‹ Les arts en PortugalChapitre 106 sur 138 · AZULEJOS · texte numérisé non relu

AZULEJOS

(Commnnicatïon ie M. le vicomte Je Juromenlin, — 17 octobre 1844.

, Azulejos, carreaux de fine argile dont une des faces estémaillée.

II y a des personnes qui prétendent que les azulejos proviennent de la Hollande ; mais l'étymologie même du nom {azulejo) nous oblige à leur accorder une origine différente, et à la faire remonter aux Arabes, de qui nous avons reçu d'utiles leçons non-seulement dans cet art, mais encore dans bien d'autres. Le mot portugais azulejo dérive du mot arabe azzalujo , provenant à son tour du mot zallaja (Vide Vestigios da Ling. Arab. em Portugal) qui signifie uni et lisse. Je suppose que ce genre d'ornement a la môme origine que la mosaïque grossière que nous appelons embrexados , dont nous conservons encore l'usage pour les parquets, et qui se compose de petites pierres de diverses couleurs, mêlées à des coquilles et des fragmens de faïence. On employait aussi chez nous ces embrexados pour en orner les murs , les fontaines , les salles à manger, les réfectoires, etc. Il est toutefois possible que lorsqu'on voulait se procurer des azulejos d'un travail plus délicat on en faisait venir de Hollande, d'où nous avions coutume de tirer des articles analogues. Je ne sache pas qu'il y ait eu en Portugal des ateliers spéciaux, destinés à la confection des azulejos , je pense , au contraire , qu'ils so fabriquaient dans les tuileries , où l'on faisait aussi toute espèce de poterie et de porcelaine. Une rue de l'ancienne ville en porte encore le nom.

Les tuileries étaient établies sous la protection de santa Justa et de santa Rufina ; elles avaient un règlement très ancien, comprenant la fabrication de quatre espèces de faïences : la blanche, la rouge, la jaune et une quatrième espèce appelée da Maia.

Quand Philippe III, roi d'Espagne, vint en Portugal, en <6<9, les ouvriers en faïence firent aussi leur arc de triomphe à l'instar des aulres métiers. On en peut voir la description dans le livre de Jean-Baptiste de Lavanha qui traite des fêtes où les Portugais se réjouirent par ordre supérieur : ce qui, depuis, leur est arrivé plus d'une fois. Parmi les divers emblèmes, dont était décoré l'arc des faïenciers, on apercevait la figure allégorique do leur profession, à ses pieds on avait représenlé divers instrumens, entre autres la roue sur laquelle elle posait sa main

gaiiche, tandis que de la droite elle tenait un vase inachevé semblable à ceux qu'on faisait alors à Lisbonne à l'imitation des porcelaines do la Chine. Tout près de cette figure on lisait le quatrain suivant :

a Aqui monartha exrciso soberano.

« Vos offerece a arte peregrina

« Fabricada no reino Lusitano

« 0 que antes nos vendeo tâo caroa China. »

Littéralement :

Ici, monarque, grand souverain,

L'art prospère vous offre,

Fabriqué dans le royaume Lusitanien,

Ce qu'autrefois la Chine nous vendait si cher.

On remarquait, dans un second tableau, un vaisseau de l'Inde, dont on déchargeait des caisses de porcelaine chinoise ; d'autres bâtimens étrangers embarquant la nôtre; d'autres, enfin, déjà chargés et sortant du port* Sur ce dernier tableau on lisait ces mots :

Et nostrœ pererrant.

Il s'ensuit que cet art, qui à cette époque [\ 620) comptait \ 3 maîtres à Lisbonne, avait fait d'assez grands progrès; car, non-seulement on imitait la faïence chinoise; mais on exportait la nôtre. Je m'écarterai un peu de mon sujet ; mais à propos de faïence et de poteries , je dois faire mention des vases d'Estremoz qui sont d'une forme particulière et qui ont l'avantage de communiquer à l'eau une grande fraîcheur. Plusieurs voyageurs étrangers en ont fait mention, entre autres le cardinal Alexandrino dans son voyage en Portugal (1 571 ) ; Brantôme, cl Aldovrando dans son Uusœum metalUcum. On attribuait autrefois à ces vases les mêmes vertus anti-vénéneuses qu'aux bézoards.

Je dois faire observer, à l'appui do ce que j'ai déjà dit sur l'origine arabe des connaissances que nous possédions anciennement on fait de fabrication de poterie et à'azulejos , qu'il n'y a dans notre langue presque aucun nom de vase domestique qui ne nous vienne de cette nation. Tels sont les noms suivans : Albarrada, Alcadef, Alcatrux, Almofia, Almololia, Bocio, Barranha, Balea, Balega, Botija, Copa etCopo, Jarra, Taça, etc. Notez que parmi ces noms se trouvent non-soulement ceux des vases d'un usage domestique , mais d'autres purement de luxe, tels que V Albarrada qui s'employait pour désigner un vase ou pot à roâoS| et la Jarra (pot à tleurs) eucore on usage aujourd'hui parmi nous.

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Je suppose que les azulejos, à leur origine, représentaient toujours des arabesques , et qu'ils étaient formés do petits carrés de faïence de diverses couleurs, avec lesquels on combinait des dessins. Tels étaient ceux que décrit dans ses mémoires, le père Sébastien. Cette notice se trouve insérée dans les Mémoires de l'Académie royale des Sciences de France, dans les termes suivans : « Dans un voyage que j'ai fait au « canal, par ordre de son Altesse, je trouvai dans un château, nommé « la Mothe Saint-Lyé, à quatre lieues en deçà d'Orléans, plusieurs car- « reaux de faïence carrés de deux couleurs , séparées par une ligno « diagonale, qui devaient servir à carreler une chapelle et plusieurs « autres appartenions. Pour pouvoir former des dessins et des figures « agréables par l'arrangement de ces carreaux, j'examinai d'abord en « combien de manières deux de ces carreaux pourraient se joindre en- « semble en les rangeant toujours en échiquier. » Le résultat de cette recherche porte les combinaisons à soixante-quatre, dont l'auteur rend compte dans ses Mémoires.

. Les azulejos, dont nous avons aujourd'hui connaissance, se réduisent à deux espèces : ceux qui sont en relief, et qui représentent des fleurs, des arabesques et des figures ; et ceux qui sont unis et qui sont encore aujourd'hui d'un usage si commun. Un document du xv* siècle nous donne la certitude que cette sorte d'ornemcns était déjà à cette époque très usitée parmi nous. Il y est dit : Les deu<o autels et le maître-aulel carrelés de boni ûzorecho. A cette même époque appartiennent probablement les deux médaillons qu'on voit sur l'église de Madré Deos exlra-muros de Lisbonne, fondée par la reine dona Leonora , épouse du roi Jean IL Peut-être aussi faut-il rapporter à cette même époque un ouvrage, qui, par sa bonne exécution , semblerait appartenir au règne suivant, je veux parler de quelques azulejos que je me souviens d'avoir vus dans l'église paroissiale d'Aldea Galega deMerceana, sur lesquels on croit reconnaître le portrait de Jean II. Je présume que C'est en effet le portrait de ce roi et que cette église a été fondée par lui, parce que le portique est orné d'un pélican, qui était sa devise. Cependant, cela n'est pas toujours une preuve, car le roi Emmanuel a conservé quelquefois le pélican aux édifices qui n'avaient été que commencés, ou même seulement ordonnés par son prédécesseur.

L'on conserve beaucoup d'azuïe/os unis, des xvi* et xviï'' siècles; mais il en existe aussi en relief dans le couvent da Pena à Cintra , et dans le palais de cette même ville. Ceux qui ornaient les cheminées de ce château, sont représentés dans une estampe faite par Duarte d'Armas, peintre du roi Emmanuel. On en voit aussi de très anciens dans l'église paroissiale do la ville d'Alcochete et dans une grotte ou fontaine à la Quinta de Penha verdo à Cintra. Si ma mémoire ne me tromi)e, car je l'ai lu depuisassez longtemps et je ne sais en quel endroit, jecrois qu'il en a

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oxisté dans le couvent de la Trinité, à Lisbonne, de forts beaux, représentant la prise d'Arzilla. Dans la boutique d'une maison construite sur l'emplacement de ce couvent , on voit quelques azulejos d'une date plus récente. Le cloître du couvent de Penha longa, à Cintra , est également carrelé ^'azulejos, ainsi que les constructions dites du Nonce. Les travaux exécutés dans le couvent le furent par ordre du roi dom Emmanuel et de ses fds, l'infant dom Louis et le cardinal-roi ; mais je ne me souviens pas si les carreaux sont de la même époque.

Près de la sépulture de Camoens dans le couvent des sœurs de Sainte- Anne, on voyait un trophée représenté sur aruiejos. Il y avait été placé par le poète Miguel Leitâo d'Andrade qui vivait encore vers la fin du xvi« siècle. Chez le seigneur de Pancas, à Arroios, se trouve encore un carrelage représentant la bataille d'Ameixal, gagnée pardomSancho Manoel son aïeul, lors de la proclamation de dom Joâo IV. On voit aussi de précieux azulejos dans la grande salle de l'hôtel du comte d'Almada auRaio, où se réunissaient les conjurés pour l'acclamation de 1640. Ils représentent les principaux faits de cette révolution. Le propriétaire, un des conjurés, y a fait exécuter ce travail en commémoration d'un si grand événement. Sur les murs de l'église de Saint-André d'Alfama on conserve des azulejos qui paraissent très anciens. L'établissement des orphelins, à la Mouraria , en a, dit-on, de curieux. La quinta du marquis de Fronteira, à Bemfica, en est ornée avec profusion dans le jardin. Avant le tremblement de terre de 1755, dans l'ancien bâtiment du jeu de paume il en existait de très anciens, qui se rapportaient aux règles de ce jeu et qui représentaient des joueurs dans différentes attitudes. Le Dictionnaire des Sciences et des Arts nous dit que l'intérieur de ce bâtiment en était orné , et il nous en donne les dimensions. Au haut de la rue do Telhal , avant d'arriver à la place du campo de Sainte-Anne, on voit dans une quintann mur en demi-cercle , entourant un bassin revêtu de haut en bas d' azulejos. Se ne les ai pas examinés récemment, et j'ignore de quelle époque ils peuvent être. Je crois que les sujets qu'ils représentent sont tirés de la fable. Ceux qui ornent l'église du couvent de Madré de Deos me semblent très intéressans. On en trouve aussi dans le couvent des religieuses dos Cardeaes de Jésus [Rua formosa). Us sont l'œuvre d'un artiste flamand qui y a mis son nom. Ceux des escaliers de l'hôpital royal de Saint-Joseph , du couvent de Jésus et beaucoup d'autres, représentent ordinairement des sujets de la Bible, ou la vie des saints de l'ordre auquel le couvent où l'église appartiennent. On voit des azulejos dans presque tous les bâtimens du siècle dernier. Il y en a qui se rapportent aux mœurs de l'époque, d'autres représentent des combats de taureaux, des danses, des chasses au stinglier, etc. On avait alors l'habitude de placer au bas des escaliers, près des portos d'entrée, des ligures modelées en argile etcuitesau four, représentant ^es hallebardiers, des figures grotesques et des aniijiaux.

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