LES TENTURES FRANÇAISES A SUJETS RELIGIEUX
même licorne, la même dame somptueusemenl vêtue ouvre un coffret que lui présente la suivanle. La même suite de tentures, sur fond vert, peutêtre supérieure à celle de Cluny, se trouverait conservée au château de Verteuil en Dordogne, appartenant au comte Aymery de la Rochefoucauld. Cette énigmatique tapisserie est très déroutante, car elle ne se rapporte à aucun type connu. Sa beauté décorative et son originalité si rare en font un chef-d'œuvre incomparable de l'art français. Peut-être serait-il un peu hasardeux d'attribuer, comme l'a fait Eug. Munlz, cette admirable tenture à un atelier de la région même, à Felletin, dont les métiers étaient en pleine activité à ce moment des premières années du xvF siècle. Dans de nombreux inventaires de cette époque sont mentionnées les tentures des ateliers de Felletin. Mais ils ne durent guère produire d'œuvres d'un caractère aussi artistique, s'étanl bornés à une fabrication industrielle et courante. Les armoiries répétées sur chaque pièce et se rapportant à la famille des Le Yisle. ne sont pas de nature à préciser une origine. Les Le Yisle étaient bien originaires de Lvon, mais à en croire Natalis Rondol l'art de la haute lisse n'y fut pas très développé. M. J. Marque! de Yasselot a émis l'hypothèse d'une origine tourangelle, la Loire ayant été à ce moment le vrai centre artistique de la France. Il a cherché à grouper autour de ce type remarquable du musée de Cluny une dizaine de tentures analogues 'voir la Collection Martin Le Roy, t. IV. p. 27V
En dehors de ces délicieuses tapisseries à sujets civils, nous possédons encore en France d'admirables suites de tentures à sujets religieux, qu'on eut longtemps tendance à déclarer flamandes. Il aurait été bien extraordinaire que tanl d'opulents prélats qui voulurent enrichir les Trésors de leurs cathédrales de semblables chefs-d'œuvre, aient été tous les solliciter des mains étrangères. Et d'ailleurs de trop grandes divergences séparent irrémédiablement îles suites comme la Vie de saint Rémi à Reims, ou la Vie de suint Florent à Saumur. des suites italianisantes que les ateliers de Bruxelles exécutaient alors, à l'encontre des plus vieilles traditions flamandes, pour laisser persister le doute sur l'origine française de ces œuvres charmantes.
Nous passerons donc en revue quelques-unes des suites de tentures les plus célèbres conservées dans nos cathédrales françaises, et qu on est d'accord aujourd'hui pour considérer comme travaux exécutés en France ;'i I extrême lin du \v el dans la première moitié du \u' siècle.
Si la pluparl de ces tentures ne nous fournissent ni signature, ni date,