LES TENTURES-TAPIS DU TRÉSOR DE QUEDLIMBOURG
cément du x 1 1 1 ' siècle, et vraisemblablement sorties d'un atelier Saxon, peut-être d'Halberstadt même.
Aurons-nous plus de certitude avec cette tenture que l'on dit avoir été exécutée vers 1200 par l'abbesse de Quedlimbourg, Agnès II (1184-1203), avec l'assistance de ses nonnes ? L'érudit allemand qui le premier la signala, Kugler en lit une description enthousiaste, puis il déclara ensuite que la pièce était tissée. Nous verrons quel cas nous devons faire de son examen. Ces tentures ont malheureusement beaucoup souffert, ayant longtemps servi de tapis de pieds dans l'église abbatiale de Quedlimbourg. Les morceaux qu'on a pu conserver (le plus grand mesure 3U1,45) offrent un intérêt capital, non seulement par leur valeur d'art, mais aussi par leur technique qu'a fort minutieusement examinée le dernier historien du Trésor de l'abbaye de Quedlimbourg, M. Jean Marquet de Vasselot. Ce ne sont pas en effet des tapisseries, mais de véritables tapis, composés d'une forte trame en corde, dans laquelle sont nouées des touffes de laines égalisées ensuite avec îles ciseaux, comme un velours.
Celle technique avait élé empruntée aux Orientaux par les artistes du moyen âge, et les tentures de ce genre sont appelées dans les anciens inventaires « tapis velus d'outre-mer ». Ce sont d'ailleurs là des spécimens infiniment raies et précieux de celle technique. Ces tapis reproduisent les scènes ayant trait au mariage de Mercure et de la Philologie tirées du Satyricon île Marcianus Capella, ouvrage encyclopédique sur les arts industriels qui lut lies populaire au moyen âge. Les morceaux sont au nombre de o : Marcianus tenant une banderolle avec « sors erit œqua tihi ». Mercure drapé dans un manteau flottant, Mantyce, Psyché, Sophia avec des banderolles à inscriptions. Les personnages sont sur fond bleu semé de croisettes jaunes ; la partie inférieure est bordée d'une frise de feuillages stylisés, el la partie supérieure d'une suite d'inscriptions. Le style des ligures est remarquable, malgré la monotonie de certains gestes : les nus étant traités avec une science déjà très réelle, et les draperies offrant des plis d'une savante disposition. C'est une des œuvres les plus curieuses de l'art gothique primitif en Allemagne, sans trace d'influence orientale, mais ce ne sont pas des tapisseries.
.Malgré tout, et bien que la suite de Halbersladt, encore existante, indique bien qu'au cours du XIIIe siècle, aune date et en un point difficiles à préciser, les procédés de la haute lisse étaient connus el pratiqués en Allemagne, la question n'en demeure pas moins assez obscure et difficile ii élucider, à cause même de l'ambiguïté des désignations, et de l'in-
.ES TENTURES-BRODERIES DES XIl'-XIIl SIECLES ALLEMANDES
suffisance dos renseignements précis et contrôlables sur la nature des monuments. Ce dut être au débul un art puremenl monastique, îles documents du xu" siècle indiquent qu'on dut le pratiquer dans des couvents bavarois 11 ne dut devenir civil qu'à l'époque gothique. El cependant un tapis norwégien du musée de Christiania nous révèle qu'à l'époque romane ce genre de tissu faisait déjà partie du mobilier civil dans le Nord. On y voit un cavalier armé comme dans la broderie de Baveux. Il existe d'ailleurs en Allemagne un certain m nu lire de suites de sortes
CJiché de M. .1 Marquel île \
Tenture-tapis. Allemagne fin ■ 1 n \ur siècle (Dôme de Quedlimburg .
de broderies de la première époque gothique, encore insuffisammenl étudiées, dans lesquelles se trouve très souvent interprétée la légende de Tristan. On en a signalé au Dôme de Marburg, à la cathédrale d'Erlitrl, au couvent de Lune près Lunebourg, types d'où sortirent sûremenl 1rs premières tapisseries.
D'ailleurs il n'est pas besoin de se retourner vers l'Allemagne, pour présumer que les procédés de la basse et de la haute lisses aient été pratiqués en Europe dès le xm" siècle. Car si les textes qui nous parlent de ces procédés chez nous ne sont guère antérieurs au début du \i\' siècle, ils laissent toujours place à l'existence supposée et vraisemblable de métiers de tapisseries en France dès le xm' siècle.