EMPIRE D'ALLEMAGNE
L'Allemagne a été le berceau de la typographie ; c'est encore un des pays où cet art est le plus en honneur.
Si les publications de grand luxe n'y sont pas égales à celles que l'on produit en France, les livres de science, de technologie, d'éducation, sont noinlu'eux de l'autre ccMéduRliin, et sont vendus à un prix raisonnable, quoiqu'un peu plus élevé que cbez nous.
i2 EXPOSITION DE VIENNE.
Tous ces livres, malgré l'aspect un peu lourd que nous leur trouvons parfois, se distinguent par la correction, non moins que par les soins apportés aux détails de la fobrication.
Le commerce de la librairie occupe dans tous les pays allemands un rang honorable. Son développement est favorisé par la diffusion de l'instruction générale, par le goût des études élevées, et enfin par la décentralisation qui règne dans la littérature et dans les sciences.
On a publié dans l'empire allemand, pendant l'année IST'i, plus de 11,000 ouvrages nouveaux. Quelques grands centres en ont produit la plus grande partie, mais le reste se répartit entre un nombre considérable d'éditeurs, dont plusieurs habitent des villes d'un ordre plus que secondaire. Ces publications, grâce à une organisation spéciale, trouvent un débouché facile, non-seulement dans toute l'Allemagne , mais dans les autres pays où la langue allemande est usitée. Leipzig, en effet, tient lieu d'un grand marché central où les livres affluent de toutes parts, pour être groupés et expédiés ra])idement là où ils doivent rencontrer un accueil favorable. Une fois chaque année, à la foire de Pà(|ues, et d'après des règles acceptées par toute la corporation, les éditeurs et les libraires détaillants vienneni, dans cette ville, régler leurs comptes an-
IMl'niMEHlE ET LIBUAIUIE. 43
miels, et souYciil on même tem})s conclure de nouvelles affaires importantes.
Leipzig n'est pas seulement la capitale de la lil»rairie allemande; il en est aussi le principal centre de production. C'est là, en effet, que se trouvent, au milieu de tant d'autres imprimeurs et libraires renommés : les Giesecke et Devrient, peutêtre aujourd'hui les meilleurs imprimeurs de l'AUeniagne ; les Breitkopf et Hlirtel, les grands éditeurs de musique; les deux Tauchnitz, créateurs, l'un d'une collection de classiques justement renommée, l'autre de ces éditions des romans anglais, populaires sur tout le continent. C'est là enfin que s'est fondée et que prospère la maison Brockliaus, une des plus importantes de notre industrie.
Leipzig paraît avoir tenu rigueur à l'Exposition de Vienne ; cette ville n'y était représentée que par quatre exposants, dont deux éditeurs de musique, et un seul typographe, M. Brockhaus.
La maison Brockhaus, fondée en 1805, est aujourd'hui une des plus considérables de l'Europe. Son imprimerie typographique occupe 25 presses à vapeur et 10 presses à bras; sa fonderie, 15 machines. Elle a des ateliers de galvanoplastie, de gravure sur bois, de clichage. Elle possède une imprimerie lithographique, une imprimerie en taille-douce, un atelier de reliure. Enfin, son catalogue est des plus étendus.
Le Dictionnaire de la coïiversation [\h vol unies iii-S) a élé lire h plus de oOO,000 exemplaires; le Dilder- Atlaa, qui en est en (|uelqne sorU^ le eomplénienl, cl qui comprend 500 [)lanclies in-folio, préscnle un exemple intéressant de l'emploi de tous les proccklés de gravure, et de tirage en noir et en couleur ; les livres d'art édités par elle : Schiller-Galerie, Lessing-Galerie, Shakespeare-Galerie, sont justement estimés. Si l'on peut regretter de ne pas trouver chez M. Brockhaus un de ces chefs-d'œuvre analogues à ceux que les Mame et les Hachette ont tenu à honneur de produire en France, on doit cependant reconnaître que cette ndaison se distingue entre toutes par une grande activité, une production toujours égale et par l'intelligente direction donnée à son fonds.
Après l'exposition de M. Brockhaus, la plus intéressante que nous ayons due à la ville de Leipzig a été celle de M. Roder. Les presses de cet habile imprimeur produisent la plus grande partie de la musique qui est éditée en Allemagne et même en Autriche; on peut juger de l'importance de la fabrication de cette maison, en sachant qu'elle occupe 17 machines et "29 presses à bras. Les planches sont gravées sur zinc et tirées à la machine lithographique.
Berlin a fait à Vienne assez bonne ligure. Outre k*s lithographes qui sont venus en grand nombre,
nous y comptons dix imprimeurs, libraires ou tondeurs. Parmi ces exposants, M. de Decreu (Gelieime Ilofbuchdruckerei) a droit à une mention spéciale. Les œuvres de Frédéric le Grand, éditées par cette maison, ont déjà été appréciées et louées par le jury de la dernière exposition universelle. Le Krunung's Werk, imprimé ou tout au moins terminé depuis i(S67, et qui retrace les principales scènes du couromiement du roi Guillaume de Prusse, sans être irréprochable, présente des qualités sérieuses. Toutefois, nous préférons à cet ouvrage le Nouveau Testament^ illustré de gravures sur bois, et qui ne le cède en rien aux plus beaux livres que l'Allemagne ait produits en ce genre. En outre, le spécimen des types de la fonderie de la maison Decker, de 1767 à 1875, offre le plus vif intérêt. Enfin, le catalogue de la section allemande de l'Exposition de Vienne, qui est sans contredit le plus remar({uable et le mieux exécuté que nous ayons eu à consulter cette année, a été imprimé par M. de Decker et suffirait pour donner la mesure de ce que cette maison peut produire.
11 fimt citer encore, parmi les exposants berlinois du groupe XII, M. Gronau, imprimeur et fondeur, M. NicoLAi et M. DuNCKER, tous deux éditeurs d'œuvres d'art, et enfin TImprimerie d'Etat, dont la fondation ne date que de 1851, et qui ])araît ne faire (]ue pi'u d'impressions typographiques, mais (jui, pour la gravure et le tirage en taille-douce des billets
de banque, et des caries el j)laMs pour le service de l'état-major, obtient de très-beaux résultats, sans atteindre cependant la perfection de l'Institut géographique de Vienne et de la Fabrique de papiers d'État de Saint-Pétersbourg*.
Les provinces du royaume de Prusse sont peu représentées. Nous devons cependant une mention à M. KoRN, de Breslau, dont l'exposition, sans donner une idée complète de l'importance de sa maison, méritait pourtant l'attention.
Hambourg avait organisé une exposition collective ; nous n'avons à y signaler rien de bien remarquable.
La Bavière possède quelques éditeurs importants d'œuvres d'art. La typographie liturgique y est fort en honneur. Trois maisons représentaient cette spécialité : Pustet et Manz à Ratisbonne, et Kôsel à Kempten. Leurs missels ne nous ont j)as j)aru, malgré de sérieuses qualités, j»ouvoir être mis sur le môme rang (pu' les publications analogues françaises, et notamment que le missel exposé par MM. Marne, de Tours. La plupart de ces missels sont ornés de miniatures uravées sur bois et tirées en cou-
1 Le budget de l'imprimerie d'État de Berlin a donné, en 1873, Une recette de 528,700 thalers, et mic dépense de 214,700, soit url bénéfice de 114,400 thalers (environ 400,000 francs).
Nous ignorons toutefois s'il est tenu compte dans ces chiffres qui semblent fort satisfaisants, de l'intérêt du capital engagé.
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE. Al
leur chez Knôfler, de Vienne, d'une excellente exécution , et ([uï constituent en quelque sorte une spécialité dans ce genre de travaux. M. Sausen, ta Mayence, a entrepris et mené à bonne fin la reproduction fidèle d'un Missel imprimé dans cette ville même il y a plus de deux siècles.
Pour terminer avec l'Allemagne, nous devons aussi citer, à Weimar, la belle librairie technologique de M. Yogt; l'imprimerie du Waisenit.\us (Orphelinat), à Halle, qui se distingue par de bonnes impressions orientales et quelques livres illustrés.
Mais c'est à la ville de Stuttgart qu'il était réservé de représenter le plus complètement, dans son ensemble, la part prise par l'Allemagne à l'exposition du groupe XII.
Tous les arts graphiques ont eu leur part dans Fexposition collective organisée par les imprimeurs, lil)raires et graveurs sur bois de cette ville, et si nous avons rencontré ailleurs des mérites individuels égaux, nulle part nous n'avons trouvé dans la section allemande un ensemble qui donnât au même degré l'idée du développement du commerce et de la fabrication des livres dans une ville. Aussi le jury a-t-il cru devoir décerner à cette expositÏYjn collective un des trois diplômes d'honneur qu'il a attribués à la section de la typographie.
Les exposants de la collectivité de Stuttgart étaient
au nombre de huit : iMM. J.-C. Colla, G. -G. Gosciien, Cari Griiningcr, Ed. Ilallbergcr, Em. Hocbdanz, A. Krôner, J.-B. Mclzder, Paul Neiï, Martin Uoninud, et G. Weise.
Parmi tous ces noms, deux représentent les anciennes traditions : la maison Cotta, fondée en 1640, et la maison Gôsciikn, qui date de 1785.
Les Cotta, pendant plus de deux siècles, ont eu en quelque sorte le monopole de la publication des grands classiques allemands ; c'est encore ce qui forme le fond de leur catalogue, où nous trouvons à la fois des éditions à très-bon marcbé et des impressions de grand luxe de Scbiller et de Gœtlie. La maison Cotta qui possède imprimerie, librairie, fonderie, etc., occupe environ '200 ouvriers. Elle est la propriétaire de la célèbre Gazette cV Aucfûourg .
L'exposition de M. Gôschen fournissait aux visiteurs une occasion curieuse de comparer les éditions de luxe du commencement de ce siècle avec celles que l'on imprime aujourd'hui. Goschen, en 1785, avait obtenu un privilège pour fonder une imprimerie « où l'on ne devait toutefois imprimer (ju'avec les caractères latins des Didot. » Le premier ouvrage qui sortit de cet atelier fut une édition de Wieland que nous avons eue à Vienne sous les yeux, et (jiii avait été conclue dans un style large et agréable. Puis vinrent d'autres éditions, notammciil uji Homère avec texte grec, qu'il est intéressant de
IMPRIMERIE ET LUIRAIRIE. 49
ia|)[)i'oelier du celles que les Didol imprimaient à la même époque en France, et qu'eux aussi ont eu l'heureuse idée de mettre sous les yeux des visiteurs de l'Exposition de Vienne. La maison Gôsclien continue à consacrer son activité aux éditions de luxe ; nous avons remarqué chez elle un bel Obéron, accompagné d'excellentes illustrations.
 côté de ces deux vétérans de notre industrie, M. Hallberger est un nouveau venu, car sa maison date de 1848. Mais ces vingt-cinq ans n'ont pas été perdus pour lui. 11 est à la tète d'un vaste établissement qui occupe près de 500 personnes, et ses entreprises de librairie suffisent à alimenter 50 presses mécaniques. Les publications de M. Hallberger sont pour la plupart illustrées. Il édite trois grands journaux, dont le principal, Ueber Land imd Meer, contient des gravures sur bois fort remarquables. Il a fait enfin une édition allemande de la Bible de Doré qui, sans être tout à fait à la hauteur de l'édition originale, peut èti'e considérée cependant comme une œuvre typographique distinguée,
La ville de Stuttgart semble d'ailleurs employer aux ouvrages illustrés la plus grande partie de son activité. Nous retrouvons encore des publications intéressantes dans ce genre chez M. Metzler, chez M. Neff, chez M. Rommel, éditeurs d'albums tirés en photographie. MM. Hochdanz et Weise exposent des travaux de lithographie et de chromographie ; ce
.Ml EXl'OSITIO-N l)K VIK.NNK.
(k'iJiici" publie annucllemeiU uiio quanlilô considérable de livres el d'images pour Teiifance.
Enfin M. GniiNiNGER, le dernier dont il nous reste îi parler, imprime avec goût des livres en langues orientales.
AUTllICHE-HONGKIE
L'Autriche appartient, pour la typographie, à la même école que l'Allemagne, et depuis quelques années surtout elle entre d'une manière de plus en plus large dans le mouvement de la librairie allemande; elle perfectionne en même temps sa t'ai)rication. La part qu'elle a prise à rExposilion a été des plus honorables.
La librairie classique est largement représentée, non-seulement })ar des éditeurs de Vienne, tels que MM. Gerold, dont le catalogue est à tous les points de vue remarquable, mais aussi par des maisons de Prague, de Reichenberg, de Brûnn et de villes moins' importantes encore. La librairie scientifique a pris un grand développement, grâce surtout aux efforts de M. Braumuller, qui compte aujourd'hui au nombre des éditeurs les plus importants, nou-seulenienl de rAulricbc, mais aussi de l'Alhunagne.
La typographie est niainleiiue à un niveau Irèsh(»norable par MM. Gerold, Siéger, Waldiieim,
Sommer cl plusieurs autres. Quelques imprimeurs, tels que M. Fromme, à Vienne, représentent les tendances nouvelles de la typographie et produisent des ouvrages dont l'aspect rappelle ceux qui sont aujourd'hui si en faveur à Paris. Les travaux de ville en typographie ou en lithographie sont faits avec goût, et paraissent, si l'on en juge par le nombre des exposants, avoir atteint un développement considérable.
Le grand mouvement financier dont l'Autriche a été le théâtre, et quelque peu la victime, a créé une spécialité importante, celle de l'impression des titres et actions, représentée surtout par les maisons Engel et fu.s et Zamarski. Ajoutons enfin que la presse est florissante et donne lieu à des installations aussi complètes et aussi au courant de tous les progrès modernes que nulle part en Allemagne. L'exposition nous a fourni le spectacle intéressant de la fabrication complète d'un grand journal, organisée dans un pavillon spécial par les propriétaires de la Nouvelle Presse libre. Enfin, la chromo-lithographie, surtout pour les imitations de tableaux, a de nombreux ateliers sur lesquels nous reviendrons plus loin.
Cet état prospère de l'industrie des arts graphi' ques est dû certainement au développement même de l'activité intellectuelle du pays et aux efforts individuels des imprimeurs et des libraires; mais h' gouvernement a droit cependant à une grande
pari crélogos pour rimpulsioii qu'il a donnée le premier.
C'est en effet par les eftbrls de FImpuimerie impélUALE de Vienne que l'Aulriche s'est trouvée , dès 1855, placée au premier rang dans les expositions internationales. Depuis quelques années, des considérations financières et politiques n'ont plus permis à cet établissement de persister dans la voie des essais coûteux dont il avait longtemps donné l'exemple. Mais les dernières productions, tout en étant moins nombreuses et moins importantes qu'autrefois, se maintiennent à un niveau remanjuable, et nous pouvons affirmer que si le progrès peut sembler enrayé, rien du moins n'a dégénéré. Il serait donc injuste de ne pas rendre une pleine justice à l'activité et au talent de M. de Beck, le directeur actuel de l'Imprimerie Impériale, qui, avec des ressources plus restreintes, sait conserver à cet établissement un rang élevé parmi les plus méritants.
Les travaux qui sont exécutés annuellement à l'Imprimerie impériale de Vienne représentent une production de deux millions et demi ; le Inidget se solde par un excédant d'environ 250,000 francs.
Parmi les travaux récents, nous devons signaler quelques volumes imprimés à l'aide de la belle série des ty[»es oi'ieiilauxdont les rapporteurs des dernières ex[M>sitions ont plusieurs fois constaté la ricliesse. Citons aussi les ateliers de; galvanoplastie, (pii ojit
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produit taiil de choses reinnr(|imhli's, et auxquels est (lue une précieuse collection de reliefs pour l'histoire naturelle.
Si l'Imprimerie impériale paraît rester quelque peu slationnaire, en comparaison de ses brillants
débuts, rLxSTlTUT MILITAIRE GÉOGRAPHIQUE, qui CSt aUSSi
une création de l'Etat, témoigne de l'intérêt que le •gouvernement ne cesse de porter à tous les progrès des industries qui nous occupent. L'exposition de cet établissement a été l'une des plus frappantes de notre groupe ; elle sera décrite avec détails dans le rapport de la section de ])hotographie, sur la proposition de laquelle le jury lui a accordé un diplôme d'honneur.
La Hongrie a compté, elle aussi, quelques représentants distingués dans le groupe XII : M. Falk, imprimeur à Pesth, qui expose, entre autres travaux, un grand album in-folio (la Statistique du cours des denrées hongroises pendant le dix-neuvième siècle) où ont été vaincues de la façon la plus heureuse de grandes diflicullés de composition et de tirage; — M. Rath, éditeur dans la même ville; — M. Posner, lithographe et fabricant de registres, dont la maison est montée sur de larges bases; — enfin, I'Impri- MERiE ROYALE DE IIoNGRiE, foudéc dcpuis trois aus, et qui paraît devoir marcher sur les traces de sa sœur aînée de Vienne.