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LE MODELE ET LES NUANCES DANS LA TAPISSERIE

tés verticalement, revêtent un aspect décoratif qu'ils cessent d'avoir des qu'on les dessine sur un plan horizontal, tels d'ailleurs qu'ils s'offrent à nos regards dans la nature. C'est ainsi, en traçant sa ligne d'horizon haute, en faussant la perspective par l'inobservance des points de fuite, qu'un dessinateur de carton de tapisserie enlève à sa composition une apparence de profondeur, t-t lui conserve l'aspect d'un décor.

Une autre règle qui régit l'œuvre de tapisserie, est de ne point accentuer le modelé des personnages ou des accessoires que comporte la composition. Il faut éviter les effets de clair-obscur, et il est essentiel que des ombres marquées ne viennent pas rompre la lumière uniforme et claire dont toute la composition doit être baignée. La beauté d'une tapisserie est de ne comporter que le minimum des tons neutres, gris et ternes, qui seraient en contradiction avec l'éclat et l'air de fête qu'une tenture doit toujours apporter dans un appartement.

Quant au modelé nuancé ou dégradé dont le peintre sait tirer de si heureux effets, il faut que le dessinateur d'un carton de tapisserie s'en délie au plus haut point. Il est contraire à la matière même de la tapisserie. La contexture même du tissu, sa surlace striée et qui se grippe dès que l'étoffe a un peu vieilli, s'oppose à ce qu'on la contemple de près; il y faut un certain recul De là une nécessité de procéder par niasses bien visibles, el de faire usage autant que possible de tons francs. D'ailleurs la recherche 'le dégradations délicates nécessiterait des laines de nuances Unes intermédiaires, aux couleurs rompues, et ce sont celles qui résistent le moins aux influences atmosphériques. Elles sont appelées à disparaître, nu du moins à tomber, avant que les couleurs franches aient même commencé à baisser. Un s'en aperçoit fort bien dans les belles tentures d'après Boucher, où les colorations des visages de femmes offrent îles délicatesses si suaves. Leur fraîcheur varie beaucoup selon que ces tentures sont exposées depuis longtemps à la grande lumière sur des murailles d'où elles n'ont pas bougé, ou selon qu'elles sont restées longtemps pliées dans l'ombre d'un magasin.

[Iressort de ces quelques considérations que l'œuvre de tapisserie est une œuvre tout à fait à part des autres arts, cl totalement indépendante de la peinture. C'est une vérité qui, au premier abord, semble un truisme, el qui ne l'est cependant pas ; puisque nous entretenons depuis deux subies une manufacture qui de royale est devenue nationale, et où Ion n'a jamais cessé de faire des tapisseries qui ressemblent à des tableaux.

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