LA PERSPECTIVE DANS LA TAPISSERIE
Ces conditions de présentation ne furent plus du tout les mêmes aux deux siècles suivants. La tapisserie n'est plus drapée ou flottante, elle est tendue sur un châssis, ou elle garnit un panneau; elle présente de la sorte aux regards une surface unie, et est destinée à jouer le rôle d'un grand tableau exécuté en matières textiles. Les conditions de la composition sont changées du tout au tout. Il est nécessaire alors qu'il y ail de l'atmosphère ; on n'échappa même pas au souci d'y mettre de la perspective, ce dont se souciaient peu les artistes des âges précédents. Les ligures n'y sont plus tassées et pressées, mais se meuvent au contraire dans des compositions plus libres. D'ailleurs les cartons de tapisseries des xvne et xviue siècles furent toujours demandés à des peintres célèbres de l'époque, qui v apportèrent leurs procédés île composition picturale, et ne songèrent nullement à se dédoubler. Beaucoup île ces tapisseries sont de véritables tableaux, et souvent, il faut le reconnaître, infiniment supérieurs aux peintures des mêmes maîtres. La coloration subtilement délicate de certaines tapisseries d'après Boucher, en fait des œuvres infiniment plus raffinées que la plupart de ses (euvres de peinture. Mais par toutes ces qualités relatives, quine voit que de semblables travaux sont inférieurs à tout ce qu'avaient cherché les artistes du xv' siècle, moins soucieux de nuances et de délicatesse, nullement préoccupés de rivaliser avec les peintres, mais épris de colorations vigoureuses et riches, et recherchant avant tout le caractère dans les figures, et la fantaisie naïve et savoureuse quand ils interprétaient la nature, dore ou animaux"?
Il est une des lois de l'œuvre dessinée ou peinte, que les tapissiers du xviuc siècle ont continué a respecter, et dont ne s'occupaient pas les tisserands du moyen âge, c'est la perspective, qui semble ouvrir une vue sur le dehors, alors qu'on doit toujours sentir que la tapisserie recouvre une surface solide qu'elle voile. Une perspective bien observée a pour résultat de paraître creuser, crever même la surface qui la porte. Pour y remédier, il faut placer la ligne d'horizon liés haut, et fausser ainsi la perspective, paur qu'une perspective mal observée, en détruisant la succession logique des plans, ramène ceux-ci à une verticalité', qui, transformant la tapisserie en une sorte de rideau, empêche qu'elle ne troue la surface qu'elle recouvre. Les Chinois et les Japonais axaient admirablement compris cela, soit dans les grands paravents de laque, soit dans les paravents gouaches qui sont leurs grandes œuvres de décoration. Certains détails, dont on ne pénètre pas de suite la raison, aident h produire ces illusions nécessaires. Les Heurs, les feuillages, les vols d'oiseau présen-