A. -F. GORGUET, A. WILLETTE ET LÉANDRE
La technique de nihistrateiiî'. — Si loiilcrols le métier du peintre s’ébroue en variations similaires, malgré les divers genres adoptés, l’art de rilluslrateur est tout différent.
Bien que procédant du même initial enseignement, il réclame plus de génie , moins de talent peut-être, et nécessite certainement deux dons exclusifs : l’imagination et la mémoire de l’œil, inséparables de la qualité essentielle de l’illustrateur : l’improvisation.
Au surplus, sans nous attarder aux critiques d’infériorité qui vinrent injustement qualifier l’apparente facilité du dessinateur, nous dirons simplement que, si bon nombre d’illustrateurs égalèrent d’excellents peintres, fort peu de peintres purent rivaliser même avec de médiocres illustrateurs.
Par surcroît, le métier de l’illustrateur ne s’enseigne pas : on naît illustrateur! Toute la c|ualité distinctive de l’art du peintre et de celui du dessinateur gît là; elle est puissamment suggestive.
Donc, ne comparons point les deux manières entre elles, mais examinons laur résultat sur des toiles ou
LES ARTS ET LEUR TECHNIQUE clans des livres, toutes deux à leur place distinctive et d’égale beauté nettement déterminée.
Malheureusement, le siècle de la photographie a tué la fantaisie délicieuse de jadis, plus préoccupée d’idéal C|ue de vérité.
Voici pourquoi des peintres d’imagination — d’imagination seulement — sont venus, c[ui firent des tableaux exacts dans des livres, et la débâcle de l’illustrateur fut encore accentuée par l’avènement des clichés photographicjues retouchés...
Ainsi mourut le charme spécial, si intuitif, des Gravelot, des Moreau le Jeune, des Dévéria, des Raffet, des Grandville, des Gavarni, des Daumier, des Doré, des Emile Bayard, des Morin, des Vierge, des Bida..., si merveilleusement marcjués de génie inventif et d’esprit décoratif, au profit d’une économie déplaisante, conseillée d’ailleurs, en premier lieu, par la pénurie d’illustrateurs doués, et ensuite par la médiocrité des graveurs sur bois, dont l’interprétation trahit à l’excès les originaux cpii leur étaient confiés.
L’histoire de l’illustration date de la naissance du livre; elle remonte donc aux temps les plus reculés, c’est-à-dire aux premières manifestations de l’imprimerie. Nous en avons conté le détail par ailleurs^, et nous ne parlerons ici que de la méthode générale du ravail de l’illustration.
Le véritable illustrateur doit être à même de pouvoir dessiner de chic toutes ses compositions, quitte à les rectifier ensuite d’après nature, avec plus ou moins de talent. De cette facilité du dessin de chic naît la fantaisie spirituelle du crayon, qui s’énonce sans res-