LES BANDEROLES A [NSCBIPTIONS DES TENTURES ALLEMANDES
monastique, avec des légendes allemandes. — Une admirable pièce est la petite tapisserie de M. Pierpont Morgan déposée au musée de Kensing-ton (le Roi Salomon et la Reine de Saba. avec- deux petites figures accessoires).
On n'a encore pu déterminer avec certitude les lieux de fabrication des tapisseries en Allemagne. Les documents qui ont été interrogés à ce sujet sont extrêmement rares. On sait qu'en 1458, le Conseil de la ville de Nuremberg faisait tisser par les religieuses de Sainte-Catherine du Tabernacle une tapisserie payée 14 florins. Cela ne semble pas indiquer que les ateliers civils de haute lisse fussent nombreux dans la ville, ni suseep-
Tenture suisse, xv« siècle (Musée historique de Bâle).
libles de recevoir une commande. Ce fait indique assez que la plupart des tapisseries que nous connaissons antérieures au xvie siècle, en Allemagne, ont dû être fabriquées dans 1rs couvents. Celle du musée de Munich (Adoration des mages) fut faite dans un couvent près de Bamberg, d'après un dessin qu'on a attribué à Wolgeniutb. Les banderolles à inscriptions révèlent une langue classique allemande familière à l'Allemagne du sud, et Nuremberg dut en être un des centres originaires les plus importants. Il suffît de se rappeler les emblèmes du fondateur de Vblkemmer, avec la houlette, sur le Tapis du Jugement dernier, au Musée germanique, et les portraits des fondateurs des Gender (corporations) d'avanl 1407, sur le Tapis du Musée Industriel de Vienne
M. Forrer a révélé une curieuse bande conservée au séminaire de Strasbourg, œuvre de fabrication peut-être locale ; elle représente la légende alsacienne de sainte Odile avec une naïveté qui semble bien appartenir encore au x\' siècle.
■y,\ LES TAPISSERIES EN SUISSE
D'un autre côté, il ne paraît pas impossible que bon nombre de tapisseries à légendes allemandes aienl pu être fabriquées en Suisse. Jules Quicberat a signalé une curieuse tapisserie trouvée à Lucerne, et devenue la propriété du marquis d'Azeglio. Jeanne d'Arc y est représentée au moment où elle se présente devant Charles Vil. La légende en allemand qui l'accompagne dit : « Comment vint la l'ucelle envoyée de Dieu vers le Dauphin. »
Le D' Moritz Heyne a cherché à montrer le développement de l'art décorai if ilans les caillons de la Suisse allemande. On sait que la ville de Bâle possédait, vers 1433, trois ateliers de haute lisse indépendants: les tapisseries de Bâle figuraient sur les listes d'impôts en 1450. 11 n'est pas impossible que quelques-unes des pièces qu'a fait connaître le D1 Heyne en soient sorties. On voit au musée historique de Bâle des personnages richement vêtus menant en laisse des dragons fantastiques, au milieu d'une étrange végétation. Mais c'étaient là des sujets d'inspiration bien allemande, et qu'avaient déjà traités les tapissiers allemands, en v apportant un style et un dessin bien autrement forts ou charmants, ainsi qu'on peut en juger par une admirable tenture conservée au petit musée de la Cathédrale de Mayence. Dans une autre sont représentés des personnages très populaires au moyen âge. les Neuf Preux ; celte pièce porte les armoiries de la famille hàloise des Eberlin. Ce sont de bons exemplaires pour juger de ce que pouvait être l'art de la haute lisse en Suisse au xv" siècle '.
1. Une curieuse tapisserie allemande, avec représentations d'Kneas Sylvius Piccolomini ut ili- Frédéric III. dont les types rappellent certaines figures de Wolgemuth i>! passée un Metropolitan Muséum de New-York [Burlinglon Magazine, novembre 1907).