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Que ma conduite envers Chinard ne vous fasse pas mal juger de mes sentiments pour mes amis, et surtout de ma loyauté; je crois remplir un devoir en sacrifiant un ami, à ce que je dois à notre bonne Princesse, et vous devez me connaître assez pour être persuadé de ce que me coûte l'obligation où je suis de céder à la raison d'Etat, première loi d'un sujet fidèle.
S'il en est encore temps, proposez ce dernier parti à Son Altes-e. je suis sur qu'il lui en coûtera autant pour l'exécuter qu'il m'en coule pour le proposer, mais elle est sœur de Napoléon et la raison d'État l'oblige encore plus impérieusement qu'un sujet.
Tout à vous,
Hector (i) (Hector Sonolet).
A Monsieur Bazin, administrateur général des finances, Lucques. (Au dos, de la main de Froussard, dicté par Son Altesse.)
Ce qui a été fait et ordonné par S. A. est très bien et tout à l'ait police d'intérieur. Il ne faut même pas rendre de compte à cet égard.
On a dit ce qu'il fallait dire en conversation.
Cela marche d'accord avec l'opinion du maître sur les artistes qui dit sans cesse : il faut les tenir très sévèrement.
Carrare, le 7 avril 1807.
(Confidentielle a M. Froussard.
Il Diretlore générale délia /.'mica Elisiana.
Monsieur,
J'ai fait vérifier les faits en faveur desquels Mm" Chinard sollicite un délai.
La statue destinée pour le gouvernement français à laquelle on n'a mis la main qu'au moment où l'on a reçu le premier ordre de partir, est l'ouvrage de Péné lope... A l'ombre de celle statue on exécute d'autres travaux, tels que cheminées,
(il Archivio di Stato à Massa, dossier Banca Elisiana, 1807-1811 sans pagination ,
consoles, vases et autres objets de commerce, qui se fabriquent avec toute l'activité que Ton dit mettre à la statue; rien ne s'oppose à son transport, et d'après la connaissance que j'ai de l'avantage qu'il y a à porter des marbres travaillés en France, je conçois qu'il est de l'intérêt de M. Cbinard d'avoir le plus longtemps possible Madame et ses élèves pour facteurs à Carrara, mais ce n'est pas l'intérêt de la Banque.
Le prétexte de sommes à retirer et de blocs à se faire livrer me semble peu •valable; M. Chinard ne prêtait que sur gages, et avait la précaution de se faire faire un acte de vente des objets engagés, lesquels, quelle que fût leur valeur, lui appartenaient en propre en tout bien tout honneur, si on ne les retirait à l'époque fixe.
II ne faisait pas non plus d'avance sur les marbres, il ne peut donc en avoir à se faire livrer.
D'après la réclamation de Mmc Chinard, je crois qu'en lui accordant jusqu'au 25 ou 3o de ce mois, on fera plus qu'elle ne mérite.
Cette femme est dans un état d'irritation continuel, crie à tort et à travers sur tout ce qui se fait; comme fait son mari. Dès qu'elle a su que l'Académie formait un atelier et que beaucoup d'artistes venaient s'offrir, elle a crié qu'ils étaient des lâches, des imbéciles, qui ne voyaient pas que tous ces élablissements avaient pour but de ruiner les artistes, de les égorger et mille autres folies : heureusement il y a plus de contents que de mécontents, mais cela fait toujours un mauvais effet, puisque cela fait connaître que l'on peut impunément fronder les actes de l'autorité suprême.
Dernièrement, m'étanl aperçu que sur le poids des ouvrages on n'était jamais d'accord avec le receveur, je fis faire des balances avec lesquelles on pèse les pièces. Mmc Chinard, qui voulait faire passer pour 5 quintaux une pièce qui en a pesé i5, a d'abord beaucoup crié, puis a tenu mille autres propos sur ce qu'elle appelle la tyrannie la plus atroce, la plus ridicule qu'on ait jamais imaginée, que l'on n'avait jamais vue pour des marbres, etc., etc.
Toutes ces choses me reviennent par les ouvriers qu'elle emploie, par des personnes qui n'osant pas se plaindre elles-mêmes, me disent que c'est Madame qui dit telle chose, et cela pour savoir ce que je dirais moi-même.
Vous sentez, Monsieur, que tout cela fait quelquefois, ce qu'on appelle des tripotages fort désagréables. Je ne parle pas des sobriquets qui, jetant un certain ridicule, excitent d'abord le rire des mécontents et des malins, mais finissent toujours par avilir en quelque sorte dans l'opinion, ceux qui en sont l'objet.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec respect et considération, Votre très humble et obéissant serviteur,
Hector So.nolet.