LEIRIA
Le trajet de Batalha à Leiria (le 29 de grand matin) fut eiïectué en une couple d'heures , les trois legoas étant assez courtes. J'arrivai à neuf heures, à l'auberge que je trouvai suffisamment pourvue de toutes les choses nécessaires; il y avait
rois Marias pour nous servir; l'aînée, Maria- Antoinette, rosso, vieille fille, serviable et d'un bon naturel; la seconde, Maria da Incarnaçâo, fraîche et jolie, les poings sur les hanches, toujours prête à rire et à tenir les gens à disiance; la troisième, Maria de Nazareth, jeune fille encore timide, pensive, assez jolie, et dont le caractère naturellement gai, ne demandait qu'à se développer. Je ne doute nullement que l'aubergiste, citoyen tranquille et bien nourri, ne vive très confortablement de prezunto et dazeite (de jambon et d'huile), servi par ces trois représentans femelles du passé, du présent et du futur.
Nous dirons à propos de ces trois Marias, que ce nom, très commun maintenant en Portugal, est susceptible d'être multiplié ad infinitum, attendu qu'aucune raison n'empêche de créer une Maria da Esperança, Maria da Charta, das garantias constitutionaes, comme il y a déjà des Maria das Dores (des douleurs), Maria do O [cet O est l'interjection exclamative oh ! ) , et mille autres.
Leiria est située de la manière la plus riante et la plus agréable. De mon auberge, j'avais une vue complète du château; de la ville qui s'étend au-dessous comme un ruban, et d'une grande place irrégulière qui la sépare de l'auberge.
La ville avec ses 3,000 habitans n'est pas mal bâtie, mais elle semble comme la plupart des villes du Portugal avoir contenu autrefois une population beaucoup plus considérable. Le château forme une imposante masse de pierres. Une des plus belles vues que j'aie jamais contemplées, est celle que l'on découvre d'un couvent situé en face du château ; elle embrasse une vaste étendue de pays riches et bien cultivés.
Du jardin de l'évêque, on a encore une autre vue magnifique sur la mer. La cathédrale et le palais de l'évêque ne sont nullement intéressans. Il serait certainement très convenable de transférer le siège é].iscopal à Thomar; cette question a déjà été discutée pendant le dernier voyage de la reine. Le revenu de l'évêque s'élève à 6,000 cruzades (15,000 francs). On parle de lui comme d'un ecclésiastique honorable et éclairé. Ijq goiwernador civil, dom José da Camaraest frère du comte
da Taipa et de la marquise de Fronteira ; il paraît homme de sens et poli.