‹ Les arts et les artistes pendant la période révolutionnaire (1789-1795), d'après les documents de l'époqueChapitre 22 sur 48 · LE TIERS ÉTAT LA SOUTIENDRA, VIVE LE ROY POUR LE BONHEUR DE SON PEUPLE · texte numérisé non relu

LE TIERS ÉTAT LA SOUTIENDRA, VIVE LE ROY POUR LE BONHEUR DE SON PEUPLE

Cette pièce, d'une exécution médiocre d'ailleurs, n'est intéressante que comme exemple de la production créée en vue de la vente au gros public.

La réunion des trois ordres donna lieu également à la fabrication de plusfeurs types de médailles allégoriques, populaires, en étain, ou en cuivre, dont quelques-unes munies de bélières. La prise de la Bastille fut représentée par une plaquette ronde, en étain, dessinée et gravée par Andrieux. C'est un tout petit tableau, avec une foule de personnages, représentant, avec un grand luxe de détails, l'attaque de la forteresse. Le modèle de cette médaille servit à nouveau à Palloy en 1792. Le revers, cette fois, était plat ; Palloy y avait fait coller un papier, où se trouvait écrit, à la main, le nom de l'électeur auquel la plaquette était offerte, et autographiée la signature : Palloy, patriote.

Les premières médailles qui soient en réalité des œuvres d'art, furent celles de Benjamin Duvivier. Celleslà ne furent point des productions hâtives; elles furent toutefois exécutées sans délai, ce sont les effigies de Bailly, de Lafayette, de Louis XVI. Cette dernière est frappée en souvenir de l'établissement de la mairie de Paris : elle porte, au revers, une forte belle composition allégorique signée Dupré. Les médailles populaires à l'effigie de Necker, datant de juillet 1789, sont fort nombreuses ; elles sont généralement peu intéressantes, au point de vue de l'art, mais elles sont souvent très amusantes par la naïveté des inscriptions et des attributs.

En souvenir de la Nuit du Quatre Août, une médaille de Duvivier, mesurant 64 millimètres, fut frappée à

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l'effigie du roi. Elle porte au revers une composition représentant les nobles et le clergé sacrifiant leurs privilèges sur un autel, placé au centre de la salle des Menus et portant cette inscription : a la patrie.

Lors de la mise en vente de sa médaille : « La prise de la Bastille », Andrieux avait annoncé qu'il continuerait à représenter, dans la même forme, les grands événements de la Révolution. Il tint parole à propos du retour du roi à Paris, le 6 octobre 1789, et, lorsqu'on regarde la plaquette qu'il produisit alors, on ne peut que regretter qu' Andrieux n'ait pas voulu ou n'ait pas pu continuer à tenir sa promesse. Cette fois il avait su faire tenir, dans un cercle, d'un diamètre de 8 centimètres, tout un tableau documentaire d'une finesse vraiment extraordinaire. On y voit le carrosse royal, défilant devant la statue équestre de Louis XV, entourée de figures allégoriques ; le cortège royal est serré de partout par une foule en joie, dont la houle couvre la place, jusqu'aux bâtiments du garde-meuble, dont les terrasses sont couvertes de spectateurs, et, toujours vivace et grouillante, la foule se presse encore dans la rue Royale. Cette médaille est un des plus précis et l'un des plus spirituels documents d'époque qui n'aient jamais été faits. On peut chicaner sur la correction du dessin des personnages de premier plan, mais ceux-là même restent des merveilles d'observation et de vie.

Une médaille frappée à Lyon, à propos de la Fédération célébrée le 30 mai 1790, à défaut d'être fort intéressante au point de vue de l'art, nous donne la représentation du rocher et du temple élevés à Lyon par l'architecte Cochet, à propos de cette fête qui réunit

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jusqu'à 60.000 hommes des gardes nationales venus de tout le midi de la France, s'il faut s'en rapporter aux Lettres et aux Mémoires de M™"^ Roland.

Les fêtes de la fédération en province furent représentées encore par quelques médailles, telles celle de Lille et celle de Versailles. Les fêtes de la Fédération à Paris, le furent par une foule de médailles, mais presque toutes sont des compositions banales et ne méritant point qu'on s'y arrête. 11 faut faire exception pour une grande médaille (0™,07o), sans revers, non signée, représentant le champ de la Fédération avec tous ses détails. C'est une sorte de plan, une façon de vue panoramique qui, par sa naïveté, par son excès de simplification même, donne, d'une façon saisissante, la sensation de la chose vue, et en son ensemble et en ses menus détails.

Parmi les médailles commémorativesdu 14 juillet 1790, dont beaucoup de fédérés ornaient leurs habits, il en est une assez amusante, en ce qu'elle portait à la face, une représentation très rudimentaire de la cérémonie du Champ de Mars et, au revers, une représentation, assez enfantine d'ailleurs, du bal de la Bastille, avec ses bosquets, son màt de cocagne, surmonté d'un bonnet phrygien et des danseurs en gaîté.

De toutes les monnaies datées de 1791, celle qui mérite l'examen le plus particulier, est la pièce de trente sols gravée par Dupré. On y trouve le modèle du revers de la pièce de vingt francs qui eut cours à diverses reprises durant tout le xix^ siècle et qui figure encore telle quelle, au début du xx'', sauf une infime modification de détail. Le type de la pièce de trente sols de 1791 n'est autre chose que la figure d'homme ailé tenant

en main un stylet et écrivant sur une tablette posée sur un autel. En tête de la tablette, était inscrit le mot : Constitution. En 1792, Augustin Dupré lit subir à son modèle du revers de la pièce, une petite modification. A la droite du Génie, il plaça un petit coq, une patte levée, et, à la gauche, un faisceau coifTé du bonnet phrygien. A partir de cette date, la mention de l'an IV de la liberté et les armes royales ne figurent plus sur les monnaies. 11 y a plus encore : la composition, établie par Dupré, avec le bonnet et le triangle égalitaire^ pour être placée au revers des monnaies, devient le type proposé pour figurer sur la face et, désormais, le revers ne doit plus porter qu'une mention de la valeur.

Aussitôt après la mort de Louis XVI, apparaît la monnaie ne portant que la mention de sa valeur, d'un côté, et de l'autre, le faisceau coiffé du bonnet et entouré d'une couronne de chêne. Dans certaines pièces frappées avec la mention : Pièce d'essai^ 1792, on trouve, à droite le triangle égalitaire, à gauche le bonnet phrygien ; dans un autre type, libellé au revers '.Pour essai {sic) le Génie avec faisceau et coq devient la face de la pièce, il porte, alors, en exergue : règne de la loi.

Après le 21 janvier 1793, la Convention s'occupa de supprimer définitivement l'effigie royale et, dès lors, elle élabora le programme que l'artiste devait suivre. Elle rendit, à cet effet, une série de décrets où l'on trouve insérée la description de l'allégorie que le graveur aura à représenter. Par exemple, le décret du 24 août dit (art. IV) : « Chaque pièce aura pour em- « preinte la Nature assise, faisant jaillir de son sein « l'eau de la Régénération; le président de la Conven-

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« tion y est représenté offrant une coupe aux envoyés « des Assemblées primaires, au-dessous sont inscrits les (c mots : 10 août 1793. »

Augustin Dupré, jqui exécuta cette médaille, n'eut qu'à suivre, point par point, les ordres donnés par la Convention. 11 ne faut donc pas lui imputer la responsabilité d'un coin d'un mérite inférieur à ses talents. C'est également sur la définition donnée par un décret de la Convention, à la même date, qu'un artiste anonyme a gravé un type représentant l'arche de la Constitution surmontée du faisceau de l'Union.

De même qu'Augustin Dupré est l'auteur du revers du louis d'or, il est l'auteur du coin de l'écu de cinq francs représentant Hercule entre la Justice et la Liberté, qui demeura tel qu'on le revit à la frappe de 1848 et de 1871.

Ensuite, et bientôt, vinrent les médailles faites avec le métal provenant des cloches des anciens couvents. Elles sont nombreuses, mais elles ne présentent rien de particulier, hormis que, sur quelques-unes, parfois, est inscrite la mention de l'origine du métal dont elles sont composées ; celles-ci portent : Fondu en métal de cloches. 11 y en eut à l'effigie de Louis XVI qui devaient être le premier type des assignats. Ainsi, un gros sou de cuivre, portait à son centre la mention : cinq livres, et représentait cinq livres. Tout autour était d'abord cette inscription : assignat de cinq livres, hypothèque

SUR LES BIENS NATIONAUX *, puis, aU-deSSOUS : LA FRANCE

sauvée. Ces premiers essais furent bientôt suivis par la production de jetons, dits Monnaies de confiance, à échanger contre des assignats. Sur l'un d'eux on retrouve

la face de la médaille de la Fédération, de Dupré. Ces essais n'eurent point de suite pratique.

Plus que nul autre, le graveur en médailles est, sous peine d'abandonner l'exercice de son art et du fait même de sa profession, obligé de vouer son burin à tout régime qui vient. C'est ainsi que Benjamin Duvivier qui avait porté le titre officiel de graveur du roi, fut amené, après le 10 août, à proposer à la Commune de Paris, qui l'accepta, le coin d'une grande médaille dédiée sur son revers : a la mémoire du glorieux combat du peuple FRANÇAIS contre LA TYRANNIE. Sur la facc, il avait placé une figure de femme ailée, agitant de la main gauche, la foudre et soutenant de la main droite une pique, surmontée d'un bonnet phrygien ; elle brisait, à coups de pieds, les attributs de la royauté. Cette figure allégorique, drapée à la manière antique, n'est pas sans analogie avec les danseuses qu'on voit au flanc des vases étrusques, mais elle pèche par l'exagération et par la vulgarité du geste.

Les médailles à l'effigie de Lepelletier, de Marat, de Clialier sont nombreuses et variées, celles où l'on trouve plus ou moins ressemblants les profils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, avec diverses mentions relatives à leur mort, le sont plus encore. Ces dernières pièces ont été fabriquées, pour la plupart, en Allemagne; mais toutes n'en venaient pas. C'est en France qu'avait été gravée et frappée une admirable médaille à l'enîgie de Marie- Antoinette, non signée; elle représente de profil le buste de la reine en costume de cour, elle porte au revers tout un panorama comparable à celui du retour à Paris du 6 octobre. On y voit au premier plan, la char-

rette et en arrière-plan la place de la Révolution, grouillante du peuple, au fond, on aperçoit le garde-meuble et la rue Royale; au centre, se dresse la guillotine.

Il faut mentionner aussi une pièce ovale, non signée, tout à fait remarquÊfble, quoiqu'un peu sèche de contour, mesurant 55 millimètres sur 46 et représentant Robespierre jeune; elle avait été frappée en souvenir de sa belle conduite au siège de Toulon. Elle présente cet intérêt d'offrir un spécimen pris sur le vif du costume de représentant en mission.

11 existe une médaille d'une rare beauté signée Bompart, datée 1791, ayant, d'un côté une tête de Minerve, d'un profil absolument pur, coiffée d'un casque de style Louis XIV, brodé, empanaché, lauré, et revêtu de la cuirasse à tête de Méduse; de l'autre côté, on voit, sur un tertre, une femme allaitant son enfant et auprès de laquelle jouent deux autres enfants. Le mouvement de la femme est d'une sincérité et d'une réalité, dont peu d'œuvres du xviii*' siècle ont jamais approché. Il y a lieu de supposer que, malgré sa date, cette médaille a été gravée avant 1789. Plus heureuse que la plupart des pièces du temps, elle a survécu aux circonstances, l'Académie française en ayant, pendant nombre d'années, fait frapper des exemplaires pour les décerner aux titulaires des Prix de Vertu.

La Fête de l'Être suprême fournit presque en dernier lieu l'occasion de publier une plaquette panoramique. Elle représentait la Montagne, au moment de la fête.

La production des médailles historiques s'éteignit presque complètement après Thermidor, pour ne plus reparaître qu'en l'honneur de Bonaparte.

Cependant, au lendemain même de Thermidor, une petite médaille populaire annonce qu'une des phases du grand drame révolutionnaire vient de s'achever. Elle fait allusion au fameux attentat, ou pseudo-attentat, de Ladmiral contre Collot d'Herhois, qui servit de prétexte au procès, dans lequel fut impliquée, sans motif plausible, la si charmante petite Cécile Renault. Cette médaille représente le buste de Robespierre et celui de Cécile Renault. Ces portraits sont mal dessinés et peu ressemblants. Auprès de la face de Cécile Renault est écrit : J'ai voulu voir comment est fait un tyran^ qui a été la seule phrase qu'on ait pu tirer de Cécile Renault dans son premier interrogatoire. A côté de la figure de Robespierre on lit : Maximilien Robespierre 10 ther^nidor an II, et autour de l'effigie de Robespierre : Sa fin est celle du Crime.

Les graveurs en médailles eurent assurément moins lieu de se plaindre que d'autres artistes dé la dureté des temps, car ils pouvaient trouver diverses besognes courantes, telle que la fabrication et la création d'insignes à l'usage des diverses sociétés patriotiques, ainsi que nombre de travaux industriels.

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