CHAPITRE X LA TAPISSERIE EN FRANCE AUX XVe ET XVI SIÈCLES
Son arrêt au début du xv siècle. — Le caractère des tentures a sujets civils de la deuxième moitié du xv" siècle. — Les suites de tentures à sujets religieux des Eglises de France.
Après l'admirable floraison de cet art à Paris au xiv' siècle, il semble bien que ce foyer artistique de l'Ile de France vit s'éteindre pendant un certain temps sa grande activité. L'occupation anglaise y dut arrêter les industries, et sur le rôle de la taxe imposée à Paris par les Anglais en 1422 on ne trouve que deux tapissiers. Les provinces durent en bénéficier : M. Natalis Rondot a pu signaler l'existence à Lyon, dès 1358, de quelques métiers de haute lisse dont 1rs maîtres devaient occuper un certain rang, puisqu'ils payaient l'impôt le (dus élevé. Leur développement dut être bien plus grand au siècle suivant ; il en fut de même à Reims, à Avignon, à Troyes, et à Perpignan.
Une autre cause avait d'ailleurs contribué à priver Paris, au xv' siècle et même peut-être au xvi', de l'industrie qui y avait été si glorieuse au xiv' siècle : les rois promenaient le siège du gouvernement dans diverses villes, sans revenir se fixer à Paris, Charles VU à Bourges. Louis XI à Tours, Charles VI II à Amboise, Louis XII à Blois, François I ' de Fontainebleau à Chambord. Il était assez naturel, dans ees conditions, que les industries de luxe comme celle-là suivissent les souverains dans leurs déplacements.
Il v a extrême pénurie de renseignements el de documents à ce sujet : certaines traditions ont attribué à des Sarrasins fugitifs après la bataille de Poitiers, la fondation îles premiers métiers à Aubusson el à Felletin, mais elles ne reposent sur rien Et cependant entre les premiers ateliers de Paris du xi\" siècle el les ateliers français qui vont nous occuper, n y a-t-il donc rien eu? F. lîertaux signale une pièce de transition qu'il a été
LES PLUS ANCIENNES TAPISSERIES FRANÇAISES DU XVe SIÈCLE
jusqu'ici impossible d'étudier, une grande tenture française de la Cène, conservée en Espagne dans la cathédrale de Tortose.
Le style îles figures et les costumes ne permettent cependant pas de dater plus tard que le début du \\" siècle une suite de 5 tentures, malheureusement trop restaurées, entrées au Musée îles arts décoratifs avec le legs Peyre, qui représentent des seigneurs et des dames se promenant, causant, faisant de la musique, groupées dans des actions dont quelque roman de ehevalerie devrait donner la clé, et dont tous les arrière-plans offrent des petits mamelons significatifs hérissés de touffes de verdure très raidis, surmontés de constructions, villages ou châteaux, décor assez particulier qu'on retrouvera dans d'autres tentures qu'on pourra rapprocher de celle suite. Quelques-uns de ces éléments d'un caractère gothique encore très prononcé caractérisent une tapisserie de la collection Martin Le Roy, le Christ debout dans le tombeau entre deux anges. (J. Marque! de Vasselot, pi. II). Ils sont très prononcés dans deux tapisseries représentant la Passion du Christ qui se trouvent à la cathédrale de Saragosse, et qu'a révélées M. E. Bertaux [Gazette des Beaux-Arts, mars 1909). Le caractère des paysages et la couleur y sont pareils à ceux des tentures d'Emile Peyre; quant aux personnages à types siennois si fréquents dans l'art occidental du xiv° siècle et à profils grotesques et un peu caricaturaux, et quant aux architectures et aux dessins de nus, ils font un peu songer aux caractères de la tenture de Saint Piat à la cathédrale de Tournai 1402;. Il semble que cette belle tenture de la Séo de Saragosse ail inspiré cinquante ans plus lard le peintre qui fournissait le carton pour une tenture de la Passion qui .se trouve au musée du Parc du Cinquantenaire de Bruxelles.
Dans toutes 1rs tapisseries dont il nous reste à nous occuper, qui sont d'origine française, postérieures nécessairement à la prise d'Amis en 1177, il esl évident qu'un autre idéal d'art et de composition a remplacé celui qui dirigeait les hauts lissiers des Flandres au XVe siècle. Ces caractères nouveaux, nous les avons notés dans les tentures de Bruxelles du début du xvi' siècle, niais nous les reconnaîtrons, bien plus accusés encore, dans les tapisseries françaises. C'en est fini de ces compositions touffues, :'i multiples personnages, serrés les uns contre les autres, mais au contraire s'impose un besoin de clarté, de simplicité, qualités bien françaises. Il semble que le dessinateur de carton lient a narrer tranquillement et clairement son histoire, el à se faire avant toul bien comprendre II ne se dis-