‹ Les arts en PortugalChapitre 116 sur 138 · COIMBRE · texte numérisé non relu

COIMBRE

C'est le 1"' septembre, à quatre heures du soir, qu'en descendant d'une côte escarpée et assez élevée, nous avons pu jeter à travers l'épais branchage des arbres, un premier coup d'œil sur cette antique Coïmbre si admirablement située. Quand le paysage se découvrit entièrement à mes yeux, je restai comme ébloui de sa splendeur. Un grand pont de pierre porte la route d'un bord à l'autre du Mondego qui, dans cette saison, semble une vaste plaine de sable à travers laquelle serpente un filet d'eau; en quelques endroits il ne s'élève pas jusqu'à la jambe.

A peine étais-je descendu de mon fidèle montanha qui n'avait pas buté une seule fois entre Leiria et Coïmbre, que je me rendis à la vieille cathédrale. Elle est peut-être le plus ancien édifice de la ville, et néanmoins elle en est la construction la plus moderne-, car depuis son origine qui est inconnue, mais qui semble remonter à l'époque des Goths jusqu'à nos jours, les additions, changemens et réparations qu'on y a faits portent le cachet de presque chacun des siècles qui séparent ces deux termes éloignés.

Le plus ancien morceau se trouve en dehors de l'église. Il porte une inscription portugaise dont voici la traduction :

« Ici repose quelqu'un qui en d'autres temps était un grand « personnage,savanl et très éloquent, opulent et riche, etmain- « tenant

a II n'est qu'un peu de cenrlre renfermée dans ce monument, « Et avec lui ropo-^e im sien neveu ; l'un dos deux

« Etait déjà vieux et l'autre jeune ; et le nom do l'oncle était

« Sesnando, et Pierre celui du neveu. »

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Ce Sesnando (suivant des chroniques citées dans Yyintlqnnrio Coimbrese, n" 3, septembre 1841) assistait à la prise de la reine du Mondego (c'est le nom donné à Coïmbre dans ce travail ) par l'armée du roi de Léon, en l'an 1064, quand la bannière des chrétiens se déploya sur les tours élevées de cette cité. Plus tard, on confia à Sesnando le commandement de la ville et du pays voisin. Il eût été impossible au roi de Léon de trouver un plus digne commandant ; il releva de leurs ruines plusieurs villes, il bâtit des églises et recula les limites du domaine du roi. Le séminaire voisin de la vieille cathédrale a été bâti par lui et par l'évoque dom Paterno. Ce fut lui aussi qui éleva la chapelle de St-Georges devenue depuis un monastère.

Deux tombeaux d'évêques se trouvent à l'intérieur ; ils semblent aussi appartenir à l'époque la plus reculée. Un autre qui date de 1285 porte la statue couchée de dona Bataça, dame d'honneur de la sainte reine Elisabeth, femme de Diniz (1279-1325). Cette dona Bataça était arrière-petite-fille de l'impératrice grecque Irène. Sa statue a eu le sort de la plupart de celles qui sont placées sur les monumens funéraires; elle a perdu son nez.

L'autel en bois doré est du plus pur style gothique. Je ne sais pourquoi ce genre me plaît moins dans les ouvrages en bois que dans ceux en pierre ; il tire certainement son origine des forêts, des troncs d'arbres séparés ou réunis, des branches s' arrondissant en voûtes, en dômes, des feuilles qui forment des chapiteaux et des ornemens symétriques de différentes bêtes, d'insectes grimpant çà et là, de plantes rampantes et croisant leurs lignes tantôt droites, tantôt courbes. Tant il est vrai qu'une longue habitude soumise à l'influence des changemens successifs amenés parle temps, efface souvent l'origine des choses. A cette même cause se rattachent les différentes significations, que des mots d'origine commune prennent avec le temps dans les difi'ércntes langues : Bizano gênerai signifie en espagnol brave général; en portugais, leis eatravagnntcs veut dire lois spéciales.

Des deux côtés du maître-autel do la Se Velha (vieille cathéclrale), les murs sont couverts d'ornemens dorés du commence-

ment du xvii" «ècle, de ligues et de compartiiuens lourdement chargés d'arabesques et de feuilles. Quelques parties de l'église sont revêtues d'azulejos.

L'entrée latérale est de l'époque de Bramante, De quelle époque est le toit de la sacristie? je ne le sais pas au juste; mais je suis porté à croire qu'elle date du temps qui sépare Raphaël des Carrache ; il est du meilleur goût.

Cet édifice, sous le rapport des différens styles d'architecture qu'on y rencontre, présente une confusion indicible. Ici comme partout j'ai regretté l'absence d'inscriptions susceptibles de diriger mes recherches, car à presque toutes les questions que j'adressais à la personne qui m'accompagnait et dont l'érudition eût dû être en rapport avec la position qu'elle occupe, je n'ai pu obtenir d'autre réponse que : nâo sel (je ne sais pas) ; ou bien : les documens ont été volés par les Français, ou encore par les révolutionnaires.

Parmi les quatre grandes peintures qu'on voit dans la cathédrale, la plus intéressante, sans être pour cela bien supérieure à toutes les autres, est le portrait de la sainte reine Isabelle; il est de grandeur naturelle, et incontestablement d'une époque bien postérieure à celle où elle vivait (1280). Ce portrait n'a certainement pas deux cents ans.

Cet édifice prouve, malgré les défauts de l'ensemble, qu'en tout temps l'architecture a été cultivée avec succès en Portugal.

La vieille église de ^anta-Cruz offre un modèle d'architecture plus homogène dans tous ses détails. La façade ne manque ni de caractère ni d'originalité.

L'auteur des Bellezas de Coimbra (Coïmbre, 1831) dit à la page 101 que l'église et le monastère ont été reconstruits par Emmanuel . Dans la chaire, je pourrais bien reconnaître l'époque de ce prince (je dis l'époque et non le style); mais les tombes d'Affonso et de Sancho sont du genre gothique le plus pur, et je les aurais crues un peu plus anciennes. Le même auteur ajoute qu'Emmanuel en avait confié la reconstruction aux architectes français, Jean de Rouen, Jacques Longuin et Philippe Edouard, auxquels s'unit Nicolas, le Français.

Le painieau du niaître-autcl . ouvrage (jui nie senjble

no VINGT-HUITIÈME LETTRE.

appartenir au siècle dernier, représente le Triomphe de la Croix : c'est une œuvre passable , quoique bien inférieure , selon moi , à la Descente de la Croix. Ce dernier tableau qui est tout à fait de la même époque, me semble digne d'éloges, et comme style et comme dessin ; il m'a rappelé la fameuse peinture de Daniel de Volterra. La composition de ce dernier tableau n'est cependant pas assez présente à ma mémoire pour que je puisse affirmer ou nier leur parfaite analogie. Il y a dans la même sacristie un Saint peint sur bois; c'est un excellent morceau de ce genre de vieilles peintures qu'on attribue ici à Gran-Vasco. A la même catégorie se rapportent les saint Sébastien , saint Fincent , saint Roch et saint Laurent qui se trouvent dans l'église , et qui sont d'assez bons tableaux dans ce même genre. Une Descente du Saint- Esprit^ sur bois aussi, qui se trouve dans la sacristie, m'a semblé peu intéressante. Il est vrai que je n'ai pu l'examiner à mon aise. Il est possible encore qu'elle ait été gâtée par quelque restauration ; ce qui veut dire ici , qu'un tableau a été détestablement rebadigeonné. Les peintures les plus dignes d'attention du sanctuaire de l'église entière de Coïmbre , et peut-être de toutes les églises que j'ai visitées dans ce pays , sont quatre têtes renfermées dans deux médaillons ; dans l'un , celles de saint Pierre et saint Paul, dans l'autre, celles du Christ et de saint Jean; elles sont un peu moins que de grandeur naturelle 5 on les conserve sous verre. Je n'ai pu parvenir à découvrir de quel maître elles étaient , mais elles m'ont rappelé le portrait de Holzchur par Albert Durer et je croirais volontiers qu'elles viennent d'Allemagne et qu'elles remontent à l'époque de ce peintre. Ce qui est certain , c'est qu'elles sont admirables de dessin et de couleur.

Le curé , vieillard respectable et de mœurs douces , à qui je vantais ces peintures , me dit en déplorant regnum in se diuisum , qu'à Coïmbre les Français et les Anglais avaient respecté les propriétés publiques et privées, mais qu'en 1834 l'église même de Santa-Cruz avait été pillée par les patriotes constitutionnels au profit de la civilisation. Beaucoup d'objets très précieux ont tout à fait disparu ; cependant quelques

tableaux de grand prix ont eu, dit-il , le bonheur d'arriver à bon port, et d'atteindre OTorto, où, réunis à beaucoup d'autres, ils forment une galerie publique. Il me faudra voir cette collection ainsi que celle d'Evora (1), qui, si l'on ne m'a pas trompé, contient, elle aussi, d'excellentes peintures anciennes, avant de pouvoir répondre avec connaissance de cause à cette question : <• Le Portugal a-t-il eu, à une époque plus ou moins reculée, une école nationale de peinture? » La Descente de Croix et le tableau du maître- autel paraissent appartenir à une époque postérieure à celle des Carra che.

La chaire est un magnifique morceau d'architecture dans le style cinque cento. Elle est parfaitement bien conservée ; c'est un vrai bijou que l'on serait tenté d'enchâsser dans un médaillon ou dans une bague. — Le bénitier est moins riche d'ornementation , mais il est, de la même époque , et ses proportions sont belles.

Une des plus vieilles églises de Coïmbre est celle de Sant-Jago. Le tableau du maître-autel est ancien, mais de peu de prix.

Arrêtons-nous à l'université.

Ce fut Jean V (1706-1750) qui fonda la bibliothèque de l'université, la plus belle, la plus richement ornée que j'aie jamais visitée. La peinture du plafond est une vaste composition, très riche comme plusieurs peintures de la même époque que j'ai vues à Lisbonne. Son exécution dénote beaucoup de savoirfaire , plus encore dans la partie architecturale que dans les figures. La personne à laquelle était confiée en 1835 la surintendance de cette bibliothèque a fait , dit-on , le métier de revendeur de livres. Un loup dans une bergerie ne se serait pas trouvé plus à l'aise. Au temps des privilèges, cet emploi que l'on regardait comme élevé, ne pouvait être rempli que par un docteur. Dans cette bibliot 1 lèque comme partout en Portugal , on trouve quelques restes des ti avaux des lUunùnadores (peintres de miniatures pour les missels et autres livres de prières) ; de tout temps ils y ont trouvé de l'occupation. Et de même on

^^ Mes lecteurs ont vu ce que j'ai trouvé ilanscesdein villes.

m VIiNGT-llUlTlÈME LETTRE.

rencontre partout des preuves de l'état toujours florissant de l'architecture. A ceux qui objecteraient que l'architectui-e portugaise n'a rien d'original, je réponds, qu'à part l'Italie , je connais peu de pays où il y ait jamais eu une architecture à la fois nationale , caractéristique et originale , tandis que j'affirme que cela a eu lieu en Portugal , au moins à une époque : sous le règne d'Emmanuel et de Jean II [.

Je ne saurais partager cette vanité qui prétend que chaque chose a été faite par des gens du pays d'oii l'on est, ou qui préfère les choses mal faites par des compatriotes aux choses bien faites par des étrangers. J'appelle cela être encroûté , montrer une présomption compromettante pour le pays , jeter du ridicule sur lui ; préférer à ses véritables intérêts la popularité , enfin arrêter le progrès. Les Allemands, les Anglais, les Français ont chacun leur part de découvertes et de gloire ; les Portugais ont la leur qui mérite du respect. Que diriezvous si la vanité des Français se montrait blessée parce qu'ils n'ont pas inventé l'algèbre, la poudre, les armes à feu, la gamme, la boussole, la peinture à l'huile , la sculpture en bois, l'imprimerie, lalunelte d'approche , le microscope, le télescope , le baromètre , les logarithmes , la circulation du sang, les paratonnerres , le filage du coton, la machine électrique, le système planétaire, ou bien d'autres choses?

Les étudians à l'époque où je visitai Coïmbre , étaient au nombre de onze cent trois.

L'extension qu'ont prise les affaires religieuses , à l'université au moins , depuis l'arrivée de monsignor Capacini , est très remarquable. De 1835, époque où il n"y avait pas un seul étudiant en théologie , jusqu'en 1842, année de son arrivée, il n'y avait pas eu plus de trois ordinations dans le diocèse de Coïmbre. De 1842 jusqu'aujourd'hui trentehuit prêtres ont été ordonnés et le nombre des étudians se monte à soixante. Dans le jeune clergé, j'ai vu un homme qui m'a semblé un digne ecclésiastique; il se nomme Joaquim Alves Perreira, diacono do Blspado. Il est aide-bibliothécaire et s'occupe à mettre les livres en ordre et à en dresser le catalogue. Le nombre en est de plus de cent mille.

ITINKIUIRE. • 4~'î

11 y a une autre bibliothèque moins riche dans ce que Y on nomme CoUegio dos Artes , autrefois Collegio des Jésuites. Pourquoi cet établissement est-il distingué par la qualification (las Artes, je l'ignore , car il n'a rien de commun avec les arts. J'ai vu dans cet édifice, fondation du cardinal roi dom Henrique (1578-1680), des portraits aussi horribles que la plupart de ceux qui forment les collections de ce genre visitées par moi en Portugal. Je n'ai trouvé dans ce pays que bien peu d'exceptions et j'aurai soin de les faire ressortir en temps et lieux. Aux plus détestables de ces collections appartiennent sans contestation les portraits de rois , de recteurs , et je ne sais quelles autres célébrités que l'on peut voir dans cette université. Certes ils transmettent à la postérité d'épouvantables modèles de peinture nationale. Il n'y en a pas moins de trente-neuf qui repoussent les regards dans la salle d'examen.

A la bibliothèque des Jésuites, je trouvai la bibliotheca liisitana de Barbora ( 1759 ) , et je cherchai dans la table des matières pour savoir ce qu'il dit de la peinture dans ses quatre in-folios. Les livres qu'il cite sont au nombre de quatre :

1" Diogo Rangel de Macedo a nohreza dapintura (1728).

2" F. Felippe das Chagras. — Arte da pintura.

3° Joao Rodriguez de Leao. — Parecer em defèza da pintura.

4° José Gomez da Cruz. — Carta apologética pela inge^ nuidade da pintura.

5" Luiz da Costa ( 1589). Quatro libros da symetria dos corpos hiunanos , traduit d'Albert Durer.

Si quelque chose à Coïmbre pouvait accroître l'impression désagréable que fit sur moi la série de portraits dont j'ai parlé plus haut, ce serait ce que l'on nomme la galerie, où sont accumulées quantité de croiites qui ont été tirées d'églises ou de couvens supprimés. Je n'ai pu découvrir que deux peintures qui ne fussent pas déplaisantes : une riche composition sur cuivre dans le style de Frank, et deux bustes, de ce genre (|u'on désigne habituellement par le nom de Gran-Vasco.

Une drs anciennes portes , qui se trouve maintenant au

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milieu de la ville près de la vieille cathédrale est , dit on , de construction romaine. Elle est assez solide pour résister à autant de siècles encore qu'elle en a déjà bravé. Son nom est d'étymologie arabe , elle s'appelle yirco de Medlna. Les écussons du Portugal et de la ville semblent y avoir été gravés » à une époque un peu postérieure au temps où les cottes d'armes commencèrent à être en usage. C'est un monument des temps les plus importans de l'histoire primitive de ce pays.

Rien ne m'attirait plus vivement que la maison de la famille Tellez. C'est là qwe vécut dona Maria Tellez, c'est là qu'emporté par une injuste jalousie son époux lui donna la mort. J'ai vu l'escalier sur lequel le crime fut commis. L'entrée de la maison est richement ornée; c'est une des plus anciennes parties de l'édifice. L'ensemble forme un groupe de bâtimens de l'aspect le plus pittoresque; ce sont des constructions d'époques différentes, des bustes en sailUe d'une belle sculpture ; des ornemens de très bon goût rappellent la manière de Cellini et dénotent un sentiment artistique remarquable; on ne saurait rien voir de plus gracieux.

C'est vers l'an 1377 que dona Maria Tellez fut assassinée; elle était sœur de cette Léonora Tellez, d'exécrable mémoire, qui épousa Ferdinand I"", du vivant de son premier mari , Da Cunha.

Dona Maria était déjà veuve d'Alvaro Diaz de Sousa , quand l'infant dom Joao, fils de Pierre l^"" et d'Inez de Castro ( le frère de Ferdinand ) devint amoureux d'elle. De son premier mariage elle avait un fils , Lopo Diaz , grand maître de l'ordre du Christ. Dona Maria ne se rendit à la passion de dom Jouo que quand il lui eut promis de l'épouser. Elle devint effectivement sa femme. Bientôt après sa sœur feignit de vouloir marier l'infant dom Joào à Béatrix , l 'unique enfant qu elle eût donné au roi Ferdinand. Pour arriver à ses fins elle excita dans l'esprit de dom Jono des soupçons contre sa sœur Marie. Béatrix était regardée alors comme l'héritière du trône. Ainsi on soulevait en lui l'ambition et la jalousie , les plus violentes passions. Dom Jorio se rendit à Coïmbre , où résidait alors dona Maria, et la frappa au cœur. Alors la

reine, yœur de la victime , la reine qui avait excité à ce meurtre jeta le masque, elle fit exiler dom Joùo et lui montra qu'elle n'avait fait que se jouer de lui en le flattant de l'espoir d'épouser Béatrix. Elle le fit même poursuivre pour meurtre. Il m'est impossible de découvrir les motifs qui ont déterminé cette femme à user d'autant d'artifice pour arriver à un crime aussi odieux.

Après s'être caché pendant quelque temps en Portugal , don Joào finit par entrer au service du roi de Castille. Voilà ce que j'en ai appris de M. Hercolano, bibliothécaire de la reine, homme foit instruit, ami de la vérité, et critique éclairé dans toute l'acception de ce mot.

C'était avec M. Dardal'hon , professeur de langue allemande , que je faisais la plupart de mes excursions. C'est un Wurtembergeois qui a quitté l'Allemagne après la fête de Hambach ; il avait pris part à la lutte entre les deux frères dom Pedro et dom Miguel , et s'était rangé du côté du premier.

Il faut absolument que nous consacrions quelques lignes à l'amour, aux chagrins et à la mort de la célèbre Inez de Castro.

Il serait impossible de trouver une meilleure occasion pour vous faire connaître Camoës : un Anglais a fait graver sur une pierre les vers suivans de ce poëte. Canto m, stance cxxxv:

« As filhas do Mondogo a morte escura « Loiigo tempo chorando memorâram ; « E por memoria elerna, em fonte pura « As lagrimas choradas transformâram :

« 0 nome Ihepozeram, que ai nda durai « Dos amores de Igues , qui alli passâram. « Vide que fresca fonte rega as flores , « Que lagrimas sâo agua, e o nome amores. »

« Les nymphes du Mondego, de sa mort tragique

« Longtemps en pleurant célébrèrent la mémoire.

« Pour que le souvenir en restât éternel, en une fontaine pure

« Se changèrent les larmes qu'elle avait versées.

0 On lui donna le nom qu'elle conserve encore

« Des amours d'Inez, car c'est là qu'ils se sont passés. 0 Voyez combien est fraîche la fontaine dont ces fleurs sont arrosées.

« Des larmes forment ses eaux, son nom est les amours. »

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Voici en peu de mots l'histoire d'Inez :

Dom Pedro, fils d'Alphonse IV, épousa en secret, après la mort de sa première femme (1344) Inez de Castro avec laquelle il avait eu des relations du vivant même de sa femme qui était morte de chagrin. Inez descendait de la famille régnante de Castille. Lopes Pacheco, Pedro Coelho et Alvaro Gonçalvez furent regardés comme les instigateurs et devinrent eifectivement les instrumens de la vengeance du roi sur les amans. Dom Pedro fut informé par sa mère et par l'archevêque de Braga que le meurtre d'Inez avait été résolu ; mais il n'y prit pas garde. — Un jour qu'il était à la chasse et qu'Inez restait avec ses enfans au couvent de Sainte-Claire, Alfonso se rendit à Coïmbre pour accomplir cet horrible forfait. Inez , informée du sort qu'on lui préparait , se présenta devant le roi et se précipita à ses pieds , il se laissa toucher, il hésita, mais le crime n'en fut pas moins accompli; elle tomba sous des coups multipliés et fut enterrée dans le cloître même de Santa-Clara (1355). J'ai parlé ailleurs du châtiment de deux de ses meurtriers.

On raconte au sujet de la. fontaine des amours que dom Pedro était parvenu à la faire servir à sa correspondance amoureuse ; il confiait ses billets au courant qui les portait à Inez. Ce que j'ai peine à comprendre c'est qu'elle pût venir pleurer à l'endroit d'où on lui expédiait des lettres ; il eût été beaucoup plus simple d'en entendre le contenu de la bouche même de dom Pedro et d'économiser ainsi les pleurs et les frais de navigation. Il doit y avoir à ce sujet quelques détails qui, s'ils étaient connus, expliqueraient l'énigme. Ce qui refroidit l'intérêt que je prends aux douleurs d'Inez, c'est que toute cette histoire se passait, il y a tout juste cinq cents ans (1).

Le gouverneur civil, M. Lopez de Lima, est le même qui, comme gouverneur de Goa, fut forcé par une révolution d'abandonner son poste.

Le recteur, comte Terena, est un homme de quatre-vingts ans.

(1) L'histoire complète d'Inez de Castro a été reproduite d'après les chroni- (piiMirs rontcniporains par M. fVrd. Ucnis, dans ses Chroniques chevalcrcsijKcs (l'Esixigne et île l'orlu;^<il.

rriNftHAlRK. 477

Ij.'binnp, \c "24 novi'iiiliic IS43 DE COIMBRE A LISBONNE.

C'est à cinq heures du matin qu'eut lieu notre appareillage, s'il est permis de se servir d'une pareille expression en parlant d'un bateau qui le plus souvent glissait sur le sable , et d'autres fois avançait en cédant aux efforts des bateliers auxquels nous avions confié notre sort. Ces barques portent le nom de Bateis : elles ne tirent que 5 à 8 centimètres d'eau. Dans cette saison, le Mondego est presque à sec; néanmoins nous avons rencontré plusieurs de ces bateaux de la même grandeur, ou même plus grands qui essayaient de remonter la rivière. Sur les deux rives on voyait force monde allant à Coïmbre, les uns à cheval, les autres à pied, remorquant leurs bateaux à l'aide de cordes. Le paysage était animé; la campagne environnante est plate , mais fertile ; derrière nous les serras (montagnes) bornaient l'horizon de leurs teintes azurées. A midi nous arrivâmes à Montemor (5 legoas). Il n'y a pas en Portugal de ruines plus imposantes que celles de son château. Nous y fimes un de ces dîners dont on ne parle pas. C'était un jour de foire. Nous partîmes vers trois heures, et cependant nous n'arrivâmes à Figueira (2 legoas) qu'au coucher du soIeil,après avoir eu à lutter contre le vent et les vagues pendant l'espace d'une legoa où la rivière forme une baie.

Figueira m'a frappé comme un lieu de plaisir et de réjouissance. J'y arrivai le samedi soir, et le lendemain , 8 septembre, commença le festival en l'honneur de la nativité de la vierge Marie. On ne saurait se faire une idée de la gaieté de ce peuple, à moins de l'avoir vu à pareille fête. Leur costume est fort joU. Les hommes sont bien faits et paraissent propres. Beaucoup d'entre eux portent des chemises blanches et de larges culottes qui descendent un peu plus bas que le genou ; une veste est gracieusement accrochée à leur épaule, et un bonnet de laine rouge ou bleue complète leur costume. Celui des femmes est beaucoup-plus varié; j'en ai esquissé quelques-uns; dans les rues, sur le rivage, sur les places, dans les cabarets, partout on voit des danses, partout on entend de la musique,

des chants, des rires; ils ont des airs très monotones, d'autres sont fort mélodieux, comme, par exemple, le suivant, que j'ai noté avec ses paroles :

Que lindo botâo de rosa 0"el joli bouton de rose

Que aquella roseira lem ! Que celui dont se pare ce rosier !

De baixo ninguem Ihe chega Personne d'en bas n'y peut atteindre (jBrouo) Acima nào vai ninguem. {Bravo) Etdessus personne ne grimpe.

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èm^ÈE^

La danse nationale est peu animée ; le nombre des danseurs ne dépasse pas ordinairement huit ou dix, ils sont placés sur deux rangs parallèles, et sautent tantôt sur un pied tantôt sur l'autre ; ils s'avancent jusqu'à ce que leurs corps se touchent ; en même temps ils élèvent leurs mains à la hauteur des épaules, et imitent avec leurs doigts le bruit des castagnettes. Quand ils ont ainsi sauté pendant quelque temps, celui qui se trouve à l'extrémité d'un rang passe de l'autre côté, tandis que l'inverse passe au bout opposé ; les sauts continuent sans interruption.

Ce festival se passe surtout à Buarcos, à un peu plus d'une demi-legoa de Figueiza sur une montagne, au sommet de laquelle se trouve une chapelle visitée par bien du monde. Ceux qui ont à remercier la vierge Marie, dont l'image se trouve audessus du maître-autel, ceux qui ont à demander des faveurs, sont en aussi grand nombre que ceux qu'attire la curiosité ou le désir de s'amuser. La foule était grande, la journée magnifique. Le desservant de la chapelle ramassa, au moyen de ses quêtes, plus de mille cruzades (près de 3,000 francs) ce jour-là ; il vit confortablement sur la réputation des miracles de l'image. '

Buarcos a un château ruiné dont les murs sont encore debout en quelques endroits; il appartenait à la famille Cadaval qui en a mémo porté le nom. Le village aboutit à la mer; la pêche est très abondante dans le voisinage.

Je me suis embarqué à Buarcos le même jour où j'ai quitté Figueira (10 septembre), et me suis mis en route pour Lisbonne. Pendant quelques heures qui ont précédé notre départ, j'ai pu voir d'assez près la pêche de la sardine. Les filets étaient jetés à une demi-legoa environ de la côte où l'on gardait le bout des cordes. De longues rangées de pêcheurs s'attelaient aux deux bouts et tiraient les filets à terre ; cette opération durait chaque fois bien plus d'une heure et se terminait par les plus heureux résultats. ' Les pêcheurs ne manquent jamais d'acheteurs pour leurs sardines, quelque grande qu'en soit la quantité ; on m'a assuré que le prix qu'ils retiraient du poisson pris d'un seul coup de filet s'élevait quelquefois à 2 contos (11,900 francs). Ce poisson a les mêmes habitudes et le même sort à peu près que le hareng. La sardine visite la côte en bancs innombrables; la mer en est épaissie ; pendant des années elle fréquente de préférence certains parages qu'elle abandonne ensuite, quelquefois pour toujours. Aussitôt qu'elle est prise, on la ^ale. C'est la nourriture de prédilection des basses classes, et je partage leur goût, quoique j'aie de la peine à concevoir qu'ils ne s'en fatiguent jamais. Le jour de mon départ de Figueira, j'en ai mangé quelques-unes sortant de l'eau, et frites dans du beUrre (et non dans l'huile infecte dont on se sert dans le pays) ; je les ai trouvées délicieuses.

Il y a peu de temps la côte de Sétubal fut visitée par des bancs de sardines si épais, si nombreux, que l'on prit la peine de les presser pour en tirer de l'huile ; cette opération donna des bénéfices considérables. Une fois pressé, le poisson fut salé et entassé dans des barils pour être expédié en Italie où il fut acheté et mangé par les pauvres gens. C'est M. O'Neil qui a fait cette spéculation, et c'est de lui-même que je tiens le fait.

Nous quittions la côte au moment où le soleil se cachait derrière l'horizon ; la mer était unie comme une glace ; de toutes parts on voyait arriver des bateaux de pêche ; d'autres avaient déjà atteint la plage, qui était couverte de leur prise de la journée. Les uns étaient occupés à trier le poisson et ù l'entasser par espèces ; les autres venaient l'acheter et emportaient leurs lots. Cette scène animée, avait attiré une foule considé-

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rable. La baie sablonneuse , entourée de roches , couronnc'e par les murailles de Buarcos , servait d'amphithéâtre aux groupes de spectateurs.

Dix-huit heures plus tard nous avons débarqué sur la place do Commercio à Lisbonne.

Lisbonne, 6 décembre itiA'i.

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