‹ Les arts en PortugalChapitre 16 sur 138 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Puisque j'ai en quelque sorte montré la force de la connaissance du dessin qui est la racine et la source de tous les ouvrages manuels et visibles , voyons maintenant en quoi il peut être utile au service de Dieu, ce qui est la chose principale. L'homme qui connaît le dessin, nonseul(!ment pour l'avoir appris , mais i)arce qu'il est doué d'iinagiiuition, peut servir Dieu pour son fcglise, v.n beaucoup d'ouvrage» «[ui dépendent de l'entendcmenl; d'abord pour représenter avec des proportions parfaites, la divine figure cl limage de Ihoslio vivante qui est Notre

Soigneur Jésus-Chiist , et la graver sur les fers qui servent do formes, comme me faisait faire le défunt roi pour les formes des hosties grandes et petites, qui étaient gravées par le père frère Lopo d'après mes dessins pour tous les monastères du Portugal. Le dessin sert encore pour donner une forme et proportion parfaites au calice, comme lit à Rome , d'après son propre dessiu ce fameux dessinateur à qui l'on doit le calice d'or avec lequel les papes célèbrent et duquel je reçus l'absolution, moi, indigne pécheur, dans l'église de Saint-Pierre à Rome, après avoir reçu Notre Seigneur de la main du pape Paul III. Ce merveilleux calice est le plus beau du monde, le vase précieux est supporté par les trois vertus théologales réunies en groupe.

Le dessin sert à enluminer et rehausser d'or les paroles de la consécration que l'on met sur l'autel , et à les orner d'images et d'anges gracieux, comme je fis pour celles que le défunt roi me commanda de dessiner sur deux tablettes d'argent. Il sert pour les images des livres enluminés, tels que missels et autres livre du chœur et de l'autel, qui doivent être dessinées avec grand soin et avec grande prudence, comme ceux que le roi dom Manuel votre bisaïeul fit faire par mon père Antoine de Hollande, ainsi que le bréviaire de la reine dona Eléonora femme de dom Jean II , autant pour leur usage et dévotion que pour leurs chapelles. Tels sont ceux enluminés par le célèbre don Jules à Rome pour quelques cardinaux, et ceux de Simon de Flandre.

Il sert pour la forme et l'ornement du tabernacle de l'ostensoir, du ciboire, pour la navette, l'encensoir, la patène, le bénitier et autres vases sacrés et pour les croix enrichies d'ornemens.

Il sert pour la coupe et forme des étoles, dalmatiques, chasubles, aubes et chapes ornées de figures d'anges et de saints , comme celles que le défunt roi me fit dessiner somptueusement pour Belem. Cet ouvrage n'a pas pu être terminé par la reine à cause des embarras qui lui survinrent, et Votre Altesse devrait le faire achever.

Il sert pour la tiare du pape et la couronne de l'empereur dans la cérémonie du sacre, et pour la mitre et la crosse de l'évoque. J'ai fait autrefois le dessiu d'une mitre d'argent que fit faire le défunt roi et sur laquelle je dessinai les quatre animaux de la vision d'Ezéchiel. Le dessin sert pour les dais, les dossiers, les masses, pour les chandeliers, les lampes d'argent, pour les chaires et pupitres.

Le dessin est nécessaire pour les tableaux d'église , parmi lesquels il y en a qui sont à la portée du vulgaire non lettré ; mais d'autres d'un genre plus élevé «ont profitables aux érudils et aux théologiens; il les enflamme d'amour pour Dieu, élève leurs pensées, éclaire leur esprit. Tel est, par exemple, le tableau de l'église de Saint-Dominique à Lisbonne , qui représente le mystère de la justification du vieil homme dans l'arbre de la vie, racheté par le nouvel homme dans l'arbre de la mort. Beaucoup d'ignorans n'entendent pas le sens de ce tableau

Ci DEUXIÈMIi LETTRE. — APPENDICE,

parce qu'ils n'ont que de la dévotion sans discernement.

Voilà ce qui s'est présenté à mon idée, pour le moment, sur l'utilité de la peinture dans le culte divin et le service de Notre Seigneur. Je laisse de côté d'autres applications que lui donnent les papes et la catholique Église romaine.

De VuHlité de la science du dessin pour le service du roi.

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