‹ Les arts du tissuChapitre 47 sur 280 · CHAPITRE VI TISSUS ITALIENS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI TISSUS ITALIENS

Les ateliers de Lucques, de Sienne, de Venise, de Gènes, de Florence. — Le décor architectural. — Le décor a ferronneries.

L'industrie de la soie resta-t-elle stationnaire en Sicile, avantd'en sortir cl de s'étendre dans l'Italie continentale ? 11 est assez diflicile de le préciser.

11 v a cependant une date importante à retenir, c'est celle de l'lH2, le sanglant épisode, les Vêpres Siciliennes, livrant la Sicile à Pierre d'Aragon, et inaugurant pour elle une ère de troubles intérieurs. Les ouvriers, chassés de Païenne par les persécutions, allèrent demander asile aux villes italiennes, et y créèrent de nouveaux centres de production. [Amalfi et Lucques recueillirent les premiers proscrits ; Pise, Gènes, Florence, Sienne et "\ enise les attirèrent un peu après. Les tissus qu'on y fabriquera seront d'abord les mêmes que ceux de Païenne, absolument orientaux* niais bientôt chaque centre tendra à avoir sa spécialité.

Pour bien comprendre celle évolution, il faut se rappeler quelle force constitutive avaient alors les corporations; maîtrises et jurandes recrutaient leurs adhérents suivant certaines règles très rigoureuses. Il fallait passer par des épreuves longues, difficiles et coûteuses, pour arriver à exercer un métier à titre de maître. C'était entretenir l'émulation dans les corporations; c'était aussi retenir l'ouvrier, par ses droits chèrement acquis à taire partie d'une corporation, et par l'impossibilité d'en jouir en changeant de centre. Ils étaient liés ainsi à leurs jurandes, et les taisaient, profiter de toutes les modifications et de tous les procédés nouveaux que leur esprit d'initiative leur permettait de trouver, elles corporations gardaient ainsi les secrets de leurs spécialités; c'est ce qui explique la Localisation de certaines fabrications.

On s'accorde à dire que ce fut à Lucques que se seraient installés les

Tissu de soie, ateliers de Lucques, xvi° siècle (ICunslgowerbe Muséum de B

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premiers métiers de tisseurs de soie émigrés de la Sicile. Dès la fin du xme siècle, cette industrie y souffrit grand dommage quand la ville tomba aux mains d'Uguccione délia Faggiole en 1314. et 1rs ateliers alors se dispersèrent. Dans l'inventaire de la Vaticane de 1361 on trouve encore mentionnées de nombreuses étoffes de « opère Lucano»,avec indication de types de décors. Lucques prend alors la spécialité îles étoffes à sujets religieux. Chérubins donl les ailes rayonnent, anges portant des instruments de la Passion se détachant sur des fonds étoiles, semis de tabernacles et de reliquaires flanqués des mêmes anges ou îles mômes chérubins

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Velours italien, xv« siècle (Musée des Arts Décoratifs).

à ailes rayonnantes, les scènes étant surtoul tirées du Nouveau Testament. Enfin, un détail curieux apparaît, qui vient selon toute vraisemblance d'Extrême-Orient; c'est ce ruban dentelé, ondulant, employé par

les Chinois] r figurer le Ciel, et qu'on retrouve à Lucques, évoquant la

même idée.

A Sienne, on a l'ail également des tissus à personnages, mais ils ont une destination nette qui est de remplacer les broderies d'orfrois des vêtements liturgiques. Les sujets sonl généralement empruntés au Nouveau Testament. Dans les plus anciens, le dessin s'enlève en clair sur champ foncé, le plus souvenl rouge; parfois la composition esl polvchrome. Sienne fabriquera ces tissus jusqu'au xvir siècle, mais alors les dessins sont le plus souvenl foncés sur fonds clairs, et sertis aussi de velours coupé. 1 n molli d'architecture ou d'ornement architectonique encadre la composition, comme il arrive dans les broderies d'orfrois.

On a dit que ce furent quatre familles lucquoises qui montèrent les

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