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LE FER ET LE SILEX

.... i„ compte rendu que M. Aube a bien voulu

ou venu icttré émet des doutes à propos de notre supposition que les sculpteurs égyptiens ont eu probablement l'habitude de s’attaquer à la pierre, sans avoir préalablement cherché le modèle en terre glaise.

Nous sommes presque du même avis que M. Aubé, et notre tort est de n’avoir pas assez appuyé quand nous avons mentionné les modèles ou plaques carrées en pierre tendre sur lesquels on sculptait en bas-relief la figure humaine d’un roi ou d’une déesse ou les animaux les plus divers depuis le lion jusqu’au vautour; ces plaques portent des traces de carreaux sur la face inférieure et, comme l’admettent aussi MM. de Longpérier et de Saulcy, elles auraient servi de modèles aux sculpteurs.

Depuis cette époque, dans un voyage d'étude à Londres,

notre travail sur la sculpture égyptienne, ce

i . Revue archéologique.

notre attention fut éveillée, au British Muséum, par une vitrine remplie de modèles égyptiens du même genre, dont l'ensemble est peut être encore plus intéressant que la collection analogue du musée de Boulaq exposée au Trocadéro. Comme celui-ci, elle est composée de divinités, d'hommes et d’animaux, non seulement en bas-relief, mais en ronde bosse, ayant servi, par conséquent, de modèles de statues. La petitesse de ces figures ne saurait faire naître de doutes sur leur destination ; la forme comme la composition très simple des statues et des bas-reliefs égyptiens n'en exigeait pas de plus grands. Meme aujourd’hui, pour des statues de très grande dimension, nos artistes se contentent le plus souvent de modèles du tiers, du quart de la grandeur d’exécution en pierre ou en marbre. Mais pourtant, la vitrine du British Muséum contient aussi des modèles atteignant la grandeur naturelle (ce que nous n'avons pas trouvé dans celle du Trocadéro), entre autres une main ronde bosse trouvée à Tell-el-Jahoudeh ; à côté, un pied ronde bosse aux deux tiers de nature ébauché, et une tète de mouton provenant de Bemael-Assel.

Fait particulier, tous ces modèles sont en plâtre, mais ces plâtres sont coulés pleins; en termes techniques ce sont des saumons de plâtre dans lesquels les Égyptiens ont taillé la ligure de la même manière qu'ils la taillaient dans la pierre tendre, c’est-à-dire avec une gouge ronde et par taille longitudinale, comme le petit torse de la collection de M. Geslin (V. p. 465). Quelques-uns ne sont pas terminés ; nous ne sommes donc pas en présence de moulages en plâtre coulés sur des modèles en terre comme cela se pratique de nos jours.

Parmi les têtes d'animaux, M. Mariette-Bey signale, pour la

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hardiesse et la franchise d’exécution, les têtes de lion et de lionne. La tête du lion surtout est, à notre avis, le chef-d'œuvre le plus parfait dans son genre ; aucune sculpture en Égypte, nous dirons même chez les Assyriens si forts sur les animaux, n’a atteint une pareille perfection. Ce n'est plus le bas-relief méplat plus ou moins délicat des bords du Nil ou de l'Euphrate, c'est un relief puissant, à plans tournants très accusés, d’une carcasse solide, d’une couleur hardie, d’un sentiment fier. Nous nous hâtons de dire que nous tenons la main qui l'a sculptée pour celle d’un Grec, d'un Grec de la belle époque qui a fait là une œuvre petite par la dimension et l’importance, mais qui n’a jamais été surpassée.

Nous avons dit que les modèles étaient souvent taillés dans la pierre tendre ; c’est le cas de tous ceux du musée de Boulaq au Trocadéro; le plus souvent ce sont des plaques carrées, portant au centre et en bas-relief des modèles d'hiéroglyphes faits avec le plus grand soin, se transportant facilement et se conservant mieux que le plâtre ; cette dernière matière était consacrée à un seul modèle et abandonnée après l’exécution. C’est pour cela probablement que les plâtres du British Muséum sont fragmentés et très usés.

Ces modèles ne sont pas seulement des types de composition et de finesse d’exécution, mais aussi d’ébauche; ce sont, comme les appelle justement M. Mariette, « des écoles graduées de sculpture ». En effet, presque toutes les dalles sculptées du Trocadéro vont deux par deux ; la première donne la grosse ébauche, comme le torse équarri appartenant à M. Geslin, et la seconde le même sujet tout à fait fini. Mentionnons l'Isis du Trocadéro pour la délicatesse exquise du travail (37) ; les deux

tètes du dieu Bès (42) pour l’étrangeté du type de cette divinité aussi laide que bienfaisante, d’après 1 idée des Égyptiens.

La vitrine du Trocadéro était surtout riche en bustes ou modèles de tètes, généralement des types royaux, car l’ureus se dresse sur leurs coiffures, probablement, comme il est dit dans le catalogue, parce que les sculpteurs s’essayaient sur le portrait du roi régnant. Du n°2i, ébauche à peine dégrossie, on arrive graduellement au n° 35, dont la tète est dans le plus parfait état d’achèvement et de finesse. M. Mariette remarque (Cat., p. 65) que tout dans ces bustes est sacrifié à la figure proprement dite, et 1 Un des modèles (n° 26) est même coupé par le milieu afin de mieux assurer le profil.

En général, les modèles de sculptures, en plâtre ou en pierre, du musée du Louvre, comme de celui de Boulaq, par leur finesse d’exécution et l’élégante proportion de leurs figurations, témoignent de leur date relativement récente et pour la plupart appartiennent à l’art saïte et même à l’art ptolémaïque. Nous avons déclaré que l’un de ces modèles nous apparaissait comme une œuvre grecque supérieure. Il ne faudrait donc pas se hâter d’en tirer un enseignement sur les écoles artistiques qui se sont succédé en Égypte. Mais ils nous donnent un précieux témoignage des systèmes techniques qui ont dû être anciennement et souvent adoptés même en dehors de l’Égypte. Un tout petit taureau assyrien à tête humaine, portant sur le dos la base d'une colonne, petit monument placé auprès des modèles égyptiens et qui appartient au British Muséum, pourrait faire supposer, malgré sa petite dimension (dix centimètres dans la plus grande largeur), que les sculpteurs de Babylone et de Ninive ont employé les mêmes moyens.

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« Les proportions, ô fils d’Hellen ! » s’écrie avec bonheur « un ancien diplomate d’Orient », seule signature d’un volume intitulé : Les Grecs à toutes les époques , dans lequel ces derniers

torse A l’état d’ébauche.

Modèle. Pierre tendre, xvm" dynastie.

Dessiné par M. Geslin et tiré de sa collection.

sont réduits en poudre en moins de 425 pages (Dentu, 1870, p. 71), « les proportions ! Il vous restait ce brevet d’invention

comme un bien propre, comme le titre le plus précieux de votre esthétique. Mais l’impitoyable archéologie poursuivait le cours de ses investigations. Un beau matin, on apprit qu’il fallait restituer aux Egyptiens le bénéfice de la trouvaille. »

Et continuant sur ce ton pendant plusieurs pages, ce diplomate rappelle les recherches ingénieuses d’un de nos grands écrivains d'art qui a pensé que le fameux canon de Polycléte, soi-disant emprunté aux Egyptiens, pourrait être le médius, dont la longueur formait juste la dix-neuvième partie de la hauteur de ces figures.

Nous savons bien que M. Lepsius a accepté ce canon : « Les Egyptiens, a-t-il écrit, plaçaient les mailles d’un filet sur l'objet à copier et avaient ainsi une figure assez exacte pour établir un canon particulier. Le canon a changé pour la figure humaine deux fois principalement, la première dans le commencement de la deuxième période, la deuxième dans la. quatrième période artistique. Quand les prêtres se permettaient d’en dévier, la foule les suivait d’elle-même, c’est pourquoi leur art est correct. »

Nous ne sommes pas plus disposés aujourd’hui qu’hier à suivre les très longs développements que l’on a donnés à cette question. 11 faudrait un volume pour y répondre, mais nous affirmons de nouveau que si les Égyptiens et les Grecs ont possédé un canon de proportion, il n’a pas été longtemps en usage. Dans l’art grec, il n’y a pas deux statues de mêmes proportions malgré tout ce que l’on prétend à ce sujet ; dans l’art égyptien on trouve parfois une série de statuettes sortant du même moule ou du même atelier, faites d’après le même modèle et par conséquent donnant les mêmes proportions, mais les modèles ou plutôt les poses ou compositions différentes n’ont entre elles ni

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rapport de proportions, ni exactitude mathématique. Nous avons mesuré au Louvre, avec le savant conservateur M. Pierret, les petits carreaux tracés sur les modèles; jamais ils ne sont de mêmes proportions.

A l’Exposition, plusieurs pièces appartenant à la série de modèles dont nous avons parlé portaient les traces encore visibles des lignes du susdit canon, ou plutôt de la mise au carreau destinée à faciliter la copie au sculpteur. «N’aurait-on pas emprunté ces lignes à ce canon officiel des proportions de la figure humaine dont parle Diodore, dit M. Mariette (Catalogue, p. 69), et dont on a vainement cherché une application satisfaisante sur les monuments ? En d’autres termes, nos lignes symétriquement croisées ne seraient-elles pas calquées sur les lignes du canon officiel lui-même, ce qui n’aurait certainement rien d’étonnant?

« C’est malheureusement par la négative qu’il faut répondre à cette question. Si les lignes quadrillées dérivaient d’un point de départ commun, elles seraient identiques chez tous les modèles. Or une figure divisée (de l’ureus au menton) en quatre parties sur les nos 27, 28, est divisée en trois sur le n° 29, tandis que, dans la plupart des cas, la division du carreau semble tout à fait laissée à l’arbitraire ou à la commodité de l’artiste. A la vérité, les deux nos 27, 28 semblent faire exception à la règle; les lignes y sont gravées sur le même modèle et dans les mêmes proportions relatives. xMais ces deux modèles sont de la même main et sortent du même atelier. On n’en peut conclure que les divisions choisies par l’artiste pour accomplir son travail seraient précisément celles du canon officiel. Le problème reste donc en suspens. »

Malgré cette conclusion imprévue après l'argumentation de M. Mariette, les raisons qu'il donne sont décisives et notre opinion ne pourrait trouver un plus heureux et plus savant appui.

Le problème le plus difficile de la technique égyptienne, problème présenté de nouveau à la science au Trocadéro, est celui de l'emploi du fer.

Les Egyptiens taillaient-ils les pierres dures avec des outils en bronze, en 1er, ou des silex ?

M. Mariette appuie surtout sur ce point, qu'il n’a jamais trouvé de fer en Égypte; et aussi sur les nombreux outils de bronze dont il a rempli une vitrine au centre de l'Exposition.

Ces faits n’annulent pas les raisons déjà données : i° Les minerais de fer étant très rares en Égypte, l’emploi a dû en être très restreint; 2" le sol nitreux de cette partie de l’Afrique a conservé le bronze et détruit le fer; 3° la superstition1, existant dès l’ancien empire, que le fer (connu par conséquent à cette époque) était impur comme formant les os de Typhon, génie du mal; ce qui expliquerait pourquoi M. Mariette n’en a pas trouvé dans les tombeaux; 40 la collection d’outils égyptiens en fer exposée dans une vitrine du Louvre, collection dont malheureusement on ne connaît pas très exactement la provenance et par conséquent la date; 5° les cinq noms hiéroglyphiques du fer, traduits par M. Chabas, dans des inscriptions concernant la construction des temples et les outils; 6° les fragments de fer que les Anglais auraient recueillis aux Pyramides.

Ce qui, malgré ces raisons, nous ferait pencher non pour l’emploi du bronze, mais du silex, c’est le tableau du tombeau

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