‹ Les arts graphiques a l'exposition de VienneChapitre 3 sur 23 · IMPRIMEURS · texte numérisé non relu

IMPRIMEURS

Nous ne trouvons à Vienne que quatre imprimeurs français, imprimant pour le compte des éditeurs et des particuliers, sans faire en môme temps le commerce des livres. Ce sont M. Claye, à Paris ; M. Crété à Corbeil; M. Dejussieu, à Châlons; et M. Perrin, à Lyon.

A ne considérer que le côté industriel et l'intérêt qu'auraient les imprimeurs à venir solliciter directement l'attention du public étranger, ces abstentions n'ont rien dont on puisse être surpris. — En effet, si le commerce des livres tient une place importante dans l'exportation de la France, les travaux de typographie proprement dits n'ont que des débouchés restreints hors de notre pays, et les relations directes de nos imprimeurs avec les autres nations sont trèslimitées, surtout pour les labeurs proprement dits. La faute n'en est pas à l'infériorité de nos nationaux. 11 suffit de comparer les volumes sortis de leurs presses, et que leurs clients, les éditeurs, ont envoyés à Vienne, pourvoir qu'ils peuvent rivaliser avec toute

autre nation. Mais les conditions économiques dans lesquelles se trouve l'imprimerie française sont loin de lui permettre d'aller chercher im supplément de débouchés à l'étranger. Loin de là, la Belgique, et môme l'Angleterre, viennent lui enlever une partie des travaux de notre propre pays.

La typographie parisienne, déjà si éprouvée par la création, dans les déparlements, d'imprimeries qui peuvent travailler à meilleur compte, a principalement souffert de cette nouvelle concurrence. Les tarifs des ouvriers imprimeurs de Paris ont été, depuis quelques années, deux fois sensiblement modifiés. Certes, les conditions de la vie nécessitaient une amélioration du salaire de l'ouvrier typographe ; mais était-il nécessaire que ces deux augmentations se succédassent aussi rapidement? Fallait-il qu'elles fussent le résultat de grèves violentes, qui sont une menace perpétuelle pour le client qui paye en définitive les frais de la guerre ? Etait-il enfin indispensable d'introduire, dans le tarif qui règle les rapports des ouvriers et des maîtres-imprimeurs, toute une série d'exigences qui sont, pour l'éditeur, non-seulement une charge, mais une entrave perpétuelle?

Dans tous les cas, le résultat a été mauvais pour l'imprimerie. Les maîtres-imprimeurs avaient enchaîné leur liberté, mais il n'en était pas de même des libraires ; et peu à peu, les travaux ont pris le chemin de la province et de l'étranger. Grâce aux

journaux forcément imprimés à Paris, les ouvriers n'ont pas senti immédiatement les conséquences d'une révolution qui ne pouvait d'ailleurs s'opérer en un jour ; mais ils doivent commencer à comprendre qu'ils ont peut-être agi dans un sens contraire à leurs intérêts.

Si la décentralisation est une chose heureuse, si nous ne pouvons qu'applaudir aux efforts de nos imprimeurs des déparlements pour mettre leurs maisons à la hauteur des travaux les plus difficiles, il serait ûicheux que Paris perdît, au moins en partie, une industrie dans laquelle il a excellé si longtemps. Espérons qu'il n'en sera pas ainsi. Dans tous les cas, et sans parler de MM. Raçon, Martinet, Paul Dupont, Pion, Chaix, Lahure,etc., dont les travaux, que nous trouvons à chaque pas, soit dans les vitrines des lihraires-éditeurs, soit dans l'exposition collective du Cercle, sont à la hauteur de leur réputation et des traditions de leurs maisons, la typographie parisienne est représentée de la manière la plus remarquable par M. Claye, qui n'a pas suivi l'exemple de ses collègues, et qui n'a pas cru devoir se reposer sur des lauriers si bien acquis et si incontestés.

Depuis 1807, la réputation de M. Claye n'a fait que s'accroître. C'est à lui que MM. Hachette ont confié le soin d'imprimer les Evangiles. Les Promenades de Paris, les plus beaux volumes de M. Lemerre

sortent aussi de ses presses, et son nom se trouve uni à la plupart des grandes entreprises de librairie de luxe pendant ces dernières années. M. Glaye pouvait donc se contenter, pour avoir une des expositions les plus remarquables du groupe XII, de prendre presque au hasard (juelqucs ouvrages sur les rayons de ses clients. Il a voulu joindre à ce choix remarquable de beaux livres, bien composés et bien tirés, deux œuvres en quelque sorte plus personnelles et dont on doit lui savoir le plus grand gré.

La première est un modeste volume in-18 de 500 pages à peine, et qui cependant n'est pas un des moindres titres de M. Claye à la reconnaissance et à l'estime de tous ; c'est le Manuel de l'apprenti typographe, écrit par lui avec amour pour guider ses jeunes élèves dans l'art auquel il a dévoué sa vie. L'autre n'est qu'un catalogue, le Catalogue de l'exposition collectim du Cercle de la libraiiie, imprimé aux frais du Cercle, pour réunir sous une lorme digne de la corporation tous les documents relatiis à l'exposition organisée par ses soins.

Ce petit volume peut être considéré comme un spécimen de ce que peut donner aujourd'hui le tirage à la mécanique, au double point de vue de l'effet et de la précision. Tout y est fait à la machine : le fond chamois, les filets rouges, le cadre bislre intérieur, et enlin le texte même imprimé en noir. Les gens du monde ont admiré le goût ((ui avait présidé a la dis-

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position de ce ch armant opuscule; les hommes du métier ont été en même temps frappés de la manière dont avaient été vaincues les difticultés accumulées comme à plaisir.

M. Crlté, qui a succédé depuis six ans à son père dans la direction de l'imprimerie de Corbeil, a notablement accru l'importance d'un établissement que l'on peut citer comme le type d'une maison organisée pour des labeurs courants, et qui, sans aborder d'habitude les travaux de grand luxe, ne reste étrangère à aucun des progrès nécessités par les besoins de la librairie. M. Crété tire la vignette avec talent; il s'est ainsi assuré la clientèle de plusieurs des éditeurs connus pour apporter le plus de soins à leurs publications. C'est chez lui que MM. Hachette ont fait imprimer quelques-uns de leurs plus beaux volumes illustrés : Borne, ÏEspagne^ le Japon, etc.

L'imprimerie de M. Crété est une de celles où la composition par les femmes a donné -les résultats les meilleurs et les plus suivis. Enfin, le tirage à la presse à bras, partout un peu délaissé, continue à y être en honneur et sert en quelque sorte d'école pour les conducteurs de machines, trop souvent recrutés aujourd'hui parmi des hommes auxquels la typographie a été jusque-là presque entièrement étrangère.

Nous avons mentionné le nom de M. Perrin aii

sujet de la typographie archaïque. M. Perrin, qui était un artiste d'un haut mérite, a eu pour successeurs, quand il est mort en 1865, son fils et M. Marinet. La maison Perrin et Marlnkt est restée fidèle aux traditions de son fondateur. Il n'est sorti de ses presses que de véritables œuvres d'art, parmi lesquelles il suffit de citer l'édition de Molière éditée par la librairie Scheuring et qui a reçu des bibliophiles un accueil si empressé.

M. Dejussieu, imprimeur à Châlons, s'est fait une spécialité de l'impression des ouvrages orientaux. Tandis qu'en Allemagne on compte de nombreuses imprimeries org.misées pour cette sorte de travaux, M. Dejussieu, en l'absence de l'Imprimerie nationale, s'est trouvé, pour représenter la France à ce point de vue, seul avec M. Laîné, imprimeur du Dictionnaire chinois de Perny, dont un exemplaire a figuré dans l'exposition collective du Cercle.

L'exposition collective du Cercle nous a permis aussi de constater que l'imprimerie fait dans les départements de remarquables et constants progrès. On a déjîî, en 1867, rendu justice à M. Garnier, de Chartres, qui imprime avec autant d'élégance que de goût, des ouvrages presque tous relatifs à la ville de Char- Ires; à M. Privât, de Toulouse, imprimeur et éditeur de VHiiiloire du Languedoc de Dulaurier. M. Lebru-

MENT, éditeur à Rouen, nous montre aujourd'hui un nouvel ouvrage très-important, terminé en 18G9, et qui est entièrement l'œuvre de l'industrie des arts graphiques dans les départements; nous voulons parler de VHhtoire de la faïence de Rouen, par M. André Pottier. Le texte est imprimé sur papier de Hollande, et en caractères antiques par M. HénissEY, d'Evreux. Les planches, presque toutes en camaïeu hleu, mais dont quelques-unes sont tirées h plusieurs teintes, ont été exécutées en chromotypographie par M. Silbermann , de Strasbourg, que la France revendiquera toujours parmi ses plus habiles typographes. Enfin, les dessins, dont il serait injuste de ne pas parler, ont tous été faits |tar mademoiselle Emilie Pottier, fille du regretté auteur de l'ouvrage.

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