‹ Les arts et les artistes pendant la période révolutionnaire (1789-1795), d'après les documents de l'époqueChapitre 21 sur 48 · MÉDAILLES ET MONNAIES · texte numérisé non relu

MÉDAILLES ET MONNAIES

De toutes les manufactures de l'Etat, la Monnaie fut celle qui légua à la postérité les souvenirs les plus caractéristiques. Elle ne fut point seule d'ailleurs à accomplir sa tâche et l'industrie particulière fournit son large contingent au médaillier révolutionnaire, qui demeure particulièrement curieux et contient nombre de pièces d'un haut mérite.

Les principaux graveurs de médailles arrivés à la

maturité de leur talent, à la fin du règne de Louis XVI, Warin, Dupré, Dumarest, Galle, etc., sortaient des manufactures d'armes où ils ciselaient des épées, des couteaux de chasse, des fusils de grand luxe. Très tiers de leur science, ils en exagéraient les effets. Tous leurs coups d'outil se voient trop. Si l'on met en parallèle des médailles antiques et des médailles gravées par eux, on établit de façon décisive la différence, qui sépare Fart complet et parfait du métier, si habile qu'il puisse être. Au fond, ces graveurs venus des manufactures d'armes, étaient bien moins des artistes que des ouvriers d'art d'un haut mérite. Dupré sorti des ateliers de Saint- Etienne, où il passait pour un maître, était allé se placer sous la direction de Pajou et y avait acquis assez rapidement les qualités d'art proprement dit qui lui faisaient défaut. Ses confrères imitèrent rapidement son exemple et, par là, sans qu'il y eut, au sens effectif du terme, une révolution dans l'art de la gravure en médaille, il s'y produisit une transformation qui n'est point sans un certain intérêt d'art, bientôt rendu plus attrayant par les motifs des sujets traités.

Avec la Révolution, le grand public prend le goût de conserver, sous la forme de médailles, le souvenir des grands événements qui s'accomplissent sous ses yeux et auxquels il participe. Parmi les premières médailles commémoratives, Andrieu et Duvivier composent la médaille : l'arrivée de la famille royale à Paris, c'est-à-dire du voyage de Versailles à Paris effectué par elle le 6 octobre 1789. Petit à petit, les médaillistes se multiplient et, le plus souvent, les dessinateurs d'allégories, si nombreux et si habiles, vers la fin du xviii^ siècle, élaborent

les modèles, qu'ils n'ont plus alors qu'à exécuter.

Les circonstances inspiraient souvent aussi, soit aux dessinateurs, soit aux graveurs en médailles, soit à de simples particuliers, des idées de plaquettes ou de médailles. C'est ainsi*tju'on vît l'inévitable Palloy, toujours en quête d'inventions nouvelles, à l'affût de tout ce qui pouvait faire quelque réclame, et à lui-même et à son petit commerce de souvenirs de la Bastille, ébaucher, commander, et faire frapper, une plaquette en fer bordée d'un cercle de cuivre. L'inscription qui couvrait l'envers de cette plaquette annonçait, en propres termes, que la susdite provenait <( des chaînes de l'ancienne servitude du peuple français que Louis XVI a fait briser ». Sur la face de la plaquette, on voyait le modèle de la place de la Bastille telle que Palloy proposait qu'on la reconstruisît.

D'après le plan de Palloy, il y aurait eu, tout autour des édifices à arcades, d'un type unique, disposées en cercle, à la façon des maisons de l'ancienne place des Victoires, ou de celles de la place Vendôme; au centre se serait élevée une haute colonne, surmontée d'une statue de la Liberté, et ayant pour base un petit modèle de la Bastille, entouré de débris écroulés.

La médaille de Palloy fut offerte à Louis XVI en mai 1792; elle demeure comme un curieux témoignage d'un projet qui fut tout d'abord suivi ; car la cérémonie de la pose de la première pierre de la colonne a eu réellementlieu à la requête de Palloy. Du reste, en 1831, l'idée de Palloy fut reprise, à peu près telle quelle, par le gouvernement de Louis-Philippe et aboutit à la colonnne de Juillet actuellement existante. La silhouette

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du soubassement carré de la colonne de Juillet n'est même pas sans quelque analogie avec celle du cube que formaient les petits modèles de la Bastille.

Une autre fois, Palloy, dont la ligne politique semble toujours avoir été celle où l'on rencontre l'occasion de faire parler de soi, fit frapper une médaille commémorative de la fête des Suisses de Châteauvieux. On y voit un homme au torse nu et le bonnet de galérien sur la tête, agitant les tronçons de sa chaîne, rompue. L'un des types porte : Bonne sur les combles de la Bastille, le 9 avril 1792, Can IV de la Liherte\ par le patriote Palloy aux victimes du despotism,e reconnus [sic) innocents [sic) par un décret du 30 décembre sollicité par Collot d'Herbois. La médaille est en fer, elle porte en exergue : Ce fer vient d'un des carcans de la Bastille.

Lorsqu'on consulte l'ouvrage très important de Hennin, — publié en 1826, — on est frappé par le nombre et par la variété des ouvrages numismatiques qui apparurent durant la période révolutionnaire. Hennin a relevé plus de 700 pièces, parues entre 1789 et 1795.

Chaque grand événement devient un prétexte à médaille commémorative. La plus ancienne en date est une médaille d'étain dédiée à l'ouverture des États généraux. Sur la face, on voit un profil de Louis XVI dont le champ porte exactement ceci :

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