BERARDO
Vizeii, le 3 mal 1844.
Il est très important de conserver la mémoire des grands hommes ; non-seulement parce qu'il nous est agréable de pouvoir les compter au nombre de nos compatriotes, mais encore par l'utilité qu'il y a à les présenter comme modèles à ceux que la nature a doués de dispositions capables d'atteindre à la même hauteur. Souvent une négligence blâmable nous empêche de rendre au mérite le tribut que nous lui devons, et par la suite des temps cette faute est difficile à réparer.
Quand il s'agit d'antiquités sur lesquelles les contemporains ont négligé de nous fournir des renseignemens positifs, il devient presque im-
possible d'en attester l'authenticité. II faut recourir à d'autres documens, à des monumens, ou à la tradition. Cette dernière méthode est la moins sûre, parce qu'elle est susceptible de subir l'influence de la malice ou de l'ignorance, apanage ordinaire de l'espèce humaine. Ce qu'il y a do plus certain ce sont les documens, car ils prouvent; puis viennent les monumens parce qu'ils confirment : selon que l'origine en est plus ou moins certaine. C'est de ce dernier mode que s'est servi l'auteur du Supplément aux notices de Gran-Vasco, et c'est pour cela qu'il s'est rapproché davantage de la vérité.
Le soin que j'ai pris de répondre au désir des personnes distinguées qui veulent payer un digne tribut à la mémoire du grand artiste, n'ayant pas obtenu un succès complet , j'ai procédé à de nouvelles recherches dans les papiers dos archives de l'église de Vizeu, et je suis enfin parvenu à y découvrir l'extrait baptistaire de Vasco , qui remonte cà 1 552, et qui est conséquemment plus ancien que le premier qui a été cité, et qui est de 1595 (1). Voici une copie fidèle de l'acte tel que l'on peut le lire P 22 :
« Aos xvij dias do mes de setembro de i 552 afios bautisei Vasque T « de fr" Fez. paintor etde ma Amriques sua molher forâo padrinhos e « madrinhas Egas Vclho e p» Lopes f" de A° do Rego e R° A° madrinhas « m" Lopes molher de Gaspar Vas et C*» Pays , molher de Geronymo « Tavarestodos moradores nestacidade e por verdade asynei aquy.
« AfOxNSO Alves. »
L'interprétation en est facile : — « Le 18 septembre 1 552 j'ai baptisé « Vasco, fils de François Fernandez, peintre, et de Marie Ilenriquez sa « femme. Ont été parrains, Egas Velho et Pedro Lopes, fils d'Alphonse « de Rêgo et Rodrigo Alphonse. Et marraines, Maria Lopes, femme de 0 Gaspar Vaz, et Catherine Paes, femme de Jérôme Tavares, tous ha- « bilans de cette ville. En foi de quoi j'ai signé le présent.
vt Alphonse Alves. »
Si en effet c'est là le Gran-Vasco dont il s'agit tant aujourd'hui, il s'ensuit naturellement que ce peintre ne peut être aucun de ceux cités par M. T. S. Lourciro, dans le discours qu'il a prononcé le 22 décembre 4843, et que le vicomte de Juromenha a eu la complaisance de m'envoyer. Cependant, Francisco DiazGomez, dont l'opinion est rapportée dans ce discours, dit que Vasco fiorissait sou.s dom Jean III, ce qui est presque d'accord avec mon opinion actuelle. Nul doute que si l'antiquaire de Vizeu, Manoel Botelho Ribeiro qui vivait vers la fin du
(1) Je n'ai jamais entendu parler de celui-là. M. Rerardo veut dire pcutêlre 1455, date qui se rapporte àj'cnlumineur Vasco.
(^Note de l'auteur des lettres.)
XVI* siècle, n'a pas connu Vasco, du moins il a dû ôlre presque son contemporain et il a su son nom. Or, il l'appelle Vasco Fernandez, en divers endroits de la pièce que je possède.
Celte opinion est en outre confirmée par la sacristie de la cathédrale de Vizeu, terminée par l'évoque G. Ataide, en i57i , ainsi qu'on le voit par l'inscription qui dit :
GEORGIUS ATAIDES EPIS.
YISEN : F. C. MDLXXIIII
Georgius Ataide Episcopus Visensis Faciendum ciiravit 1574.
Il faut maintenant faire remarquer que les tableaux de Vasco, qui se trouvent dans celte sacristie, sont tellementbien placés, eu égard au jour provenant des fenêtres, qu'évidemment ils ont dû y être mis après l'achèvement de l'édifice.
De ce que je viens de rapporter, je conclus : i" que Gran-Vasco do Vizeu était fils d'un autre peintre; 2° que son nom était simplement celui de Vasco Fernandez j 3° qu'il est de peu de conséquence qu'il soit né à la ville ou dans un moulin des environs ; 4° qu'il florissait surtout sous le règne de dom Sébastien ; 5° que les traditions et autres mémoires qui peuvent se trouver en contradiction avec cette opinion et que j'ai rapportés en partie dans mes dernières notices, doivent être éliminés comme dénués de fondement. Cela me paraît maintenant démontré.
Voici ce que j'expose avec franchise et ce que je soumets sans présomption à la méditation des hommes érudits. Quant à la description (lo quelques autres tableaux de Vasco, que je puis ne point avoir vus encore, je m'en occuperai dans une prochaine visite que j'ai projetée et je satisferai ainsi aux désirs de M. le comte Raczynski.
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«UlRIEIITI.
Lislioniic, le 29 juin 1144
Messieurs ,
Je joins ici les extraits de Guarienti, que je vous ai annonces [dans le postscriptum de ma dixième lettre. 11 paraît que cet artiste s'est arrêté en Portugal depuis 1733, jusqu'en 1736. Il ne dit pas quel était le but de son voyage. Cesarticlessont, comme vous le verrez, remplis de fautes, d'erreurs et d'inexactitudes; cependant je ne pense pas qu'il existe un seul livre de quelque époque que ce soit, si j'en excepte Cyrillo et Taborda, qui renferme autant de renseignemenssur les arts du Portugal. Quoique peu soigneux de bien connaître les dates, les noms et les choses, Guarienti parle au moins en homme de l'art. Cependant de la part de l'inspecteur d'une galerie, comme celle de Dresde, je m'attendais à mieux. J'ai pris des renseignemens sur les collections dont parle Guarienti et je crois que, sans exception aucune, elles sont toutes dispersées ou perdues !
Je vais vous donner tous les articles qui ont trait au Portugal, et je placerai mes observations aprbs ceux des articles qui y ont donné lieu.
Avant de procéder à cet examen, je dois rétablir l'orthographe de plusieurs noms altérés par Guarienti, et rectifier d'autres erreurs qu'il a commises.
Diego de Napoles e Noi>>ogria, lisez : Noronha.
Marquis d' Orisol, lisez : Louriçal.
Prince de Legny, lisez : Ligne,
Duc de Lofons, lisez : Lafoens.
Marquis de Mariait a, lisez : Marialva.
Comte d' Ugnon^ lisez ; Unhào.
Gaspar Dies^^ lisez : Diaz.
Schorelli, lisez : Schoreel.
Alfonso Sanchez Cooeglio, lisez : Coelho.
Benito Caelio, lisez : Bento Coelho.
Jean Holtein, lisez : Holbein.
Claudio Coeglio, lisez : Coelho.
Marquis Povolide, lisez : Comte.
Marquis Âllegretti, lisez : Alegrete.
Comte de Coccolino., lisez : Coculim.
c'était une branche de la famille de Fonteira (Mascarenhas) dans laquelle elle s'est fondue de nouveau.
Comte de Taroca, lisez: Tarouca,
Marquis de Mencezes. Ce titre n'a jamais existé en Portugal, mais il y a eu et il y a des marquis appartenant à la famille de Menezes, savoir: Marialva, Penalva, Louriçal et Vallada. Tous ces titres, excepté le dernier, sont éteints, et les branches des Menezes qui les portaient, se sont fondues dans d'autres familles. Le marquis de Menezes, dont parle Guarienti, doit avoir été dom Luiz de Menezes, marquis de Louriçal, qui a été vice-roi des Indes, depuis 1717 jusqu'en
Siha Telles, lisez : Telles da Siha. Les marquis d' Alegrete étaient des Telles. Le marquis de Penalva qui était aussi comte de Tarouca , s'est réuni par mariage à la maison du marquis d' Alegrete.
Jesse de Fezia, probablement Jozé de Faria.
J'ai été frappé d'une chose : c'est du petit nombre de tableaux d'un certain mérite que Guarienti nous fait connaître.
GUARIENTI. 3H
Voici quels sont les peintres italiens dont il a vu des ouvrages en Portugal :
André Vaccari, André Sacchi, Anne Anguisciola, Carlo Maratti, Christophe Moretto.
Domenico ZampalocchI, Philippe Gherardi, Jean Coli, François Pavona, François Tortorino, Jean-Baptiste Gualtieri.
Il est vrai qu'il parle aussi d'un petit tableau de Michel Ange peint à l'huile, mais je crois qu'il n'existe pas au monde de tableau authentique de ce grand maître qui soit peint à l'huile. Tous les noms cités ci-dessus, m'ëtaient inconnus: excepté Sacchi, Maratti et Anguisciola.
Les Flamands et les Allemands ont une plus belle part.
Abraham Hondius, Adrien van Niulant, Antoine Moor, Barnabe Ximenez, Bonaventura Peeters, Charles de lloech, Charles de Volgar, Cornelio Schud, Cornelio de Vos, Constance van Utrecht, Christophe d'Ulrecht, David Teniers, Dionigio Fiamingo, Daniel Segers, François de Hollande, Jean de Hcmessen, Jean Holbein, Jean Van-dcr-Bent, G. V. Herp, Jean Wiriex, NoUekins,
Pierre Campana, Ronind, Salomond Coningh.
Je présume que plusieurs de ces noms sont mal écrits, mais je ne puis m'en assurer, car j'ai peu de livres avec moi qui puissent me faciliter ce travail.
En fait de noms portugais, il ne nous fait connaître que les suivans :
Alfonso Sanchei Coelho, André Gonzalez, Bartelemi de Cauderas, Bento Coelho, Campello, Claudio Coelho, Christophe Lopez, Diego Pereira, Henri de S. Girolamo, Fernando Gomez, François Vieira, Gaspar Diaz, Joseph d'Avelar, Gran-Vasco.
Guarienti cite un bon nombre de possesseurs de tableaux et même de riches galeries; mais il n'en a guère relevé le mérite, par les productions d'art qui l'y ont le plus frappé. Ces possesseurs de tableaux étaient :
Menezes,
M. Diego Napoles e Noronha,
Marquis d'Abrantes,
Duc de Cadaval,
Comte de Tarouca,
Marquis d'Alegrete,
Marquis de Louriçal,
Prince de Ligne,
Duc do Lafocns,
Marquis de Marialva,
Conile d'Assumar,
M. Almeida,
M. Joseph da Silva,
GUARIENTI. 343
M. Antoine Varella, M. Jean Rodrigucz, M. François Mendoza, Comte de Villanova, Comte Coculun, Marquis de las Minas, Duc de Cadaval, Telles da Silva, Comte d'AfiiIaya, Comte d'Unhào, José de Faria, Marquis de Valença, M. d'Acunha, Comte Povolide.
Toutes ces collections ont disparu. Je n'ai pu en découvrir aucune. Je sais seulement que la comtesse d'Oeynhausen possède quelques-uns des tableaux qui avaient appartenus au marquis d'Alorna, chef d'une des branches les plus illustres de la famille d'Almeida. Les tableaux du marquis d' Alegrete sont devenus la propriété du marquis de Pénal va et sont dispersés. Moi-même je possède deux soi-disant Gran-Vasco qui proviennent de cette collection.
APPENDICE
ABECEDARIO PITTORICO