DE LA PEINTURE
« Au moment où l'ambassade arriva à Lisbonne ( 28 décem-
- bre 1428) la cour se trouvait à Estremoz. Les envoyés s'y « rendirent et pendant qu'ils traitaient de l'objet de leur mis- « sion. Maître Jean , qui fut depuis le célèbre Jean Van Eyck, « fit un magnifique portrait de l'infante dona Isabelle ( 2 ) .
(1) Ancêtre du comte d'Oriola.
(2) En 1836, le roi Ferdinand, alors prince de Saxe-Cobourg, se rendant en Portugal pour épouser la reine, Gl un court séjour à Bruxelles. A une fêle de cour qui se donna à celte occasion, la reine des Belges parut dans un costume qui était fidèlement copié d'un portrait dans lequel le comte de Lavradio a cru reconnaître l'œuvre de Van Fyck, dont il est parlé dans la comnuuiication de M. Ferdinand Denis. C'est le comte de I avradio qui avait négocié le mariage, et qui accompagnait le prince, de qui je tiens ces détails. Le portrait en question se conservait alors dans la bibliotlicquc de Bruxelles.
" Cette princesse n'arriva à Bruges, où se trouvait Philipj-e " le Bon, que vers la fin du mois de décembre 1429. Ce fut à " ses noces que le duc Philippe institua l'ordre de la toison " d'or.
« L'infante Isabelle, devenue duchesse de Bourgogne, mou- « rut le 17 décembre 1471 : elle est ensevelie dans la cathé- « drale de Dijon.
" Consultez :
« Barante, Histoire des ducs de Bourgogne^ tomes iv et vi.
« Gachard, Collection de documens inédits y etc., tome ii , » pages 63 et suivantes ;
« ReifTenberg, Anciennes relations de la Belgique et du " Portugal;
« José Soarez da Silva, tome i des Mémoires du roi don " Jean P^ (en portugais), passim ;
« Duarte Nunez de Leao, Chronica del rey don Joâo I ;
« Vicomte de Santarem, Quadro elementar das relacoes « politicas, e diplomaticas de Portugal, etc., tome m, " pages 43 et suivantes;
« Et surtout le manuscrit de la Bibliothèque royale de Pa- « ris, n" 10,24.5 déjà cité ailleurs et reproduit en partie par " divers auteurs, et notamment par quelques-uns de ceux qui " précèdent. »
La lettre précitée de M. Ferdinand Denis, renferme la liste des peintres portugais auxquels une notice est consacrée dans Orlandi augmenté par Guarienti; édition de 1753.
Au XV* siècle.
Alvaro di Piètre.
Au XVI* siècle.
Vasco.
Andréa Gonzalez.
Campello.
Cristoforo Lopez.
Fernando Gallegos de Salamanque. On voit de lui beaucoup d'ouvrages en Portugal, et il imita Albert Durer (1).
(1) Fcrmudez lui a consacré uii assez long article. Ce peintre, d'après Bermudez, est mort^en 1550. Ne serait-ce pas lui qui aurait pu être l'auteur du Centurion. l'erniudez ne dit pas qu'il ait travaillé en Portugal.
Fernando Gomez (1 580).
Giov. de Hemessem , peintre allemand de l'école d'Albert Durer (4). Il vivait à Lisbonne en 4 531 .
Au xvn° siècle.
BentoCoelho(4680).
Claudio Coelho.
Diogo Pereira.
Gioseffod'Avellar(i640).
Manoel Pereira (m. 1667),
Au xvm® siècle.
Francisco Vieira.
Si nous récapitulons ce que nous avons pu découvrir jusqu'ici relativement à l'influence flamande ou allemande, aux xv" et XVI* siècles, nous voyons plus ou moins clairement quelle part ont pu prendre à ce mouvement artistique les peintres dont je vais faire suivre ici les noms :
Jean Van Eyck, de passage en Portugal.
Antoine de Hollande, peintre en 1 500.
François de Hollande, peintre en 1 539-1 571 .
Moro, 4512-1588 (Voyez appendice 44« de cette lettre).
Christophe d'Utrecht, 4 498-1 557 (Voyez appendice 1 4'-" do cette lettre).
Olivier de Gand, sculpteur en 4 508 (Voyez appendice 4 ^'' de cette lettre).
Frey Carlos, 4535.
Fernando Gallegos, mort en 4550, que Bermudez dit avoir été imitateur d'Albert Durer, et dont on voit, d'après Guarienti, beaucoup de peintures en Portugal.
François llenriquez qui fit venir de Flandre sept artistes pour l'assister dans ses travaux. Ils moururent tous de la peste en 1518 (Voyez appendice 4").
George Van der Straten, peintre flamand en 1 556 (Voyez appendice 4 '''■).
Frey Mascn, peintre en 4 544 (Voyez appendice l"'). Ce nom paraît indiquer une origine allemande.
Maître Guillaume Belles ouBoUeu, 4448-4473 (Voyez appendice 3*)» 11 était, d'après le cardinal patriarche, le premier peintre sur verre de Balalha, dont parlent les mémoires. Ce
(1) J'ai vciifié le fait, et j'ai trouvé seulement que Guarienti a vu do lui à Lisbonue ua tableau chez M. Silva lelles {foyez page 148J.
môme auleur suppose qu'il ôlail étranger. Le nom de Bollcu pourrait bien cire la corruption du nom deBeaulieu, et appartenir à l'ancienne Bourgogne. Belles (Belleza, beauté) pourrait bien être la tradition de Beaulieu. Abraham Prim, vers 4530, dont le prénom, comme nous l'avons vu, fait supposer une origine flamande. Les noms de David, Abraham, Samuel, sont communs en Flandre; ils ne se rencontrent guère en Portugal.
Vous verrez aussi dans le prennier appendice que l'infant dom Ferdinand a demandé à Damien de Goes, chroniste de dom Emmanuel et son ambassadeur en Flandre (1530), de lui faire venir de ce pays des enluminures et des tapisseries, > Bermudez dit à cet égard ce qui suit : voyez l'art. Gallegos (Fernando). « Il naquit à Salamanque, vers le milieu du « xv« siècle, et quoiqu'il ait encore pu être élève d'Albert " Durer, comme plusieurs auteurs le prétendent, parce qu'il " a imité son style , cependant il a pu aussi étudier en Es- « pagne, où ce style fut introduit par beaucoup d'artistes « allemands, flamands ou italiens, car c'était celui qui ré- « gnait généralement dans toute l'Europe. Ce qu'il y a de plus « vraisemblable , c'est qu'il a appris chez Pierre Berruguete, " son compatriote, et chez d'autres peintres en grand nombre " qui existaient alors en Castille. «
Ajoutez à cela le grand nombre de productions de l'art, et notamment les tableaux de Setubal, dont l'origine allemande ou flamande, est historiquement constatée. Ajoutez encore les tableaux qui montrent cla^'^ement cette influence, et parmi lesquels je citerai ceux qui sont munis des marques ou monogrammes suivans :
Le n" 1, est la marque qui se voit sur un des tableaux d'Abraham Prim [F'oyez lettre 7*).
Le n° 2, est la marque mise sur V Adoration des Mages de la bibliothèque d'Evora [f^oyez une des notes qui suivent le 3' appendice de la 7' lettre, communication de M. O'Neill du 18 février 1844).
N*" 3. Voici ce qui m'a été communiqué au sujet de cette marque : *
« Mars 1844. » Lettre d'Évora.
" Le tableau, dont on a extrait ces deux monogrammes, « se trouve dans la première salle de la bibliothèque de la " ville d'Evora; il représente \' enfant Jésus parmi les doc- « teurs, et peut avoir 20 palmes de longueur sur 3 1/2 à 4 « delargeur(4,50m.sur80c.). Ces deux lettres, si ce sont des " lettres, se trouvent placées au bas dudit tableau de la même " manière qu'elles sont représentées ici ; seulement elles se « trouvent à une plus grande distance l'une de l'autre, ce qui « n'a pu être strictement observé ici à défaut d'espace. "
Il paraît que la marque n° 5 se voit sur ce même tableau. J'éclaircirai cette circonstance quand j'irai à Evora.
« Dans l'une des salles du palais archiépiscopal de cette
" ville, qu'habite aujourd'hui M. le vicaire général , existent " un grand nombre de tableaux, ornant cette même salle, '. attribués par les amateurs ou connaisseurs à ce même « peintre (attribution qui exige certainement une grande in- " telligence); mais aucune de ces peintures ne porte de sem- " blables monogrammes. •»
N" 4. Monogramme qui se voit sur un tableau appartenant à lord Howard de Walden {P^. l'appendice 11" de cette lettre). N°5. C'est la marque qui se voit sur un tableau de la bibliothèque d'Evora, représentant ye''.y?/.y/;ar/;2i les docteurs. Cette même marque doit se trouver sur un tableau représentant la Cène d'une des chapelles de la cathédrale d'Evora [Foyez une des notes qui suivent l'appendice 3 de la 7° lettre). Lettre d'Evora du 26 février.
Dans le tableau de Jésus parmi les docteurs, on voit des caractères sur le chapeau d'un des docteurs.
L'inscription paraît de pure invention. M. Ferdinand Denis l'a soumise à Paris à plusieurs paléographes instruits, entre autres à M. de Longpérier, un des plus habiles archéologues de la Bibliothèque royale, mais nul n'a pu la lire.
Quant au monogramme n^S, on voudrait y reconnaître un F et un y, mais remarquez que, pour que ce fussent les lettres initiales de Vasco Feniandez,'\\ faudrait que le /^précédât VF. Je suis bien au contraire presque sûr que les monogrammes 2 et 3, qui du reste sont évidemment identiques, sont les initiales X. V. , et que ce monogramme est celui de Christophe d'Utrecht.
Le nom de Christophe, Christomo, s'écrivait dans l'ancien portugais : Xpouâo, ou bien même seulement Xpcio. Il n'y a pas de doute que la première lettre des monogrammes 2 et 3 est un X grec, et l'on mettait anciennement cette lettre, au commencement du nom du Christ et de tous les autres noms qui en dérivent. Quant à XV, on l'écrivait invariablement au commencement des mots comme un V. Tout ce que Guarienti [Ahecedario pittorico , page 135) dit de ce peintre vient à l'appui de ma supposition.
P. S. M. Ferdinand Denis , citant frey Bernardo da
Cruz^ Chronîca de el rei don Sehastiano m'a fait connaître l'existence de dom Hieronimo o Pintor, fils de dont Antonio deMafra, qui mourut en 1578, à la bataille d'Alcaçar Kebir. M. F. Denis cite aussi le passage suivant qu'il a extrait de Faria e Souza^ Europa Portugueza, tome ii, page 391. « Il « n'est pas hors de propos de rappeler pour l'histoire de l'art, « que vers 1470, on fit faire en Portugal d'admirables tapis- " séries, représentant les expéditions d'Alphonse V en Afri- « que, à Tanger et à Arzila. » « Uma d'ellas se conserva « en la casa del Infantado en Castilla, muchas vezes la « vimos. »»
* "Nota.. Lishonfie, le 12 juillet 1844. Je suis revenu hier d'Evora. Ma lettre quinzième vous fera voir combien la plupart des renseignemens qui se rapportent à cette ville sont inexacts. Cette même observation se trouve en tête de ma lettre septième.
APPENDICE PREMIER