POMBAL
Le 81 août, un peu avant le coucher du soleil, nous arrivâmes à Pombal qui se trouve à cinq legoasde Leira. Son château en ruines n'attira pas beaucoup mon attention.
Le corps de Pombal est déposé dans l'église. Aucun ornement extérieur de sa tombe ne témoigne de sa puissance et de son célèbre ministère.
Nous allons extraire quelques particularités de sa vie d'un livre intitulé : Résumé de Vhistoire du Portugal, par Alph. Rabbe. Dans une des dépêches de Pombal, au gouvernement anglais, dans laquelle il demandait une réparation, nous lisons le passage suivant : « Si nous vous avons élevés au sommet <• de la grandeur, nous pouvons de même vous précipiter dans
" le néant d'où nous vous avons tirés Dans les dernières
" cinquante années , vous avez tiré du Portugal plus de
<• 1,500,000,000 de cruzades Vous nous privez réguliè-
" rement chaque année du produit de nos mines, et un mois «• après l'arrivée de la flotte du Brésil, pas une moeda de ce M qu'elle rapporte ne reste en Portugal. •> Quoique je sois très disposé à partager l'opinion de ceux qui regardent cette dépêche comme apocryphe, je la rapporte ici comme pièce curieuse et plaisante, et parce que dans ces exagérations mêmes on peut trouver quelques indications utiles et justes. Pombal, en quittant le ministère, laissa 48 millions de cruzades (140 miUionsde francs) dans le trésor royal et 30 (87 miUions de francs) dans celui de la décima.
Le tremblement de terre de 1755, la conspiration du duc d'Aveiro, et son attentat à la vie du roi, enfin l'expulsion des jésuites, furent les événemens les plus importans sous son administration. Les services qu'il a rendus au ]):iyssont nombreux, mais diversement interprétés. En 1759, Us personnes, impliquées dans l'afTiiire du duc d'Aveiro,- furent condamnées et exécutées. Les jéfeuites furent chassés. En 1781, quand Pombal était déjà privé de son emploi, le procès fut repiis, ot par
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quinze voix sur dix-huit tous ceux qui avaient été condamnés, les vivans comme les morts, furent déclarés innocens, et les jésuites rétablis. Après cela, faites de l'histoire. Ici nous prendrons congé de M. Rabbe.
Pombal mourut en 1782, à un âge très avancé, laissant une grande fortune qui, bien que considérable encore, l'est beaucoup moins maintenant. Elle est administrée par une sœur du marquis de Saldanha, veuve de feu le marquis de Pombal, et mère du marquis actuel, arrière-petit-fils du célèbre Pombal, et âgé de vingt ans tout au plus.
La maison de campagne d'Oeiras, qu'habite la famille, est à environ trois legoas de Lisbonne, près du Tage et de la mer. C'est une splendide demeure avec un jardin magnifique et des champs vastes et bien cultivés. Le luxe de toute l'habitation, les fontaines, les clôtures, les balustrades, les statues mal faites, et jusqu'à la somptuosité des dépendances, écuries, etc. , témoignent incontestablement des richesses dont il pouvait disposer.
Ce fut Pombal qui fit ériger à Joseph V une statue colossale, en ayant bien soin de placer son propre médaillon à la base. Il vint un temps où le médaillon fut enlevé, et le roi Joseph dut se trouver bien mal à l'aise en se voyant seul. En 1833, au temps de dom Pedro, le médaillon fut replacé sur le piédestal.
De Condeixa, il y a cinq legoas jusqu'à Pombal , et deux jusqu'à Coïmbre.
Nous sommes arrivés à Condeixa, le l*""" septembre, à midi, par une belle journée ; le pays environnant est magnifique : c'est un des pays les mieux cultivés que j'aie rencontrés dans mon excursion. Les rues étaient pleines de monde; leshabitans ont bonne mine.
De Pombal à ce village, le pays ne présente guère que quelques huttes misérables fort éloignées les unes des autres, et quelques pins rabougris, disséminés à travers le paysao-e désert, montueux et uniformément couvert de bruyères.
Nous n'avons vu que peu de parties mieux cultivées et plus animées, jusqu'à notre arrivée à lu charmante Condeixa.
La route est large, mais souvent très sablonneuse ; en plu*
sieurs endroits elle est creusée par les pluies. Dans bien des parties elle a été pavée ; mais les pierres ont été chassées de leurs places, et il s'est formé par suite des trous et des amas de pavés.
.On y parle beaucoup de vols et de meurtres, mais nous n'avons rien vu qui pût nous faire craindre des accidens de ce genre. L'acte de cruauté dont quelques étudians se sont rendus coupables, sous la courte domination de dom Miguel, envers des professeurs, a eu lieu sur cette route, hes arrieirox (muletiers), la plupart gens du pays n'en parlent qu'avec horreur ; mon domestique, mauvais garnement, ivrogne, habitué aux changemens politiques qui se brassent à Lisbonne, plaignait beaucoup moins le sort des professeurs que celui des étudians qui furent pris, condamnés et pendus.
Un meurtre et un vol auxquels prit part un morgado (propriétaire de majorât) ont été commis il y a peu de mois, auprès de la route aussi . Les gens qui racontaient cet événement pensaient que le morgado échapperait au supplice parce qu'il ne manque pas d'argent et qu'il pourra corrompre les juges. Cette accusation contre la justice peut n'être pas méritée, mais ce n'en est pas moins \m triste symptôme.
Un palais, propriété du comte d'Almada, a été transformé en auberge, on y trouve quantité de grandes salles vides; nous y avons déjeuné avec délices, après notre longue course du matin. Devant la maison se trouve un verger ; derrière s'étend une superbe plantation d'orangers. Elle a une belle vue sur les riches campagnes qui l'environnent.
Devant la porte d'entrée s'élève un magnifique agreira (arbre) qui a été témoin de plusieurs siècles; il est très probable qu'Alvarez Pereira (le bâtard), le compagnon de jeunesse et le frère d'armes de Jean I", le connétable, le héros d'Aljubarrotta (1385), le beau-père du premier duc de Bragance, moine à la fin de ses jours, a dû courir et jouer à l'ombre de ses vastes rameaux. Condeixa est, dit-on , le lieu de naissance de Pereira , et le berceau do la famille de Cadaval qui descend de lui.
La comtesse d'Anadia possède ici de vastes propiioU' ,
ITINÉRAIRE. m
ainsi qu'auprès de Coïmbre et do Figueiru ; luul le monde dans le pays parle d'elle fort avantageusement. Elle y avait aussi un grand palais, mais il a été détruit, il y a quelques années, par un incendie qui n'a laissé debout que les murailles.
La quinta du morgado de Lemos est vaste et dans un état très prospère.