‹ Les arts en PortugalChapitre 107 sur 138 · AZULEJOS · texte numérisé non relu

AZULEJOS

Il existe à la chambre municipale une précieuse collection de règlcinons pour tous les métiers. Non-seulement cette collection est intéressante pour l'étude des arts de ce pays, mais encore elle fait connaître le bon sens et l'esprit d'équité qui régnaient parmi nos aïeux, ainsi que le soin apporté par eux aux choses qui concernaient le peuple. C'était d'après ces règlemens, ou lois particulières, que l'on gérait les corporations d'arts et de métiers. Les législateurs avaient eu soin de prévoir les cas où la bonne foi publique aurait pu être trompée , d'établir des peines pour la répression des abus, de fixer le salaire des ouvriers et le prix des objets fabriqués.

Promulgués à différentes époques , ces règlemens furent revus et compilés par notre digne jurisconsulte et chroniqueur Duarto Nunez de Leâo, On a négligé de marquer l'époque de la promulgation de ces ordonnances ; mais comme elles ont été recueillies par Leâo, elles ne peuvent pas être moins anciennes que lui , et il vivait en 1572.

Parmi ces ordonnances, liv. I",chap. 43, se trouve celle relative aux faïenciers. Je l'ai examinée dans l'espoir d'y découvrir quelques éclaircissemens sur les azUlejos. Elle commence, de même que les autres, par la nomination des juges inspecteurs à laquelle on procédait le premier jour de chaque année. Ces juges étaient chargés de l'examen des objets fabriqués. Jamais ils ne pouvaient exercer leur office à l'égard de leurs parens , do leurs beaux - frères ou domestiques. Ils devaient veiller à ce que le public ne fût pas trompé, cas pour lequel on prenait d'utiles mesures en établissant des peines contre la fraude. Ils devaient visiter les marchandises avant qu'elles fussent mises en vente, et faire de fréquentes inspections chez les marchands. Dans ces ordonnances se trouvent décrits les devoirs de chaque ouvrier dans les différentes branches du métier de faïencier, potier et fabricant de tuiles , ainsi que les dimensions et la qualité des tuiles et des azukjos. Il était prescrit de se conformer toujours aux modèles conservés à la municipalité. Ces ordonnances renferment encore différentes autres dispositions relatives au même art.

Il ne se rencontre rien dans ces règlemens qui puisse servir d'éclaircissement relativement à l'histoire des azulejos ; cependant, au commencement du livre , se trouve une pétition des plâtriers de Lisbonne , qui disent qu'anciennement les maçons étaient plâtriers ; mais qu'il y avait près de trente plâtriers qui ne faisaient que plâtrer et poser les azulejos, et qui apprenaient leur, métier séparément, tandis que les maçons ne s'occupent point de plâtrage ni de carrelage, et qu'il était injuste qu'on les examinât sur la maçonnerie quand ils ne s'en occupaient pas du tout. Ils demandaient, en conséquence, à être distingués des maçons. D'après cette pétition , il est constant qu'à cette époque, l'usago des azulejos était déjà connu depuis quelque temps. I. 28

APPENDICE II

Communication de M. Rivara, janvier 1845. Les azulejos a ÉvoaA.

Évora, aussi bien que tout le reste du Portugal, possède beaucoup d'azulejos anciens et modernes. Je ne saurais déterminer l'époque oC ils furent introduits chez nous. Les plus anciens sont en forme d'échiquier. Plus tard vinrent ceux qui représentent des branches et des fleurs. Vers la fin du xvii' siècle, et le commencement du xviii^, let azulejos représentèrent des arabesques. Tels sont ceux qu'on voit dans l'église de Saint-Mamède , à Évora. Les azulejos du couvent do\ Loios, ou du collège de Saint-Jean l'Évangéliste , présentent des sujets historiques avec des figures dans de grandes dimensions. Us sont l'ouvrage d'Antoine de Oliveira, et ont été faits en 1711, ainsi que cela S( voit au collège des Jésuites. On y trouve inscrite la date des année: 1746 et 1747. Us représentent des figures et des paysages.

IlltHIIIADOItES. ENlimiltElIRS.

I^isbonne, 20 janvier 1845.

Messieurs ,

L'abbé de Castro à qui j'ai demandé des renseignemens sur les enlumineurs du Portugal a eu la bonté de m'apprendre que « François de Hollande a exécuté à la plume les livres de « chœur du couvent de Thomar et ceux du couvent de Belem; « que Bento Contreiros , moine carmélite , a enluminé ceux «• de son ordre à Lisbonne au xvi'' siècle ; que le frère Simon « de San-Jozé , moine pauliste , a peint le livre d'armoiries « de Torre do Tombo (sans doute celui qui est attribué à « Duarte d' Armas ) ; que Manuel da Purificacao , chanoine '< régulier de Saint-Jean l'Évangéliste, a écrit et enluminé avec « perfection des livres de chœur et d'armoiries au commen- « cément du xvii* siècle , enfin qu'on doit à Estevao , Gon- « çalvez Neto, chanoine de la cathédrale de Vizeu, qui de- " vint abbé de Serem , un admirable missel conservé aujour- «• d'hui à l'Académie des sciences de Lisbonne, >»

Nous avons vu qu'Antoine de Hollande était enlumineur au temps de dom Emmanuel , vers 1500 ; et Vasco, au temps d'Alphonse V, vers 1455. Nous avons vu aussi que 2s

136 VINGT-ClNgUlKME LETTRE.

le Portugal a possédé des enluminures et en possède encore dont l'origine est étrangère : telles sont celles que fit Jules de Macédoine vers 1549. Elles lui avaient été commandées par François de Hollande. Il faut citer aussi le missel du comte de Mosquitella et la Bible de Belem. Les vieilles bibles, les missels et les livres de prières ornés d'enluminures sont en fait d'art une des richesses du Portugal. J'examinerai encore ce sujet dans mon résumé.

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SCllPIl'BI. — OlitBAtES DE BARIIO (AROIIE). — TUBS.

l/isbouiie, le m jnnvier 1845

Messieurs ,

La sculpture si vous la considérez dans ses rapports avec l'architecture, présente, en Portugal, à toutes les époques un degré de développement louable ; mais si vous la considérez isolément, ellen'a rien produit, à ma connaissance qui , puisse servira rehausser la gloire du Portugal. Séparez des parties architectoniques auxquelles elles se lient chacune des statues qui ornent les églises de Batalha, de Belem, de Conceiçao Velha, et vous en serez peu satisfaits ; mais à l'endroit où elles se trouvent, elles se mêlent admirablement au style de l'édifice et elles en relèvent la beauté. On a très bien su travailler la pierre en Portugal à toutes les époques et on la travaille encore très bien . Je me borne pour le moment à cette observation et je vous fournis ici dans l'appendice premier , une communication du professeur Rodriguez qui vous donnera une idée du degré d'activité et de développement que l'art de la sculpture a atteint jusqu'ici.

Cependant les statues n'y manquent pas , mais ce sont h!s

438 VINGT-SIXIËME LETTRE.

bonnes statues qui y sont rares. Je me réserve de revenir sur ce sujet dans mon résumé.

Les ouvrages en barro (argile), terra cotta (ce sont des figures modelées en terre et peintes ) forment en Portugal une partie de l'art dont les spécimens ne se trouvent pas répandus dans ce pays avec une grande profusion ; mais ils méritent d'être mentionnés à cause du mérite artistique que présentent quelques-uns d'entre eux et du caractère qui leur est pr jpre. Jusqu'ici je ne connais que peu d'artistes qui aient exercé leur talent dans ce genre. Les plus distingués parmi eux paraissent avoir été Antoine Ferreira et Manoel Texeira. Tous deux appartiennent au xviii^ siècle. Ils traitaient avec un égal talent les sujets sacrés et des sujets de la vie commune ; des groupes ou des figures isolées. Parmi les ouvrages de cette catégorie qui sont d'une bonne exécution , je n'ai pas vu de figures qui aient plus de 65 centimètres. Le plus souvent elles sont d'une moindre grandeur. Le style des ouvrages de ce genre, que j'ai rencontrés jusqu'ici, portent tous le caractère de l'époque que e viens d'indiquer pour Ferreira ou tout au plus du xvii» siècle , c'est-à-dire de l'époque de Conca. Quoique cet art ait abandonné maintenant le Vieux et le Nouveau - Testament , et qu'il n'enrichisse plus les églises de sujets sacrés , cependant il continue encore à s'exercer sur des sujets moins élevés. On fait à Porto de petites figures en terre cuite qui reproduisent avec naïveté et avec exactitude les costumes et les mœurs de l'époque et qui sont d'une exécution louable. Les petites figures de ce genre qui se font à Malaga sont peut-être encore préférables. Je vous ai déjà dit que plusieurs églises possèdent des spécimens intéressans de cet art , que j'en ai vu chez lord Hovi^ard et chez M. Forrester. J'en possède moi-même un qui n'est pas sans mérite.

La talha ou sculpture en bois fournit des exemples très remarquables du degré d'habileté qu'elle a atteint dans ce pays. L'appendice second renferme à cet égard quelques renseignemens. Il existe des ouvrages de ce genre, enlDois appelé jacaraxidsi (palissa nr/re) pao santo, en carvoeira ou en ébène, qui sont d'un travail exquis ; ils sont du style renaissance ou rococo.

SCULPTURE. — BARRO. — TALH A . 43^

Dans les églises on rencontre des stalles, des pupitres, desconfessionaux , des chaires , des autels qui sont souvent d'une exécution, d'un fini parfait et mêntie souvent du meilleur goût. 11 y en a de dorés; mais dans les plus anciens ouvrages de ce genre on a laissé au bois sa couleur , et ces derniers ne sont pas les moins beaux. Parmi les ouvrages de ce genre qui se distinguent le plus par leur grandeur et leur richesse , je citerai le maîtreautel de la cathédrale de Porto et tout l'intérieur de l'église de Saint-François de cette même ville. A Lisbonne , une quantité d'églises en fournit des exemples fort remarquables. Les meubles anciens , les armoires, les commodes à tiroirs, appelées co/?7rt^/orej, sculptés ou incrustés en bois de différentes couleurs en ivoire ou en écaille ou en nacre, sont d'un travail très remarquable et les étrangers qui visitent ce pays ou bien ceux qui, comme les diplomates, y font quelque séjour, se les arrachent et les paient fort cher.

APPENDICE PREMIER

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