CHAPITRE IX LA TAPISSERIE EN ANGLETERRE JUSQU'AU XVII SIÈCLE
Les relations entre Flandre et Angleterre. — Les ateliers purement anglais.
Nous savons que dès le vu" siècle la principale salle de la demeure anglo-saxonne avait ses murs habituellement revêlus d'étoffes, souvent décorés de figures et descènes de la vie îles héros.
Ces tentures représentaient aussi des scènes de la vie contemporaine, comme celle qu'offrait, au xe siècle, la comtesse de Northumberland à la cathédrale d'Ely. Des dons de même genre furent faits aux églises d'Exeter et de Saint-Albans. L'inventaire du trésor de la cathédrale d'Exeter, dressé' en 1327,énuméra des tentures de date antérieure offertes par l'évoque Leof'ric (xi" siècle), ou l'évêque Jean (fin du xue siècle), ou encore par l'évêque Robert Blondy, au milieu du xuie siècle. .Mais on ne saurait affirmer l'origine vraiment anglo-saxonne de ces tentures, quand on sait, d'après le Carliclaire de l'abbaye <lc Saint- Vaast, que l'abbé Richard, au début du xne siècle, lui donnait des tapisseries faites à Arras et représentant des scènes de la vie de saint Alban, le premier martyr anglais.
Les relations entre la Flandre et L'Angleterre étaient très intimes. L'Angleterre lui envoyait ses laines, la Flandre lui renvoyait ses tapisseries, Les placiers flamands obtenaient facilement des lettres patentes de négoce. Henri III, eu ï'22ï, appuyait dans ce sens Jacquelin, marchand il .Viras
Ces échanges si actifs entre les deux pays n'empêchaient pas des ateliers de se constituer en Angleterre, sans doute auprès des abbayes, telles que celle de Ramsey, au début du \i\' siècle
De très intéressants documents écrits ont été à cet égard publiés par M. Thomson, dont l'un des moindres n'est pas l'enquête instituée en 1344 par le roi Edouard III sur la manufacture de tapisseries de Londres, qui dut fabriquer d'assez nombreuses tentures, dont on retrouve les donations dans des inventaires d'abbayes de cette époque, ainsi que dans I inventaire dressé en i'-W.) à la morl de la reine Isabelle qui possédai! de nombreuses tapisseries.
IMPORTATION DE l'ENTL'RES DE FLANDRE EN ANGLETERRE
Une fameuse suite de tentures d'alors fut I Histoire de Guy de Warwick qui se trouvait auxiv0 siècle au château de Warwick, qu'on retrouve entre les mains de Thomas Holland, comte de Kent, en 1398.
Et malgré l'importation certaine àla cour des belles tentures des ateliers d'Arras, on n'en retrouve pas moins un certain nombre décrites à l'inventaire qui suivit la morl du roi Henri V en H22. avec des titres anglais, qui ne permettent guère de limiter qu'elles aient été fabriquées dans des manufactures anglaises.
En liii". à Edimbourg, un tisserand, John Dolas, était installé pour tisser des tentures. En 1497, John ot' Kilgour of Dunblane, est signalé dans des comptes.
Les inventaires du roi Henri VII, et plus encore ceux d'Henri \ III, montrent, quelle énorme quantité de tapisseries se trouvaient alors en la possession des souverains anglais. Toutes les collections du cardinal Wolsey étaient de plus passées entre leurs mains. — L'inventaire complet des tapissei'ies se trouve, avec leurs dimensions, au British Muséum (Bibl. Harl. n° 1419).
De cet immense amas de tapisseries, peu sans doute étaient anglaises, à ce moment du milieu du xvie siècle, où les ateliers de Bruxelles inondaient l'Europe de leurs productions.
Cependant un moine de Canterbury, d'après les textes, pratiquait alors le métier de tisserand, et les persécutions religieuses des Pays-Bas avaient déterminé de nombreux artisans à ouvrir des ateliers à l'étranger, et en particulier en Angleterre, à Norwich, à Colchester, à Maidstone, à Canterbury. York en possédait deux en 1570.
Un Anglais avait mêmefondé alors un atelier national, William Sheldon; il avait, envoyé un certain Richard Hvckes pour étudier le métier de la haute lisse aux Pays-Bas, avant d'installer des métiers à Weston et au manoir de Barcheston, avec des ouvriers flamands. On peut juger des résultats au musée d'York et à la Bibliothèque Bodleienne, où des fragments portent encore le nom de Hyckes, et représentent des vues à vol d'oiseau de comtés anglais et de la vallée de la Tamise
.Mais ces ateliers n'étaient sans doute pas suffisamment outillés pour exécuterdes tentures importantes, en commémoration d'un grand événement national, comme la défaite de l'Armada espagnole. Commande en lui alors donnée ii François Spierinck, un habile artisan qui d'Anvers avail émigré ii Délit.