodés d or. ci à fonds vert semez de flambes d'or en broderie plus plain que vuide, avec diverses figures des mystères de notre rédemption et aux armes du l!o\ fondateur ». La broderie marquait d'emblèmes spéciaux le chapeau, le manteau, le pourpoint, el jusqu'aux gants brodés d'un esprit d'or el d'argent, sur le dessus de la main. Les ornements portés par le clergé pour le cérémonial de 1 ordre étaient aussi brodés du même

Broderie, art français xviii0 siècle Musée des Arts Décoratifs. Don de M Doislau).

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