MARSEILLE
6 juillet. — Je suis arrivé ici avant-hier et je compte partir après-demain. Il vient de me tombt?r sous la main un article delà Gazette universelle d'An gs bourg ^mv Séville (Beilage, n° 174). Je l'ai lu avec intérêt et il me servira de prospectus pour ce que je dois voir et rechercher dans cette ville.
488 VlNGT-iNEUVIÈME LEITRE.
Ce que vous allez lire n'est pas une traduction, mais bien un extrait auquel j'ai mêlé quelques observations. L'auteur de cet article divise les monumens architec'.oniques de Séville en quatre catégories.
1. Les antiquités romaines formentlapremière. Parmi cellesci sont comptées hypothétiquement ou traditionnellement les murs de la ville avec leurs créneaux pointus, leurs tours innombrables, et la tour du Guadalquivir, appelée la torre del Oio qui doit avoir renfermé les trésors de Pierre-le-Cruel. Il Wy aurait d'après cela à Séville aucun monument existant dont l'origine romaine fût authentique. En revanche cette ville possède un grand nombre de fragmens archi tectoniques et plastiques qui remontent indubitablement à cette époque : ce sont des fragmens de colonnes et de coniiches ; des chapiteaux, des torses, des bustes, des inscriptions et des statues. Parmi ces dernières on distingue surtout celles qui représentent un hercule et un empereur. Ces deux statues surmontent des colonnes de granit d'une seule pièce, hautes environ de 13 à 14 mètres. Le musée renferme beaucoup de ces fragmens dont un grand nombre provient de fouilles faites à une lieue de la ville, dans l'emplacement de l'ancienne Italien.
2. L'Alcazar, palais des rois Maures , est le plus beau spécimen de l'architecture arabe. Il est entouré de fortifications et de murailles et renferme un labyrinthe de riches appartemens, de colonnades, déterrasses, de galeries , de cours et de jardins. Ici comme en Portugal et ailleurs, la présomption qui croit toujours plus savoir et mieux faire que les temps passés, a modernisé ou badigeonné une grande partie de l'édifice; cependant il en reste encore assez dans l'état primitif pour donner une idée de ce que c'était que ce palais des rois Maures. Le morceau le mieux conservé est la cour principale appelée el patio del deposito de las donccllas, où suivant la tradition on réunissait les cent jeunes filles dont se composait le tribut au prix duquel les Arabes consentaient à ne pas troubler la paix du nord derEspagiie. Ce fut le roi de Léon, don Ramirc II, qui délivra l' Espagne de ce tribut. Le style do l'Alcazar engéijcial est conforme à celui del'AIhambra; ce-
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pendant il en dififbre sous plusieurs rapports. Les arcs dans ce dernier édifice sont en fer à cheval , tandis que dans l'Alca/ar ils forment des demi-cercles ù-peu-près parfaits, ou trois quarts de cercle ; ou se terminent même en pointe comme dans l'architecture gothique. L'architecture des Sarrazins est aussi représentée par la Giralda, ou clocher de la cathédrale. Cette Giralda est de construction arabe jusqu'à la hauteur de 84 mètres. La partie supérieure a été ajoutée par les Espagnols (|uatre ou cinq cents ans plus tard, et ne vaut pas, dit l'auteur de l'article , la partie inférieure. Deux côtés du mur d'enceinte qui entoure cette cathédrale, sont également l'œuvre des Sarrazins et sont formés des restes d'une mosquée.
3. La cathédrale est à peu près le seul monument gothique qui existe à Séville, mais quoique inachevée elle est une des œuvres les plus sublimes qu'aient produit les siècles de la plus grande puissance et splendeur du catholicisme : c'est une des merveilles du monde.
4. Tout ce qui n'appartient pas à ces quatre catégories, l'Espagnol le désigne par gusto plateresco, et l'auteur de l'article traduit ce mot par style fantasque. Ce sont indistinctement les productions des trois derniers siècles. Cependant je me permettrai d'observer que le style de François 1" mérite peu cette dénomination.
A Sévillc, les productions des écoles de peinture de cette ville et de Valence sont innombrables. Le musée du couvent de la Merced en renferme un grand nombre. Ils portent les noms deMurillo, Zurbaran, Velazquez, Cespedes, Roelas, Juan del Castillo, Alonso Cano et autres peintres célèbres. « A côté " de tant de tableaux de Murillo qui sont si pleins de chaleur « et de vie interne, ceux de Zurbaran forment un grand con- " traste. Jamais ses pécheurs repentans n'ont l'air d'avoir " réussi à bannir le désespoir de leur cœur. C'est en vain que " tous ces moines, dans leurs désirs de mériter les joies du " paradis, se déchirent la peau avec leurs disciplines, soupi- " rent et poussent des gémisscniens, ils n'ont jamais l'air d'a- " voir triomphé de l'enfer que leur cœur renferme. On ne peut
" contempler sans horreur ces déplorables représentations, dans " lesquelles on voit une infernale méchanceté en lutte avec le " supplice causé par des remords surhumains et le fanatisme " livrer au doute un combat inutile. Une pareille collection " de tableaux est une page illustrée de l'histoire du genre hu- •• main. »
D'autres collections particulières renferment peut-être des richesses plus grandes que celles du musée. Parmi ces collections je citerai surtout celle de dom Manuel Lopez de Cepero dont la maison a été habitée par Murillo et qui renferme les seules fresques qu'on connaisse de ce maître; celle de M. Escacena qui se compose de 3,000 tableaux , et la plus remarquable de toutes : celle de M. Anicete Bravo qui s'augmente encore tous les jours.
C'est pour aiguiser mon appétit et le vôtre que j'ai extrait ces notices de la Gazette dAugshourg. Je suis avide de voir. Ce ne sera pas la lumière du ciel qui me manquera, car depuis quinze jours le soleil en répand ici des flots ardens.
L'aspect de Marseille et de ses environs ne présente guère de verdure. L'activité commerciale dont cette grande et belle ville fournit le spectacle est vraiment surprenante.