JAPON
Le Japon est resté, pendant des siècles, fidèle à l'imprimerie tabellaire. La page, gravée sur bois et encrée à la brosse, est tirée à la main par les ouvriers japonais avec une rapidité surprenante.
Mais, ce pays abandonne aujourd'hui, à son tour, ces procédés primitifs, et le gouvernement fait fondre, dans son établissement de Yeddo, des caractères mobiles. Les poinçons sont remplacés par une lettre gravée sur lx)is en relief; la matrice est faite par la galvanoplastie, et la fonte est produite h la machine. Les résultats de la fonderie de Yeddo paraissent satisfaisants.
On remarquait beaucoup, dans l'exposition japonaise, une collection d'images en couleur qui éton-
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iii'ul autant par Ja vivacité des teintes que par leur Ijon marclië extrême.
ÉTATS-UNIS D'AMÉUIQUK
Nous regrettons ([ue la plupart des édileui's des Etats-Unis aient reculé devant Téloignement du concours international auquel ils étaient conviés ; il eût été intéressant d'étudier dans tous ses détails une production que nous savons être si considérable. Toutefois, le groupe XXVI, où étaient représentés plusieurs éditeurs importants, tels que Lippincott, Wilsen, Brewer , nous a permis d'examiner des types de fabrication courante.
L'exécution y est, en général, bonne, bien que sans luxe, ainsi qu'il convient, du reste, à ce genre de publications. Les prix de vente sont, autant que nous avons pu nous en rendre compte, plus élevés qu'en France. L'exposition de grands ouvrages d'bistoire naturelle, et des publications officielles de statistique, faites aux frais du gouvernement, montrent que les imprimeurs disposent, pour ce genre de li'avaux, d'ouvriers fort babiles.
Un seul éditeur, M. Appleton, de New-York, a sollicité directement le jugement du jury du groupe XII. Il n'avait envoyé qu'un ouvrage de luxe, formé de deux volumes in-quarto, illustrés de gravures sur bois, et
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jxH'liint [)()ur titre : L'Amérique pittoresque. C'est, paraît-il, une œuvre exclusivement indigène. Sans pouvoir rivaliser avec la Touraine ou avec les Jardins^ ni au j)oint de vue des gravures, ni pour le tirage, ce livre témoigne d'efforts qu'on ne saurait passer sous silence.
On connaît le développement que la presse a pris aux Elals-Unis. Un libraire de New-York, M. Steigeiî, avait eu l'idée de réunir et d'exposer des numéros spécimens de plus de six mille journaux publiés en Amérique. Ce chiffre montre quel aliment la presse de ce pays doit offrir aux efforts des imprimeurs et des éditeurs.
La lilliographie est un arl relativement jeune ; la précieuse découverte de Sennefelder ne date pas encore d'un siècle. Elle n'a donc pas, comme la typographie, un long et glorieux passé derrière elle. Longtemps on a pu craindre que son développement industriel ne souffrît de l'infériorité que lui créaient des moyens de tirage plus longs, plus dispendieux que ceux dont disposait la typographie. Mais le jour où la presse mécanique a pu, pour la plupart des travaux, remplacer la presse à bras, la lithographie a vu s'étendre à l'infini le champ de ses applications, et les progrès réalisés depuis quelques années ont dû vivement frapper les visiteurs de l'Exposition de Vienne.
En 1867, la presse mécanique lithographique commençait à peine à donner pour le tirage en noir des résultais satisfaisants; en 1875, nous la trouvons employée avec succès pour des impressions soignées en couleur, avec une grande économie de temps et de main-d'œuvre.
La lithographie, d'ailleurs, se prête aux emplois les plus divers. Pour bien des œuvres d'art, le crayon lithographique offre à l'artiste des avantages que rien ne remplace : et si l'épreuve lithographique ne produit pas au milieu d'un volume des effets aussi heureux que la gravure sur cuivre ou sur bois, ses qualités reprennent toute leur valeur dès qu'il s'agit de planches isolées ou d'un album.
L'autographie, susceptible des applications les plus élevées, permet au dessinateur de conserver à son œuvre toute son originalité, sans même l'astreindre à l'emploi de procédés qui ne lui soient pas lamiliers.
La gravure sur pierre, aidée du talent des écrivains, rend la lithographie éminemment propre aux travaux de science ou d'industrie les plus abstraits, en même temps ({u'elle satisfait à tous les besoins du commerce.
La paniconographie, en transformant avec la plus grande facilité les dessins sur pierre en une planche en
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relief, pouvant être tirée i)ar la presse typographique, vient encore agrandir le champ des services que rend à l'artiste le crayon ou la plume.
Enfin, la photographie, dont les clichés peuvent -être aujourd'hui transformés, d'une manière industrielle, en planches à tirer à l'encre grasse, rend souvent inutile, surtout pour les reproductions, l'intervention même du dessinateur.
La chromolithographie avait montré, dès 1867, ce qu'elle pouvait donner à la presse à bras. On se souvient des beaux ouvrages de Curmer, où d'anciennes miniatures étaient reproduites à la presse, sans aucune retouche, et avec la plus grande perfection. Aujourd'hui nous la voyons , peut-être avec moins de perfection, mais dans tous les cas avec des qualités incontestables, créer, grâce à la presse mécanique, toute une industrie qui a pris dans le monde entier un essor extraordinaire : nous voulons parler des reproductions d'aquarelles et de peintures à l'huile qui sont devenues vraiment populaires et commencent à présenter un chiffre d'affaires énorme. Si beaucoup de ces reproductions ne méritent le nom d'oeuvres d'art ni par le choix du sujet, ni par l'exécution, il ne faut pas méconnaître que beaucoup valent autant, k un prix notablement inférieur, que la plupart des peintures qui sont à la portée des fortunes médiocres. Ces
œuvres coniribuoiit ainsi à répandre le goût de l'art, là où ne pouvaient pénétrer autrefois que de mauvaises enluminures ou des tableaux plus détestables encore. Loin donc de blâmer ceux qui se sont engagés dans cette voie, contentons-nous de leur demander de choisir des modèles d'un goût pur, et qui, ne présentant pas de trop grandes diflîcultés d'exécution, puissent, par leur perfection relative, servir en quelque sorte d'enseignement à ceux qui les ont sans cesse sous les yeux.
A défaut de l'Angleterre, qui, pour la lithograpliie comme paur l'imprimerie, s'est abstenue à Vienne d'une manière à peu près absolue, l'Allemagne, l'Autriche, la France et l'Amérique nous ont offert des spécimens nombreux de ce genre de productions pour lesquelles le monde entier leur sert de marché.
LA LlTllOGRAi'IIIE EN FRANCE
De même que pour la typographie, la France était représentée à Vienne dans tous les genres de travaux lithographiques d'une manière assez honorable pour que les appréciations des pays étrangers l'aient immédiatement constaté.
Au premier rang, il faut loiijours ciler M. Lemer-
ciER, dont le succès a été, cette fois, égal à celui qu'il a obtenu dans toutes les expositions depuis un si grand nombre d'années.
M. Leniercier occupe aujourd'hui sept presses mécaniques et quatre-vingts presses à bras. Les encres sont chez lui broyées à la vapeur et les pierres préparées avec une machine mue par le même moteur. Son établissement est donc une grande usine, et cependant les travaux qui en sortent chaque jour, montrent que l'atelier n'a rien perdu de sa valeur artistique, en s'agrandissant dans cette mesure.
M. Lemercier aurait pu facilement couvrir de larges panneaux avec des épreuves choisies presque au hasard parmi les travaux de sa maison ; mais sachant que les expositions de ses clients, MM. Didot, Morel et tant d'autres, suffiraient à montrer l'importance et l'excellence de sa production, il s'est contenté de réunir dans un album colossal une série d'épreuves qui résumait l'histoire de la lithographie. Tout s'y trouvait représenté : tirages en noir , figures et paysages; autographie; tirages en couleur à la presse à bras; tirages à la machine; application des procédés d'héliotypie; enfin même tirages en taille-douce, car M. Lemercier a joint, depuis plusieurs années, à son imprimerie lithographique une imprimerie en tailledouce qui occupe quarante presses.
M. Lemercier réussit d'une façon toute spéciale le tirage des autographies. Le cours de dessin publié par
];i maison rioiipil, à Taidc do co procédé, ost mw oeuvre des plus distinguées. Ce succès n'est ])as du seulement aux soins des ouvriers, il provient de la (pialité du papier que M. Lemercier fournit aux artistes; ce papier convient tout spécialement au report sur pierre du dessin ori<^inal, et il n'exige qu'une très-légère retouche.
Quant à la chromo-lithographie, on peut dire que le nom de M. Lemercier est mêlé à la plujiart des grandes puhlications faites dans ce genre depuis quelques années. C'est de ses presses que sont sorties les belles reproductions de M. Curmer; c'est chez lui qu'ont été tirés VOrnement polychrome de Racinet; le Concile, qui contient entre autres planches, un porlrait du pape qui est un clief-d'œuvre de modelé ; VOrnement russe et VArt arabe de MM. Morel. A la machine, M. Lemercier a obtenu de très-bons résultats dont nous voyons entre autres des spécimens dans les livres édités par la maison Hachette. Il vient d'entreprendre une œuvre importante périodique, le Musée des Deux- M on des, édité par M. Bachelin-l)etlorenne, qui renferme des aquarelles et des imitations de peintures à l'huile, dont quelques-unes sont tout à fait remarquables.
Nous avons dit que M. fjemcrcier ne néglige aucun des progrès nouveaux. Depnis longtenq)S, il a])[tliquele procédé Poitevin ; il a acquis récemment les brevets d'Albert, de Municli, qui ne tarderont pas
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à donner vuliv. ses mains les mêmes résultais qu'en Allemagne.
A côté de MlW. Lemcrcier et G^, il convient de citer pour la perfection de ses tirages en cliromo-lithograpliie, M. Hangard-Maugé, qui expose des épreuves remarquables : sou tryplique de Van Dyck, grande composition éminemment artistique, est accompagné d'œuvres plus modestes, mais tout aussi soignées et dignes des plus grands éloges.
Plusieurs maisons s'occupent à la fois de l'oléograpliie et des travaux industriels qui peuvent être produits par les mêmes procédés. M. Dupuy et MM. Testu etMASsiN,déjà récompensés en 1867, ont donné depuis lors à leur industrie un énorme développement. L'un et l'autre ont été récompensés à Vienne par la médaille de goût qui, pour la branche spéciale à laquelle ils consacrent leur activité, a une signification et une importance spéciales. Il s'agit, en effet, pour eux de savoir chercher des peintures agréables, dues à des hommes connus, se prêtant à la reproduction par la chromolithographie; de les faire mettre sur pierre par des artistes habiles, et malgré les frais de l'impression qui exige souvent, sans compter ni la pierre (jui donne le grain de la toile ni le vernissage, dix à vingt tirages différents, d'arriver, grâce à un énorme débit, à des prix très-réduits, tout en faisant des tra-
vaux très-soig^nés, de manière à lutter avec avantage contre l'Allemagne où la main-d'œuvre coûte beaucoup moins cher. C'est ainsi que l'une des plus jolies compositions du catalogue de M. Dupuy : le goûter partagé, tirée à la machine sur report à 16 couleurs, peut, quand la commande est de plusieurs mille, être livrée à raison de 1 fr. environ l'exemplaire.
M. Dupuy exécute, pour les journaux de mode, des gravures très-satisfaisantes, ainsi que des modèles de tapisserie où le relief du canevas est donné par un tirage en gaufrage. Il livre pour le cartonnage des sujets fort bien tirés.
L'exposition de MM. Testu etMassin, organisée avec le plus grand goût, a eu près du public un véritable succès. Les compositions, très-nombreuses, ont plu autant par le choix des sujets que par leur bonne exécution. MM. Testu et Massin produisent également en grandes quantités les articles de fantaisie, almanachs, boîtes pour la confiserie, et autres cartonnages.
MM. BoURGERIE-ViLLETTE, BoGNARD, BoULAM, OmER-
Henri, tous les quatre à Paris, ont mérité d'être mentionnés par le jury pour des travaux de même nalure. M. Berg, à Marseille, a eu une semblable distinction pour ses étiquettes particulièrement consacrées à l'industrie marseillaise. Enfin, nous devons terminer
celle ënumération en consacrant quelques lignes à M. Appel, dont la maison a beaucoup d'analogie, pour la nature de ses produits, avec celle de M. Grant^ de Londres, dont nous parlerons tout à l'heure.
Nous avons remarqué surtout, dans l'exposition de M. Appel, ses grandes affiches dont quelques-unes mesurent plus de un mètre et demi en un seul morceau, ainsi que les impressions sur tôle dont il a, il Paris, la spécialité. Ces tableaux ne sont pas obtenus par une simple décalcomanie, mais par une série de reports successifs au moyen desquels chaque teinte est appliquée sur le métal, dans l'ordre même où aurait eu lieu le tirage sur papier, ce qui leur donne une solidité à toute épreuve.
M. Appel est parfaitement outillé pour produire vite, ce qui, en industrie, est un immense avantage. Il a introduit chez lui, pour réduire ou pour augmenter les compositions suivant une proportion donnée, un procédé mécanique ingénieux dû à une application des propriétés du caoutchouc, et qui lui permet, en quelques heures, de reproduire le même dessin sur une adresse à distribuer à la main, ou sur une affiche destinée à couvrir les murs. Ajoutons, enfin, que M. Appel exécute en ce moment, pour le compte du gouvernement portugais, un missel dont les miniatures prouvent que ses ateliers, quoique ne faisant habituellement que des travaux de commerce, n'en sont pas moins organisés pour les tirages les plus
arîisliques. Quelques j)l;in('lies de ee romnrquable ouvrage figuraient à la fois à Vienne dans la vitrine de rimprimerie nationale de Lisbonne et dans celle de M. Appel.