‹ Les arts et les artistes pendant la période révolutionnaire (1789-1795), d'après les documents de l'époqueChapitre 30 sur 48 · DUMOURIEZ ET MARAT CHEZ TALMA · texte numérisé non relu

DUMOURIEZ ET MARAT CHEZ TALMA

De véritables artistes ne pouvaient aller jusque-là ni comme artistes, ni comme citoyens et si, après Thermidor, il fut de bon ton d'accuser de terrorisme tous ceux des comédiens qui avaient tenu une conduite franchement révolutionnaire, ce ne le fut que par suite de la mauvaise foi inhérente aux passions politiques. Une telle accusation, portée contre des hommes tels que Talma, est quelque chose de pire qu'une simple injustice, c'était un mensonge voulu.

Talma et la plupart de ses camarades du Théâtre- Français de la rue de Richelieu étaient attachés au parti modéré. Dans la plus large mesure, possible en sa situation personnelle, Talma notamment "ne s'était jamais contenté de manifestations neutres et impersonnelles. En sa maison de la rue Ghantereine il réunissait la Une fleur de la société girondine.

Julie Talma avait su y attirer les hommes etles femmes les plus distingués du parti et composer ainsi un des

salons les plus intéressants et les plus fréquentés de Paris, oîi se rencontraient, groupés par la communauté de leurs opinions moyennes, des artistes et des hommes politiques. On causait entre gens, qui tous avaient quelque chose d'intéressant à dire et savaient le dire ; puis, lorsque le maître du logis rentrait du théâtre, on se mettait à table et l'on soupait, tout en poursuivant, avec lui, l'entretien commencé. Souvent, après le souper, Talma, abattu par la fatigue s'endormait sur sa chaise devant la table ; sa femme alors, continuait la conversation, « unissant, dit Arnault, la puissance de l'esprit et de- « la raison ; tenant la balance entre l'homme d'Etat, <' l'homme du monde et le philosophe, comme autrefois « Aspasie entre Alcibiade, Périclès et Socrate » . Si jamai» le terme « atmosphère d'art », — si sottement employé de nos jours par les snobs, qui l'ont ramassé pour se donner la mine de le comprendre, — fut applicable à un lieu quelconque, il le fut à la maison de Talma. Là on oubliait volontiers les agitations de l'heure présente, et l'on s'abandonnait à la sensation des nobles rêves et au culte de l'impérissable beauté.

Arnault nous raconte comment, lorsque la causerie se prolongeait trop avant dans la nuit, les époux Talma lui offraient l'hospitalité, pour lui éviter un trop long trajet à une heure indue. « L'illusion qui, pendant le « souper, m'avait transporté en Grèce m'y retenait encore « après le souper ; la chambre qu'on me réservait était « décorée à la grecque et le seul lit grec qui fut alors « dans Paris était celui dans lequel je m'endormais, dans « la pourpre, au milieu des trophées. »

La chambre en question était non point une chambre

à coucher, mais la bibliothèque. Alexandre Duval, acteur et auteur, camarade de Talma, y passa, plus tard, une terrible nuit. C'était peu de jours avant le 9 thermidor; il était resté là pour tenir compagnie au grand tragédien qui s'attendait à tout instant à être arrêté. Au dire d'Alexandre Duval, le lit, tout superbe et élégant qu'il fut, était si incommode que, inquiet comme il Tétait -cette nuit-là, il lui fut à peu près impossible d'y fermer l'œil. Il n'avait que trop raison d'avoir pareille crainte, car Talma, profondément dévoué à ses amis les Girondins, s'était efforcé de tenter leur salut : et avec un tel oubli de soi-même que David dut l'avertir que ses démarches devenaient compromettantes et menaçaient de devenir dangereuses pour sa sécurité. A cet avis, très amical d'ailleurs, Talma opposa cette fière réplique : « J'aime mieux <( aller au Tribunal révolutionnaire que d'être soupçonné ^^ de les y avoir laissé aller. «

Ainsi, ce simple comédien, devenu, du fait de la Révolution, un citoyen égal à tous les autres, donnait un exemple de courage et de fidélité peu commun en tous lemps. Il y a mieux, il fut, à l'occasion, un militant. Lorsque, vers septembre 1792, la lutte fut ouverte contre jSIarat, il prit parti ouvertement et publiquement pour la Gironde.

Etant donné le caractère politique du salon de Julie Talma, les soirées données rue Chantereine étaient devenues, indirectement, dans une certaine mesure, des événements d'ordre public.

A la suite de la victoire de Jemmapes, Dumouriez était arrivé sans permission régulière à Paris pour voir de près la situation. « tàter les partis », et savoir d'où souf-

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liait le vent. Aux Jacobins où il se rendit dans l'espoir d'une facile ovation, il trouva devant lui le cabotin Collot d'Herbois qui le persifla de son mieux. D'autre part, il reçut de ses amis du parti girondin un accueil des plus cbaleureux. Parmi les fêtes qui furent données en llionneur de l'iiomme qui venait de libérer le territoire français, la plus brillante fut certainement la réception qui eut lieu en l'hôtel de la rue Chantereine, le 6 octobre 1792.

Mais quelqu'un troubla la fête. Ce fut Jean-Paul Marat.

Celui-là ne s'était pas laissé prendre aux allures désintéressées et conciliatrices que Dumouriez avait affichées. Habitué à jeter violemment sa lumière crue jusqu'au fond des situations les plus obscures, il avait, tout au contraire, voulu aller brutalement, partout où il le trouverait, demander des comptes au général qui avait délaissé son armée pour venir intriguer avec les partis politiques.

Quand Marat pénétra dans la maison de Talma, il y rencontra nombreuse et brillante compagnie.

Une lettre de Louise Fusil, à son amie M'"° Lemoine- Dubarry, de Toulouse, nous fait assister à l'arrivée de Marat et nous donne une nomenclature, courte mais bien précieuse, des principaux invités qui en furent témoins.

u Je ne sais comment vous raconter la scène la « plus bizarre et la plus effrayante qui se soit encore « vue, je crois. Pour fêter le général Dumouriez après « ses conquêtes de Belgique, Julie Talma et son mari « avaient réuni tous leurs amis dans leur maison de la « rue Chantereine. Vergniaud, Brissot, Boyer-Ducos,

« Boyer-Fonfrède,Millin, le géuéral Santerre, J.-M. Ché- « nier, Dugazon, M™^ Vestris, M"*^ Desgarcins et Can- « deille, Allard, Souque, RioufTe, Coupigny, nous, et « plusieurs autres, faisaient partie de cette réunion. « Mademoiselle Candeille était au piano, lorsqu'un bruit « confus annonça l'entrée de Marat, accompagné de « Dubuisson, Pereyra et Proly, membres du Comité de X Sûreté Générale. C'est la première fois de ma vie « que j'ai vu Marat et j'espère que ce sera la dernière. « Mais, si j'étais peintre, je pourrais faire son portrait, « tant sa figure m'a frappée. Il était en carmagnole, • un mouchoir de Madras, rouge et sale, autour de la « tête, celui avec lequel il couchait probablement depuis " fort longtemps. Des cheveux gras s'en échappaient « par mèches, et son cou était entouré d'un mouchoir « à peine attaché. Je n'ai pas oublié un mot de son dis- « cours. Le voici :

« Citoyen, une députation des amis de la liberté s'est « rendue au bureau de la guerre pour y communiquer « les dépèches qui te concernent. On s'est présenté « chez toi ; on ne t'a trouvé nulle part. Nous ne devions

pas nous attendre à te rencontrer dans une semblable - maison, au milieu d'un ramas de concubines et de <' contre-révolutionnaires.

« Talma s'est avancé et lui a dit:

« — Citoyen Marat, de quel droit viens-tu chez nous « insulter nos femmes et nos sœurs ?

« — Ne puis-je, ajouta Dumouriez, me reposer des " fatigues de la guerre, au milieu des arts et de mes

amis, sans les entendre outrager par des épithètes « indécentes ?

« — Cette maison est un foyer de contre-révolution !

« Et il sortit en proférant d'effrayantes menaces.

« Tout le monde resta consterné, car on ne doutait « pas qu'une dénonciation ne s'en suivît. Quelqu'un « voulut plaisanter, mais il riait du bout des lèvres. « Dugazon, qui ne perd jamais sa folle gaité, prit une « cassolette remplie de parfums pour purifier les « endroits où Marat avait passé. Cette plaisanterie « ramena un peu de gaîté, mais notre soirée fut per- <( due

« Le lendemain, on criait dans tout Paris : Grande « conspiration découverte par le citoyen Marat, Vami « du Peuple. Grand rassemblement de Girondins et de « contre-révolutionnaires chez Tabna.

« Jusqu'à présent, personne n'a encore été arrêté;

« mais quelle perspective pour ceux qui faisaient partie

« de cette réunion et pour le maître de la maison.

« Adieu.

Ce récit se trouve complété de la façon la plus pittoresque par l'article publié, en son Journal de la Republique Française par J.-P. Marat, VAini du Peuple, le jeudi 18 octobre 1792, où, après avoir, dans un article intitulé Déclaration de l' Ami du Pewp/^', manifesté sonétonnement et son indignation de voir « d'anciens valets " de cour placés, par suite des événements, à la tête de « nos armées et, depuis le 10 août, maintenus en place « par l'astuce, l'intrigue, et la sottise», Marat s'attaquait directement à Dumouriez, racontant que, étant allé au club des Jacobins, pour dénoncer ses agissements, et ne l'y ayant plus trouvé, il y avait manifesté la résolution

d'aller lui demander des explications et avait pris avec lui, aux Jacobins même, deux de ses collègues de la Convention, Bentabole et jNlontaut, pour lui servir de témoins des réponses que Dumouriez lui ferait.

« ...On nous répondit qu'il était au spectacle et qu'il « soupait en ville. Nous le savions de retour des « Variétés ; nous allâmes le chercher au club du « D. Cypher, où l'on nous dit qu'il devait s'y rendre. « Peine perdue ! Enfin nous apprîmes qu'il devait « souper rue Chantereine dans la petite maison de « Talma. Une file de voitures et de brillantes illumi- « nations nous indiquèrent le temple où le fils de « Thalie fêtait un enfant de Mars. Nous sommes suret pris de trouver garde nationale en deliors et en « dedans. Après avoir traversé un antichambre plein « de domestiques mêlés à des piquiers et à des éduques, « nous arrivâmes dans un salon, rempli d'une nombreuse « société.

« A la porte, était Santerre, général de l'armée pariât sienne, faisant les fonctions de laquais ou d'intro- « ducteur. 11 m'annonça tout haut dès l'instant qu'il M m'aperçut, indiscrétion qui me déplut très fort et qui « pouvait faire éclipser quelques masques intéressants à « connaître.

« Cependant j'en vis assez pour tenir les fils de l'in- « trigue. Je ne parlerai pas d'une dizaine de fées des- « tinées à parer la fête. Probablement la politique n'était « pas l'objet de leur réunion. Je ne dirai rien non plus « des officiers nationaux qui faisaient la cour au grand <( général, ni des anciens valets de la cour qui formaient « son cortège, sous l'habit d'aides de camp, enfin je

« ne dirai rien du maître du logis qui était au milieu « d'eux, en costume d'histrion. »

Après avoir déclaré la présence de ce « grand faiseur de Lebrun », celle de Roland, de Lassource, de Chénier, « tous suppôts de la faction de la République fé- « dérative, Dulaure et Gorsas, leurs galopins libellistes», Marat entame sa description : a II y avait cohue, je '< n'ai distingué que ces conjurés : et comme il était de « bonne heure encore, il est probable qu'ils n'étaient « pas tous rendus, car les Vergniaud, les Camus, les « Rabaud, les Lacroix, les Guadet, les Barbaroux étaient « sans doute de la fête, puisqu'ils étaient des concilia- « bules. »

Là-dessus Marat reproche à Dumouriez d'avoir quitté son armée en un moment difficile pour venir : « se livrer à des orgies chez un acteur avec des nymphes ». Et, dans une note, ajoutée au bas de son Journal, Marat traite Dumouriez de « Sardanapale » et demande " quel fond le peuple peut faire sur un tel homme ».

... « En entrant dans la salle où le festin était préparé, « je m'aperçus que ma présence troublait la gaîté, ce « qu^on n'a pas de peine à concevoir quand on considère " que je suis l'épouvante des ennemis de la Patrie. Du- " mouriez, surtout, paraissant déconcerté, je le priai de " passer avec nous dans une autre pièce pour l'entrete- « nir quelques moments en particulier. »

Quand on voit comment, en cette fête chez Talma, se rencontraient les plus hauts personnages du monde officiel, on ne peut s'empêcher de penser aux débats à la suite desquels, trois ans plus tôt, l'égalité civile et civique n'était donnée aux comédiens que chichement et

après une lutte prolongée. Et c'est alors que Ton voit toute l'étendue de l'étape, que la corporation des comédiens avait franchie, en un si court laps de temps.

A peine Marat était-il sorti que Dugazon avec toutes les grimaces possibles se mit à brûler du sucre, dans les salons. Cette plaisanterie ne lui fut point pardonnée par les Maratistes. et lorsque, en juillet suivant, eurent lieu les funérailles de Marat, les amis du défunt lui mirent la main au collet. 11 passa la journée au poste du Palais-National et, quand il demanda pour quel motif on l'avait arrêté, il lui fut répondu qu'on l'avait " mis hors d'état de circuler, comme indigne d'assister " à l'apothéose d'un aussi grand homme ».

Cette mémorable soirée de Talma a la valeur d'un événement historique important, car elle eut, indirectement, un premier contre-coup, dans les poursuites que la Gironde obtint contre Marat. Elle en eut un autre, mais plus direct, celte fois, lorsque, à un an de-là, les Girondins comparurent devant le Tribunal révolutionnaire. La fête de Talma leur fut reprochée par le conventionnel Mariband-Montaut qui, grossissant et falsifiant les faits, les accusa d'avoir voulu assassiner Marat au cours de cette mémorable soirée.

Voici, là-dessus, le compte rendu du Moniteur du 29 octobre 1793.

'( Nous trouvâmes Dumouriez dans une maison où " l'on donnait une fête superbe, dit Montaut; il était en- « vironnéde Guadet, de Vergniaud. de Kersaint. deLas- « source » — (tous quatre figuraient alors parmi les « accusés). — « Après lui avoir exposé l'objet de notre '< mission il se lit un mouvement général, je me mis sur

<( mes gardes et la suite prouvera que je n'eus pas tort, « car il ne s'agissait pas moins que de nous assassiner. »

Et, comme si ce mensonge et cette absurdité n'eussent pas été suffisants. Montant continuait par un autre mensonge :

(( Guadet qui était l'auteur de la proposition, qui la « déclaré à Soûles, qui me l'a rapporté, et qui m'a dit « qu'on en voulaitencore plus aux jours de Marat qu'aux « miens. Citoyens jurés, Gensonnée et Vergniaud pour-' « ront vous donner des éclaircissements sur ce projet « d'assassinat qui me parut être médité.

« — L'accusé Gensonnée : Je ne me rappelle pas ce fait.

« — L'accusé Vergniaud : J'ai été invité à une fête qui « se donnait chez Talma et où Dumouriez s'est trouvé. « Je sais que, lorsqu'on a annoncé Marat, il s'est fait un « mouvement, mais causé par l'inquiétude des femmes?

« — L'accusé Lassource : Je me trouvai chez Talma mais je n'ai pas entendu parler de projet d'assassinat. »

Ainsi le récit de cette soirée fut jeté dans la balance de la justice pour aider à la condamnation des Girondins. Si Talma ne fut point compris dans la proscription qui atteignit tous ses amis de la Gironde, on peut dire que c'est à son talent, et surtout à sa popularité, qu'il le dut. Toucher à Talma eût été toucher aux plaisirs et aux joies les plus élevées du peuple. Or cela est toujours chose grave pour un gouvernement, fut-il celui de la Convention.

Lorsqu'arrivèrent les événements de thermidor an II, c'est-à-dire lorsque l'esprit public, lassé de la monomanie sanguinaire et de la dictature cruelle de Robespierre voulut chasser l'Incorruptible et ses amis, l'attitude des spectateurs dans les salles de théâtre changea du tout au

tout. Le 8 thermidor, le public y mettait encore quelque réserve, le 9, avec cette violence qui est la seconde nature des poltrons, la meute des trembleurs, désormais rassurée sur les risques à courir, se mit à aboyer contre ceux-là mêmes, dont elle avait léché la trace, jusque sous les planches de léchafaud.

Beaucoup de gens, parmi ceux qui alors criaient le plus fort, ont dû éprouver une singulière désillusion en voyant, et sans long délai, que les pourvoyeurs de la guillotine avaient changé de nom, mais que les modérés, revenus de la proscription, avec une non moindre violence, avec de non moindres abus de leurs haines personnelles, fournissaient sa pâture quotidienne à la machine aux bras rouges.

On ne se gêna plus pour donner libre cours à l'esprit de jalousie et de vengence. Les « bons petits camarades » ne sont point d'invention moderne, et ceux de 1794 firent librement circuler le bruit d'après lequel, sous l'inspiration de Talma, les artistes de la troupe dont il était le chef, avaient été les instigateurs de l'arrestation de leurs confrères du Théâtre-Français. La conduite politique de Talma, girondin militant, n'était pourtant point attaquable devant l'opinion courante du moment.

Le 13 pluviôse an II, comme il jouait dans Epicharh et Néron, de Legouvé, une cabale fut montée contre Talma ; il fut accueilli par des murmures hostiles. Alors, interrompant son jeu, il s'écria avec indignation : « Citoyens, j'ai toujours aimé, j'aime encore la liberté, « mais j'ai toujours détesté le crime et les assassins, le <( règne de la Terreur m'a coûté bien des larmes : touç '.( mes amis sont morts sur l'échafaud. » Rien n'était plu^

vrai d'ailleurs, et, sur ces paroles, toute hostilité s'évanouit, puis la représentation se poursuivit et, comme toujours, triomphale pour le tragédien.

Ce furent les comédiens eux-mêmes d'ailleurs qui se chargèrent, par la suite, de protester avec énergie contre les infâmes accusations lancées contre la troupe de la rue de Richelieu. Le 23 mars 179.5, le Moniteur publiait une lettre de M"® Louise Contât, qui défendait Talma en particulier, et, du même coup ses collaborateurs, elle était certaine, insistait-elle, de parler au nom de tous ceux de ses camarades qui avaient été inquiétés.

Mais cela ne semblait point encore assez et, le lendemain du jour ou parut la lettre de Louise Contât, Mauduit-Larive adressait au Moniteur, une autre lettre, beaucoup plus explicite : « Loin d'avoir contriljué « à l'arrestation des comédiens français, écrivait-il, « Talma a été volontairement au-devant des coups qu'on « voulait me porter ; c'est à ses soins et à son activité « que je dois Lavis salutaire qui m'a soustrait aux pour- « suites des quatre aides de camp d'Henriot, lorsqu'ils « vinrent, à la campagne, me mettre hors la loi et don- « ner l'ordre de tirer sur moi. »

Dugazon, à son tour, eut à se défendre contre les violences du parterre qui voulut le forcer à chanter la chanson contre-révolutionnaire le Rëveit du Peuple. 11 s'y refusa et, faisant face aux hurleurs du parterre, il leur jeta sa perruque à la face. Fusil, qui avait exercé un commandement sous les ordres de Ronsin, dans l'armée révolutionnaire, dut, un soir, quitter la scène, accablé parles huées des gens qui lui criaient : A bas le brigand! à bas l'assassin!

Le 2 germinal an III la Jeunesse dorée, entonnant, à son tour, le chant du Réveil du Peuple, envahissait la Convention et réclamait la tête des membres du Comité de Salut Public et, en attendant que tous passassent en jug-ement, elle exi^-ea la mise en accusation de Billaud- ^ Varenne, Collot d'Herbois, Barrère et Vadier. En vain Robert Lindet et Carnot prirent leur défense et, réclamèrent leur part de proscription là où leurs collègues seraient proscrits. Collot se défendit en ces termes : « Nous avons fait trembler les rois sur leurs trônes, « terrassé le royalisme à l'intérieur, préparé la paix par « la victoire; qu'on nous condamne! Pitt et Cobourg « auront seuls à s'en féliciter. » Il fut néanmoins, ainsi que ses collègues, condamné à la déportation. Le 13 germinal, la voiture qui transportait Collot, Billaud et Barrère, pour les diriger vers la Guyane, fut attaquée par le peuple qui tenta mais, en vain, de les délivrer.

Collot fut envoyé à Cayenne, enfermé au fort de Sinnamary, y mourut d'un accès de fièvre chaude, en 1796.

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